‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 41 sur 68 · Tome TITI · texte numérisé non relu

Tome TITI

m'aperçus que toutes les parties de laicôte d'#mérique , excepté celle qui git en face de leur Isle, leur étoient absolument inconnues. L'ua deux m'apprit qu'il avoit suivi Behring dans son voyage à la côte d'Amérique; mais il étoit bien jeune à l’époque de l'expédition dont je viens de parler ; car il s’étoit écoulé trente-sept ans depuis, et il ne paroissoit pas âgé : ils avoient tous trois un respect extrême pour le non de Bebring, et jamais homme de mérite n’a reçu, après sa mort , de plus grandes marques de vénération. Le trafic qui les occupoit est fort lucratif. Si le commerce de fourrures a été entrepris, et s’il s’est étendu à VEst du Kamstchatka , les Russes le doivent au second voyage de cet habile Navigateur , dont les malheurs sont devenus une source de richesses pour les individus et pour la Nation en général: si lesnombreux accidens qu'il éprouva ne l’avoient pas jeté par hasard sur l'Isle où il est mort, et d’où les misérables restes de son équipage ramenèrent des échantillons des précieuses fourrures qu’il avoit trouvées, ilest vraisemblable que les Russes auroient abandonné ces voyages, qui pouvoient produire des découvertes dans les parages de la côte d'Amérique. En effet, depuis sa mort, cet objet paroît avoir fixé beaucoup moins l'attention du gouvernement, et les découvertes qu’on a faites

“après lui, sont dues en grande partie à l'esprit entreprenant

des négocians particuliers , encouragés toutefois par le cabinet de Pétershourg. Les trois Russes ayant passé la nuit sur mou bord ;' allèrent voir le Capitaine Clerke le lendemain , et ils nous quittèrent très-contens de notre accueil : ils me promirent de revenir dans peu de jours et de m'apporter une carte des Isles situées entre Oonadashka et le Kamstchatka.

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Le 14 au soir, tandis que nous étions, M. Webber et moi, dans un village peu éloigné de Samganoodha, nous vimes débarquer un Russe, lequel, selon ce que j'appris ensuite, étoit le principal personnage de cette Isle et des Isles voisines : il s'appeloit Erasim Gregorioff Sin Ismyloff, 1 arriva sur un canot qui portoit trois personnes, etil étoit suivi de vingt à trente pirogues montées par un seul homme. Je remarquai què la première chose dont ils s’occupèrent après leur débarquement , fut de construire avec les matériaux qu'ils avoient amenés, une petite tente pour Ismyloff ; ils en élevèrent ensuite d’autres pour eux avec leurs embarcations et leurs pagaies, qu'ils recouvrirent d'herbes; ainsi , ils n'incommodèrent point les habitans du village. Ismyloff nous ayant invités dans sa tente , nous servit du saumon sec et des baies : je jugeai qu’il n’avoit rien de meilleur à nous offrir. Il paroissoit avoir du bon sens et de l'esprit , et ce fut pour moi un extrême déplaisir de ne pouvoir me faire entendre qu’à l'aide des signes et de quelques figures, ce qui cependant me fut d’un grand secours. Je le priai de venir à mon bord le lendemain ; il y vint en effet accompagné de tout son monde. Il s’étoit établi dans notre voisinage, afin de nous voir souvent.

Je comptois recevoir de lui la carte que ses trois compatriotes m'avoient promise ; mes espérances furent trompées : il m’assura néanmoins qu'il me la procureroit, et il tint sa parole. Je vis qu’il connoissoit trés-bien la géographie de cette partie du Monde, et toutes les découvertes qu'y ont faites les Russes. Du moment où il jeta es yeux sur nos cartes modernes, il m'en indiqua les erreurs; il me dit qu’il avoit été de l'expédition du Lieutenant Synd: d’après son rapport, Synd ne s’éleva pas au Nord, au-

