‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 77 sur 82 · Tome Ie · texte numérisé non relu

Tome Ie

pirogue d’O-Taiti, que la mer avoit jeté sur la côte. Une large prairie de gazon, parsemée d'arbres, parmi lesquels nous en distingudmes de très-gros, de Péapics appelée Etoa dans le pays, formoit le pied de la colline. Ces derniers arbres ressemblent aux cyprés , et ils produisent un bon effet dans un cimetière. Nous apercimes aussi près de l’un des quatre édifices , une file de palmiers peu élevés, et derrière , un fossé rempli d’une multitude de vieux paniers. M. Webber a dessiné ce fiatooka , et la gravure servira de supplément à la description qu’on vient de lire.

Après notre dîner, ou plutôt après que nous eûmes pris un léger rafraîchissement que nous avions apporté du vaisseau , nous nous avançämes dans l'intérieur du pays, accompagnés de l’un des Ministres du Roi. Il défendit à la populace de nous suivre, et notre cortège ne fut pas nombreux. Il ordonna de plus à tous ceux que nous rencontrames sur notre route, de se tenir assis jusqu’à ce que nous eussions passé c’est-à-dire, qu'il leur enjoignit de nous donner la marque de respect que cette peuplade ne donne qu'a ses Souverains. Nous trouvames le pays cultivé presque par-tout ; le plantations nous offrirent différentes sortes de fruits, et la plupart étoient environnées de haies. Quelques terrains, exploités jadis, se reposoient. Ceux qui n’avoient pas encore été mis en culture, produisoient néanmoins des arbres, d'où les Naturels tirent du bois, et ils sont utiles sous ce rapport. Nous atteignimes plusieurs . grandes maisons inhabitées ; on nous dit qu’elles appartepoient au Roi. Il y a une multitude de grands chemins bien fréquentés; et beaucoup de sentiers qui mènent aux divers cantons de l'Isle. Comme les chemins sont bons et le pays uni, notre petit voyage n'eut rien de pénible. Je ne dois

côte. Uné ni lesquels e appelée , Ces derduisent un aussi près eu élevés, vieux paa gravure ent de lire.

eûmes pris té du vaispays, acfendit a la t pas nomcontrâmes nous eusde nous ne donne é presque tes sortes aies. Quelx qui n’aent néanbois, et ils plusieurs appartemins bien ux divers et le pays e ne dois

DE COOK. (1777) 339 pas oublier que lorsque nous fimes sur les parties les plus élevées de l'Isle, à au moins cent pieds au-dessus du niveau de la mer , nous découvrimes souvent le rocher de corail qu'on voit sur la côte. Il étoit troué, et il offroit les hachures et les inégalités qu’offrent ordinairement les rochers exposés à l’action des flots; et, quoiqu'il fat à peine recouvert de terreau, il produisoit des plantes et des arbres d'une végétation très-forte. On nous conduisit à divers petits étangs et à des ruisseaux; mais, en général, l'eau me parut puante ou saumatre; les Naturels me l’avoient citée néanmoins comme excellente. Les petits éfangs sont un peu dans l'intérieur des terres, et les ruisseaux, près de la côte de la baie, et au-dessous de la marque de la marée haute ; ensorte qu’on ne pourroit y prendre une eau assez mauvaise qu’au temps de la mer basse.

Nous ne fumes de retour de cette promenade qu’à l'entrée de la nuit. Le souper nous attendoit : il fut composé d'un cochon cuit au four, de poissons et d’ignames, le tout extrêmement bien apprété selon la méthode du pays. N’apercevant rien qui put nous amuser, nous suivimes l'usage des Insulaires, et nous nous couchames. On avoit étendu sur le plancher des nattes qui devoient nous servir de lits, et des pièces d’étoffe. qui nous tinrent lieu de couverture. Nous avions apporté du vin et de l'eau-de-vie, et le Roi, qui avoit bu beaucoup, dormit dans la même maison, ainsi que plusieurs autres habitans de l'Isle. Il'se leva, de même que ses compatriotes, long-temps avant la pointe du jour. Ils se mirent à causer au clair de la Lune; on imagine bien qu'ils parlérent de nous ; le Prince raconta ce qu'il avoit vu ou ce qu'il avoit observé. Ils se dispersèrent de différens côtés au lever de l'aurore ; mais aa*

