XXVI PRÉFACE
nient lorsqu'il est l'organe de l'Église universelle ; et lorsqu'il est l'organe de l'Eglise universelle, nul gallican ne doute qu'il ne soit infaillible , sans quoi l'Église pourroit errer. Il est donc nécessaire qu'il existe un moyen à l'aide duquel on puisse discerner certainement dans les paroles du Pape celles qui lui sont personnellement propres de celles qu'il prononce comme organe de l'Eglise dont il est le chef. Or, c'est ici que se présente la vraie difficulté.
I^es uns spécifient certaines formes extérieures et matérielles, qui sont comme le sceau visible et la garantie de l'infaillibilité. Mais comment s'assurer que ces formes ont été remplies? Ne peut-on pas d'ailleurs les remplir toujours ? De plus , elles n'offrent au fond rien que d'arbitraire en soi; elles n'ont pas existé perpétuellement, et le moyen qu'on cherche , perpétuellement nécessaire , a dû par là même , être perpétuel , et il doit l'être encore s'il est d'institution divine, c'est-àdire s'il est certain. Aussi la dernière réponse , et la seule , se réduit-elle à dire que lorsque le Pape déclare qu'il parle comme organe de l'Eglise , il parle effectivement comme organe de l'Eglise ; en d'autres termes , qu'il est infaillible quand il déclare être infaillible. L'inconvénient de cette réponse est de ne pas
PRÉFACE. XXVn
laisser voir clairement^ comment un Pape qui s'obstineroit à faire prévaloir quelqu'une de ses opinions purement personnelles , ne pourroit pas affirmer qu'il parle comme organe de l'Eglise , et même en certains cas l'affirmer de bonne foi. Que si l'on ajoute que Dieu ne le permettra pas , on énonce seulement de nouveau, dans sa généralité, le grand principe de l'infaillibilité papale , mais on ne dit rien qui aide à résoudre la difficulté pratique de discerner, par un moyen indépendant du Pape même , quand il est infaillible et quand il ne l'est pas.
On seroit donc injuste de reprocher aux gallicans d'avoir, de leur côté, cherché ce moyen. Ils le placent dans l'adhésion de 1 episcopat, laquelle, en ce sens , constateroit que le Pape a réellement parlé comme organe de l'Eglise. Au premier abord , ce moyen présente quelque chose de plus naturel ; il est extérieur au Pape , et ne sort pas néanmoins de l'ordre hiérarchique. En y regardant de plus près cependant, on voit que, de fait, il soumet le Pape à lepiscopat. Son infaillibilité pratique , sans laquelle l'autre n'est qu'un vain nom, dépend du jugement des évêques élevés dès lors au dessus de lui. Mais ce jugement lui-même sera-t-il infaillible? S'il ne l'est pas, on n'avance rien ; s'il l'est, voilà donc