IV PRÉFACE
outre on prétend faire de cette idée quelconque à laquelle on s'est cramponné eu passant, comme à une pointe de rocher pendante sur le fleuve , la station dernière de l'humanité , aucune langue ne fournit de mot pour exprimer un pareil excès d'extravagance.
Solon disoit : je vieillis en apprenant toujours. Cet avancement dans la connoissance , cette continuelle évolution de l'intelligence dans le vrai , est une des premières lois des êtres créés. Mais toute connoissance , toute idée nouvelle ne se surajoute pas seulement aux idées et aux connoissances acquises déjà, elle les modifie encore en se combinant avec elles ; de sorte qu'indépendamment des erreurs qui lui appartiennent en propre, qui dérivent immédiatement de sa foiblesse intrinsèque et native, l'esprit ne peut croître en lumières , étendre sa vue, découvrir au delà, sans trouver quelque chose à redresser dans ses pensées et ses jugements antérieurs. Ceux mêmes qui annoncent hautement la prétention d'être invariables en ce sens, qui disent : Pour moi je n'ai jamais changé, mes opinions sont ce qu'elles étaient il y a dix ans , il y a trente ans; ceux-là s'abusent, ils ont trop de foi en leur imbécillité; l'idiotisme humain, même soigné, cultivé sans relâche, avec un infatigable amour, ne va pas jusque là, ne