‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 51 sur 68 · TE LS PT EE · texte numérisé non relu

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qu’il étoit possible que Za Découverte nous suivit ; et ayant dépassé la partie Nord-Est de l'Isle, je me déterminai à continuer ma route. Le vent qui tourna au Nord-Est ne me permitælus de doubler la terre sur l’autre bord ; par conséquent nous n'avions plus de moyens de cingler au Nord pour joindre ou chercher /a Découverte. À midi, notre latitude observée fut de 19 degrés 55 minutes, et notre longitude de 205 degrés 3 minutes : la pointe Sud- Est de l'Isle se montroit au Sud-quart-Sud-Est un quart de rumb à l'Est, à six lieues; l’autre extrémité nous restoit au Nord 60 degrés Ouest, et ngus nous trouvions à deux lieues de la côte la plus voisine. À six heures du soir, nous avions au Sud-Ouest l'extrémité Ja plus méridionale de Ysle , et à sept ou huit milles le rivage le plus proche ; ainsi , nous étions venus à bout de nous porter au vent de l'Isle, chose que nous avions désirée avec tant de persévérance.

La Découverte cependant ne s’offroit pas encore à nos regards ; mais le vent lui étoit faŸorable pour nofs suivre, et j'en conclus qu’elle ne tarderoit pas à nous joindre.

Je croisai donc en travers de cette pointe Sud-Est de

l'Isle qui gît par 19 degrés 34 minutes de latitude et 205 degrés 6 minutes de longitude , jusqu’au moment où je fus convaincu que le vaisseau du Capitaine Clerke ne pourroit pas ici se réuni} au mien. Je conjecturai alors qu'il n’avoit pu doubler la partie Nord-Est de Plsle, et qu'il s’étoit porté trop sous le vent dans l'espoir de me rencontrer de ce côté. | | Comme je me tins ordinairement de cinq à dix lieues de la terre , il n'arriva près de nous qu'une pirogue jusqu'au 28. A cette époque, douze ou quatorze autres vinrent

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DE COOK. (1778) 309 nous voir. Les Naturels qui les montoient nous apportèrent comme à l'ordinaire des productions de leurs Isles. J'étois très-fâché qu’ils eussent pris la peine de venir si loin; car nos provisions fraîches n'étant pas encore consommées , nous ne pûmes acheter celles-ci : nous avions reconnu que les cochons ne vivoient à bord que quelques jours, et que les racines s’y pourrissoient bientôt. Je ne voulois cependant pas quitter cette partie de l'Isle sans y embarquer des vivres; car, il n’auroit pas été facile d'y revenir si la disette m'en eût imposé la loi.

Nous commençâmes le 30 à éprouver des besoins ; et je me serois rapproché de la côte si le calme ne m'en eût empêché. Il s’éleva à minuit une brise du Sud et du Sud- Ouest, et nous pümes porter vers le rivage à la pointe du jour. À dix heures du matin nous rencontrâmes des Insulaires qui nous offrirent du fruit et des racines ; mais il n’y avoit que trois petits cochons ‘dans toutes leurs pirogues ; peut-être s'en trouva-t-il si peu, parce que nous n'avions pas acheté ceux qu’on nous avoit amenés dernièrement. Nous mimes en panne pour faire des échanges; mais une pluie très-forte les interrompit bientôt après, et nous nous trouvâmes d'ailleurs trop loin de la côte : je n'osai pas m’en approcher davantage ; car je ne pouvois compter que le vent restât un moment où il étoit : la houle aussi étoit forte , et elle portoit obliquement sur la côte, où elle produisoit un ressac terrible. Le soir, le temps devint meilleur ; la nuit fut claire, et nous la passis à courir de petites bordées.

