‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 70 sur 82 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Description de Lefooga. Sa culture; son étendue; ce que nous fimes à terre. Femme qui exerce la profession

d’'Oculiste. Moyens singuliers qu’emploient les Na-

turgls pour raser les cheveux. Les Vaisseaux changent de mouillage. Mondrain et pierre remarquables. Description de Hoolaiva. Détails sur Poulaho, Roi des Isles des Amis. Respect que ses Sujets ont pour lui. Détci's sur Isle de Kotoo. Les Vaisseaux retournent: à Annamooka. Entrevue de Poulaho et de Feenou. Arrivée à Tongataboo.

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Les divers spectacles dont on a parlé dans le Chapitre: précédent, ayant satisfait la curiosité des Insulaires et la nôtre, j'eus enfin le loisir d'examiner le pays. Le 21, je fis une promenade dans l'Isle de Lefooga, que je voulois observer. Je la trouvai, à bien des égards, supérieure à Annamooka. Les plantations étoient plus nombreuses et plus étendues ; cependant le terrain est encore en friche dans quelques districts situés vers la mer, et surtout au côté oriental : cela vient peut-être de ce que le sol -y est sablonneux ; car il se trouve beaucoup moins élevé qu Anzamooka et les Isles voisines. Il est. meilleur au centre de l'Isle, et tout y annonçoit une population considérable et une culture soignée : nous y

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vimes de vastes plantations enfermées par des haies, qui sont parallèles l’une à l’autre, et qui forment de grands chemins, si beaux et si spacieux , qu’ils embelliroient des contrées où les agrémens et les commodités de la campagne ont été portés à une extrême perfection. Nous y aperclimes de vastes cantons couverts de müriers (*), et les plantations, en général, offroient toutes les racines et les fruits que produit cette terre. Afin d’augmenterles richesses naturelles des habitans, j'y semai dublé d'Inde,des graines de melons, de citrouilles, et d’autres plantes de ce genre. Nous aperçümes une maison quatre ou cing fois aussi étendue que les habitations ordinaires; il y avoit un large tapis de gazon devant la façade, et je jugeai que les Naturels y tenoient des assemblées publiques. Nous rencontrâmes, près du lieu de notre débarquement, un mordrain de deux ou trois pigds de hauteur, et couvert de gravier; il présentoit quatre ou cinq petites huttes dans lesquelles les Naturels nous dirent qu’on avoit enterré quelques-uns des principaux du pays.

L'Isie n'a pas plus de sept milles de longueur; et sa largeur, en quelques endroits, n’est que de deux ou trois. Le côté oriental, qui est exposé au vent alisé, offre un récif d’une largeur considérable, sur laquelle la mer brise avec beaucoup de violence. Ce récif, en se prolongeant, joint Lefooga à Foa, qui n’est éloignée que d’un demi-mille ; et, comme ilest à sec en partie, lorsque la marée est basse, les Naturels peuvent passer à pied d’une terre à l’autre, La côte est un rocher de corail, élevé de six ou sept pieds, | ou une grève sablonneuse, plus haute que celle du côté

(*) Morus papyrifera.

des haies, qui ent de grands belliroient des.

e la campagne Nous y aperers (*), et les racines et les erles richesses Le ,des graines 's de ce genre.

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ou sept pieds, celle du côté

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DE COOK. (1977) 279 occidental , lequel est élevé seulement de trois ou quatre pieds au-dessus du niveau de la mer, et terminé par une grève de sable dans toute sa longueur.

‘ Au retour de mon excursion, je vins diner à bord, et je trouvai une grande pirogue à la voile, amarrée à l’arrière de /a Résolution. Latooliboula, que j'avois vu à Tongataboo, durant mon second voyage , et que je supposai alorsle Roi decette Isle, étoit assis dans l’embarcation, avec toute la gravité qu'il montroit à cette époque, et dont j'ai parlé ailleurs (*) : nos caresses et nos prières ne purent le déterminer à monter sur le vaisseau. Nous avions à bord une foule d’Insulaires, qui tous l'appeloient Areeke, ce qui signifie Roi. Malgrél’étendue du pouvoir dont Feenoû sembloit jouir ici et à Annamooka, je n’avois jamais entendu

(*) Voyez le second Voyage de Cook, Tome I.er, p. 206 c& 207 de l'original. On y donne à ce Chef le nom de Kohagee-too Fallangou, et les Etymologistes , qui mettent le plus hardiment les mots à f, torture pour y trouver de la ressemblance, ne pourront apercevoir aucune conformité avec Latooliboula. 1] faut observer que M. Cook ne semble pas faire attention qu’il donne au même homme deux noms si différens. L’une de ces dénominations désigne peut-être la personne, et l’autre le titre ou le rang. Cette conjecture paroît d'autant mieux fondée, que Latoo, dans la

langue de ces Insulaires , signifie quelquefois un Chef revêtu d’un

grand pouvoir ; et que le Docteur Forster, dans ses Observations,

p. 378 ct 379 , et ailleurs, donne au Souverain de Tongataboo le titre de Zatoo. Le Docteur Forster, p. 270, appelle ‘ce même

homme Latoo-Wipoora. On voit par là que nos Navigateurs écrivent dune manière très-différente la même mot prononcé par les Naturels. Il est aisé toutefois de montrer que JVipoora et Liboula ont de Paffinite ; car, lorsque nous entendons ces mots, auxquels nos oreilles ne sont point accoutumées, nous prenons souvent une consonne pour une autre. M. Anderson est ici d'accord avec M. Cook; il écrit également Zatoo-Lihoula. :

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personne lui donner ce titre, et je soupçonnois depuis long-temps qu'il n'étoit pas Roi, quoique son ami Taipa eût pris beaucoup de peine afin de nous le persuader. Latooliboula demeura jusqu’au soir sous l'arrière de /a Resolution, et il regagna la côte de l'une des Isles. Feenou passa la journée avec nous; mais ces deux grands personnages ne se regardérent et ne se saluèrent point.