340 TROISIEME VOYAGE ils ne tardèrent pas à revenir, et ils amenérent une foule assez nombreuse,

Ils préparérent alors un bowl de Kava. Tandis qu'ils composoient cette liqueur, j'allai faire une visite à Toobou, l'ami du capitaine Furneaux, qui avoit près de cet endroit une'maison dont la grandeur et la propreté égaloient les plus belles du canton. Je trouvai chez lui une troupe d’Insulaires qui préparoient aussi leur boisson du matin. Il me donna un cochon en vie; il m'en donna un second rôti, des ignames et une pièce d’étoffe. Lorsque je rejoignis le Rol, il étoit assis au milieu des gens de sa suite, et il buvoit un autre bowl de Kava. Quand il ne resta plus de liqueur, il dit à Omaï qu'il alloit à une cérémonie funèbre, appelée Tooge, en l'honneur d’un de ses fils mort depuis peu de temps, et il nous pria de l’accompagner. J’y consentis d’autant plus volontiers, que je m’attendois à découvrir quelque chose de nouveau ou de curieux.

Le Roi sortit d'abord, suivi de deux vieilles femmes; il mit un habit neuf, on plutôt une nouvelle pièce d’étoffe, par-dessus laquelle il plaça une natte déguenillée, qui devoit avoir servi à Son grand-père, dans une occasion pareille. Ses domestiques, ou les gens de son cortège, étoient tous vêtus de la m@me facon, mais leurs nattes ne paroissoient pas aussi antiques que celles de leur maître. Nous marchâmes précédés de huit ou dix personnes , qui portoient un rameau vert autour de leur cou. Poulaho avoit un rameau de la même espèce, qu'il tint à la main jusqu’au moment où nous approchames du lieu du rendezvous; à cette époque, il le mit également autour de son cou. Nous entrâmes dans un petit enclos, où nous vimes

t une foule

‘andis qu'ils site a Tooprès de cet opreté égahez lui une boisson du 1 donna un . Lorsque je gens de sa Quand il ne à une céréd’un de ses de l’accomers, que je uveau ou de

les femmes; éce d'étoffe, enillée , qui ne occasion son cortège, rs nattes ne leur maître.

sonnes , qui ou. Poulaho nt à la main du rendeztour de son nous vimes

DE COOK. (1777) 34t une jolie maison, et un homme assis à la porte. À mesure que les Insulaires entrérent, ils ôtèrent les rameaux qui leur servoient de colliers, et ils les jetèrent. Dès que le Roi fut assis , les Naturels s’assirent devant lui, selon l’ordre accoutumé. Il survint une centaine de Naturels, la plupart d'un âge avancé , et équipés comme les premiers, et le cercle s’augmenta peu-à-peu. Tout le monde étant réuni , un des domestiques de Poulaho apporta une grosse racine de Kaba, et un vase qui contenoit quatre ou cinq gallons. Plusieurs des assistans mâchèrent la racine, et le vase se remplit bientôt de liqueur. Sur ces entrefaites, d’autres préparoient Jes feuilles de bananier, qui devoicnt tenir lieu de coupes. On servit la première coupe au Roi, qui ordonna de la présenter à un homme qu'il indiqua; on lui offrit encore la seconde, qu'il but : la troisième fut, pour moi. L’échanson qui les remplissoit demanda ensuite, sur chacune, à qui il falloit l'envoyer; l'un des Naturels nommoit la personne, ct on se conformoit à ses désirs. Quand il ne resta plus guéres de liqueur, l’échanson ne sut trop aqui envoyer les coupes, ct il consulta souvent ceux qui se trowvoient assis prés de lui. La distribution se fit de la méme maniére, tant quil y eut quelque chose dans le vase. La moitié des assistans n'eut point de part à ce régal, et nous n'aperçümes toutefois aucun mécontent. Nous ne comptames que six coupes de feuilles de bananiers; celui qui venoit de boire‘ jetoit la sienne par terre, et des domestiques la ramassoient , et la portoient à l’échanson, qui la remplissoit. Le Roi et les Insulaires fureut assis tout le temps ; ils conservèrent leur gravité ordicaire, et ils se’ dirent à peine quelques mots.

