PREFACE. LXV
la liberté religieuse et de ruiner le catholicisme par sa base , en s'immisçant dans l'enseignement etl'administration ecclésiastique , en étendant son autorité à des choses uniquement relatives à la discipline intérieure de l'Eglise et dépendantes de ses seules lois ; en fixant le nombre d'élèves qu'elle auroit le droit d'admettre au sacerdoce, en interdisant les relations directes des catholiques avec leur Chef, en exerçant enfin dans l'ordre religieux une véritable suprématie, dont l'infaillible conséquence devoit être tôt ou tard l'établissement d'une Eglise nationale soumise au roi, comme l'Eglise russe est soumise au Czar.
Tel était l'état du catholicisme. Dépouillé de l'indépendance qui appartient , de droit , dans sa sphère propre , à toute société spirituelle , il n'offrit plus en réalité que l'apparence d'une religion : et comme , en même temps , on ne négligeoit rien pour s'assurer le concours politique de ses ministres , la cause religieuse se confondit aux yeux de la nation avec la cause monarchique. Le résultat de cette confusion ne fut pas de ramener, ainsi qu'on s'en flattoit, la plus nombreuse portion du peuple à la cause monarchique, mais de la rendre hostile à la cause religieuse. Deux grandes haines croissoient ensemble et prenoient chaque jour un caractère plus implacable , la haine
MLVl PREFACE.
vies prêtres et Ja haine du trône. On approchoit rapidement d'une crise. Des ordonnances qui détruisoient la Charte au nom de la Charte en furent le signal. Au fond nulle prudence humaine ne pouvoit la prévenir, car elle u'étoit que le dernier combat entre deux principes inconciliables armés l'un contre l'autre par la loi , le principe monarchique et le principe démocratique , et celui-ci possédant une force à tous égards incomparablement plus grande , il étoit certes aisé de prévoir à qui la victoire resteroit. Quelles que fussent les vicissitudes possibles de la lutte , ce n etoit qu'une question de circonstances et de temps. Les événements de juillet ne surprirent donc que ceux qui réfléchissent peu. , L'Europe en comprit la gravité , et bien que des causes trop connues en aient momentanément dénaturé les conséquences , l'avenir prouvera que ce fut réellement l'annonce d'une ère nouvelle. Un peuple nouveau venoit en effet de se révéler , un peuple instruit de ses droits et résolu à les défendre, mais aussi un peuple animé d'un profond sentiment de justice et d'humanité , supérieur enfin , sous le rapport moral , à tout ce que le monde avoit encore vu. Car où trouveroit-on un second exemple d'une immense population palpitante de toutes les passions qu'exalte le combat, et, pendant l'action connue