Le lendemain , quelques-uns des Naturels volèrent sur le pont une tente goudronnée, et d’autres choses. On s'en aperçut bientôt ; je.fis suivre les voleurs ; mais mon détachement partit un peu trop tard. Je portai mes plaintes à Feenou, qui, s'il n’étoit pas Roi, avoit du-moins beaucoup d'autorité, et je lui recommandai de tout mettre en usage pour qu'on me rendit ce qu’on m’avoit dérobé. I] me renvoya à Earoupa, qui m’amusa par de vaines promesses, et qui ne fit aucune démarche.

Le 23 au matin, au moment où nous allions démarrer pour quitter l'Isle, Feenou, et Taipa, son premier Ministre, arrivèrent sur une pirogue à voile, et m'avertirent qu'ils partoient pour Vavaoo, terre située, disoient-ils,av Nord de Hapaee, à environ deux jours de navigation. Ils voulurent me faire croire que leur voyage avoit pour but de me procurer des cochons, et de rapporter à Omai des chapeaux de plumes rouges, très-estimés à O-Taiti, Le premier m’assura qu'il reviendroit dans quatre ou cing jours; il me pria de différer mon départ jusqu’à son retour, et il promit de m’accompagner à Tongataboo. Je pensai que c’étoit pour moi une belle” occasion d'examiner Vavaoo , et je lui proposai de m’y rendre avec les vaisseaux; mais il ne parut pas approuver ce dessein, et, afin de m’en détourner , il me déclara qu'il n’y avoit ni hâvre, ni mouil:

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nnois depuis | ami Taipa > persuader.

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volérent sur ses. On s’en is mon détaes plaintes à ns beaucoup tre en usage , I] me renromesses, et

as démarrer ier Ministre, tirent qu'ils s au Nord de ls voulurent de me pros chapeaux Le premier q jours; il etour, et il pensai que Vavaoo , eaux; mais de m’en

, ni mouil:

lage. Je consentis donc à l'attendre ici, et il mit tout de suite sa pirogue à la yoile. |

Le 24, plusieurs des Naturels répandirent qu’un vaisseau pareil aux nôtres étoit arrivé à Annamooka, depuis que j'avois quitté cette Isle, et qu’il y mouilloit encore. Ils excitérent beaucoup notre curiosité : ils eurent soin d'ajouter que Toobou, lun des Chefs d'Arzramooka, avoit repris en hâte, le chemin de son pays, afin de recevoir les étrangers. Toobou venoit en effet de nous quitter, et cette circonstance nous fit ajouter un peu de foi à la nouvelle. Je descendis à terre avec Omaï, pour obtenir des informations ultérieures; je voulois parler à un homme qui arrivoit , disoit-on, d'Azzamooka, et qui y avoit vu le vaisseau. Nous le trouvames chez Earoupa; et Omai lui proposa diverses questions que je dictai; les réponses furent si claires et si satisfaisantes, qu'il ne me resta plus de doutes. Un Chef de quelque crédit, quiarriva au même instant d Annamooka, déclara qu'il n'y avoit point de vaisseau dans cette Isle, et qu’il n’y en étoit point venu depuis notre départ : le Naturel, qui avoit répandu le bruit , s'éloigna tout de suite, et nous nele rencontrames plus. Iln’étoit pas aisé de découvrir le but de ce mensonge :

A ° e e > , e LA è peut - être l’imaginèrent -ils afin de nous déterminer à

partir.

Je parcourus de nouveau l'intérieur du pays le 25, et jentrai par hazard dans une maison où une femme pansoit les yeux d’un enfant qui paroissoit aveugle : les yeux de l'enfant étoient très-enflammés, et couverts d’une pellicule. Eile n’avoit d’autres instrumens que deux petites sondes de bois, avec lesquelles elle venoit de frotter les yeux du malade de manière à les faire saigner. Je fus un

peu étonné de voir que les Naturels entreprenoient une opération de cette espèce : mais j'arriŸai trop tard, et je ne puis décrire en détail, comment la femme oculiste employa les misérables iustrumens que j'aperçus entre ses mains.

Jeus le bonheur d'être témoin d'une autre opération, que je vais décrire avec assez d’exactitude. Je rencontrai une seconde femme, qui rasoit la tête d’un enfant avec une dent de requin, plantée à l'extrémité d’un baton: je remarquai qu'elle mouilla d’abord les cheveux, à l'aide d'un morceau d’étoffe quelle plongeoit dans l'eau, et qu’elle appliquoit ensuite son instrument sur la partie mouillée. L’enfant ne sembla éprouver aucune douleur, et les cheveux furent aussi bien coupés que si l’on avoit employé nosrasoirs. Encouragé par ce qui s’étoit passé devant moi , j'essayai bientôt sur ma barbe un instrument de la même espèce, et mon expérience eut du succès: toutefois les hommes ne se coupent pas ainsi la barbe; ils se rasent avec deux coquilles. Ils placent une des coquilles au-dessous d’une des touffes de leur barbe, ils appliquent la seconde au-dessus, et ils enlèvent les poils. Ils viennent ainsi . à bout de les couper très-près de la peau. L'opération est un peu longue, mais elle n’a rien de douloureux. Il y a parmi eux des gens qui semblent faire le métier de barbiers : nos matelots allèrent souvent à terre, pour se faire raser à la manière du pays; et les Chefs de l'Isle vinrent à bord, pour se faire raser par nos barbiers.