Nous imaginions que la cérémonie funèbre alloit entiu

commencer ; mais, lorsqu'ils eurent achevé de boire la Kava, ils se levérent, et ils se dispersèrent, à notre grand regret. Si ce fut réellement une cérémonie funèbre, elle fut un peu singulière : au‘reste, c’étoit peut-être le second, le troisième, ou le quatrième deuil; ou, ce qui arrivoit assez souvent, Omai comprit mal ce que Poulaho lui avoit dit. Excepté le vêtement particulier des assistans, et le rameau vert qu'ils portérent d’abord autour de leur cou, nous étions tous les jours témoins de ce qui se passa dans cette assemblée.

&>« Nousavions vu (*) quelquefois boire la Kavadans » les autres Isles ; mais pas aussi fréquemment qu'ici, où » les principaux du pays ne font autre chose durant la ma- » tinée. La’ Kava et une espèce de poivre, que les habi- » tans cultivent pour en tirer leur liqueur favorite ; ils » Pestiment beaucoup; ils ont grand soin d’écarter tout ce » qui peut nuire à sa croissance, et ils la plantent ordi-

- >» nairement autour de leurs maisons. Elle ne s'élève gué-

» res au-delà de la hauteur d’un homme , quoique j'en aie » vu dune élévation presque double. Elle forme une » multitude de branches; elle’a de larges feuilles en forme » de cœurs, et des tiges réunies. La racine est la seule » partie qu'on emploie aux Js/es des Amis. Lorsqu'on » la recueille, on la donne a des domestiques qui la bri- » sent en morceaux, et qui la nettoient avec une coquille, » ou un morceau de bois, et chacun en mâche une por- » tion, qu'il rejette dans une feuille de bananier. Celui qui » doit préparer la liqueur rassemble toutes les parties » ainsi mâchées; il les jette dans un vase de bois, avec la

(*) Ces détails sur la kava sont tirés du Journal de M. Anderson,

boire la tre grand ebre, elle e second, i arrivoit ) lui avoit ns, et le leur cou, assa dans

Cavadans qu'ici, où ant la males hahiorite ; ils 'r tout ce ent ordiève guee j'en aie me une on forme la seule orsqu’on i la brioquillc, ne porelui qui parties avec la

nderson.

DE COOK. (1777) 343 » quantité d’eau nécessaire pour donner à la boisson un » degré de force suffisant. Il méle ensuite le tout avec les » mains; iljette, sur la surface, des matières dont on fait » les nattes ; ct il intercepte par la les parties fibreuses de » la racine, qu'il ne manque pas de tordre, afin d’en ex- » primer ce qu’elles contiennent de liquide. Ona déja dit » de quelle manière on la distribue : on en met ordinaire- » ment un quart de pinte dans chaque coupe. Les: Insu- » laires étant habitués à ce breuvage, on n’apercoit pas » d’abord l'effet qu'il produit sur eux ; mais ceux d’entre » nous qui voulurent en goûter, trouvèrent quelle enivre » comme nos liqueurs fortes, ou plutôt quelle cause len- » gourdissement qu’on éprouve lorsqu'on a pris de l'opium » ou d’autres substances soporitiques. Quoiqueles Naturels » ne gardent jamais cette liqueur, quoique je les aie-vus » en bdire à sept reprises différentes, dans une matinée, elle est très-désagréable, et la plupart ne peuvent l'avaler

‘» sans frissonner et sans grimacer »,

Dès que la cérémonie fut terminée, nous partimes de Mooa, afin de retourner aux vaisseaux. En descendant la lagune ou l'entrée, nous rencontrâmes deux pirogues qui revenoient de la pêche. Poulaho leur ayant ordonné

d'aborder notre canot, prit tout le poisson et tous les co-

quillages qu’el!es conduisoient à terre. Il arréta ensuite deux autres embarcations , qu’il fouilla également, mais dans lesquelles il ne trouva rien. Je ne sais pourquoi il exerca ce despotisme, car notre canot étoit rempli de provisions, Tl me donna une partie du poisson qu'il avoit enlevé, ct ses serviteurs vendirent le reste à bord de dz Résolution. Nous atteignimes aussi une grande pirogue à voile; les Naturels qu'elle portait étoient debout lors-

ue

que nous les approchämes, et :!: s’assirent jusqu’à ce que nous les eussions dépassés: le Pilote lui-même, qui

tenoit le gouvernail, et qui ne pouvoit manœuvrer dans cette position , s’assit comme les autres.

