‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 53 sur 68 · LORS ES · texte numérisé non relu

LORS ES

LA baie de Karakakooë est située ar côté occidental de l'Isle d'Owkykee, dans un district appelé Ækona ; elle a envirou un mille de profondeur, êt elle se trouve bornée par deux pointes de terre basses, éloignées l’une de l'autre d’une lieue et demie au Sud-Sud-Est et au Nord - Nord-

Ouest. Le village de Kowrowa occupe la pointe septen: trionale, qui est plate et stérile, et il y a au fond de la baïe, près d’un bocage de grand cocotiers, une autre bourgade, d’une étendue ples considérable, appelée Kakooa. L’intervalle qui les sépare est rempli par une haute montagne de roches, inaccessible du côté de la mer. La côte de la bande Sud paroît très-ihégale jusqu’à un mille dans l’intérieur des terres: par-delà le sol s'élève peu-à-peu, et il est semé de champs cultivés et enclos, et de bocages de cocotiers, parmi lesquels les habitations des Insulaires sont répandues en grand nombre. Le rivage qui environne la baie est un rocher de corail noir, et le débarquement est très «dangsreux par un gros temps : j'excepte néanmoins le village d° Kakooa, où il y à une belle grève de sable, qui offre à l'une de ses extrémités un Morai ou un cimetière , et à autre un petit puits d’eau douce. Le Capitaine Cook ayant jugé qu’on pouvoit radouber ici les vaisseaux, et y embarquer de l’eau ct des vivres, nous amarrâmes au côté septentrional, à environ un ad mille du rivage” Xoivroswa nous réstant à l'Oucst-Nord-Ouest. ;

* Dès que les häbitans s'aperçurént qne nous voulions mouiller dahs In baie,:ils vinrent près de nous; la foule étoit immense ; ils témoignètent leur joie par des chants et des cris, et ils firent toutes sortes de gestes bizarres et extravagans. Ils ne lardèrent pas à couvrir les flancs, ïes porisiet les agrès, des .deux vaisseaux ; et une aultitudë de femmes et de petits garçons, qui v’avoient. pu se procurer des pirogues, arrivètent à la nage: çeux-ci formoient sur la surface dela mer, de vastes radeaux:, la plupart ne trouvant point de place à bord, passèrent la journée entière à se jouer au milieu des vagues.

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Parmi les Chefs qui vinrent sur /2 Réso/ution, nous distinguâmes un jeune homme, appelé Pareea ; nous reconnûmes bientôt qu'il jouissoit d’une grande autorité. Lorsqu'il se présenta devant le Capitaine Cook, il dit qu'il étoit Jakanee (*) du Roi de l'Isle; que le prince faisoit une expédition militaire à Mowce , et qu'il devoit arriver’ dans trois ou quatre jours. Quelques présens l’attachèrent complétement à nos intérêts, et il nous servit beaucoup pour contenir ses compatriotes. Nous nous apercümes bientôt que /a Découverte, surchargée d’Insulaires, penchoit trop d’un côté, et que son équipage ne pouvoit écarter la foule nombreuse qui continuoit à y entrer. M. Cook craignant les suites de cet empressement, fit part de ses inquiétudes à Pareea : celui-ci se rendit sur-le-champ auprès du Capitaine Clerke; il chgssa ün assez grand nombre de ses compatriotes, et il dbligea les pirôgues à se tenir à une certaine distance.

Nous jugeñmes que les Chéfs ont sur le bas-peuple un pouvoir très-despotique. Nons eïmes le même jour’, à bord de {a Résolution, üne autre preuve de cette vérité : là foule y étoit si considérable , que les matelots ne pouvoient faire le service ; et nous fûmes obligés de recourir au Chef Kancena, qui, ainsi que Pareea, s’étoit attaché au Câprtaine Cook. Lorsque nous lui eûmes expliqué l'embarras où nous ous trouvions , il ordonna tout de suite à ses compatriotes de soriir du vaisseau, et nous fûmes très-surpris de les

(*) Nous rencontrâmes ensuite plusieurs autres Insulaites qui portoient le‘mêéme titré ; mais nous n’avons jamais pu savoit d’une manière précise si le terme de Jukanee désigne un office, ou un degré d'alliance ou de parenté avec le Roi.

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voir se jeter à a mer sans hésiter un moment : un seul homme ayant essaÿé de se cacher, et ne paroissant pas disposé à obéir . Kancena le prit de force et le précipita au milieu des vagues.

Ces deux Chefs ctoient d’une stature forte et bien proportionnée , et d’une physionomie très-agréable; Kancena sur-tout, que M: Webber a dessiné, étoit un des plus beaux hommes que j'aie jamais vus. ILavoit environ six pieds de hauteur, des traits réguliers et pleins d’expression, des yeux vifs et noirs, le maintien aisé, ferme et gracieux. | ve

Ona : dit que durant notre longue navigation à la hauteur de cette Isle, les habitans s’étoient toujours conduits avec beaucoup de loyauté et de droiture envers nous, et qu’ils n’avoient pas montré la p légère disposition au vol: nous en fûmes d'autant plus étonnés, que nous ne communiquâmes guères qu'avec des gens des dernières classes, c'est-à-dire, avec des, domestiques ou des pè- | cheurs. Il n’en fut pas de même:ici. La multitude immense de Naturels du pays qui remplissoient chaque partie des vaisseaux, leur procura des occasions fréquentes de nous piller, --:s risque d’êure découverts ; et comme ils étoient très-supérieurs en, nombre, ils espéroient sans doute que leurs vols demeureroient impunis, si nous venions à nous en apercevoir. Nous attribuämes d’ailleurs ce changement de conduite à la présence et à l’encouragement de leurs Chefs; car, en général, nous retrouvâmes dans les mains des grands personnages de l'Isle, les choses qu’on nous avoit dérobées, et nous eûmes bien des raisons de croire que les larcins avoient été commis à leur instigation.