Comme les Naturels ne nous apportoient plus ni fruits ni cochons, je résolus de changer de mouillage, et d’attendre le retour de Feenou dans un endroit plus propre à nous fourpir des vivres. Nous appareillames donc le 26

enoient une ard, et je ne oculiste em- ‘us entre ses

e opération, e rencontrai enfant avec un bâton : je ux, à l’aide ns l'eau, et sur la partie 2 douleur, et on avoit empassé devant rument de la cès : toutefois ils se rasent uilles au-des-

opération est ureux. Il y a étier de barpour se faire Isle vinrent à

plus ni fruits lage, et d’atplus propre es donc le 26

au matin, et nous marchâmes au Sud, le long du récif, la sonde donnant quatorze et treize brasses, fond de sable. Nous trouvâmes cependant plusieurs bas-fonds détachés : quelques-uns étoiént découverts par les brisans; d’autres nous étoient annoncés par l'eau de la mer, qui n’y avoit point de couleur, et le reste par le plomb. À deux heures et demie de l’après-diner, nous avions dépassé plusieurs de ces bas-fonds ; comme nousen apercevions beaucoup d’autres devant nous, je gagnai une baie qui git entre l’extrémité méridionale de Lefooga et l'extrémité Nord de Hoodaiva. Nous y jetames l’ancre par dix-sept brasses, fond de sable de corail, la pointe de Lefooga nous restant au Sud-Est-quart-Est , à un mille et demi. La Découverte n’arriva qu’au coucher du Soleil; elle avoit touché sur un des bas-fonds, mais elle s’étoit relevée sans aucun dommage.

Dés que nous fumes à l'ancre, j'ordonnai à M. Bligh d'aller sonder la baie dans laquelle nous étions; et je débarquai avec M. Gore, sur la bande méridionale de Lefooga, afin d’examiner le pays, et de chercher de l’eau douce. Cet article ne nous manquoit pas, car nous avions rempli nos tonneaux au dernier mouillage; mais on m'avoit dit que cette partie de l'Isle offroit de l’eau meilleure. Je remarquera ici, et j'aurai occasion de le remarquer d’autres fois encore, que les habitans des Zs/e des Amis ne counoissent pas les qualités dont l'eau a besoin pour être bonne. On nous mena sur les bords de deux puits ; Yeau qu'ils renfermoient étoit détestable, et les Naturels qui nous servoient de guides, nous assurérent qu'ils n’en avoient point d'autre,

Nous rencontrâmes un mondrain élevé par la main des

i hommes, près de l'extrémité méridionale, et au côté occi« | dental de l'Isle. La grosseur des arbres qu'il portoit, et d’antres indices, me fivent croire qu’il étoit très -ancien. Je jugeai sa hauteur d'environ quarante pieds, et son diamètre, au sommet, de trente. On voyoui, au centre, une pierre qui sembloit avoir été tirée d'un rocher de corail : sa largeur étoit de quatre pieds, son épaisseur de deux et demi, et son élévation de quatorze, Les Insulaires m'avertirent que la moitié de sa longueur seulement s'offroit à , nos regards ; :!s lui donnoient le nom de Tangata - Arekee (*); et ils ajoutèrent que c’étoit l'ouvrage de leurs ancêtres, qui avoient élevé ce mondrain en l’honneur d’un de leurs Rois; mais ils ne purent nous expliquer à quelle , époque. | | Nous retournâmes à bord à l'entrée de la nuit. M. Bligh revint en même-temps ; il avoit trouvé dans la baie de quatorze à vingt brasses , et presque par-tout un fond de sable, mélé de quelques pointes de corail. Le mouillage que nous occupions est beaucoup mieux abrité que le précédent ; mais, entre les deux, il y en a un troisième bien préférable. Lefooga et Hoolavai sont séparées par un récif sec à la marée basse, ensorte qu’on peut alors passer d’une terre à l’autre sans se mouiller les pieds. Quelquesuns de nos Messieurs, qui débarquèrent sur la dernière Isle, n’y aperçurent aucune trace de culture, ou même d’habitation, si j'en excepte une hutte, servant d'asile à un homme qui prenoit des poissons et des tortues. Elle communique immédiatement avec Lefooga , qui est très-cul-

(*) Tangata, dans la langue du pays, siguific homme, et Arekee signifie Roi.

| côté occi+ ortoit, et és -ancien.

et son diaentre, une de corail :

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Quelquesernière Isle, éme d’habil'asile à un . Elle comst très-cul-

homme, et

tivée, et il est un peu extraordinaire qu’elle soit aussi déserte. En effet, quoique le sol soit par-tout sablonneux , elle produit en abondance les arbres et les plantes qui croissent naturellement sur les Isles voisines. Le côté oriental présente un récif, comme celui de Lefooga , et le côté occidental offre, dans la partie du Nord, un pli, où il semble y avoir un bon mouillage, Quoique Hoolaiva ne soit pas habitée, on y trouve cependant un mondrain pareil à celui de l'Isle contigüe; il est de la hauteur de quelques-uns des arbres qui l’environnent.