Poulaho et diverses personnes m'ayant assuré qu’ Oxewy, petite Isle située à environ une lieue, par le travers de la lagune, ct au côté Nord du canal qui se trouve à l'Est, offroit de l’eau excellente, je voulois m’en assurer, et nous y débarquâmes. Je reconnus que cette eau est aussi saumâtre que‘celle de l'étang et des ruisseaux où nous avions rempli nos futailles. La main de homme n’a point changé la face de lIsle, qui n’est fréquentée que par des pécheurs, et qui, outre les productions delIsle Pa/merston, offre d'ailleurs quelques-uns des arbres appelés Ætoa. Après avoir quitté Oxewy, où nous dinames, nous examinâmes un rocher de corail très-précieux , qui semble avoir été jeté sur le récif’ de cette terre. Il est élevé de dix ou douze pieds au-dessus des flots qui l’environnent. La base sur laquelle il est appuyé n’a pas plus d'un tiers de la circonférence du sommet, évaluée par nous à environ cent pieds, et couverte de ces arbres nommés Etoa et Pandanus.

Lorsque jarrivai sur Ze Résolution, j'appris que tout s’étoitbien passé durant mon absence, et que les Naturels n’avoient pas commis un seul vol: Feenou et Futtafaihe se vantérent beaucoup d’avoir maintenu une si bonne police: nous en conclimes que ies Chefs sont revétus d'une grande autorité, et qu'ils sont les maîtres de prévenir les désordres ; mais ils n’y étoient guères disposés, car on leur portoit ordinairement , et peut-être ton jours, ce qu'on nous déroboit.

jusqu’a ce même, qui vrer dans

‘ u’Onewy, avers de la hve a I’L'st, er, et nous aussi saujous avions int changé ar des péalmerston, lés Etoa.

nous exaqui semble t élevé de ivironnent, d’un tiers us à enviamés Etoa

S que tout s Naturels Futtafaihe bonne poétus d'une évenir les 3, Car on , ce qu'on

Les Insulaires ne tardérent pas à troubler notre repos.

Le lendemain, six ou huit d’entre eux attaquérent quelques-uns de nos gens, qui scioient des planches. La sentinelle tira ; il y eut un des Naturels de blessé, et nous en primes trois, que je tins en prison jusqu’à la nuit, et que je ne renvoyai pas sans les punir. Ils furent ensuite un peu plus circonspects, et ils nous causèrent moins d’embarras. On doit attribuer ce changement de conduite à la blessure d’un de leurs compatriotes. L’effet de nos armes à feu, dont nous les avions menacés jusqu'ici, les épouvanta sûrement. L’insolence journalière des habitans de l'Isle m’avoit déterminé à faire charger à petit plomb les fusils des sentinelles, et à permettre de tirer quelquefois. Je supposai que l’Insulaire avoit été blesséavec du petit plomb ; mais M. King ct M. Anderson l'ayant rencontré dansune deleurs promenades, ils reconnurent qu'ilavoitété blessé d’une balle, que cependant la plaie n’étoit pas dangereuse. Je ne pus découvrir l’homme qui avoit enfreint mes ordres. Ceux sur qui tomboient les soupçons, étoient prêts à jurer que M. King et M. Anderson se trompoient ; je n’en restai pas moins convaincu de la vérité du délit.