La Résolution fut à peine au mouillage , que nos deux

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DE COOK. (1779) 321 amis, Pareea et Kaneena, amenèrent à bord un troisième Chefnommé Koah , qui , selon ce qu’on nous dit, se trouvoit alors de la classe des Prêtres, après avoir été dans sa jeunesse un guerrier distingué. C’étoit un petit vieillard fort maigre ; il avoit les yeux trés-rouges et très-malades, et le corps couvert d'une galle blanche, lépreuse, effet d’un usage immodéré-de l’ava. On le conduisit dans la grand-chambre , etils’approcha avec beaucoup de respect du Capitaine Cook ; il lui jeta sur les épaules une pièce d’étoffe rouge qu'il avoit apportée; il fit quelques pas en arrière, et il lui présenta un petit cochon qu’il tint dans

ses mains, tandis qu'il prononça un long discours. Cette ; quu p ç 8

cérémonie fut souvent renouvelée durant notre séjour à Owhyhee, et nous jugeâmes, d’après plusieurs circonstances , que c’étoit une sorte d'adoration religieuse. Nous vimes toujours leurs Idoles revêtues d’une’ étoffe rouge, pareille à celle qu’on avoit mise sur le Capitaine Cook ; et ils offroient ordinairement de petits cochons aux Easooas : d’ailleurs ils récitoient leurs discours ou leurs prières, avec une prestesse et une volubilité qui sembloient indiquer un formulaire établi. | Quand cette cérémonie fut achevée, Koah dina avec le Capitaine Cook; il mangea avidement tout ce qu'on lui servit. Aussi réservé que les autres habitans des Isles de ces mers, nous ne pümes le déterminer à goûter une seconde fois de notre vin qu de nos liqueurs fortes. M. Cook alla le soir à terre, et nous l’accompagnâmes M:Bayly et moi. Nous débarquâmes sur la grève, et nous fûmes reçus par quatre hommes'qui portoient des baguettes garnies de poils de chiens à l'une des extrémités ; ils marchèrent devant nous en déclamant à haute voix une phrase très- Tome IIT. 21

courte, dans laquelle nous ne distinguêmes que le mot Orono (*). La foule qui s’étoit rassemblée sur le rivage se retira dès qu'elle nous vit approcher ; et nous n’aperçùmes personne, si j'en excepte un petit nombre d'Insulaires prosternés la face contre terre, aux environs des huttes du village voisin.

Avant de parler des hommages :eligieux qu’on rendit au Capitaine Cook, et des cérémonies singulières avec lesquelles il fut reçu sur -cette Isle funeste, il est nécessaire de décrire le Morai situé au côté néridional de la grève du village de Xakooa. C’étoit une construction de pierres, solide et carrée, d'environ quarante verges de long , de vingt de large, et de quatorze de hauteur : le sommet applati et bien pavé se trouvoit entouré d’une balustrade de bois sur laquelle on voyoit les crânes des captifs sacrifiés à la mort des Chefs du pays: le centre de l'édifice offroit un vieux bâtiment de bois, tombant en ruines, et réuni de

chaque côté à.la balustrade, par un mur de pierres qui di-

visoit en deux parties l’espace vide. La bande contiguë à

Yintérieur du pays présentoit cinq poteaux de plus de

vingt pieds d’élévation, qui soutenvient un échafaud d’une

forme irrégulière : il y avoit au côté, en face de la mer, deux petites maisons communiquant l'une à l’autre par un: chemin qu'un pavillon défendoit des injures de l'air.

(*) Les Naturels d'Owhyhee donfoient en général ce nom au Capitaine Cook; mais nous n’avons pu en découvrir la significasion précise. Ils lappliquent quelquefois à un être invisible, qui, disoient-ils , habite les cieux. Nous reconndmes aussi que c'est le titre d’un grand personnage très-puissant dans l'Isle, lequel a de lanalogie avec le Dalai-Lama des Tartares et l'Empereur ecclésiastique du Japon.

e le mot rivage se s n'apere d'Insurons des

m rendit avec lesécessaire la grève pierres, long , de nmet aptrade de sacrifiés 2e offroit réuni de

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Koah nous mènd au sommet de cette construction par un chemin d’une pente douce, qui commencoit aux bords de la grève et aboutissoit à l'angle Nord-Ouest de la cour de l'édifice :nous aperçûümes à l'entrée deux grosses figures de bois dont les traits du visage offroient des coatorsions bizarres ; une longue pièce de bois sculptée en forme de cône renversé, s'élevoit du sommet de leur tête, et le corps étoit enveloppé. d’une étoffe rouge. Nous rencontrâmes ici un jeune homme d’une haute taille, qui avoit la barbe fort longue; il présenta ces figures au Capitaine Cook, et après avoir chanté, de concert avec Koah, une espèce d'hymne, il nous conduisit à l'extrémité du Morai où étaient les cinq poteaux dont j'ai fait mention. Douze figures étoient rangées en demi-cercle au pied de ces poteaux ; et nous remarquâmes devant la figure du milieu une table élevée qui ressembloit exactement aux #WA4artas (*) des O-Taïtiens : nous trouvâmes sur cette table un cochon pourri, et par-dessus. des morceaux de cannes de sucre, des noix de coco, du fruit à pain, des bananes et des patates douces. Koah ayant placé M. Cook sous la table, prit le cochon.entre ses mains, et après avoir adressé à nojre Commandant un second discours aussi long que le premier, et prononcé avec beaucoup de véhémence et de rapidité, il laissa tomber le cochon par terre. 1l engagea ensuite M. Cook à monter sur l’échafaud; ils y montèrent en effet l’un et l’autre, non sans avoir couru de grands ris- .ques de se laisser tomber. Dix hommes, quiapportoient un cochon en vie et une grande pièce d’étofferouge, arrivèrent alors en silence et en procession à l'entrée du sommet du

(*) Voyez le premier et le second Voyage de Cook. 21*

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Morai, Is s’arrétèrent lorsqu'ils eurent fait quelques pas et ils se prosternèrent : Kaireekeea, le jeune homme dont je parlois tout-àl'heure, alla à leur rencontre; et ayant: reçu l’étoffe rouge, il l'apporta à Koah, qui en revêtit le Capitaine Coek et qui lui offrit ensuite le cochon, en observant le même cérémonial.

