XXXII PREFACE
spirituels et temporels , on sépare ces deux éléments pour soumettre l'un à l'autorité spirituelle de l'Eglise , et l'autre à l'autorité temporelle du prince. Fort bien, s'il existe un moyen sûr d'opérer cette séparation. Premièrement qui la fera? on la fera d'un commun accord. Mais c'est précisément pour être d'accord qu'il s'agit de la faire. Et a-t-on réussi à s'entendre jusqu'à présent? Sera-ce l'Eglise qui décidera ? que devient l'indépendance du prince ? Sera-ce le prince ? que devient celle de l'Eglise? D'ailleurs , si l'on va au fond, l'on voit aussitôt que tout est mixte dans la vie humaine : pas un acte raisonnable qui ne renferme un usage bon ou mauvais de la volonté, et qui par conséquent ne relève de la loi morale. De là , en certains temps , les efforts de l'Eglise pour étendre sa juridiction aux transactions, aux contrats civils, à raison, non de la matière , mais du péché , comme on parloit. Il n'est donc rien , dans ce système rigoureusement suivi et logiquement appliqué , qui ne ressortît de fait du pouvoir spirituel. Ce n'est pas une conciliation des droits des deux puissances , mais l'absorption de l'une par l'autre. Car si en tout il y a quelque chose de spirituel , il y a aussi en tout quelque chose de matériel ; et sur le fondement que le matériel est de son seul ressort , le prince attirera sous sa juri-
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diction le spirituel même, ainsi qu'il est arrivé tant de fois. Le système des matières mixtes, quelque vérité qu'il puisse renfermer théoriquement , laisse donc subsister en leur entier les difficultés réelles pratiques. Ce n'est qu'une autre manière d'énoncer le principe général de la distinction et de l'indépendance réciproque des deux puissances , et qui ne sert nullement à faire comprendre comment elles peuvent être indépendantes effectivement. Aussi l'histoire les montre-t-elle sans discontinuation ou en guerre ouverte , ou alternativement asservies plus ou moins l'une à l'autre.
Si l'on concevoit une société où le pouvoir , dépouillé de toute attribution spirituelle , ne seroit , et encore uniquement par délégation , qu'un simple administrateur des intérêts matériels de l'Etat, tout le reste demeurant libre, la difficulté seroit moins grande , mais en apparence seulement , comme on le verra bientôt. Rien ne gêneroit l'exercice de la puissance spirituelle à l'égard de ceux qui la reconnoîtroient. Leur pleine liberté civile seroit une pleine garantie de ses droits. Mais il est clair que , dans cette hypothèse , il faudroit abandonner l'ancienne notion qu'on s'est faite du pouvoir , et l'on n'y est pas certes disposé. Après avoir tourné dans le cercle sans fin de la vieille controverse, nous avions essayé de