Le 27, à la pointe du jour, je fis signal d'appareiller ; je voulois, en allant à Zongataboo par le Sud -Ouest, repasser à Annamooka, et couper les Isles qui étoient sur ma route : j'ordonnai au Master de prendre un cauot et de sonder en avant; mais nous n’étions pas encore sous voile que le vent devint variable, et je sentis qu’il seroit dangereux d'essayer ce passage sans le bien connoître. Je gardai ma position, et je rappelai le Master. Je le renvorai ensuite avec le Master de /a Découverte, qui monta un second canot : jè leur enjoignis de revenir à l'entrée de la nuit, et d'examiner les canaux, le plus loin qu'ils pourroient.

' A midi, une grande pirogue à voile arriva sous l'arrière de /a Résolution ; elle amenoit un homme qui s’appeloit Futtafaihe,ou Poulaho; peut-être même portoit-il ces deux noms. Les Naturels qui se trouvèrent à bord, nous dirent qu'il étoit Roi de Tongataboo et de toutes les Isles voisines que nous avions vues , ou dont nous avions entendu parler. J’avois lieu de croire que le titre de Roi appartenoit à un autre; et je fus étonné qu’on m’annongat Poulaho de cette manière. Les Insulaires néanmoins assurèrent

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toujours qu’il toit revêtu de cette haute, dignité, et ils m’avouérent alors pour la première fois, que Feenou n’étoit pas le Roi, mais seulement un Chef qui avoit beaucoup de pouvoir; que, lorsqu'il s’agissoit de fairela guerre, ou de terminer des différens, on l’envoyoit aux Isles voisines. J’avois besoin, et je désirois de faire ma cour à tous les grands personnages, sans examiner la validité detitres qu'ils prenoient ; et ayant appris que Poulaho avoit grande envie de venir à bord, je le priai d’y monter. Je l'y accueillis d'autant mieux, qu'il m’apporta deux cochons gras. I] étoit d’un embonpoint extrême. Si le rang ou l'autorité sont proportionnés, parmi eux, à-la grosseur du corps, c’étoit sûrement le premier des Chefs que nous avions rencontrés; trés-replet, malgré sa petite taille, il ressembloit à un gros tonneau. Il paroissoit avoir quarante ans ; ses cheveux étoient lisses, et ses traits différoieni beaucoup de ceux de la populace. Je le trouvai intelligent, grave et posé. Il examina, avec une attention singulière, le vaisseau et les choses qui étoient nouvelles pour lui, et il me fit plusieurs questions judicieuses : il me demanda, par exemple, ce qui pouvoit nous engager à aborder ici. Quand il eut satisfait sa curiosité sur le pont, et qu’il eut bien regardé notre bétail, etc., je l'engageai à passer dans ma chambre. Quelques-uns des Naturels de sa suite objectérent que s'il acceptoit l'invitation, on marcheroit sur sa tête, ce qui n’étoit pas permis. Je chargeai Omai, mon interprète, de répondre que je défendrois de se tenir à Ja partie du pont située en-dessus de ma chambre. Cet arrangement ne parut pas leur convenir du tout ; mais le Chef lui-même fut moins scrupuleux que ses courtisans; il s’affranchit du cérémonial, et il descendit, sans stipuler aucune condition. I

gnité, et ils que Feenou i avoit beauirela guerre, ux Isles voia cour à tous idité detitres avoit grande r. Je l'y accochons gras.

ou l'autorité ur du corps, 1s avions renil ressembloit nte ans; ses , beaucoup de nt, grave et , le vaisseau et il me fit plua, par exem- -Quand il eut bien regardé ma chambre.

érent que s’il téte, ce qui rprète, de réartie du pont nent ne parut me fut moins

du cérémocondition. Hi

DE COOK. (1777) 284 s’efforca, ainsi que les gens de sa suite, de nous convaincre qu'il étoit le Roi, et que Feenou ne l'étoit pas; car il s'aperçut bientôt que nous en doutions. Omai ne se soucioit point d’éclaircir le fait : il avoit formé une liaison intime avec Feenou; ils avoient échangé leur noms, en témoignage de leur amitié, et il étoit faché qu'un autre Insulaire vint réclamer des honneurs dont son ami avoit joui jusqualors. |

Poulaho dina avec nous ; mais il mangea peu, et il but encore moins: quand nous fimes hors de table, il m’invita à l'accompagner a terre. On proposa à Omai d’y venir aussi; mais il étoit trop fidèlement attaché’ a Feenou pour montrer des égards à son rival, et il refusa. Je remenai le Chef dans mon canot, aprés lui avoir fait présent des choses qui me semblèrent avoir un grand prix à ses yeux : je jugeai que ma générosité passoit ses espérances. Je cherchois a mériter son affection, et je la méritai en effet; car dès que nous fumes près du rivage, il donna ordre, avant de descendre de mon canot, qu'on m’apportat deux autres cochons. Quelques-uns de ses gens vinrent le prendre sur une planche, qui ressembloit à une de nos civières, et ils allèrent l’asseoir prés de la côte, dansune maison qu’on lui avoit préparée, Il me placa auprès de lui; sa suite, qui n’étoit pas nombreuse, s’assit et formaun demi-cercle devant nous en-dehors de la cabane : derrière le Chef, ou plutôt à un de ses côtés, se trouvoit une vieille femme, qui tenoit à la main une espèce d’éventail, et qui étoit chargée de prendre garde qu'il ne fut incommodé par les mouches.

