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lité de matelot, et il fit le voyage au Pôle austral. Lorsqu'il fut de-retour, M. Cook l'installa à l'hôpital de GreenwicZ le même jour où il y fut admis lüi-même: et quandil vit M: Cook chargé de la conduite d'un troisième Voyagé autour du Monde; décidé à suivre la fortune de son bienfaitear ; il: quitte l'asile qu'on lui avoit accordé. Il avoit été sujetà de petits accès de fièvre depuis notre départ Angleterre, et il étoit convalescent lorsque notis atteignîmes là baie de Karakakoa: on l'envoya à terre : quand il y eut passé quelques jours, il se crüt parfaitement guéri et'il demanda à revenir à bord; mais le lendemain de son retour, il eut une attaque de parafsie qui l'emporta en quaranteihuit heures.
On l'enterra au Morai, selon les désirs du Roï de l'Isle , ét la cérémonie se fit avec tout l'appareil que comportoit notre situation. Kaoo et les autres Prêtres y assistèrent ; ils gardèrent un silence Art et ils montrèrent une attention extrême, tandis qu’on lut l'Offige des Morts. Du moment où nous commençâmes à remplirda fosse, ils en approchérent d'une manière très- iréspebteuses Il \ jetérent'un cochôn mort, des noix de coco et des bananes: Durant les trois nuits qui suivirent Îles fiinérailles , ils vinrent sacrifier des cochons, et ÿ chanter 'des hymnes et des prières qui duroient jusqu’au point du jour.
Nous clouâmes sur-un poteau, dressé à la tête de la fosse, une planche sur laquelle on trouve le nom du défunt, son âge et le jour de sa mort. Lés Insülaires nôus promirent de ne pas l’enlever; et nous fûmes perguadés qu’elle resteroit en place, aussi long-temps que la matière frogile dont elle est composée le permettroit.
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M. Cook me charges, le à Février, de négocier avec les Prêtres l'achat de la balustrade qui environnoit le sommet du Morai. Je dois avouer que j'eus d'abord quelque doute sur la décence de cette proposition; je craignois qu'un seul mot sur cette matière ne fût regardé par eux comme un trait d'impiété révoltant. Je.me trompois néanmoins. Ma demande ne leur causa pas la plus légère surprise; ils y souscrivirent très-volontiers, et il ne fut pas question de ce que je leur donuerois en retour. Tandis que les matelots enlevoient la balustrade, je remarquai que l'un d’eux emportoit une figure sculptée, et cette observation ayant produit des recherches de ma part, je reconnus qu'ils avoient conduit aux canots le demi-eercle entier (*). Quoique ceci se fût passé sous les. yeux des Naturels’, qui, loin de témoigner du ressentiment , avoient aidé nos gens dans ce transport, je crus devoir en parler à Kaoo : il me parut trésiadifférent ; il me pria seulement de lui rendre la figure du centre dont j'ai fait mention ; je la lui remis, et il l'emporta dans une des cabanes des Prêtres.
Terreeoboo et les Chefs de sa suite nous faisoient , depuis quelques jours, beaucoup de questions sur l’époque de notre départ. D'après cette inquiétude, je voulus savoir l'opinion que les habitaus de l'Isle s'étoient formée de nous etce.qu'ils pensoient des motifs et du but de notre voyage. Je me dounai quelques peines pour satisfaire ma curiosité sur ce point; mais je ne découvris rien, sinon qu'ils nous supposoient originaires d'un pays où les provisionsavoient manqué, et que nous étions venus les voir uniquement pour remplir os ventres. La maigreur de quelques personnes
(*) Voyez la description du Morai dans le Chapitre précédent.
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de l'équipage, l’appétit avec lequel nous mangions leurs provisions fraîches , les soins extrêmes que nous prenions pour en acheter et en embarquer une quantité considé: rable, devoient en effet leur donner une pareille idée. Ils remarquèrent d’ailleurs avec étonnement que nous n'avions
point de femmes à bord; ils s’aperçürent très-bien que
nous nous conduisions d’une manière paisible, que nous étions pas bruyans comme les guerriers; et ils trouvé: rent, dans ces remarques, de nouvelles preuves de la justesse. de leur opinion. Il étoit assez pleisant de les voir toucher les flancs et tapoter le ventre des matelots ( qui prirent réellement de l’embonpoint durant notre courte relâche sur cette Isla), et les avertir, par signes ou verbalement, qu'il étoit temps de nous en aller; mais que si nous voulions revenir à la saison prochaine du friit à pain, ils seroient plus en état de pourvoir à nos besoins. Nous étions depuis seize jours dans la baie, et si l'on songe à la quantité énorme de cochons et de végétaux que nous consommâmes, on ne sera pas surpris qu'ils désirassent noire départ. Il ‘est probable toutefois que les questions de Terreeoboo n'avoient alors d'autre but que de préparer pour le moment où nous le quitterions, des présens proportionnés aux égards et à l'amitié avec lesquels il nous avoit.reçus : car lorsque nous lui eûmes dit que nous appareillerions le surlendemain, nous observâmes qu'il publia tout dé suite dans les bourgades , une espèce de proclamation qui enjoignoit aux Naturels d'apporter des eochons et des végétaux, qu'il vouloit donner à l'Oroono, à l'instant de son départ. | AE
:Les bouffonneries de l’un des Insulaires nous divertirent beaucoup durant cette journée. 1] tenoit un instrument
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DE COOK. (1779) 345 pareil à celui qu’on a décrit dans le second volume(*}; il portoit au col-des morceaux d'algues marines , et autour de chaque jambe , uu.filet très-fort, d'environ neuf pouces de profondeur, sur lequel une multitude de dents de chiens flottoient en lignes parallèles. Il dansa sur le rivage, d'une manière absolument burlesque ; il accompagnoit ses pas d'étranges grimaces ; et nous remarquâmes sur sa physionomie des contorsions-qui ne manquoient ni d'énergie, ni
d'expression , quoiqu’elles fuësent du comique le plus
bas. M. Webher crut devoir le dessiner ; la gravure-indiquera la manière dont ils portent le Maro, la forme, de l'instrument que j'ai déjà cité, etces ornemens dont ils décorent leurs jambes , que nous avions déjà vus d'autres fois à plusieurs de leurs danseurs. |
Il y eût le soir des combats de lutte et de pugilat; et afin d’amuser les Insulaires à notre ter, nous tirâmes le peu de pièces d'artifice qui nous restoient. Rien m'étoit plus’ propresque ce spectacle à exciter leur admiration, et à leur inspirer une opinion de notre supériorité. Le Capitaine Cook a déjà décrit les effets extraordinaires des feux que nous tirâmes à Aapace ; et quoique les pièces dont nous nous servimes ici fussent bien inférieures, l' étonnement des spectateurs ne fut pas moindre.
