‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 46 sur 68 · RE SR SERRES ST · texte numérisé non relu

RE SR SERRES ST

pas fait de découvertes, ou qu’ils ne se sont pas étendus au-delà de ce point. Ils dirent tous que la cour de Pétersbourg n’avoit jamais formé d’établissemens à l'Est, aussi loin que la terre d'où les Naturels du pays apportèrent un billet au Capitaine Clerke. M. Ismyloff, à qui je le remis, me dit qu'il avoit été écrit à Oomanak, Il nous apprit cependant que la plus considérable des Isles Sckumagin s'appelle Kodiak (*) : elle n’avoit point de nom sur la carte qu’il nous montra. 1l articula également les noms de toutes les autres Isles, et nous les écrivimes de la manière qu'il les prononca. Il ajouta que c'étoient les noms mêmes employés parles Naturels du pays; dans ce cas, quelques-uns de ces noms paroissent avoir été bien altérés. On observera que les Isles qu'Ismyloff nous conseilla de retrancher , n’avoient point de nom sur sa Carte , et cette circonstance acheva de me persuader, à quelques égards , qu’elles n'existent point.

J'ai déjà remarqué que les Russes établis ici, et les Naturels, donnent au Continent d'Amérique le nom d'Alaschka ; quoique ce nom mappartienne proprement qu'aux districts voisins d’'Ooreemak , ils emploient quand ils parlent du Continent d'Amérique en général, qu'ils connoissent très-bien pour une grande terre.

Voilà tout ce que j'ai pu apprendre des Russes sur la Géographie de cette partie du globe , et j'ai lieu de croire qu'ils ne savoient rien de plus; car ils m'assurérent, à diverses reprises, qu'ils ne connoissoient pas d'autres Isles

(*) Un vaisseau russe avoit été à Kodiak, en 1556, ainsi qu’on le voit par un manuscrit que M, Pennant a en la bonté de me communiquer,

Anne celles qui étoient marquées sur leur carte, et qu'aucun bâtiment de leur nation n’avoit vu les portions du Continent d'Amérique, situées plus au Nord, si j'en excepte celle qui se trouve en face du pays des Tschutskis,

Si M. Staeblin n'a pas été trompé d’une manière grossière , j'ignore ce qui a pu l'engager à publier une carte si défectueuse, cù la plupart des Isles sont confondues dans un désordre régulier, sans aucun égard pour la vérité. IL ose cependant l'appeler re petite carte très-eracte (*): Certes, le plus ignorant des navigateurs de son pays auroit rougi d'y mettre son nom.

M. Ismyloff demeura avec nous jusqu'au 21 dans la soirée , qu'il nous fit ses adieux. Je lui confiai une lettre pour les Lords de PAmirauté, dans laquelle je renfermai une carte de toutes les parties de l'Amérigue que j'avois reconnues et des autres découvertes que j'avois faites. Il me dit qu'au printemps il auroit une occasion de l'envoyer au Kamstchatka où à Ochotsk, et qu'elle arriveroit à Pétesbourg hiver d'après. Il me donna une lettre pour le Major Bchm, Gouverneur du Kamstchatka, qui fait sa résidence à Bolcheretsk, et une seconde pour le Commandent de Petropaulowska ; il paroissoit avoir des talens dignes d’une place supérienre à celle dans laquelle nous le trouvâmes. 11 savoit assez bien l'Astronomie et les par= ties Les plus utiles des Mathématiques. Je lui fis présent d’un octant de Hadiey ; et quoique , selon toute apparence, il n’en eût jamais vu, il apprit bientôt la plupart des usages auxquels ont peut employer cel instrument.

(*) Description d’un nouvel Archipel Nord, par Staehlin, p. 15 de l'édition angloise.

pme -

aucun tinent

Île qui

e grosarte si s dans rité. Il te (*):

auroit

lans la lettre fermai j'avois tes. IL nvoyer eroit à e pour i fait sa mman- 5 talens nous le eS par= résent rence , usages

PRE nr

AE

Pere

DE COOK. (1778) 26y

Le 22 au matin, nous essayämes de remettre en°mer avec un vent du Sud-Est ; mais notre tentative ne réussit pas. L’après-dinée, nous reçümes la visite de Jacob Ivanovitch Soposnicoff, Russe qui commandoit une chaloupe ou ur petit bâtiment à Oomanak. Il étoit fort modeste, et il ne voulut pas gouter de nos liqueurs fortes, boisson que la plupart de ses compatriotes qne nous avions rencontrés ici aimoient passionnément. 11 sembloit connoître, d'une manière plus exacte qne M. Ismyloff, l'espèce de vivres et de munitions que nous pourrions embarquer au havre de Petropaulowska, aiusi que le prix des différens articles; mais je jugeai, sur le témoignage de l’un et de l’autre, que les choses dont nous aurions besoin seroient très-rares et fort chères. La fleur de farine, par exemple, devoit coûter de trois à cinq roubles le poud (*), et les daims, de trois à cinq roubles la pièce. Soposnicoff ajouta qu'il arriveroit à Petropaulowska le printemps suivant, et selon ce que je compris, c’étoit lui qui devoit se charger de ma lettre. Il parut désirer beaucoup de porter au Müjor Behm quelque chose de ma part, et voulant le satisfaire , je ie chargeai d’une petite lunette pour cet Of-

ficier.