Des nuages épais obscurcirent de nouveau l'atmosphère avant la pointe du jour, et le nouvel an commença par une pluie très-forte qui dura par intervalles jusqu'à plus

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de dix heures : le vent souffloit de la partie du Sud en brise légère, et nous eûmes quelques calmes. Lorsque la plaie eut cessé, le ciel devint clair , et la brise fraîchit: nous étions alors à environ cinq milles de la terre : plusieurs pirogues arrivèrent avec des fruits et des racines , et les Insulaires nous apportèrent enfin quelques cochons. Nous mimes en panne et nous fimes des échanges avec eux jusqu'à trois heures du soir : à cette époque , nous avions acheté un supplément de vivres assez considérable. Nous fimes de la voile dans l'intention de nous porter au Nord- Ouest, ou au côté sous le vent de l'Isle, et de chercher la Découverte. Le vent souffloit du Sud, et je fus obligé de n’étendre à l'Est jusqu'a minuit : le vent étant devenu favorable , nous primes les amures de l'autre bord. Le vent et le ciel avoient été extrêmement variables les derniers jours , et il tomba beaucoup de pluie.

Nous employâmes les trois jours suivans à descendre la côte Sud-Est de l'Isle ; nous louvoyâmes toutes les nuits; et même durant le jour, nous demeuräâmes quelques heures en panne, afin de fournir aux Naturels du pays une occasion de commercer avec nous. Ils vinrent quelquefois à bord, lorsque nous étions à cinq lieues de la côte ; mais de peur de perdre leurs cargaisons en mer ou de n’en pas trouver le débit, leurs pirogues étoient peu chargées. Nous achetâmes sur-tout du sel, qui étoit fort bon.

Le 5, dans la matinée, nous dépassämes la pointe méridionale qui gît par 18 degrés 54 minutes de latstude , et nous reconnûmes qu'au-delà, la côte porte au Noël 60 degrés Ouest, Il y a sut cette pointe un village assez considérable , dont les habitans nous amenèrent une multitude de cochons et de femmes; il ne fut pas possible d'empé-

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cher les femmes de monter à bord, et je n’en avois jamais vu de moins réservées. Je jugeai que leur visite n’avoit que la prostitution pour objet. Comme je m’étois procuré du sel, je n’achetai que les cochons qu'on pouvoit saler , et je refusai tous ceux qui se trouvoient trop petits : cependant nous n’en pûmes guères acheter de plus de cinquante ou de soixante livres : heureusement qu'il nous restoit encore des végétaux; car nous en obtinmes peu ici. Cette partie de l'Isle ne semble pas propre à la culture : nous aperçümes de tous côtés des traces de dévastation produites par un volcan; et quoique nous n’eussions pas remarqué dans l'intérieur du pays de montagne brülante, l'œil découvroit dans les environs des ravages qu il étoit difficile d'attribuer à une autre cause.

Cette portion de l'Isle est à l'abri des vents dominans ; mais nous ne découvrîmes pas de fond sur lequel on püût jeter l’ancre ; à un mille et demi de la côte, une ligne de cent soixante brasses ne touchoit point. Tous les Insulaires nous ayant qittés sur le soir,nous continuâmes à descendre la côte l'espace d’un petit nombre de milles , et nous passâmes la nuit à louvoyer. :

Les Insulaires revinrent le lendemain ; ils nous apportèrent les mêmes articles de commerce qu'auparavant. Comme j'étois alors près de la côte, j'ordonnai à M. Bligh d’aller sonder le rivage, de débarquer, et de chercher de l’eau douce. Il me dit à son retour ,qu’a deux encablures de la grève , une ligne de cent soixante brasses ne rapportoit point de fond; qu'après avoir débarqué, il re trouva ni ruisseau ni source d’eau douce, mais seulement de l’eau de pluie déposée dans des trous sur le rocher que l'éclaboussure des flots rendoit même saumâtre ; et

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que la surface du pays n'offroit que des scories et des cendres entre-mélées çà et là d’un petit nombre de plantes. Entre dix et onze heures, nous eûmes le plaisir de voir /a Découverte tourner la pointe méridionale de l'Isle, et elle nous joignit à une heure de l'après-midi. Le Capitaine Clerke vint sur mon bord ; il me raconta qu’il avoit croisé quatre à cinq jours à l'endroit où nous nous séparâmes , et ensuite louvoyé autour du côté oriental de l'Isle; mais que des vents défavorables l'avoient entraîné à quelque distance de la côte : il eut sur son vaisseau, durant cet intervalle , un des Naturels du pays, qui y demeura par choix , et qui eut occasion plusieurs fois de retourner à terre, mais qui ne voulut pas en profiter. |

Après avoir louvoyé pendant la nuit, nous remîmes le cap vers la côte le lendemain au matin, et lorsque nous fùmes à environ une lieue durivage, nous recûmes la visite d’un grand nombre d’Insulaires, À midi, notre latitude observée étoit de 19 degrés 1 minute; le garde-tempsindiquoit 203 degrés 26 minutes de longitude : l'Isle se prolongeoit du Sud 74 degrés Est au Nord 13 degrés Ouest, et la partie la moins éloignée se montroit à deux lieues.