Tandis que notre Commandant étoit sur l’échafaud , emwaillotté dans l’étoffe rouge, et ayant peine à se tenir sur des morceaux de bois pourri, Kaireekeea et Koah chantérent quelquefois tous deux ensemble , et d’autres fois alternativement : cette partie de la cérémonie fut très-longue ; Koah laissa tomber le cochon, et il descendit enfin avec M. Cook. Il lemena auprès des douze figures, et aprèsavoir ditquelque chose à chacune d’un air ricaneur, et fait claquer ses doigts à mesure qu’il passa devant elles, il le conduisit à celle qui se trouvoit au centre, et dont les gens du pays sembloient faire plus decasque des autres, puisqu'elle

| étoit couverte d’une étoffe rouge. Il se prosterna devant

cette figure et il la baisa : le Capitaine Cook, qu'on pria de faire la même chose, se soumit à tout ce ‘que voulut Koab.

On nous ramena à Fautre divisions du Morai , où il y avoit un espace de dix ou douze pieds en carré , creusé d'environ trois pieds au-dessous du niveau du terrain de la cour. Nous y descendîmes, et on assit M. Cook entre deux Idoles de bois ; Koah soutint l’un de ses bras, et moi je soutins l’autre. Nous vimes arriver une seconde procession de Naturels du pays; ils apportoient un cochon. cuit au four, un pudding, du fruit à pain, des noix de coco et des légumes. Lorsqu'ils furent près de nous , Kaireekeea se mit à leur tête, et ayant présenté le cochon à notre Commandant avec les cérémonies que j'ai déjà décrites,

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aud, emtenir sur : chantèois alterlongue ; fin avec résavoir fait cla- 1 le congens du iisqu’elle devant | pria de it Koab.

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d commença des chants pareils à ceux que nous avions déjà entendus, et ses camarades répondirent à chacun des versets. Nous observämes que la longueur des versets et des répons diminua peu-à-peu ; que vers la fin Kaireekeca ne disoit plus que deux ou trois mots, et que les autres lui répondoient seulement par l’expression d’Orono. Quand cette offrande, qui dura un quart-d’heure , fut terminée, les Insulaires s’assirent en face de nous; ils se mirent à découper le cochon, à pelerles végétaux et à casser les noix de coco : quelques-uns firent de l'ava ; ils mâchent les racines qui entrent dans la composition de cette liqueur, etils suivent d’ailleurs le procédé des habitans des Zs/es des Amis. Kaireekega prit ensuite une portion de l’amande d’une noix de coco qu’il mächa, et l'ayant enveloppée d'un morceau d’étoffe, il en frotta le visage, le derrière de la tête, les mains, les bras et les épaules de M. Cook. L’ava fut ensuite servie à la ronde; et Idrsque nous en eûmes goûté, Koah et Pareea divisèrent la chair du cochon en petits morceaux , qu’ils nous mirent dans la bouche, Je n'avois point de répugnance à souffrir que Pareea, qui étoit très-propre, me donnât à manger: mais M. Cook à qui*Koah rendoit le même office, se. souvenant du cochan pourri, ne put avaler un seul morceau ; vieillard voulant redoubler de politesse, essaya de Jui donner des morceaux.tout mâchés, et l’on imagine bien que le dégoût de notre Commandant ne fit que s’accroître. Après cette cérémonie, à laquelle le Capitaine Cook mit fin, dès qu'il put le faire décemment, nous quittämes le Morai : nous ne manquâmes pas de distribuer parmi les Naiurels quelques morceaux de fer et d’autres bagatelles dont ils furent enchantés. Les hommes qui por-

toient des baguettes nous conduisirent à nos canots, en (M répétant les phrases et les mots qu’ils avoient débités lors 1 | de notre débarquement. Le peuple se retira, et Je petit

nombre de ceux qui ne s'en allèrent pas, se prosternèrent la face contre terre, à mesure que nous côtoyâmes le rivage. Nous nous rendimes sur-le-champ à bord; l'esprit tout occupé de ce que neus avions vu, et extrêmement (Rl satisfaits des dispositions amicales des habitants du pays. pl. Je ne pourrois donner que des conjectures, et même des conjectures incertaines et inexactes sur le but des diverses cérémonies que leur nouveauté et leur singularité m'ont il engagé à décrire en détail; il paroît clair toutefois qu'elles il annonçoient un grandæespect de la part des Iusulaires , | | et nous *igeâmes qu’elles étoient bien voisines d’une’ ado- |

ratiou religiénse à l'égard de notre Commandant. J'allai à terre le lendemain avec une garde de huit Soldats de marine, y compris le Caporal et le Lieutenant : M. Cook m'avoit ordonné d'établir l'observatoire à l'endroit qui me sembleroit le plus propre à surveiller et protéger ceux de nos gens chargés de remplir les futailles, ainsi que les à | autres détachemens de travailleurs qu’on enverroit dans

fl l'Isle. Tandis que j'examinois au milieu de la bourgade | un emplacement qui me paroissoit convenir à l'usage que | nous voulions en faire, Pareea, toujours disposé à montrer it son pouvoir et sa bonne volonté, offrit d'abattre quelques { cabanes qui auroient gêné nos observations. Je ne crus

pas devoir accepter son offre, et je choisis un champ de patates voisin du Moraï ; on nous l'accrda volontiers, et les Prêtres, afin d’en écarter les Insulaires, le consacrèrent en établissant des baguettes autour de la muraille qui l'enfermoit. |