On étala devant lui les différentes choses que les Insulaires avoient achetées de nous : il les examina toutes avec

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attention; il demanda ce qu’on avoit donné en échange, et il parut content du marché : il fit ensuite rendre aux propriétaires chacun des articles, excepté un verre à boire, dont il fut sienchanté, qu’il le garda pour lui. Les Naturels qui montrérent leurs emplettes, s’accroupirent d’abord à ses genoux ; ils déposèrent ensuite ce qu'ils apportoient; ils se relevèrent un instant après, et ils se retirérent: ils observérent ce cérémonial respectueux quand ils vinrent reprendre leurs richesses, et aucun d’eux ne s’avisa de parler à Poulaho debout. Au moment où je le quittai, plusieurs deses courtisans avoient déjà pris congé, et j'étudiai l'étiquette de la Cour, en cette occasion: ils mirent leur tête sous la plante de ses pieds , qu’ils touchérent et frottérent d’ailleurs avec le revers et le dedans des doigts des deux mains : d’autres, qui n’étoient pas dans le cercle, s'approchèrent également, afin de lui donner cette marque de respect, et ils s’éloignèrent sans dire un seul mot. La décence de ceux qui vinrent faire leur cour à Poulaho me charma; je n’avois rien vu de pareil, même chezles Natious les plus civilisées.

Le Master étoit de retour lorsque j'arrivai à bord : il m’apprit que la partie des canaux qu’il avoit reconnus, offroit un mouillage et un- passage pour les vaisseaux; mais qu'il avoit vu au Sud ou au Sud-Est, un grand rambre de petites Isles, de bancs de sable et de brisans. Je prévis qu'il y auroit du danger à suivre cette route ; et j'y renonçai : je crus qu’il valoit mieux regagner Annamooka par le chemin que j'avois déjà fait, et que j'avois trouvé bon.

J'aurois appareillé le lendemain, si le vent n’eût pas été trop dans la partie du Sud et très-variable. Poulaho, à qui

échange, et ire aux prorre a boire, Les Naturels ‘ent d'abord apportoient ; etirérent: ils id ils vinrent ne s’avisa de quittai, plué,et j'étudiai ; mirent leur érent et frotles doigts des as le cercle, cette marque seul mot. La à Poulaho me ezles Natious

rai à bord : il bit reconnus, isscaux; mais d rombre de s. Je prévis 2; et jy re- Annamooka avois trouvé

n’eût pas été oulaho, à qui

DE COOK. (1777) 289 je donnerai désormais le titre de Roi, vint à bord dès le grand matin, et il m’apporta un de leurs chapeaux de plumes rouges. Nous faisions grand cas de ces chapeaux; carnoussavions qu'ils seroient d’un prix extrême à O-Taïti; mais nous en offrimes inutilement une valeur considérable ; on ne voulut nous en vendre aucun, et nous en conclames qu'ils ne les jugeoient pas moins précieux : excepté le Capitaine Clerke , Omai et moi, personne des deux vaisseaux ne put s'en procurer un. Ces chapeaux , ou plutôt ces bonnets, sont faits de plumes de la queue des oiseaux du Tropique, tissues avec des plumes rouges de perroquets: ils n’ont point de coéffes; on les attache sur le front comme un diadéme; leur forme est celle d’un demi-cercle, dont le raycn a dix-huit ou vingt pouces. M. Webber a dessiné Poulaho portant un de ces bonnets, et la gravure en donnera une idée plus exacte. Le Roi demeura à bord jusqu’au soir; mais son frère, qui s’appeloit aussi Futtafaihe, et quelques personnes de sa suite, passèrent la nuit sur /a Résolution.

Je mis à la voile le 29, à la pointe du jour, avec une jolie brise de l'Est-Nord-Est, et je marchai à l'Ouest ; je voulois retourner à Annamooka par la route que j'avois déjà faite durant cette campagne. Plusieurs pirogues à voiles, dont l'une étoit montée par le Roi, nous suivirent. Dès que le Prince fut à bord de /a Résolution, il demanda son frère et ses autres compatriotes, qui avoient passé la nuit avec nous : nous jugedmes qu'ils éfoient restés sur notre vaisseau sans sa permission. Quoiqu'ils n’eussent pas moins de trente ans, la réprimande sévère que Ponlaho leur fit en peu de mots leur arracha des larmes. Le

Roi ne tarda pas à changer de disposition; car, en nous Tome J." 19

quittant , il laissa à bord son frère et cinq hommes de sa suite ; nous eûmes de plus la société d’un Chef, qui .arrivoit de Tongataboo, et qui s'appeloit Touhoueitoa. Dès l'instant où il fut sur le pont, il renvoya sa pirogue, et il déclara qu’il.coucheroit à bord avec les cinq personnes qui l’accompagnoiïent. Ma chambre étoit remplie d’étrangers; cette foule étoit bien incommode , mais je ne désirai pas qu’elle fat moins nombreuse, car les Insulaires m’apportoient une quantité considérable de provisions, pour lesquelles toutefois je leur donnois quelque chose en retour.

A une heure après midi, le vent de l'Est fut remplacé par une jolie brise du Sud-Sud-Est : comme nous marchions alors au Sud -Sud - Ouest, et même que nous prenions davantage dans la partie du Sud , nous fûmes obligés d'aller au plus près, et nous n’atteignimes qu’à huit ‘heures la côte septentrionale de Footooha, où nous passâmes la nuit à courir de petites bordées.

