PRÉFACE. LXVI
après, contenant ses ressentiments , s'interdisant la vengeance , respectant la propriété , et maintenant, au sein d'une vaste capitale livrée à elle-même , un ordre plus sévère qu'aucun gouvernement ne le sauroit maintenir avec sa police et ses soldats ? Et tel s'étoit montré le peuple de Paris ; tel et , s'il est possible , plus admirable encore se montra, quelques mois plus tard , le peuple de Lyon. De pareils faits sont des indices sûrs d'une révolution prête à s'accomplir dans les institutions fondamentales d'un pays : car le peuple qui , ne fut-ce qu'un seul jour : a été libre sans abuser de sa liberté , qui s'est noblement tenu debout, ne se recourbe jamais pour long-temps.
Toutefois , lorsqu'à la suite d'une collision violente , un pouvoir établi succombe, il règne, au premier instant, une inquiétude vague, parce que , d'une part , le parti vaincu appréhende une réaction , et que , de l'autre , on ignore l'étendue des changements qui doivent s'opérer dans la politique extérieure , dans la législation, dans l'ordre administratif, quel sera le caractère du pouvoir nouveau et quel esprit dirigera ses actes. C'est aussi ce qui eut lieu après les événements de juillet. Quelques uns n'y virent qu'une émeute heureuse ; nous y vîmes un mouvement social, un pas fait par l'humanité vers les destinées meilleures qu'a-