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| DE COOK. (1779) 327 Ts donnent à cette espèce d'interdit religieux le nom de

Taboo, mot que nous entendimes répéter souvent durant

notre séjour ici. Nous reconnümes qu’il a des effets très-

puissans et très-étendus ; j'en parlerai d'une manière dé-

taillée dans la description générale de ces Isles, lorsque

je traiterai de la Religion des Insulaires; il suffit de faire ob-

server maintenant que l'opération du Taboo nous procura

une tranquillité et une solitude plus grande que nous ne

l'aurions désiré : les pirogues du pays ne s’avisérent jamais

de débarquer près de nous; les Naturels s'assirent sur la

muraille, mais aucun d'eux n’osa pénétrer dans l’espace con-

sacré sans en avoir obtenu notre permission : les hommes se rendirent à nos prières , et ils consentirent à traverser, avec des provisions, le terrain sur lequel nousétions établis;

mais nous essayâmes vainement de déterminer les femmes à nous approcher. Nous leur offrimes en vain des présens :

Pareea et Koah , qui joignirent leurs sollicitations aux nôtres, ne réussirent pas davantage ; elles nous répondirent constamment qu'elles seroient tuées par l'Earoos et Terreeoboo ( c'est le nom de leur Roi). Elles ne craignoient cependant point d'approcher ceux de nos camarades qui se trouvoient à bord : des flots d'Insulaires, et de femmes en particulier, arrivoient sans cesse aux vaisseaux ; on étoit obligé de les chasser presqu’à toutes les heures afin de laisser aux équipages la place nécessaire pour le service : deux outrois cents femmes alors se jetoient souvent à la mer toutes à-la-fois ; elles continuoient à nager et à se jouer au milieu des vagues en attendant qu’elles pussent remonter sur Z Résolution ou la Découverte, et elles pous procuroient ainsi un spectacle-très-amusant.

I n’arriva rien d'important à bord depuis le 19 jus:

qu'au 24, époque à laquelle Pareea et Koah nous quittèrent pour se rendre auprès de Terreeoboo, qui venoit de débarquer sur une autre partie de l'Isle. Les calfats travaillèrent aux flancs des vaisseaux; on examina soigneusement et on répara les agrès. Le Capitaine Cook s'occupoit surtout et constamment de la salaison des cochons que nous voulions embarquer: cet essai ayant beaucoup mieux réussi que dans aucune autre tentativeantérieure de la mêmeespèce, il convient de décrire en détail le procédé que nous suivimes.

On a cru généralement qu'il est impossible de conserver des viandes salées sous les climats du Tropique ; le progrès de la putréfaction est, dit-an, si rapide, que pour me servir d'un terme de l'art, le sel n’a pas le temps dé prendre avant que la chair se gâte. Il me semble que M. Cook est le premier navigateur qui ait fait des expériences sur ce sujet. Les succès, quoique irés-imparfaits, de ses premières tentatives, qui eurent lieu en 1774, ” rant son second Voyage autour du Monde, suffirent p.. montrer que l'opinion reçue n’étoit pas juste. Notre expidition devoit, selon toutes les apparences, durer une année par-delà le temps pour lequel les vaisseaux se trouvoient approvisionnés ; et il se vit obligé de pourvoir de quelque manière à la subsistance des équipages, ou s’en tenir aux découvertes qu'il avoit faites à l'époque de notre retour aux Isles Sardwigk. Il profta de toutes, les occasions qui lui permirent de renouveler ses premiers essais , et il réussit au-delà de ses espérances.

Les cochons que nous employâmes étoient de différentes grosseurs ; ils pesoient de quatre à douze stones (*). On

+ {*) Le stone est de quatorze livres,

DE COOK. (1779) 329 les tuoit toujours le soir, et dès qu'on avoit enlevé les soies et les entrailles, on divisoit la chair en pièces de quatre ou huit livres chacune : on ôtoit les os des jambes et de l'échine, et même les côtes dans les individus les plus considérables : on essuyoit et on examinoit ensuite chacun des morceaux avec soin ; on ne laissoit point de sang coagulé dans les veines, et on les remettoit aux saleurs, tandis que la chair avoit encore de la chaleur : lorsqu'on les avoit bien frottés de sel, on les entassoit sur un échafaud élevé

* enpleinair, et on les couvroit de planches surchargées des corps les, plus lourds possibles. On les laissoit dans cette position jusqu’au lendemain au soir : à cette époque , on les essuyoit, on les examinoit de nouveau, et on séparoit les morceaux suspects. Ceux qui se trouvoient en bon état étoient déposés dans une cuve qu'on remplissoit

de sel et de marinade ; on en faisoit la visite une ou-deux “fois par jour ; et si quelques morceaux n’avoient pas pris le sel, ce qu'on découvroit bieutôt à l’odeur de la marinade,

oistel on le retiroit sur-le-champ, et on portoit les pièces saines NE: 198 dans un nouvel assaisonnement de vinaigre et de sel : au " trou- reste, ceci n'arrivoit guères, tant on faisoites premières ne opérations avec soin. Six jours après, on les sortoit de la cuve: on examinoit toutes les pièces pour la dernière fois, “'FRUR et quand on les avoit comprimées légèrement, on les mettoit sil en barwiques en posant une petitecouchede sel entre chaque d morceau. J’airamèné en Azgleter-e plusieurs barriques dece 14m porc, qui avoit été saléà Owkykee, au mois deJ anvier 1770; Va quelques personnes en ont mangé à Londres, à la fin de ) On Décembre 1780, et elles l'ont trouvé très-bon ettrès-fin(*). —<—

{*) Depuis la rédaction de ce Journal, M. Vancouvert, l’un de

Je reprends la suite du journal. Nous étions établis à l'observatoire depuis peu de temps , lorsque nous détouvrimes, dans notre voisinage, une société de Prêtres, dont le service régulier au Moraï avoit excité notre curiosité. Leurs cabanes se trouvoient autour d’un étang; elles’ étoient envirohsées d’un bocage de cocotiers, qui les séparoit de la grève et du r'este du village, et qui faisoit de leur emplacement une retraite un peu religieuse. Le Ca- . pitaine Cook, que j'instruisis de ces détails, résolut d'aller les voir, et comme il s’attendoit à être reçu ainsi qu'il l’avoit été à son débarquement, il amena M. Webber pour dessiner.ce qui se passoit (*).