Le 8 à la pointe du jour, nous reconnûmes que l’avantdernière nuit les courans nous avoient entraînés fort loin au vent ; nousétions alors entravers de la pointe Sud-Ouest, # nous mimes en panne, afin de donner aux Insulaires une occasion de commercer avec nous. À midi , notre latitude sobservée fut de 19 degrés 1 minute, et la montre marine indiqua 203 degrés 13 minutes de longitude: la pointe Sud- Ouest de l'Isle nous restoit au Nord 30 degrés Est à la diutance de deux milles,

Nous passâmes la nuit comme à l'ordinaire, c’est-à-dire,

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Nous eùmes des calmes et de légers souffles de vent du Nord-Ouest jusqu’à onze heures du matin du 10: le vent qui fraichitalors à l’Ouest-Nord-Ouest, joint à un courant fort qui portoit au Sud-Est , nous retarda tellement, que le soir entre sept et huit heures, la pointe méridionale de Isle nous restoit au Nord 10 degrés Ouest à quatre lieues : la colline Sud revêtue de neige , se montroit au Nord 1 degré et demi Est. |

Le #1 à quatre heures du matin, le vent s'étant fixé à l'Ouest, je gouvernai vers le rivage, afin d'acheter quelques rafraïîchissemens. À mesure que.nous approchämes;, les Naturels mirent leurs pirogues à la mer : nous füûmes en panne ou nous louvoyâmes toute la journée, afin de rendre les échanges plus faciles; mais nous ne pûmes nous procurer que peu de vivres. Il arriva un assez grand nombre de canots sur lesquels il n’y avoit pas une des choses dont nous avions besoin : je jugeai que cette partie de l'Isle est très-pauvre, et que nous avions déjà acheté tout ce qui n’étoit pas absolument nécessaire aux habitans. Nous passâmes la nuit du 12 à louvoyer avec un vent frais de TOuest ; on prit des sondes à un mille de la côte, et au Nord-Est de la pbinte Sud de l'Isle, elles rapportèrent 55 brasses fond de joli sable. À cinq heures du soir, nous

mimes le cap au Sud-Ouest avec un vent de l'Ouest-Nordest, etil survit un calme un peu après minuit,

\ Le lendemain à huit heures du matin, nous eûmes une petite brise du Sud-Sud-Est et nous gouvernâmes au Nord- Nord-Ouest vers la terre. Bientôt après, des pirogues arrivérent près de nous avec quelques cochons; mais elles ne nous apportoient point de végétaux, article dont nous avions sur-tout besoin, Nous avions fait alors un peu de progrès; car à midi la pointe méridionale de l'Isle nous restoit au Sud 86° et deini Est ; la pointe Sud-Ouest, au Nord 13° Ouest, et la côte la moins éloignée à deux lieues : notre latitude observée étoit de 18 degrés 56 minutes, et le garde-temps indiquoit 203 degrés 4o minutes de longitude. Le soir nous avionsatteint le travers dela pointe Sud-Ouest de l'Isle ; mais le vent passant à l'Ouest et au Nord, nous perdimes la nuit tout l’espace que nous avions gagné. Le lendemain au matin, nous étions toujours à la hauteur de la pointe Sud-Ouest, et quelques pirogues arrivèrent près de nous; mais elles n’apportèrent aucune des choses dont nous manquions : il ne nous restoit ni fruits ni racines, et nous nous vimes contraints de faire usage de nos provisions de mer. Des canots qui vinrent du Nord nous vendirent enfin un petit supplément de cochons et de racines.

