‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 78 sur 82 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

n'ayant pris soin, ou ne s'étant occupé des trois moutons que j'avois donnés à Mareewagee, je les fis ramener aux vaisseaux. Si je les eusse laissés sur cette terre, ils auroient couru grand risque d’être tués par les chiens. Il n'y avoit point de chiens à Tongataboo lorsque j'y abordai en 1773; mais j'en trouvai un assez grand nombre cette fois: ils venoient des mâles et des femelles que j'y avois déposés moi-même, et de quelques autres apportés depuis d’une : Isle peu éloignée, qu'on nomme Feejee. Cependant ils ne s'étoient pas ‘tépandus sur les autres Isles de ce groupe, et ils appartenoient tous aux Chefs.

M. Anderson m'a donné , sur cette Isle et sur ses productions , quelques détails , que je vais insérer ici. Comme nous venions d’y passer trois semaines , et que nous n'y relachames que trois jours en 1773 (*), on sent que nous avons dû acquérir plus de !nmières sur l'histoire naturelle du pays et les mœurs des habitu:<. D'ailleurs, les recherches toujours instructives et toujour: intéressantes de M. Anderson, suppléeront aux erreurs et aux omissions qui peuvent se trouver dans la relation de mon secoud Voyage.

ee « L'Isle d’ Amsterdam, ou de Tongataboo, ou, » comme les Naturels l'appellent souvent, de Tanga, a » ‘environ vingt lieues de tour ; elle est un peu oblon- » gue, mais beaucoup plus large à l'extrémité orientale ;

sa plus grande longueur se trouve de l'Est à l'Ouest, » La côte Sud, que je vis en 1773, est en ligne droite; » elle offre des rochers de corail de huit ou dix pieds de hauteur, et elle se termine perpendiculairement, excepté en quelques endroits, où elle est interrompue

(*) Du 4 au 7 Octobre.

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par de petites grèves de sable , sur lesquelles on aperçoit, à la marée basse, une file de rochers noirs. La largeur de l'extrémité Ouest n'excède pas cing ou six milles, et la côte y est , à bien des égards, pareille à celle de la bande méridionale : la bande Nord est environnée partout de bas-fonds et d'Isles , et la céte-y est basse et sablonneuse. L’extrémité orientale ressemble vraisemblablement à celle du Sud ; car le rivage commence à se remplir de rochers vers la pointe Nord-Est, quoiqu'il n'ait pas plus de sept à huit pieds d’élévation.

» On peut compter cette terre au nombre des Isles basses ; en effet, les arbres de la partie occidentale où nous étions à l'ancre se montroient à peine ; et la pointe Sud-Est est le seul district proéminent que nous puissions apercevoir des vaisseaux. Lorsqu'on

» est à terre, on voit néanmoins plusieurs terrains qui

s’élévent et s'abaissent doucement. Le pays, en général, n'offre pas ce magnifique paysage qui résulte d’une multitude de collines, de vallées, de plaines, de ruisseaux et de cascades ; mais il étale , aux yeux des spectateurs, la fertilité la plus abondante. Les lieux abandonnés aux soins de la nature annoncent la richesse du sol, aussi bien que les dictricts cultivés par les Insulaires. La verdure est perpétuelle dans les uns et les autres, et toutes les productions végétales y sont d’une extrême force. De loin, l'Isle entière paroit revêtue d’arores de différentes tailles, dont quelques- uns sont très-gros.

» Les grands cocotiers élèvent toujours leur tête pana- » chée, et ils ne contribuent pas foiblemen? à ia déco- » ration de cette scène. LeBoogo, qui est une espèce de » figuier à feuilles étroites et épointées, est l'arbre le plus

considérable : le Pandanus, des Hybiscus de plusieurs sortes, le Faitanoo, dont on a déjà parlé plus d'une fois et un petit nombre d'arbres, sont les arbrisseaux et les petits arbres que présentent communément les cantons en friche, sur-tout vers la mer. Si les diverses choses qui forment les grands paysages n'y sont pas nombreuses, il y a une foule de sites qu’on peut appeler de jolis points-de-vue ; ils sont répandus autour des champs mis en culture et des habitations, et particulièrement autour des Fiatookas , où l’art, et quelquefois la nature, ont beaucoup fait pour le plaisir des yeux.