Dès qu'il eut descendu sur la grève, on le conduisit à un édifice sacré, appelé Æarre-Noorono, ou la maison de

nos Midshipmen , à bord de la Découverte, et deveñu depuis Lieutenant du Martin , sloupe de guerre, m'a dit qu’il avoit essayéen 1782, sur du porc d'Angleterre et d'Espagne, la méthode que je recommande ici, durant une croisière à la côte du Continent de l'Amérique espagnole , et qu’elle lui avoit réussi au-delà de ses espérances. Il a fait le même essai à la Jamaïque avec le bœu que le Büreau des Vivres fournit à la Marine royale, et il n’a pas eu le même succés ; ‘il croit que les bouchers n’avoient pas pris les précaut.ons nécessaires en tuant et dépeçant les bœufs ; qu’ils les avoient suspendus et ouverts avant de lés avoir bien saignés; que !cs vaisseaux sanguins avoient été exposés à l'air, et que le sang s’étoii agé avant d’avoir eu le temps dg s’écouler, et que les animaux avoient été roués de coups lorsqu'on les menoit à la boucherie. 11 ajoute qu'après avoir surveillé les bou chers qui tuërent un bœuf, et fait porter la viande avec soin à bord du Martin, il en sala une partis; qu’une semaine après , cette portion avoit pris le sel complétement; qu’il pensa qu’elle se garderoit très-bien et long-temps , mais qu’il n’avoit pas vérifié sa conjecture.

(*) Voyez la Planche n.a 60. .

8 établis à bus détou- Prêtres , notre cun étang ; rs, qui les i faisoit de

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, l'Orono; on lui dit de s’asseoir à l'entrée, au pied d’une ; > au pi

idole de bois pareille‘à celles que nous avions vues au

Morai. On me chargea de nouveau de soutenir un de ses

bras; on lemmaillotta une seconde fois dans une étoffe

rouge, et Kaireekeea, accompagné de douze Prêtres, lui présenta un cochon, en observant le cérémonial accoutumé. On étrangla ensuite le cochon, on alluma du feu, et on jeta l'animal dans 1es cendres chaudes; et lorsqu'on eut enlevé ses soïes, on vint le présenter de nouveau à notre Commandant, avec leschants, l'appareil et la pompe de la première offrande. On le tint quelques monens sous son nez; on le déposa ensuite à ses pieds, ainsi qu'une noix de coco, et les acteurs de la cérémonie s’assirent. On fit de l'ava et on distribua cette boisson à la ronde : on apporta alors un cochon gras, bien cuit, et on nous en mit des morceaux dans la bouche, ainsi que les Insulaires lavoient déjà fait à notre premier débarquement.

Depuis cette époque, toutes les fois que le Capitaine Cook descendit à terre, il fut accompagné de lun de; Prêtres, quimarchoit devant lui, qui avertissoit qu’Orono avoit débarqué , et qui ordonnoit au peuple de se prosierner la face contre terre. L’un d'eux ne manqua jamais non plus de l'accompagner sur l’eau; il se tenoit à l'arrière du canot, une baguette à la main, et il avertissoit de l’approche de notre Commandant, les Insulaires qui se trouvoient dans leurs pirogues : les rameurs abandonnoient à l'instant leurs pagaies, et ils se couchoient ventre à terre jusqu'à ce qu'il eût passé. S'il s’arrétoit à Pobservatoire, Kaireekeea et ses confrères arrivoient tout de suite avec des cochons, des noix de coco, du fruit à pain, etc., qu'ils lui offroient, ex observant le cérémonial

332 TROISIÈME VOYACÉ

ordinaire. Ce fut dans ces occasions que des Chefs inférieurs nous demandèrent souvent la permission de présenter une offrande à l Ororo : lorsqu'ils en avoient obtenu la permission , ils offroient un cochon d'un airqui annonçoit la timidité et la frayeur : sur ces entrefaites, Kaireekçea et les Prêtres chantoient leurs hymnes. -

Les politesses de cette Société de Prêtres ne se bornèrent pas cependant à de pures cérémonies et à de vaines attentions de parade. Ils donnèrent. chaque jour des cçchons et des végétaux à ceux d’entre nous qui setrouvoient à terre; et ils envoyoient avec la même exactitude diverses pirogues chargées en provisions. Ils ne demandèrent jamais rien de retour, et jamais ils n'insinuërent d’une façon indirecte qu'ils désiroient quelques présens de notre: part. La régularité des leurs annonçoit plutôt l’accomplissement d’an devoir religieux que la simple libéralité ; et lorsque nous voulûmes savoir quel étoit l'individu ou le corps qui nous traitoit gyec tant de magnificence, on nous répondit qu'un grand personnage appelé Kaog, Chef des Prêtres, et aïeul de Kaireekeea, en voyage avec le Roi, faisoit tous ces frais.