Le récit de la promenade dont je viens de parler, remplira une lacune de quarante-uit heures, durant lesquelles il n’arriva vien de remarquable aux vaisseaux : c'est M. Anderson qui parle. ge. « Nous partimes le 30, M. King » et moi, avec Futtafaihe; nous allames d’abord à sa » maison, située § AMooa, trés-prés de celle de Poulaho, » son frére. Nous fümes à peine arrivés, qu’on tua un gros » cochon, auquel on porta des coups multipliés sur la » tête, Les Naturels enlevèrent les soics d’une manière

ee ned

SE

» trés-adroite, à l'aide de quelques morceaux de bambous

» fendus, quiavoient unbord tranchant ; ils pratiquérent ,

» avec le méme instrument, un grand trou oval dans le ventre, et ils en tirèrent les entrailles. Ils avoient préparé un four, c’est-à-dire, un trou creusé en terre , rempli au fond de pierres de la grosseur du poing, sur lesquelles ils firent du feu jusqu'a ce qu’elles fussent rouges. Ils prirent quelques-unes de ces pierres, et les ayant enveloppées dans des feuilles de l'arbre à pain, ils en remplirent le ventre du cochon, et ils fermérent l'ouverture avec d'autres feuilles : ils tamponnèrent également l'anus. Le cochon ,ainsiarrangé, fut placé sur des bâtons posés en travers des pierres ronges, et couvert d'une quantité considérable de feuilles de bananiers. Ils lenveloppérent ensnite de terre; le four se trouvant fermé, on laissa cuire le cochon sans lui donner d’autres soins. » Nous parcourûmes ce.pays sur ces entrefaites, et nous ne vimes rien de remarquable, si j'en excepte le Fiatooka d’une maison située sur un mondrain artificiel d’au-moins trente pieds de hauteur. Il y avoit, à Pun des côtés de cet édifice, une prairie assez étendue, et non loin de la beaucoup de terres incultes ; nous demandames pourquoi on laissoit ce district en friche, et nos guides semblèrent répondre qu'il dépendoit du Fiatooka ( c’étoit celui de Poulaho), et qu’on ne pouvoit y toucher. Nous aperciimes aussi, à peu de distance, un certain nombre d'arbres appelés Etooa , couverts d’une multitude de grandes chauves-souris de Ter

nate, qui praduisoient un bruit désagréable, Comme nous n'avions point de fusils, nous n'en tuames aucune ;

e bambous itiquèrent, ral dans le oient préen terre , oing, sur es fussent res, et les rea pain, fermérent onneérent placé sur 3, eT Coude bana- » four se lui don-

faites, et ccepte le ain artiy avoit, ez étenes ; nous friche, doit du 1e poude dis- 1, COUde Tere Comme

ucune >

mais quelques-unes, qui tombèrent entre nos mains à Annamooka, avoient trois pieds d'envergure. Quand nous fümes de retour auprès de Futtafaihe, on nous servit le cochon qu’on venoit de cuire, ainsi que plusieurs paniers d'ignames grillées et de noix de coco. Nous reconnûmes que c’étoit à nous à faire les honneurs du repas; en qualité de ses hôtes , nous devions disposer à notre fantaisie des alimens préparés pour nous.

L'Insulaire qui avoit nettoyé le cochon le matin, le dé-

coupa d’une manière trés-adroite; mais il ne fit cette opération que lorsque nous le lui ordonndmes ; ile servit d’un bambou fendu, qui lui tint lieu de couteau ; il dépeca et il trouva les jointures avec une légèreté et une promptitude qui nous surprirent beaucoup. On placa devant nous les divers morceaux, qui pesoient au-moins cinquante livres ; personne n’y toucha qu'après que nous en eùmes mangé , et que nous etimes témoigné le désir de voir les Naturels assis autour de nous prendre part au festin. Ils enrent même une sorte de scrupule de nous en priver ‘et ils finirent par demander quelles personnes il falloit admettre a ce régal. Ils furent charmés toutefois que l’usage de notre pays ne s’opposat point à cette distribution; les uns emportérent

la portion qu’ils reçurent, et les autres la: mangèrent

sur le lieu. Nous eames bien de la peine à déterminer Futt«faihe à goûter du cochon.