J'ai déjà dit que les charpentiers des deux vaisseaux furent envoyés dans l'intérieur de l'Isle: avec ordre d’en rapporter des planches pour les lisses des herpes de Z Résolution. Ils étoient partis depuis trois jours, et n’en ayant eu aucune nouvelle, nous commençâmes à éprouver de l'inquiétude. Nous fimes part de nos craintes au vieux
(*) Pages 346.
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Kaoo, qui parut aussi peu rassuré que nous: nous concertions avec lui:les moyens d'envoyer du monde après eux! lorsqu'ils arrivèrent tous sains et saufs. Pour trouver des arbres tels qu'il nous les falloit, ils furent obligés de péné: trer dans le pays plus avant que nous ne l'avions imaginé ; cette circonstance, jointe aux mauvais chemins’et à la diff: culté de transporter les bois , les avoient retenus si longtemps : ils firent de grands éloges de ieurs guides; qui leur’ fournirent des provisions ét qui gardèrent cr outils avec une fidélité extrême.
Le jour de notre départ étant fixé au 4, Terreeoboo pria, le 3, le Capitaine Cook et msi, de l'accompagner à la résidence de Kaoo. En y arrivant, nous trouvâmes le terrain couvert de paquets d’étoffes, d’une quantité considérable de‘plumes jaunes et rouges attachées à des fibres tirées de la gousse des noix de coco ; d’un grand nombre de haches, et d'autres ouvrages de fer que les Naturels du pays avoient obtenus de nous. Il y avoit à pewêde distänce des monceaux énormes de végétaux de toute espèce, et près des végétaux, un troupeau dé cochons. Nous crûmes d’abord qu'on vouloit nous faire présent de tant de choses, mais Kaireekeea m’apprit que c'étoit un don gratuit , ow un tribut payé au Roi par les habitans de ce district : en effet , dès que nous fûmes assis, les Naturels apportérent les différens paquets, et ilsles déposèrent aux pieds du Roi l’un après l'autre ; ils étendirent les pièces d’étoffes et ils éparpillèrent les plumes et les ouvrages de fer. Le Pnnce parut très-charmé de cette marque de soumission ; il choisit à-peu-près le tiers des ouvrages de fer, le tiers des plumes et quelques pièces d'étoffes qu'il mit luimême de côté, et on offrit ensuite au Capitaine Cook
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DE COOR. (1779) 349 et moi le reste des étoffes ,avec:tons les cochons et tous les végétaux. Nous fûmes étonnés de la valeur et dela magnificence de ce présent, -qui surpassoit de beaucoup tous. ceux que nous avions reçusaux Js/es des Amilton aux Zskes de la Société: Nous fimes .sur-le-champ. venih des canots, afin d'envoyer le tout à bord: on sépara les gros cochons que nous voulions embarquer et saler set on distribua aux équipages au-moins trente cochons plus petits , ainsi que les végétaux.
Le même jour nous quittâmes le Horai, et nous recon: duisimes aux vaisseaux les tentes et les instrumens astro nomiques. Le charme du Taboo se trouva détruit : dès que nous eûmes abandonné la place, les Naturels s’y pré+ cipitérent:en foule, et coniptant que nous y aurions laissé des choses précieuses. ils firent des recherches empres+ sées. Gomme je demeurai le dernier à terre , et que j'y attendois le retour d’un canot, plusieurs Insülaires : s'attroupèrent autour de moi, et m'ayant prié de fu’asseoit auprés d'eux, ils se mirent à déplorer notre séparation. Je dois avouer que j'eus beaucoupade peine à les quitter. Je: demande la permission de raconter ici uh fait. quime regarde, et qui inspirera peut-être de l'intérêt, quoiqu'il soit minutieux en lui-même. Durant notre reläche dans eette baie, j'avois commangé le détachement: que nous entretinmes.sur la côte, et je connoissois plus les Naturels ét j'étois plus connu d'eux, que ceux de mes camarades que le service retint presque constamment“à bord : en général , j'avois lieu d'être fort satisfait de leur bienveillauce , et je ne puis redire trop-souvent ou trop en détail émis l'amitié des Prêétres ns cg égard ,- fut constante et illimitée. |
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