L’affreux malheur qui nous arriva ici devant inspirer beaucoup d'intérêt au lecteur, sur tout ce qui est relatif au caractère et à la conduite de cette peuplade, il est bon d’avertir que-nous n’avions pas lieu d’être aussi contens des Chefs guerriers ou des Earees, que des Prêtres. Nous jugeâmes dans toutes les occasions, que les premiers s’occupoient de leurs propres intérêts, et outre les vols habituels qu’ils se permettoient, et qu’on peut excuser en quel. que sorte, vu l'universalité de ce défaut parmi les Insulaires de l'Océan Pacifique, nous les trouvâmes coupables de quel-

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DE COOK. (1779) 333 quesartificesauséi déshonorans. Je ne citerai qu'un délit duquelnotre ami Koahétoit le principal complice. Commeles Chefs qui nous apportoient des présens de cochons s’en retouruoient toujours avecune récompense honnête, nous en recevions pour l'ordinaire une quantité plus considérable que celle qe nous poyvions consommer. Koab, qui alors ne manquoit jamais d'arriver près de nous, avoit coutume de demander des choses dont nous n’avions pas besoin, et il étoit sûr de les obtenir. Un homme , qu'il nous présenta comme un Chef qui vouloit nous rendre ses devoirs, nous offrit un jour un petit cochon; nous reconnûmes que ce cochon avoit-été donné à Koah un moment auparavant. Cette observation nous indiquant une sorte de manège, nous sûmes , après quelques recherches, que ce prétendu Chef étoit un homme du peuple, et ce fait, rapproché de quelques autres pareils , nous donna lieu de penser que nous avions déjà été trompés de la même manière.

Nos affaires furent jusqu'au 24 dans la position que je viens de décrire: nous fümes très-surpris, le 24, de voir qu'on ne permettoit à aucune embarcation de partir de la côte, et que les Naturels se tenoier: près de leurs cabanes. Il se passa quelques heures avant que nous pussions en expliquer la cause : nous apprîmes enfin que l’arrivée de Terreeoboo avoit fait sabooer la baie, et défendre toute espèce de communication avec nous. Nous n’avions pas prévu les incidens de cette espèce, et les équipages de la Résolution et de la Découverte n’eurent pas ce jour-là les végétaux qu'on leur servoit ordinairement. Nos gens employèrent le lendemain les menaces et les promesses, afin de déterminer.les Naturels du pays à venir à la hanche des vaisseaux : quelques.uns des Insulaires eurent enfin

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la hardiesse de s’éloigner- de la côte ; mais'nous aperçûmes un Chef qui s'y opposa , et qui entreprit de les ramener à terre, Ne voulaat pas qu'il exécutât son projet, nous tirâmes tout de suite un coup de fusil , qui produisit l'effet que nous en espérions , et bientôt après nous pümes acheter des rafraichissemens. Nous recûmes, l'après-midi , la visite de Terreeoboo; il vint sans appareil examiner nos bâtimens ; il n’avoit avec lai qu’une pirogue, dans laquelle se trouvoient sa femme et ses enfans. Il demeura à bord jusqu'à près de dix heures, et il retourna au village de Kowrowa.

Le 26 à midr, le Roi s’'embarquasur une grande pirogue, et étant part’ du village avec deux autres de sa suite, il prit en pompe la route des vaisseaux. Son cortège avoit de k grandeur et une sorte de magnificence. La première embarcation étoit montée par Terreeoboo et ses Chefs, revétus de leurs casques et de leurs riches manteaux de plumes, et armés de longues piques et de dagues : la seconde portoit des Prêtres, le respectable Kaoo, un de leurs Chefs, avec des Idoles chamarréés d’étoffes rouges. Ces Idoles étoiént des bustes d’osier, d'une proportion gigantesque, chargées de petites plumes de diverses couleurs, travaillées de la même manière que leurs manteaux : de gros morceaux de nacre de perle, et une noix noire fixée au centre, représentoient les yeux ; leurs bouches étoient garnies d’une double rangée de dents incisives de chien, et Yensemble de la physionomie offroit des contorsions bizarres. Des cochons et des végétaux divers remplissoient Ja troisième pirogue. Durant la marche, les Prêtres occupant la pirogue du centre, chantoient des hymnes avec beaucoup de gravité, et après avoir pagayé autour des

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vaisseaux , ils ramèrent vers la grève où j'étois à la tête de mon détachement, au-lieu d’aller à bord comme nous le comptions (*).

Dès que jele vis approcher, j'ordonnai à ma petite troupe de recevoir le Roi ; le Capitaine Cook ayant remarqué que ce prince venoit à terre, le suivit, et il arriva presque au même instant. Nous les conduisimes dans la tente; ils y furent à peine assis, que de Prince se leva, jeta d’une manière gracieuse , sur les épaules de notre Commandant, le manteau qu’il portoit : il mit de plus un casque de plumes sur la tête et unéventail curieux dans les mains de M. Cook, aux pieds duquel il étendit ensuite cinq ou six manteaux trés-jolis et d’une grande valeur. Les gens de son cortège apportèrent alors quatre gros cochons, des cannes de sucre, des noix de coco et du fruit à pain. Le Roi termina cette partie de la cérémonie en changeant de nom avec le Capitaine Cook, chose qui, parmi tous les Insulaires de l'Océan Pacifique, est réputée le témoignage d'amitié le plus fort que l'on puisse donner. Une procession de Prêtres menée par un vieux personnage d’une physionomie vénérable, parut; elle étoit suivie d’une longue file d'hommes qui amenoient de gros cochgns en vie, et d’autres qui portoient des bananes, des patates , étc. Je jugeai, d'aprés les coups-d’eil et les gestes de Kaireekeea, que le vieillard étoit le Supérieur de la Communauté de Prêtres que j'ai indiquée plus haut, et dont la générosité avoit fourni.si long-temps à notre subsistance. Il tenoit dans ses mains une

(*) La gravure ci-jointe représente cette cérémonie curieuse. Le Capitaine Cook ne reçut les présens qu'après qu’il eut descendu à terre.