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delà du Zschukotskoï noss, ou plutôt de la baie de Saine- Laurent; car, en examinant ma carte, il fixa le dernier point de la route à l'endroit même où j'étois descendu. Il ajouta que Synd atteignit ensuite une Isle située par 63 degrés de latitude, dont À ne me donna point le nom, et sur laquelle l'équipage ne débarqua point : mais je pré-

sume que c’est la même que j'ai appelée ZsZe de Clerke : ”

il ne put ou il ne voulut pas nous dire quelle route fit ensuite Synd, ni de quelle manière ce navigateur employa les deux années que durèrent ses recherches; peut-être ne comprit-il pas imes questions. Au reste, sur presque tous les autres points, nous vinmes à bout de nous entendre; il répéta plusieurs fois qu'il avoit été du voyage de Synd; mais il me resta bien des doutes sur la vérité de ce fait. Ismyloff et ceux qui l’accompagnoient, affirmèrent qu'ils ne connoissoïent point la partie du Continent d'Amérique qui se trouve au Nord, et que le Lieutenant Synd ni aucun autre Russe ne l'avoit vuc dans les derniers temps, Ils l’appèlent du nom que M. Staehlin donne à sa grande Isle, c’est à-dire, 4Zaschka, Les Naturels de ces Isles, non plus que les Russes , ignorent la dénomination de Stachtan nitada, employée dans les cartes modernes ; ils se servent simplement de celle d'Amérique. D'après ce que nous avous pu recueillir de nos conversations avec Ismyloff et ses compatriotes, les Russes ont essayé, à diverses reprises, de s’établir sur la partie du Nouveau-Monde qui est voisine d'Oonalashka et des Isles adjacentes; mais ils ont toujours été repoussés par les Naturels du pays, dont ils parlent comme d’une peuplade très-perfide. Ils nous citèrent deux ou trois Capitaines ou Chefs qu'ont assassinés les Sauvages; et quelques-uns des hommès de Ja

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DE COOK. (1778) 261 suite d'Ismyloff nous montrérent les cicatrices des blessures qu’ils avoient reçues dans ces entreprises.

D'autres détails vrais ou faux que nous donna Ismyloff, méritent d'être rapportés. Il nous dit qu'en 1773, on avoit fait une expédition dans l'Océan glacial ; que ses compatriotes étoient allés en traîneaux à‘trois grandes Isles qui se trouvent à l'embouchure de la Kovyma. Nous crûmes d'abord qu'il s’agissoit de l'expédition dont parle Muller (*); cependant il écrivit l’année , et il montra les Isles sur la carte. Au reste, un voyage qu'il avoit fait lui-même fixa notre attention plus que tous les autres. Il nous apprit que le 12 mai 1971 , il étoit parti de Bo/scheretzk sur un bàtiment russe; qu'il se rendit sur une des Isles Kwriles, appelée AMareekan, où l’on rencontre un havre, et un établissement russe; que de cette Isle il passa au Japoz, où il nous parut avoir séjourné peu de temps : il nous expliqua que les Japonois ayant découvert que lui et ses camarades étoient chrétiens , ils l’avertirent par signes de remettre à la voile; mais, selon ce que nous comprimes, il n’en reçut aucun outrage, et on n’employa pas la force contre lui : s’il faut l'en croire, après son départ du Japon, il alla à Canton, et de là en France , sur un vaisseau françois;

(*) La dernière expédition de cette espèce qu'indique Muller ; est de 17924; mais pour rendre justice à M. Ismyloff, il est à-pro-

-pos de dire, sur l'autorité d’un manuscrit communiqué par

M. Pennant, et dont M. Coxea publié un précis, qu’en 1768, le Gouverneur de Wibérie envoya trois jeunes Officiers en traineaux sur la glace, aux Isles situées en face de l'embouchure de la Xovyma. M ne semble pas y avoir de raisons de supposer qu'on ait entrepris une expédition pareille en 1753. M. Coxe dit que le voyage en traîncaux eut lieu en 1764; mais on peut compter sur le manuscrit de M. Pennant,

