‹ Troisièmes mélangesChapitre 21 sur 96 · PREFACE. XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE. XXIX

Telle est la substance du premier article. Il renferme , comme on le voit, deux questions , et ces questions elles-mêmes peuvent offrir plusieurs sens qu'il importe extrêmement de distinguer, si l'on veut s'entendre.

L'une de ces questions est relative à l'origine du pouvoir temporel, et par conséquent à ses relations fondamentales avec le peuple régi par lui. Nous en parlerons plus tard. La seconde se rapporte aux droits respectifs de ce même pouvoir et du pouvoir spirituel. Nous devons expliquer d'abord en quel sens les ultramontains combattent cette partie du premier article.

Il n'existe entre eux et leurs adversaires aucun dissentiment sur la distinction des deux puissances et l'indépendance de chacune d'elles dans sa sphère propre d'action (i). Mais tout en convenant du principe général , on se divise sur son application, et voici pourquoi. De part et d'autre on argumente d'après certaines notions fondées sur une longue suite de faits , d'où il résulte que le pouvoir temporel peut exercer et même exerce nécessairement une véritable autorité spirituelle sur le peuple auquel Dieu le prépose immédiatement. Car il est de son devoir de

(1) Voyez les lettres du cardinal Litta sur les quatre articles.

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maintenir l'ordre religieux et moral, de préserver les foibles des doctrines pernicieuses , de régler l'enseignement public , le mariage , et mille choses semblables. Telle est l'idée qu'on se forme du pouvoir, idée traditionnelle , admise par tous sans examen comme sans contestation.

Cela posé , il est visible que la controverse gallicane ne présente aucune issue, que des deux côtés elle conduit à des difficultés inextricables.

On dit aux gallicans : Puisque l'exercice d'un pouvoir spirituel quelconque est inséparable de la puissance temporelle, la puissance temporelle , pleinement libre en tout le reste, est, dans l'usage qu'elle fait de cette partie de son pouvoir qui s'exerce sur les esprits et sur les consciences, subordonnée de droit à la puissance spirituelle; autrement celle-ci ne seroit pas souveraine dans sa sphère ; il existeroit deux puissances spirituelles , mutuellement indépendantes , également divines , auxquelles on seroit également dès lors obligé d'obéir : et qu'est-ce qu'une pareille obligation , que devient-elle , que deviennent ces puissances mêmes et comment les concevoir , quand , sur quelque point , il y a contradiction entre elles, ce qui est le fait presque permanent ? A moins de reporter jusqu'en Dieu

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cette contradiction, de supposer en lui des volontés simultanément contraires , il faut renoncer nécessairement à cette fiction absurde de deux puissances spirituelles indépendantes; il faut par conséquent subordonner le pouvoir qu'exerce , sur ce qui tient à la conscience, la souveraineté temporelle, à la direction de l'Eglise et de son chef, et dès lors il n'est pas vrai qu'elle ne dépend d'eux, comme l'affirme le premier article , ni directement ni indirectement. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de répondre à cela rien de sensé.

Il n'est pas plus possible , les principes et les notions précédemment définies subsistant, de répondre aux gallicans , lorsqu'ils disent : il existe deux puissances indépendantes ; c'est la doctrine constante de l'Eglise , et vous l'admettez comme nous. Cependant vous voulez qu'une de ces puissances soit , dans l'exercice des droits qui lui appartiennent essentiellement, subordonnée à l'autre puissance. Expliquez-nous donc comment une puissance peut être , en même temps et sous le même rapport, indépendante et subordonnée.

Pour échapper ensemble à cette double argumentation , l'on a eu recours à la théorie de ce qu'on appelle les matières mixtes : c'est-àdire qu'admettant l'existence d'un nombre indéfini de choses et d'actes complexes , à la fois

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