» Tongataboo étant peu éloignée du tropique, le climat y est plus variable que sur les Isles situées plus près de la ligne : au ‘reste, nous y relachdmes au solstice d'hiver , et il faut peut-être attribuer à la saison l'instabilité du temps. Les vents y soufflent le plus sou-

» vententre le Sud et l'Est ; et lorsawils sont modérés, » on a ordinairement un ciel pur. Quand ils deviennent

plus frais, l'atmosphère est chargée de nuages ; mais elle n'est point brumeuse , et il pleut fréquemment. Les vents passent quelquefois au Nord-Est ou Nord- Nord-Est, ou même au Nord-Nord-Ouest ; mais ils ne sont jamais d’une longue durée, et ils ne soufflent pas avec force de ces points du compas, quoiqu’ils se trouvent en général accompagnés d’une grosse pluie et d’une chaleur étouffante. Ou a déjà dit que les végétaux se succèdent d’une manière trés-rapide ; je ne suis pas sûr toutefois que les variations de l'atmosphère, qui produisent cet effet, soient assez frappantes pour être remarquées des Naturels, ou que les diverses sai-

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» croire le contraire; car le feuillage des productions

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» diverses époques de l’année; chaque feuille qui tombe

» est remplacée par une autre, et on jouit d'un printemps

» universel et continu.

» Un rocher de corail, le seul qui se présente sur la

» côte, sert de base à l'Isle, si nous pouvons en juger

» d’après les endroits que nous avons examinés. Nous » n’y aperçümes pas le moindre vestige d'aucune autre » pierre, si j'en excepte les petits cailloux bleus répan- » dus autour des Fiatookas, et une pierre noire , polie » et pesante, qui approche du Lapis Lydius, et dont » les Naturels font leurs haches. Il est vraisemblable que » ces dernières pierres ont été apportées des terres des » environs; car nous achetâmes de l’un des Insulaires » un morceau de pierre de la nature des ardoises, et cou- » leur de fer, que les habitans du pays ne connoissent » pas. Quoique le corail s’élance en beaucoup d'endroits » au-dessus de la surface du terreau , le sol est, en gé- » néral, d'une profondeur considérable. Dans tous les » districts cultivés, il est communément noir et friable, » et il semble venir en grande partie du détriment des » végétaux : il est probable qu'il se touve une couche » argilleuse au-dessous ; car on la rencontre souvent dans » les terrains bas et dans ceux qui s'élèvent, et sur-tout » en divers endroits près de la côte, où il est un peu » renilé : lorsqu'on le fouille , il paroît quelquefois rou- » geûtre, plus ordinairement brunâtre et compacte. Dans » les parties où la côte et basse, le sol est sablonneux , ou plutôt de corail trituré ; il produit néanmoins des

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arbrisseaux trés-vigoureux, et les Naturels les cultivent de temps-en-temps avec succès.

» Les principaux fruits que cultivent les Naturels, sont les bananes, dont on compte quinze sortes ou variétés, le fruit à pain, deux espèces de ce fruit qu’on trouve à O-Taÿti, et qu'on y appelle Jambu et Eeevee (le dernier est de la nature de la prune), et une multitude de Shaddecks, qu'on y voit aussi souvent dans l'état de nature.

» Deux espèces d’ignames, dont la première est noire, et si grosse qu'elle pèse souvent vingt ou trente livres , et dont la seconde, blanche et longue, en pèse rarement une ; une grosse racine appelée Kappe ;une autre qui approche de nos patates blanches, et qu'on nomme Mawhaha; le Talo ou le Cocos de quelques Isles. des environs, et une dernière, appelée Jecjee, forment la liste des plantes de Tongataboo.