Lorsque nous eùmes fait connoissance avec ces Russes, plusieurs de nos Messieurs allèrent visiter leur établissement dans l'Isle, et ils y furent toujours bien reçus. Ils trouvèrent l'établissement composé d’une maison et de deux magasins; et outre les Russes, un certain nombre de Karastchadales et de Naturels du pays, qui leur servoient de domestiques ou d'esclaves. Quelques autres Insulaires,

pommeer

{*) Trente-six livres.

qui paroissoient indépendans , habitoient le même lieu. Ceux qui appartenoient aux Russes étoient tous mâles ; on les enlève quand ils sont jeunes; peut-être qu'on les achète. Ils étoient alors au nombre de vingt, qu’on ne pouvoit encore regarder que comme des enfans. Tout ce monde occupe la même habitation; les Russes sont à l’extrémité supérieure , les Kamstchadales au milieu et les Naturels du pays à l'extrémité inférieure, où il y a une chaudière dans laquelle on cuit les alimens. Ils se nourrissent sur-tout de productions de la mer, de racines sauvages et de baies. On sert à la table des maitres les mêmes plats qu'à celle des serviteurs ou des esclaves; mais les mets des premiers sont mieux apprêtés , et les Russes savent donner un goût agréable aux choses les plus communes. J'ai mangé de la chair de baleine qu'ils avoient apprêtée, et je l'ai trouvée très-bonne: ils font une espèce de pudding avec du kaviar de saumon broyé et frit , qui leur tient lieu de pain, et qui n’est point mauvais. De temps à autre, ils mangent du véritable pain, ou d’un mets dans lequel il entre de la fleur de farine; mais c’est une friandise extraordinaire. Si j'en excepte le jus des baies, qu'ils sucent à leurs repas, ils ne boivent que de l’eau, et il me paroît que c’est un bonheur pour eux de ne pas consommer de liqueurs.

L'Isle leur fournit non -seulement des vivres, elle leur fournit encore ane grande partie de leurs vêtemens : ils portent sur-tout des peaux; ils ne pourroient guères se procurer de meilleurs habits. Leur habit de dessus a la forme de la jaquette de nos charretiers, et il descend jusqu'aux genoux. Îls mettent par-dessous une veste ou deux : ils ont des culottes, un bonnet fourré , une paire de bottes,

RE ne te ne tr ei Tes

Ses une

ee

DE COOK. (1778) 271 dont la semelle et le pied sont de’ cuir de Russie et les jambes d’un boyau très-fort. Les deux Chefs, Ismyloff et Ivanovith, portoient un habit de calicot, et ils avoient, ainsi que les autres , des chemises de soie. C’étoient peut - étre les seules parties de leur vêtement qui n’eussent pas été fabriquées dans le pays.

Il y a des Russes sur chacune des Isles principales situées entre Oonalashka et le Kamstchatka ; ils n’y sont occupés que du commerce des fourrures ; ils recherchent sur-tout le castor ou la loutre de mer; ils font aussi des Cargaisons de peaux d’une qualité inférieure; mais je n'ai jamais oui dire gw’ils y mettent beaucoup de prix. Je ne songeai pas à leur demander depuis quelle époque ils ont des établissemens à Oonalashka et sur les Isles voisines; mais à juger de l’assujétissement extrême auquel sont réduits les Naturels du pays, la date doit en être récente (*). Ces marchands de fourrures sont relevés de temps -entemps par d’autres. Ceux que nous vimes étoient arrivés d'Okotsk, en 1776, et ils devoient s’en retourner en 1781; en sorte que leur séjour dans cette contrée sera d’au-moins cinq ans.

J'ajouterai à ce que je viens de dire, une description des Naturels du pays. Ils m'ont paru les gens les plus paisibles, ou les moins mal-faisans que j'aie jamais rencontrés. Leur honnêteté pourroit servir de modèle aux Nations les plus civilisées de la terre; mais, d’après ce que j'ai remarqué parmi leurs voisins, avec lesquels les Russes n’ont

(*) Les Russes ont commencé, en 1962, à fréquenter Oona- Zashka. Voyez les Découvertes des Russes, par Coxe, chap. var, p. 80 de l'original,

rats 9 rm

2 or eZ mn EE

he = à ae e éansenngps en SE “ =

Re nds

Ps

perte

Te 0 no

point de liaisons, je doute que ce soit une suite de leurs dispositions naturelles, et je pense qu’il faut plutôt l'attribuer à leur esclavage. En effet, si quelques-uns de nos Messieurs entendirent bien ce qu'on leur raconta, le cabi-

ere 2

L | | net de Pétersbourg a été obligé d'employer la rigueur (*) ; [! | pour établir le bon ordre parmi les Insulaires. Si on les | a traités d'abord avec sévérité, on peut dire du-moins que ; ces violences ont produit les effets les plus heureux, et k qu'à présent, il règne beaucoup d'harmonie entre les deux à peuplades. Les Naturels ont leurs chefs particuliers sur Ë { toutes les Isles, et ils semblent jouir sans trouble de la î

propriété et de la liberté qu’on leur laisse. Nous n'avons pu découvrir s'ils sont tributaires des Russes : il y a lieu de penser qu'ils paient des tributs.

Cette peuplade est d’une petite taille; mais elle a de l'embonpoint et de belles proportions, le col un peu court, le visage joufflu et basané , les yeux noirs, de longs cheveux lisses et noirs, que les hommes laissent flotter parderrière, et qu'ils coupent sur le devant, mais que les femmesselèvent en touffes. Les hommes ont la barbe peu fournie.

J'ai déja eu occasion de parler de l'habit du pays. La forme est la même pour les deux sexes, mais la matière premiére en-est différente : des peaux de veaux de mer composent la jaquette des femmes; celle des hommes est de robes d’oiseaux ; l'une et l’autre descendent par-delà le genou: dessus cette première jaquette, les hommes en

Page 1