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pièce d’étoffe rouge avec laquelle il emmaillotta les épaules de M. Cook, auquel il offrit un petit cochon, selon le cérémonial accoutumé. On luifitune place à côté du Prince : Kaireekeezx et ses confrères commeñcèrent leurs discours ou leurs prières ,et Kaooet les Chefs leur répondirent par intervalles.

. Je fus surpris de retrouver dans la personne du Roiun vieillard infirme et maigre, qui étoit venu à bord de Z Résolution quand nous étions par le travers de la bande Nord-Est de l'Isle de Mowee. Nous découvrîmes bientôt parmi les hommes de sa suite, la plupart des Insulaires qui passèrent alors une nuit entière sur notre bord; entre autres deux fils cadets du Monarque, dont le plus âgé avoit seize ans, et Maiha-Maiha, son neveu, que nous eûmes d'abord un peu de peine à reconnoître, parce qu’il avoit les cheveux chargés d’une pâte et d’une poudre brune, qui achevoit de défigurer sa physionomie, la plus sauvage que j'aie jamais rencontrée.

Dès que le cérémonial de l’entrevue fut voiiné, le Capitaine Cook conduisit à bord de Z Résolution Terreeoboo, et autant de Chefs que la pinasse put en contenir. Ils y furent reçus avec tous les égards possibles , et notre Commandant, en retour du manteau de plumes qu’on lui avoii donné. revêtit le Roi d’une chemise, et il l’arma de sa propre épée. Kaoo , et environ six autres des vieux Chefs, demeurèrent sur la côte, et ils se logèrent dans les maisons des Prêtres. Durant tout cet intervalle, nous n’aperçûmes pas une pirogue dans la baïe, et les Naturels se tinrent dans leurs cabanes, ou la face prosternée contre terre. Le Roi, avant de quitter z Résolution, permit aux habitans de Isle de venir aux vaisseaux et d'y faire des échanges;

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Di “UOR. (1779) 337 mais lés femmes, par des raisons-que nous ne pûmes découvrir, demeurèrent soumises:au Taboo, c’est-à-dire, qu'il leur fut‘toujours défendu de sortir de leurs Habitation et sn nous éunrh

+ , + À QC QG € CHAPITRE Il.

Description plus détaillée de ‘nos rapports avec les Naturels de l'Isle d'Owhyhee. Leur hospitalité, , Leurs dispositions au vol, Combats à coups de poing. Mort d'un de.nos matelots. Conduite des

: Prétres à ses funérailles. Nous achetons la balustrade et lès Idoles du Morai. Les Naturels s'informent avec inquiétude de l époque de notre départ, Leur opinion sur le but de notre voyage. Magnifiques présens que Terreeoboo faitau Capitäine Cook. Les vaisseaux quittent l'Isle. Un roup de vent endr...mage la Résolution et nous oblige d'y re-

venir. ù

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La tranquillité et l'hospitalité généreuse des Naturels du pays ayant dissipé toutes nos craintes, nous. n’hésitèmes pas à nous mêler au milieu d'eux , et nous les fréquentämes sans inquiétude dans toutes les circonstances et dans toutes les occasions. Les Officiers des denx vaisseaux parcoururent chaque jour l'intérieur du pays en fètites troupes ; et même seuls, et ils y passèrent souveut des nuits entières. Je ne finirois pas si je voulois raconter les marques sans nombre d'amitié et de politesse que nous recevions alors Tome III. 22

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338 l,- : TROISIÈME. VOYAGE

des Insulaires : par-tout où nous allions, le peuple se rase sembloit en foule autour de nous; il s'empressoit à nous offrir les divers secours qui dépendoient de lui, et tous les individus étoient très-satisfaits si nous acceptions leurs services. Ils mettoient en usége plusieurs petites ruses pour ettirernotre attention et différer notre départ. Quand nous traversions les villages, les jeunes garçonsetles jéunes filles couroient devant nous; ils, s'arrétoient@ chacun des endroits où il y avoit assez de place pour former un groupe de danseurs: tantôt:ils nous invitoient à nous réposer dans leurs cabanes , à y boire du lait de. coco, ou à ÿprendre quelque autre rafraîchissement ; tantôt ils nous plecoientau milieu d'un cercle de jeunes. fètnmes , qui déployoient leurs talens et leur agilité, afin de uous divertir par leurs chansons et leûrs danses. ‘

Le plaisir que nous causoient leur HR hbaie et leur douceur fut néanmoins troublé souvent par leur disposition au vol, vice commun chez toutes les autres peuplades répandues, sur ces mers. Cet inconvénient nous chagrina d'autant plus, qu’il nous obligea quelquefois à les: traiter

* durement; ce que nous aurions évne-bien volontiers, si la

nécessité ne nous en eût imposé la loi. Nous découvrimes ya jour quelques-uns de leurs nageurs les plus habiles, qui arrachoient les clous des bordages à la hanche des vaisseaux; ils exécutoient cette opération d'une manière trèsadroite, à l'aide d'un bâton court , garni d'un'caillou à l'une de,ses extrémités. Comme ils mettoient nos bâtimens en danger , uous tisâmes d'abord à petit plowb sur les coupables; mais en plongeant par-dessous la calle, ils se placèrent bientôt hors de k. portée de ngs coups, et pous nous vimes contraiuts d'en fouetter un à bord-de lg Découverte,

e se rase it à nous ,'et tous ons leurs 1ses pour and nous nes filles icun des rmer un «nous ré co, Ou à ‘ils nous , qui dédivertir

e etJeur r disposi- Jeuplades Chagrina les traiter iers, si la ouvrimes biles, qui des vaisr ière trêsou à l'une imens en les couils se plapous nous couverte,

pe coon, (1779) 339

A-peu-près à la même époque, un parti nombreux d'Officiers desteux vaisseaux fit une course dans l'intérietr du pays, pour en examiner les productions ; on trouvera plus baslerécit dece voyage : je mecontenterai de faire observer ici qu'il offrit à Kaoo une nouvelle occasion de montrer sa bienveillance et sa générosité envers nous; car, dès, qwil fut instruit de: leur départ, il leur envoya une quantité considérable de vivres ; ilenjoignit aux habitans des districts par oùils devoient passer, de leur donner tous les secours qui dépendroient d’eux;. et ce.qui, achève de prouver la délicatesse et le désintéressement: de. sa. conduite , on ne put faire accepter le plus léger présent aux hommes qu'il envoya. Nos, Voyageurs . revinrent. aprés six . jours. d'ab-

sence : ayaut manqué de guides , et le pays n'offrant pas

.de chemins ee is, m'avoignt pas pénélré au-delà de viogt milles. :