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de France il regagna par terre Pétersbourg ; d’où il fut renvoyé au Kamstchatka : nous ne pümes jamais savoir ce que devint le bâtiment sur lequel il s'étoit embarqué d’abord, ni quel avoit été l'objet principal de son voyage. Comme il ne pouvoit dire un mot de françois, nous nous défiâmes un peu de la vérité de son récit. Il ne savoit pas même le nom des choses dont on parle chaque jour à bord des vaisseaux françois et en France : il péroissoit néanmoins très-exact sur les époques de son arrivée et de son départ dans les différens pays où il avoit touché, et il nous les donna par écrit.

Le lendemain, il eut l'air de vouloir m’offrir une peau de loutre, laquelle valoit , disoit-il, quatre-vingt roubles au Kamstchatka, Je crus devoir la refuser, mais j'acceptai du poisson sec et plusieurs paniers de l'espèce de lis, ou de la racine saranne, dont on trouve une description détaillée dans l'Æéstoire du Kamstchatka. I] nous quitta le soir après avoir diné, ainsi que sa suite , avec le Capitaine

Clerke , et il promit de revenir dans peu de jours. En effet, :

il nous fit une autre visite le 19, et il apporta les cartes dont j'ai parle plus haut, qu’il me permit de copier. Je les ai examinées, et elles m’ont fourni les observations suivantes.

Elles étoient au nombre de deux, manuscrites, et tout en indiquoit l'authenticité. La première comprenoit la Mer de Penshinsk , la côte de Tartarie, jusqu'à 41 degrés de latitude, les Isles Xwriles et la péninsule du Kamstchatka. Depuis la rédaction de celle-ci, Wawseelee Irkeechoff, Capitaine de la Marine Impériale , a reconnu, en 1758, la côte de Tartarie depuis Ochotsk, ou la rivière d'Amur jusqu'au Japon , ou au quarante-unième parallèle. M. Ismyloffme dit aussi qu'il avoit corrigé lui-même une grande

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DE COOK. (1778) 263 partie de la côte de la péniosule du Kamstchatka; me décrivit l'instrument qu'il employa, et ce doit être une théodolite. X m'apprit de plus que la côte orientale du Kamstchatka n'offre que deux havres, savoir, la baie d'Awatska, et la rivière O/utora , située au fond du golfe du même nom; qu'il n'y en a pas un seul sur la côte occidentale,et qu'excepté Ochotsk, on n'en trouve pas d'autre qu'Yamsk daus la partie Ouest de la Mer de Penshinsk jusqu'au fleuve Æwwr : les 1sles Kwriles n'en ont qu'un ; il gît au côté Nord-Est de Mareekan, par 47 degrés et demi de latitude, et les Russes y ont un établissement, ainsi que je l'ai dit plus haut.

La seconde carte étoit la plus intéressante pour moi ; car elle indiquoit toutes les découvertes faites par Îles Russes, à l'Est du Kamstchatka, du côté del Amérique si j'en exclus les voyages de Béhring et de Tschirikoff, ces découvertes montent à peu dechose, et même elles ne sont rien. La partie de la côte d'Amérique que rencontra le dernier, y étoit marquée entre le 58.e et le 58.e degré 3 de latitude, à 78 degrés de longitude du méridien d’Ochotsk, ou à 218 degrés et demi de celui de Greenwich : l'endroit où mouilla Behring s'y trouvoit: à 59 degrés 3 de latitude et 63 degrés et demi de longitude du méridien d'Ochotsk, ou à 207 de celui de Greenwich. Sans parler de Ja longitude; que plusieurs causes ont pu rendre défectueuse, la latitude de la côte relevée par ces deux navigateurs , et sur-tout la partie découverte par Tschirikoff, diffère considérablement de cellequ’on remarque dans l'ouvrage et dans la carte de M. Muller. Il est mal-aisé de dire laquelle de la carte de M. Muller ou de celle que me montra M. Ismylloff est la plus fautive ; au reste, ce point ne mérite pas qu'on

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