» À près le diner, ce Prince, suivi de cing ou six personnes , nous mena à l'endroit où s’étoit passée la cérémonie funèbre dont on a parlé plus haut; mais nous restämes en-dehors de l'enclos, ‘Tous les Insulaires qui nous accompagnèrent avoicut une natte par-dessus leurs

Re pense Wieoniiaiesnentiemeentenaeme

vétemens, et des feuilles autour du cou, ainsi que la première fois ; et, lorsque nous arrivames à une grande remise de pirogues, ouverte, où se trouvoit du monde, ils jetérent leurs feuilles , ils s’assirent devant l'édifice , et ils se donnérent de petits conps de poing sur les joues. Ils se tinrent assis environ dix minutes, avec une contenance trés-grave , et ils se dispersérent sans dire

» un seul mot. Nous comprimes alors ce que Poulaho nous

avoit dit du Zooge ; nous jugeâmes que le Roi étoit venu, peu de jours auparavant , pratiquer ici la même

»gcérémonie, et que nous ne nous en aperçûmes pas,

parce quelle ne prit que quelques minutes. Il paroit que c’étoit une continuation du deuil ou de la cérémonie funébre; qu'ils se recueilloient un moment, et qu'ils exprimoient leurs regrets. Nous demandâmes la cause de leur affliction, et nous apprimes qu’elle étoit la suite de la mort d’un Chef, arrivée depuis peu a Vavaoo;

que la cérémonie duroit depuis cette époque, et qu'elle continueroit long-temps.

» Le soir, on nous sérvit des ignames, des noix de coco, et un petit cochon apprêté comme celui du

-matin. Futtafaihe, s’apercevant que uous désirions les

voir partager sans facon notre repas, nous pria tout de suite de de charger de la distribution, et de d' signer les personnes que nous voulions régaler. Dès que le souper fut fini, on apporta une multitude d’étoffes qui devoient nous tenir lien de lit; mais un usage singulier, inventé par la mollesse des Chefs, qui se font donner des coups légers tandis qu'ils dorment, nous troubla beaucoup. Deux femmes s'assirent près de Futtafaihe, et exécutérent cette opération, qu'on nomme soogetooge dans

ainsi que la

une grande du monde, nt l'édifice , ing sur les S$, avec une nt sans dire oulaho nous e Roi étoit ici la méme limes pas, s. Il paroit à cérémonie t, et qu'ils es la cause toit la suite à Vavaoo;

et qu’elle

es noix de e celui du ésirions les ria tout de ‘signer les e le souper 1 devoient pr, inventé des coups beaucoup.

et exécuooge dans

DE COOR. (1777) 349

» la langue du pays; elles frappérent vivement sur son

corps et sur ses jambes comme sur un tambour, avec les deux poings, jusqu'au moment où il s’endormit; et, si l'on peut employer ici le terme de macer, elles le macèrent toute la nuit, en gardant néanmoins des intervalles de repos trés-courts. Quand le Chef est une fois endormi, elles affoiblissent et rallentissent un peu leurs coups; mais elles les renforcent et elles les multiplient si elles s’aperçoivent qu'il va s’éveiller. Nous remarquâmes, vers la fin de la nuit, que les berceuses de Futtafaihe se relevoient, et qu’elles dormoient chacune à leur tour. Il semble que cet exercice doit troubler le sommeil; mais on l’emploie sûrement ici comme un soporifique , et rien ne démontre mieux les effets remarquables que produit l'habitude. Le bruit causé par les berceuses ne fut pas la seule chose qui nous empêcha de dormir ; les Insulaires qui passèrent la nuit dans la maison causèrent souvent entre eux à haute voix; ils se levérent avant le jour, et ils firent un repas de poissons et d’ignames:les alimens furent apportés par un homme qui paroissoit bien instruit de l'instant présis où il devoit servir cette collation nocturne.