, Latête du et de la Dent se Préreaneet

ébranlée setila plupart. des éguillots étant relächés ou bri-

sés, on la détacha et.on l'envoya à terre le 27 au matin: ea même-temps les charpentiers, pénétrèrent dans l'iuté-

rieue dé l'Île, sous la conduite de.quelquesuns des gens de Kaoo, afin d'y couper .des:bois dont on püt faire des lisses de, bèrpes; .Gélles des: VEMRMAUE étoient eRHAreegE

vu où pourries, : 4 «1,

« Lie Capitaine Clerke, ques sa mauvaise santé retenoit presque towjours à bord, alla le 28 faire sa première visite à Terreeoboo, :: il le. Eouya daus sa cabane; et il fut xegu de la même manière et.avec les. mêmes cérémonies que: le Capitaine Cook: l'avoit été; et lorsqu'il reprit le chemin de :/4 Découverte , quoique sa visite eût été bien inattendue, il reçut:treute gros cochons, etautant de fruits

840 | TROISIÈME VOTAGE et de racines que son pe ot pda en consommer dans ‘une’ semaine, “Jusqu'ici nous n'avions vu aucun de leurs divertissémens ou de leurs exercices gymnastiques, et d'après les é sollicitations de quelques-uns de nos Officiers, ils nous ‘dônnèrentle soirlespectacle d’un combat à coups de poing. Ces; jeux furent, du côté de l'appareil et de la magnificence, ‘et du côté de l'adresse et de la force des athlètes, infé- ‘rieurs'à ceux dont nous avions'été témoins aux Zs/es des Amis } mais comme ils en différèrent à quelques égards, je les décrirai en peu de mots. Nous trouvâmes un vaste l cénéduts de peuple assemblé! sur une plaine, à peu de .“ distancé"‘de notre petit camp. Le milieu de'ce groupe d'in- ‘sulaïres ‘offrait un long espatè vidé, à l'extrétité supé- “rieure duquel étoient assis'les Juges, aù dessous de trois étendards d’où pendoient des bandes d’étoffes de: diverses “ovileurs; les peaux de deux oïés sauvages’, de petits oi- “seaux et des panaches de plumes. Lorsque tout fat prét, les Juges donnèrent le:sipnal, ‘et aw thême instant deux “champions parurent dans l’arêne. Ils s’avancèrent d'un pas ‘Jent ;ils élevoient à une grande hauteur leur pied de derrièe ; et ils passoient leurs-deux mains sur la plante de’ce pied. A mesure qu'ils approthèrent ils’se regdfdèrent souvent de la tête aux pieds, d’un air de dédain;, ils jetèrent :des œillades de mépris sur les spectateurs; ils-téndirent “euts muscles, et ils firéntun grand nombre de ‘gestes af- ‘fectés. Quand ils furent à la portée l’un de l'autre, ils pla- ‘-cèrent leurs deux bras sur urie ligne parallèle’, devant leur visage , endroit où devoit se porter tous’ les coups:! Hs se :frappèrént parun développement complet du bras;et d’une manière qui nous parut mal-adroite ; ils n’essaÿoient: point

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DE COOF. (1779) 34t de parer; mais ils éludoient l'attaque de leur adversaire, en inclinant le corps ou en se retirant. Le combat se décidoit promptement; car si l’un d'eux étoit renversé, ou si un accident quelconque le faisoit tomber , il passoit pour vaincu, et le vainqueur annonçoit son triomphe : par une multitude de gestes, qui, ordinairement, excitoient de grands éclats. de rire parmi les spectateurs. Il attendoit ensuite gn second antagoniste ; s'iltriomphoit de nouveau: il çn attendoit un troisième, jusqu'à ce qu'il fût battu à son tour. On obsérve dans ces combats une règle singulière ; tandis que les deux athlètes se préparent, un jroi-, sième peut s’avancer sûr l'arène et défier l’un d'eux : celui

qu'on ne défie pas est obligé de se retirer. Trois.ou,

quatre champions se suivoient ainsi quelquefois! avant qu'il y eùt®des coups de donnés. Si le combat devenoit plus long qu’à l'ordinaire , ousi on le jugeoit trop inégal, l’un des Chefs venoit le terminer , en mettant un bâton entre les deux athlètes. Nous y. remarquâmes d'ailleurs la gaieté et la bonne humeur que nous avions admirées parmi les: Naturels des Zses des. Amis. Nous avions demandé ces. jeux, et tous les Insulaires croyoient que nous entrerions dans la lice ; mais ils pressèrent en vain nos gens, qui se souvenant trop bien des coups qu’ils avoient reçus aux. Isles des Amis, .n'écoutèrent point les eus qu'on leur adressa.

Guillaume Watwan, l’un des aides du Cabornites mourutde 28 : j'entrerai dans quelques détails sur’ sa mort, parce que nous avions eu jusqu'ici peu d'accidens de cette

espèce. Il étoit vieux et singulièrement attaché à notre:

Commandant. Après avoir été vingt-un ans soldat de marive, il s'embarqua, en 1772, sur /a Résolution, en qua-

Es —

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