Le lendemain au matin, nousgouvernâmes sur Lofanga, où nos amis indiquoient un mouillage. La sonde ne toucha le fond qu'à une heure après midi; elle rapporta quarante brasses; c’étoit au côté sous le vent , ou Nord-Ouest, à environ un demi-mille de la côte : le rivage étoit escarpé et le fond de roche, et il ÿ avoit nne chaîne de brisans sous le vent. Ces obstacles me firent prendre la route de Kotoo:; je comptois rencontrer sous cette Isle un meilleur ancrage ; mais il nous avoit fallu un temps si long pour atteindre Lofanga, que nous n’arrivames près de Ko/oo qu’au coucher du Soleil; et ne pouvant mouiller, cette nuit se passa comme la précédente. À Le 31, à la pointe du jour, je manœuvrai sur le canal

ymmes de sa of, qui -arrie pueitoa. Dès irogue, et il q personnes plie d’étranje ne désirai alaires m’apisions, pour chose en re-

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nuit se passa

ai sur le canal

DE COOK. (1777) 291 qui est entre Kozvo et le récif de rochers, situé à l'Ouest de cette Isle; en m’approchant, je reconnus que le vent étoit trop foible pour traverser le canal : je longeai alors le bord extérieur du récif, et je marchai au Sud-Est jusqu'à midi, m'apercevant, à cette époque, que nous ne faisions point de progrès du côté du vent; et craignant de m’éloigner des Isles avec un si grand nombre de Naturels à bord, je reviraiet je revins sur mes pas, afin d'attendreune occasion de mouiller plus favorable. Nous ‘tions assez près de Footooka au coucher du Soleil, et nouspassâmes la nuit entre cette terre et Kotoo, sous les huniers et la misaine, Jes ris-pris : le vent devint frais ; il fut accompagné de rafalles et de pluies , et nous ne fumes pas sans crainte. Je tins le pont jusqu’à minuit ; j'y laissai alors le AZaster, auquel je donnai les ordres que je jugeai propres à dégager les vaisseaux des basonds et des rechers qui nous environnoient; mais après avoir fait une bordée au Nord et être revenu au Sud, un grain léger porta da Résolution plus au vent que je ne l’avois compté : elle manqua d’échouer sur une Isle basse et sablonneuse, appelée Pootoo-Pootooa, qui est entourée de brisans; heufeusement que l'équipage venoit de recevoir l’ordre de revirer , et que la plupart des matelots étoient à leurs pastes ; on exécuta avec sagesse et avec promptitude les mouvemens nécessaires, et nous ne dûmes"notre salut qu’à la prestesse etàla justesse de la maneuvre. La Découverte se trouvant delarrière, ne courut pas le même péril. Tous les Navigateurs qui entreprennent des voyages pareils aux nôtres, éprouvent des accidens de cette espèce, plus ou moins dangereux.

Nos passagers eurent tant d’effroi, qu'ils montrérent une grande envie de gagner la terre dès la pointe du jour. Je 19*

fis mettre un canot à la mer, jordonnai à l'Officier qui le commandoit de les débarquer à Kotoo, de sonder ensuite le long du récif de cette Isle qui s'avance en pointe dans la mer , et de chercher un mouillage. J'étois aussi fatigué que les Insulaires de louvoyer au milieu des Isles et des bas-fonds, et j'avois résolu de mouiller le plus tôt possible. Tandis que le canot étoit absent, nous essayAmes de conduire les vaisseaux dans le canal qui est entre l'Isle sadlonneuse et le récif de Kotoo ; nous comptions y trouver une profondeur modérée et y jeter l’ancre, mais la marée ou un courant s’opposèrent à nos efforts, et nous fümes réduit: à mouiller par cinquante brasses , l'Isle sablonneuse novs restant à YEst-quart-Nord-Est, à la distance d'un mille.

Nous y demeurémes jusqu'au 4 ; durant cet intervalle, le Roi, Tooboueitoa et les habitans des Isles voisines, vinrent nous voir plusieurs fois ; ils avoient un goût si vif pour nos marchandises, qu'un ve: très-fort ne les empéchoit pas de se mettre en route. Le Master alla sonder les canaux entre les Isles qui gissent à l'Est; et, dans la matinge du 2, je descendis à Kotoo pour examiner cette terre.

Les récifs de corail qui l’environnent la rendent à peine accessible aux canots ; elle n’a pas plus d’un mille et demi ou deux milles de longuettr, et sa largeur est moindre encore : l'extrémité Nord-Ouest est basse , comme les Isles d’Hopaee ; mois elle s'élève tout-a-coup vers le centre, et elle est terminée à l'extrémité Sud-Est par des dunes argilleuses et rougeâtres, qui ont environ trente pieds de hauteur. Le sol , dans cette partie, est de la même nature que celui des dunes ; mais, dans les autres, c'est un ter-

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reau friable et noir. Elle produit les fruits et les racines que nous avions trouvés sur les Isles de ce parage. Elle est assez bien cultivée, mais les habitans n’y sont pas en grand uombre. Tandis que je la parcourois , les matelots de mon canot coupoient du fourrage pour notre bétail; nous y plantâmes des grains de melons, ce qui parut faire beaucoup de plaisir aux Naturels ; nous environnames la plantation de branches d'arbres. En retournant au canot, je passai sur les bords de: deux ou trois étangs d'une eau bourbeuse, qui étoit plus ou moins saumatre ; et je vis un. des cimetières des Insulaires, beaucoup plus propre que ceux de Hapaee.