Le jour suivant, nous eûmes de légers souffies de vent variables, bien voisins d’un calme, jusqu’à cinq heures de l'après-midi : à cette époque, il s’éleva une brise de l'Est- Nord-Est, avec laquelle nous pûmes gouverner le long de la côte au Nord. Le ciel étant beau, il nous arriva beau- , coup de Naturels du pays, et nous eûmes des provisions de toute espèce en abondance; la plupart des Insulaires passèrent la nuit avec nous; et nous remorquâmes leurs pirogues.

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Le 16 à la pointe du jour, croyant apercevoir une baie, M. Bligh partit avec un canot de chacun des vaisseaux, et il alla l'examiner : nous en étions à trois lieues. Les piroguesarrivèrentalors de toutes parts, et avant dix heures, il n’y avoit pas autour de /a Résolution et de la Découverte, moins de mille embarcations remplies de monde, et chargées de cochons et d’autres productions de l'Isle. Les Insulaires nous donnèrent les preuves les plus satisfaisantes de leurs intentions amicales; car nous ne remarquâmes pas un seul homme arme : ils n'étoient venus que dans des vues de curiosité, et avec le désir de faire des échanges. Si dans la foule de ceux qui se trouvoient sur nos bords, quelques-uns montrèrent de la disposition au vol, il ne faut pas s’en étonner : l’un d’eux enleva le gouvernail d’un de nos canots : nous nous en aperçümes , mais trop tard pour lui ravir sa proie avant qu'il s’en allât. Je crus que cette occasion étoit favorable pour les instruire de l'effet de nos armes à feu, et nous tirâmes par-dessus la pirogue qui emportoit le gouvernail , deux ou trois coups de fusil et autant de pierriers. Comme nous n’avions pas voulu que ces coups portassent, la foule des Naturels sembla plus surprise qu’effrayée.

M. Bligh reyint le soir : il me dit qu’il avoit découvert une baie où lon trouveroit un bon mouillage et une aiguade assez facile. Je résolus d'y conduire les vaisseaux , de m'y radouber, et d'y embarquer tous les vivres que nous pourrions nous y procurer. La plupart des Naturels retournérent à terre à l'approche de la nuit; mais un certain nombre d’entre eux nons demandèérent la permission de coucher à bord. La curiosité ne fut pas le seul motif de celte prière, du-moins pour quelques-uns; car nous nous

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aperçümes le lendemain au matin qu'ils avoient fait plusieur vols , et je me déterminai à ne plus en garder un si gtand nombre.

* À onze heures du matin, nous mouillämes dans la baie (à laquelle les Naturels du pays donnent le nom de Kara- Kakooa), par treize brasses fond de sable, à environ un quart de mille de la côte Nord-Est : la pointe méridionale de la baie nousrestoitau Sud-quart-Sud-Ouest, et la pointe septentrionale à l'Ouest un demi-rumb-Nord. Nous amarrâmes au Nord, avec l'ancre de toue et un cable ; on désenvergua les voiles et on abattit les vergues et les mâts de

hune. Les vaisseaux continuèrent à être remplis de Natu-

rels, et nous fûmes environnés d’une multitude de pirogues. Je n’avois jamais vu, dans le cours de mes voyages, une. foule si nombreuse rassemblée au même endroit; car, indépendamment de ceux qui arrivérent en canots, le rivage de la baie étoit couvert de spectateurs; d'autres nageoient autour.de nous en troupes de plusieurs centaines , et on les eût pris pour des radeaux de poissons. La singu- Jarité de cette scène nous frappa beaucoup, et il se trouva peu de personnes à bord, qui regrettassent de m'avoir vu échouer dans mes tentatives pour trouver un passage au Nord ; car si elles avoient réussi, nous n’aurions pas eu oecasion de relâcher une seconde fois aux Isles Sardwick, et d'enrichir notre voyage d’une découverte qui, à bien des égards, paroît devoir être la plus importante qu'aient jusqu'ici faite les Européens dans la vaste étendue de l'Océan Pacifique.

Nora. Le Journal du Capitaine Cook finit ici. C'est le Capitaine K'ng qui a écrit la suite du voyage.

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