‹ Troisièmes mélangesChapitre 4 sur 96 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

lui, les phàsëS de sa croissance individuelle.

Nous n'avons à desavouer aucunes de nos paroles, en tant que sincères. Toutes ont été dictées par une persuasion non moins désintéressée que profonde , notre conscience nous en assure. Mais nous nous sommes souvent trompé , et quelquefois gravement. C'est pourquoi , dans le calme de la solitude , libre autant qu'on peut l'être de tout engagement de parti, de toute passion, de toute prévention, nous voulons nous juger nous-même , et, sans aucun retour sur ce qui nous est personnel, avec la même impartialité que s'il s'agissoit de quelqu'un qui nous fut étranger de toute manière, examiner ce qu'il y a eu de raisonnable et d'irréfléchi dans nos efforts, de vrai et de faux dans nos pensées.

A l'époque où commence ce recueil, une question philosophique d'une importance fondamentale, la question de la certitude, étoit vivement agitée, surtout parmi les catholiques. Ayant à établir, dans Y Essai sur Vindifférence , là vérité de la religion chrétienne , nous avions dû rechercher d'abord quel est pour l'homme le caractère distinctif du vrai , ou, en d'autres termes , s'il lui est possible de le reconnoître certainement, et à quels signes il le reconnoît. Car, supposé qu'il n'existât aucuns moyens de parvenir à cette connois-

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sauce certaine, il est évident que le doute, le doute universel, absolu, seroit logiquement le seul état raisonnable de l'esprit , puisqu'il n'en pourroit sortir que par une affirmation purement arbitraire, sans motif réel et sans valeur. Que si, au contraire, il existait un moyen de reconnaître certainement le vrai, une règle sûre pour le discerner, le doute, à l'égard de ce qui auroit ce caractère du vrai, deviendroit logiquement déraisonnable, et la croyance, qui a d'impérissables racines dans la nature, seroit en même temps le seul état conforme à la raison.

Cette question , sous un point de vue , antérieure à toutes les autres, reçut une solution sur laquelle nous reviendrons bientôt, et que rien jusqu'ici n'a ébranlée en nous. Mais il faut le dire aussi, à la place que l'ordre des idées nous forçoit de lui assigner, ce ne pouvoit être qu'une question logique, préalable à toute conception des choses en elles-mêmes et de leurs lois. Or l'esprit humain n'est jamais pleinement satisfait par des formules abstraites, quelque rigoureuses qu'elles soient, parce qu'au delà de ces formules il y a des réalités qui en sont le fondement, des réalités qu'il veut concevoir, et jusqu'à ce qu'il les ait conçues à quelque degré, il hésite et retient son acquiescement définitif. Or la pure

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