» Outre un grand nombre de cocotiers, il y a trois autres espèces de palmiers, dont deux sont rares. L'un est appelé Beeoo ; il s'élève presque à la hauteur du cocotier; il a de très-larges feuilles, disposées comme celles d’un éventail, et des grappes de noix globulaires, de la grosseur d’une balle de pistolet : ces noix croissent parmi les blanches; elles portent une amande très-dure, qu'on mange quelquefois. Le second est une espèce de chou palmiste, distingué seulement du coco en ce qu'il est plus épais, et qu'il a des feuilles decoupées ; il produit un chou de trois oy quatre pieds de long ; on voit, au sommet de ce chou , des feuilles, et au bas, un fruit qui est à peine de deux pouces de longueur , qui ressemble à une noix de coco oblongue ,

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» et qui offre une amande insipide et tenace, que les Na- » turels appellent Neeoogola, ou la noix de coco rouge, » parce qu’elle prend une teinte rougeatre lorsquelle » est müre. Latroisième espèce, qui se nomme Ongo- » ongo, est beaucoup plus commune; on la trouve autour » des Fiatookas ; sa hauteur ordinaire est de cing pieds ; » mais elle a quelquefois huit pieds d’élévation ; elle pré- » sente une multitude de noix ovales et comprimécs , » qui sont aussi grosses qu'une pomme de reinette, et qui » croissent immédiatement sur le tronc, parmi les feuilles. » L'Isle produit d’ailleurs une multitude de canncs de » sucre excellentes, dont les Naturels prennent soin; » des gourdes, des bambous, des souchets des Indes, et » une espèce de figues, de la grosseur d’une petite cerise, » appelée Matte, qu'on mange quelquefois ; au reste, » le catalogue des plantes qui croissent naturellement » est trop nombreux pour l’insérer ici. Indépendamment » du Pemphis decaspermum, du Mallococca et du Maba, » et de quelques autres genres nouveaux décrits par le » Docteur Forster (*), on en trouve un petit nombre » d’autres, que la saison de l'année, ou la briéveté de » son séjour , ne lui ont peut-être pas permis de remar- » quer. J’ajouterai que notre relâche fut beaucoup plus. » longue, que cependant nous ne vimes pas en fleur plus de » la quatrième partie des arbres et des plantes, et qu'uinsi je » suis bien éloigné d’en connoitre les différentes espèces. » Les quadrupèdes du pays se bornent à des cochons, » à un petit nombre de rats, et à quelques chiens qui » ne sont pas indigènes, mais qui viennent des couples

(*) Voyez son ouvrage qui a pour titre : Caracteres generur plantarum. Londres, 1776.

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que nous y laissämes en 1773, et de ceux que les Naturels ont tiré de Feejee. Les volailles sont d’une grande taille, et vivent dans l'état de domesticité.

» Nous remarquâmes, parmi les oiseaux, des perroquets un peu plus petits que les perroquets gris ordinaires, dont le dos et les ailes sont d’un vert assez faible, la queue bleuâtre, et le reste du corps couleur de suie ou de chocolat; des perruches de la grandeur d’un moineau, d’un beau vert jaunatre , ayant le sommet de la tête d’un azur brillant, le cou et le ventre rouges : une troisième espèce, de la taille d’une colombe, a le sommet de la tête et les cuisses bleus, le cou, la partie inférieure de la tête et une partie du ventre cramoisis, et le reste d'un joli vert. » Nous aperçûmes des chouettes de la grandeur de nos chouettes ordiuaires, mais d'un plumage plus beau; des coucous pareils à ceux de Fsle Palmerston ; des martins - pêcheurs de la grosseur d'une grive , d'un bleu verdatre, et portant un collier blanc; un oiseau de l'espèce de la grive, dont il a presque la taille. Celui-ci porte deux cordons jaunes à la racine du bec : c’est le seul oiseau chantant que nous ayions rencontré ; mais il produit des sons si forts et si mélodieux , que les bois sont remplis de son ramage, au lever de l'aurore, le soir, et à l'approche du mauvais temps. » Je ne dois pas oublier, dans la liste des oiseaux de terre, des râles de la grandeur d’un pigeon, qui sont d’un gris tacheté, et qui ont le cou brun, une autre espèce qui est noire, qui a les yeux rouges, et qui n’est pas plus grosse qu'une allouette ; deux espèces de gobe-monches, une trés-petite hirondelle , trois es-