» Nous nous mimes en route le lendemain , accompagnés de Futtafaihe, et nous longeames le côté oriental de la baie, jusqu'à la pointe. Le terrain de cette bande est bien cultivé; mais on n’y voit pas un aussi grand nombre d’enclos qu'a Mooa. Parmi beaucoup d’autres champs de bananiers, nousenremarquâmes un quiavoit au-moius un mille de long, qui se trouvoit en bon état, et où la végétation de chaque arbre étoit trés-forte. Nous obser-

» vâmes, durant la route, que Futtafathe exerçoit avec

» modération une grande:autorité : au reste, il jouissoit » peut-être de ce pouvoir, moins en sa qualité de Chef, » qu'en qualité de Prince de la Famille Royale: Il envoya » chercher du poisson dans un endroit; il exigea ailleurs » qu'on lui apportat des ignames; il leva diverses contri- » butions, et on exécuta ses ordres avec autant d’empres- » sement que sil avoit été le maître absolu de toutes les » propriétés. Lorsque nous fûmes arrivés sur la pointe de » TTsle, les Insulaires parlérent d’un de leurs compatrio- » tes, qui avoit reçu un coup de fusil; nous désirames de » le voir, et on nous mena dans une maison où nous trou- » vames un homme qui en effet avoit reçu un coup de fusil » à l'épaule : la blessure ne me parut pas dangereuse ; la » balle étoit entrée un peu au-dessus de la partie intérieure » de l'os du cou, et elle avoit passé obliquement par der- » rière. La plaie nous prouva clairement que c’étoit le » Naturel sur qui l’une des sentinelles avoit tiré trois'jours » auparavant, malgré l'ordre positif de ne charger les fu- » sils qu'avec du petit plomb. Nous indiquames à ses amis » de quelle manière ils devoient panser la blessure, où » l’on avoit rien appliqué; et ils parurent charmés d’ap- » prendre qu'après un certain temps le malade se porteroit » bien : mais, quand nous les quittames, ils nous dirent de » lui envoyer des ignames et d’autres choses ; leur ton » nous fit croire qu'ils regardoient comme un devoir de » notre part de nourrir le malade jusqu'à ce qu'il fit » guéri.

» Pour nous rendre aux vaisseaux , Rous traversämes » la baie, le soir, sur une pirogue que Futtafaihe nous pro- » cura en usant de sa prérogative; il appela la première » qui passa près de nous. Il prit aussi un gros cochon, et

ok à

ouissoit 2 Chef, envoya ailleurs contrimpresutes les inte de ipatrio= mes de us troude fusil use ; la lérieure Jar derétoit le is'jours les fues amis re, où ts d’aprteroit ent de eur ton oir de "il fût

sames s proemière on, et

DE COOK (1777) 351 un domestique qui apportoit un paquet d'étoffes, dont » il vouloit nous faire présent ; mais la pirogue étoit si » petite que nous ne voulümes pas y embarquer le cochon » et l’étoffe; et le Prince donna des ordres pour qu'on » nous les amenât le lendemain ».

J'avois prolongé mon séjour sur cette Isle à cause de l'éclipse qui devoit avoir lieu bientôt. Mais, le 2 Juillet, en examinant le micromètre qui appartenoit au Bureau des Longitudes , je le trouvai brisé dans un endroit, et hors d'état de servir, sans y faire des réparations pour lesquelles il ne restoit pas assez de temps. J’ordonnai les préparatifs de notre départ , et on rembarqua le bétail, la volaille ct les autres animaux, à l'exception de ceux que je voulois laisser dans l'Isle. J'avois projeté d'abord d’y déposer un cog d'Inde et une poule ; il ne m’en restoit alors que deux couples, et l'une des poules fut étranglée par la mal-adresse et l'ignorance d’un de mes gens. J’avois apporté trois coqs d'Inde sur ces Isles‘: l’un fut tué, comme je Vai dit plus haut, et le second périt des coups que lui donna le chien inutile d'un de mes Officiers. Ces deux accidens m’étérent les moyens d'enrichir les Zs/es des Amis d'un coq d'Inde et d'une poule, et de transplanter en même-temps cette espèce à O-Taiti, terre à laquelle on les avoit primitivement destinés. Je regrettai ensuite de n'avoir pas donné la préférence à Tongataboo , où ce présent auroit été plus utile qu'à O-Taïti; Car les Insulaires se seroient sûrement plus occupés que les O-Taitiens du soin d’en multiplier la race.