Nous appareillames le 4, à sept heures du matin; et, à l’aide d’un vent frais de Est-Sud-Est , nous gouvernâmes sur Annamooka, où nous mouillames le lendemain, à-peuprès à l'endroit où nous avions jeté l'ancre quelque temps auparavant. |

Je descendis à terre bientôt après, et je trouvai les. habitans qui travailloient avec ardeur à leurs plantations : ils recueilloient des ignames pour les apporter à notre marché. Deux cents d’entre eux s’assemblèrent sur la. grève; et ils firent, jusqu’à la fin du jour, des échanges, d’une manière aussi empressée que durant ma première relache. Quoiqu'il se fat écoulé peu de temps depuis notre départ , le fond de leurs richesses sembloit avoir beaucoup augmenté ; nous n'avions pu y acheter que du fruit à pain la première fois; mais ils nous vendirent celle-ci des ignames ct des bananes : d’où l’on peut conclure que la saison des différens végétaux de cette contrée se succède rapidement. Il parut aussi qu’ils s’étoient beaucoup adonnés à la culture pemdant notre absence; car nous trouvämes

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de vastes plantations de bananes sur des terrains que nous avions laissés en friche. Les ignames étoient parfaitement mûres ; nous en achetamts une quantité considérable , et nous donnâmes des ouvrages de fer en échange.

Nous avions laissé à Kotoo Toobou, avec Poulaho et d’autres Chefs; et nous dimes nous apercevoir que les Naturels du pays n’ctoient contenus par personne. Durant cette journée , aucun deux ne parut avoir de l'autorité. Avant de retourner à bord , j'allai jeter un coup-d’ceil sur les terrains où j'avois semé des graines de melon, et j'eus le chagrin de voir qu'une petite fourmi avoit gâté la plupart de ces graines. Mais les plantes de pomme-de-pin que jy avois déposées croissoient à merveille. |

Feenou arriva de Vavaoo le lendemain à midi : il nous dit que le gros temps avoit coulé bas plusieurs pirogues chargées de cochons et d'autres choses qu'il amenoit de cette Isle, et que les équipages avoieut péri. Une nouvelle si affligeante ne sembla intéresser aucun des Naturels ; quant à nous , nous le connoissions trop pour ajouter beaucoup de foi à son histoire. Vraisemblablement, il n’avoit pu se procurer à Vavaoo ce qu'il nous avoit promis : en supposant qu'il y eût embarqué des provisions, il les avoit sans doute laissées à Hapaee, où il dut apprendre que Poulaho étoit près de nous. Il savoit bien que celui-ci auroit, comme son supérieur , le mérite et la récompense du voyage. Son mensonge , cependant, ne fut pas mal imaginé; car le ciel avoit été si orageux les derniers jouts , que le Roi et tousles Chefs qui nous suivirent, de Hapaee à Kotoo, étoient demeurés sur cette dernière Isle , n’osant pas , ainsi que nous, affronter le gros temps. Ils m’avoient prié de les attendre à Aznamooka; c'est four cela que j'y

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DE COOK. (1777) 295 vins une seconde fois, et que je ne me rendis pas directement à del

Poulaho et les Chefs qui l'accompagnoient arrivèrent le 7 : j'étois à terre avec Feenou, qui sentit combien il avoit eu tort de prendre un titre qui ne lui appar-

tenoit pas. Non-seulement il reconnut Poulaho pour lé

Roi de Tongataboo et des autres Isles, mais il affecta dinsister beaucoup sur ce point, sans doute afin de réparer sa faute. Je le quittai, et j’allai faire ma cour à Poulaho : je le trouvai assis, et ayant devant lui quelques personnes : les Naturels s‘empressérent de venir rendre leurs devoirs à leur Roi, et le cercle fut bientôt trés-nombreux. J'examinai avec soin le maintien et la conduite de Feenou en cette occasion. Je fus convaincu qu'il jouissoit réellement d’une assez grande autorité; car il se placa: au milieu des courtisans qui étoient assis devant Poulaho : il fut d’abord.un peu honteux de ce que nous l’avions vu jouer un rôle bien différent ; mais il reprit bientôt son assurance.

Ces deux Chefs eurent un entretien qu’aueun de nous ne

comprit, et nous ne fumes pas satisfaits de l'interprétation qu'Omaï voulut nous en donner; mais nous sûmes alors à quoi nous en tenir sur le rang de Feenou. Il vint diner à bord avec moi, ainsi que Poulaho; et ce dernier seul s'assit à table. Feenou , après avoir rendu ses hommages à son Souverain, selon la méthode ordinaire, c’est-à-dire,

après avoir touché de sa tête et de ses mains les pieds me Roi, sortit de la graude chambre ‘(*). Poulaho nous avoit

(*) Leslettres du Père Cantova nous apprennent qu’on aborde les principaux Chefs ou Tumoles , des Isles Carolines, aussi respectueusement que le Souverain des Isles des Amis. « Lorsqu'un + Tamole donne audience, il paroît assis sur unc table élevée ÿ les

ein ea

assuré auparavant que ceci arriveroit ; et il fut démontré que Fcenou ne pouvoit pas même manger ou boire en présence du Roi.

Nous appareillames le jour suivant, à huit heures du matin, et nous primes la route de Tongataboo, à l'aide d’une jolie brise du Nord-Est, Quinze ou seize pirogues à voile partirent avec nous, et chacune d’elles marcha beaucoup plus vite que les vaisseaux. Feenou devoit faire la traversée sur da Résolution ; mais il aima mieux monter sa pirogue ; et il nous envoya deux guides, qu'il chargea de nous conduire au meilleur mouillage. Nous mîmes le cap au Sud-quart-Sud-Ouest du compas.