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pèces de pigeons , dont l'une est le ramier-cuivré de M. Sonnerat (*); la seconde n’a que la moitié de la grosseur du pigeon ordinaire ; elle est d’un vert pâle au dos et aux ailes, et elle a le front rouge ; la troisiéme,un peu moindre, est d'un brun pourpre, et blanchâtre au-dessous du corps.

» Les oiseaux marins, ou ceux qui fréquentent la mer, qu'on trouve à Tongataboo, sont les canards que nous avons vus en petite quantité à Annamooka ( on n’en rencontre guéres), les hérons bleus et blancs, les oiseaux du Tropique, les noddies communs, les hirondelles de mer blanches, une nouvelle espèce, qui est couleur de plomb, et qui a la tête noire; un petit courlis bleuâtre, un grand pluvier tacheté de jaune. Outre les grosses chauves-souris indiquées plus haut, je ne dois pas oublier la chaue-souris commune.

» Les seuls animaux nuisibles ou dégoutans de la fa mille des reptiles ou des insectes, sont les serpens de mer, de trois pieds de longueur, qui offrent alternativement des anneaux blancs et noirs, et qu'on voit souvent sur la côte, quelques scorpions ét des Centipedes. Il y aide beaux Cuanoes verts, dun pied et dem: de long, un second lézard brun et tacheté , d'environ douze pouces de longueur, et deux autres plus petits. On distingue , parmi les insectes , de belles teignes , des papillons, de très-grosses araignées et d’autres. J'ai remarqué en tout cinquante espèces d'insectes » La mer abonde en poissons; mais les espèces ne m'en parurent pas aussi variées que je l'espérois. Les

(*) Voyage à la Nouvelle-Guinée, planche toa,

» plus communs sont les mullets, plusieurs sortes de » poissons-perroquets, le poisson d'argent , les vieilles » femmes (1), des soles joliment tachetées, des Leather

Jackets, des bonites et des albicores, des anguilles , les mêmes que nous avions trouvées à l'Isle Palmerston , des requins, des raies, des flites(2), une espèce de brochet, et des diables de mer.

» dies récifs et les bas-fonds, si nombreux au côté septentrional de l'Isle, sont seuil d’une multitude de coquillages très-variés ; et il y én a beaucoup qu'on regarde comme précieux dans nos cabinets d’Histoire naturelle. Je me contenterai d'indiquer ici le véritable marteau, dont je ne pus me procurer un échantillon entier ; une grosse huître dentelée, et bier. d’autres qui ne sont pas de l'espèce commune ; des Panamas, des cônes, une viénorme, qu'on trouve aussi aux Indes Orientales ; des huîtres perlières ; plusieurs de ces huîtres paroissent avoir échappé aux recherches des Naturalistes et des amateurs les plus curieux. On y trouve aussi du frai de poissons de plusieurs sortes ; une multitude de belles étoiles de mer; et des coraux très-variés : j'en remarquai deux rouges ; le premier portoit de jolies branches , et le second étoit tubuleux. Les crabes et les écrevisses y sont très-abondans et très-variés. Il faut ajouter à ce catalogue plusieurs espèces d'éponges , le lièvre de mer, des holoturiae, et diverses substances de ce genre.

(1) y a dans l'original , old wives.

(2) On lit pipe fish dans le texte.

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