Là Le 3, nous levames l'ancre, et nous conduisimes Ics vaisseaux derrière Pangimodoo , afin de profiter du pre-

mier vent favorable pour sortir des passes. Le Rol diua

35a TROISIEME VOYAGE

avec moi, et j observai que nos assiettes attiroient beaucoup son attention. Je lui en offris une, et je lui dis que je la lui donnerois d’étain ou de faience : il préféra celle d’étain , et il se mit à nous indiquer les différens usages auxquels il Ja destinoit. Il en indiqua deux si extraordinaires, que je ne dois pas les oublier ici. Il nous dit que lorsqu'il iroit faire un voyage sur quelques-unes des autres Isles, il laisseroit son assiette à Zongataboo, pour le représenter pendant son absence , et que les habitans paieroient à ce meuble le tribut d’hommages qu’ils paient à sa personne. Je lui démandai ce qu'il avoit employé jusqu'alors en pareille occasion, et j'eus la satisfaction d'apprendre que lorsqu'il s’étoit éloigné de sa résidence, les Insulaires avoient fait leur cour à un vase de bois dans lequel il lavoit ses mains. Le second usage auquel il vouloit employer l'assiette n’étoit pas moins singulier ; il comptoit s’en servir au-lieu de .on vase de bois , pour découvrir les voleurs. Il nous assura que lorsqu'on déroboit quelque chose , et qu'on ne pouvoit découvrir'le voleur , tous les Naturels s'assembloient devant lui au moment où il lavoit ses mains dans le vase de bois; qu'on nettoyoit ce vase, et que les Iusulaires s’approchoient l'un après l'autre, et le touchoient de la même manière qu’ils touchent ses pieds quand ils viennent lui faire leur cour; que si le coupable osoit le ‘toucher, il mouroit sur-le-champ ; qu'il expiroit de la main des Dieux , sans qu'il fût nécessaire de le tuer, et que si l’un des Naturels refusoit d'approcher, son refus prouvoit clairement qu'il avoit commis le vol.

Le ciel fut sombre et nébuleux , et il tomba de la pluie dans la matinée du 5 , jour de l’éclipse , en sorte que nous eûmés peu d'espoir de faire des observations. Sur les

beaucoup ue je la lui le d’étain , auxquels il es, que je squ'il iroit les, il laisepresenter roient a Ce | personne.

o's en paendre que Insulaires 1s lequel il rouloit emil comptoit couvrir les it quelque r, tous les où il lavoit itce vase, és l'autre, uchent ses

cessaire de pprocher , s le vol.

de la pluie e que nous s. Sur les

neuf heures, ily eut une éclaircie d’une demi-heure , durant laquelle le soleil se montra par intervalles ; l'atmosphère s’obscurcit ensuite complétement , jusqu’à une minute ou deux avant l'éclipse. Nous étions à nos télescopes, M. Bayly, M. King, le Capitaine Clerke, M. Bligh et moi. Je manquai l'observation, parce que le verre coloré, dont je faisois usage pour afloiblir les rayons du soleil, étoit trop foncé dans cette circonstance, où des nuages passoient continuellement sur le disque de Yastre ; et M. Bligh n’avoit pas encore eu le temps d’amener le soleil dans le champ de son télescope. Ainsi, le commencement de l'éclipse ne fut observé que par nos trois autres Messieurs ; et même leur résultat différa de plusieurs secondes.

M. Bayly l'observa à... 11% 46/23" 3

M. King, à. ........ 11 46 28 ‘temps apparent. Et le Capitaine Clerke à 11 47 5 |

M. King et M. Bayly observérent avec les lunettes achromatiques qui appartenoient au Bureau des Longitudes, et qui amplifioient également ; et le Capitaine Clerke avec un des télescopes de réflexion. Le soleil se montra de temps-en-temps , jusque vers le milieu de l'éclipse, et on ne le vit plus de toute la journée; de manière que nous ne pümes observer la fin de l’éclipse. Nous regrettimes peu d'avoir manqué l'observation, parce que nous avions déjà déterminé assez exactement la longitude du

‘lieu par des observations de lune que je rapporterai plus bas,

Lorsque nous jugedmes que l'éclipse devoit être finie , on abattit les observatoires , et j'envoyai à bord tout ce qui n’y avoit pas encore été conduit. Aucun des Naturels

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