A cinq heures de l'après-midi, nous aperçûmes deux petites Isles dans l’Ouest, à environ quatre lieues. Nos pilotes donnoient à l’une le nom de Hoonga Hapace, et à l'autre celui de Hoonga Tonga; elles gissent par 20° 36/ de latitude ;:et à dix ou onze lieues de la pointe occidentale d'Aznamooka, ‘dans la direction du Sud 46° Ouest. Les Naturels que nous avions à bord nous dirent que Hoonga Hapace west habitée que par cinq hommes ; que

» peuples s’inclinent devant lui'jusqu’à terre, et du plus loin » qu'ils arrivent, ils marchent le corps tout courbé, et la tête » presque entre les genoux, jusqu’à ce qu'ils soient auprès de sa » personne : alors ils s’asseient à platte terre ; et, les yeux baissés, ». ils reçoivent ses ordres avec le plus profond respect. Quand le » Tamole les congédie , ils se retirent, en se courbant de la. » même manière que quand ils sont venus, ct ne se relevant que » lorsqu'ils sont hors de sa présence. Ses paroles sont autant » d'oracles qu’on révère ; on rend à ses ordres une obéissance » aveugle. Enfin on lui baise les mains et les pieds quand on lui » demande quelque grâce », Lettres édifiantes et curieuses , Tome XV, p. 312 ct 313.

ut démontré ou boire en

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p£ coor. (1777) 297 Hoonga Tonga n'a point d'habitans, mais que l'une et Yautre sont remplies d'oiseaux de mer.

Nous continuâmes la même route jusqu'à deux heures du matin du jour suivant : nous aperçümes à cette époque des lumières en avant; et ne sachant pas si elles se trouvoient à terre ou à bord des pirogues , nous serrames le vent, et nous fimes une courte bordée à droite et à gauche, jusqu'au lever de l'aurore. Nous remimes ensuite le cap au Sud-quart-Sud-Ouest. Bientôt après , nous découvrimes plusieurs petites Isles devant nous, et Eooa et Tongataboo par-dela. La sonde rapportoit vingt-cing brasses, fond de sable et de corail brisé. La profondeur de la mer diminua peu-à-peu, à mesure que nous approchames des Isles indiquées tout-d-lheure ; elles sont dispersées le long de la bande Nord-Est. de Tongataboo. D’après le-conseil de nos pilotes, nous gouvernâmes sur le centre de cette dernière terre, et vers le canal le plus large qu’offrent les petites Isles au milieu desquelles nous devions passer : nos canots sondoient en avant. Nous fûmes portés insensiblement sur une large batture , où l'on trouvoit , au-dessous de la surface de l’eau, une quantité innombrable de rochers de corail de différentes profondeurs. Malgré notre vigilance et nos soins, 4a Résolution toucha sur un de ces écueils. La Découverte toucha également , quoiqu’elle fut derrière nous. Heureusement que le choc ne fut pas trop fort, et que les deux vaisseaux v'essuyérent aucun dommage. Nous ne pouvions rétrograder sans accroître le péril; car nous étions arrivés avec un vent presque de bout: il n'étoit pas possible non plus de mouiller; les rochers auroient certainement coupé nos cables , et nous fumes réduits à continuer notre route.

Comme on nous assuroit , et comme nous voyions nousmêmes, que la mer avoit plus de profondeur dans l'espace intermédiaire entre nous et la côte, je m'arrétai à cet expédient et je conçus de l'espoir. Toutefois, pour ne négliger aucune précaution, je fis jeter l'ancre dès que nous eûmes trouvé un fond qui n’étoit pas de roche, et j'ordonnai aux Masters de monter deux canots et d'aller prendre des sondes. |

Nous mouillames à midi, et plusieurs habitans de Tongataboo arrivèrent bientôt sur leurs pirogues. Ils nous répétérent, ainsi que nos pilotes, que nous trouverions un peu plus loin la mer profonde et un fond sir. Ils ne se trompoient pas : car, sur les quatre heures, les canots nous avertirent, par un signal, qu'ils avoient découvert un bon mouillage. Nous appareillâmes tout de suite ; et après avoir marché jusq'’a la nuit, nous jetâmes l’ancre par neuf brasses, sur un excellent fond de sable.

Il y eut quelques ondées de pluie durant la nuit; mais, à l'approche du matin, le vent passa au Sud et au Sud- Est, et amena le beau temps. Nous mimes à la voile à la pointe du jour; et, en manœuvrant sur la côte, nous ne rencontrames que des obstacles visibles et faciles à éviter.

Tandis que nous essayions de gagner le havre, auquel les Naturels nous conduisoient, le Roi se tint dans sa pirogue , qui voguoit autour de nous. Nons étions d’ailleurs environnés d’une multitude de petites embarcations. Poulaho en renversa deux qui ne purent lui laisser le passage libre, et il les fit chavirer avec autant d'indifférence que si elles n’avoient eu personne à bord. Parmi les Insulaires dont nous regimes la visite, j'aperçus

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DE COOR. (1777) 299 Otago (*), qui m'avoit été si utile durant mon second Voyage, et un autre appelé Toobou, qui avoit alors conçu beaucoup d'amitié pour le Capitaine Furneaux; chacun d'eux m’apporta un cochon et des ignames, et je | ne manquai pas de leur donner aussides marques d'amitié 4 de mon côté. we ny Nous atteignimes enfin le havre sur les deux heures | de l’aprés-diner ; il étoit bien abrité, et formé au Sud-Est à par la côte de Tongataboo, et à l'Est et au Nord-Est par deux petites Isles. Nous y mouillâmes sur dix brasses, fond de sable vaseux, et à un tiers de mille du rivage. tk

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