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OPPRESSION DES CATHOLIQUES

26 novembre 1830.

La liberté religieuse,, et la liberté de l'enseignement qui en est inséparable, ont été solennellement proclamées dans la nouvelle Loi fondamentale; et la Charte en cela n'est que l'expression du besoin des temps et de la volonté ferme du pays, qui ne reconnoît pas au pouvoir le droit de commander à ia raison ni à la conscience, indépendantes par leur nature du souverain politique. Toutes les fois qu'à ce titre il prétend s'interposer entre l'homme et Dieu, prescrire les croyances, régler le culte, il n'est plus qu'une sacrilège et ridicule parodie de Dieu même. Accepter ce joug dégradant, ce seroil descendre au dessous de l'esclave, car, sous les fers qui courbent le corps, l'ame, si elle le veut, demeure libre; et le désespoir de celui qui se croit maître parce qu'il peut tuer, est de sentir que là, au fond de cette

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arae, il y a une vie qui lui échappe, quelque chose qui ne plie pas , et que jamais il ne sauroit atteindre.

Catholiques, c'étoit hier que, sur les débris d'une monarchie brisée par le peuple, on vous faisoit, à la face du Ciel, ces promesses de liberté. Comment les a-t-on tenues? A peine les paroles qui vous affranchissent étoient-elles prononcées , qu'on se hâtoit de resserrer vos liens. Ici on ordonnoit administrativement des prières, là on renversoit sous vos propres yeux le signe sacré de votre foi, ailleurs on introduisoitavec violence dans vos églises les cercueils de ceux qui, jusqu'à la mort, avoient repoussé votre communion, le sanctuaire même étoit profané, on s'emparoit à main armée des édifices consacrés à l'éducation de la jeunesse, sur qui repose la perpétuité de votre culte. Voilà ce qui s'est fait, ce qui se fait encore; c'est ainsi qu'on a respecté vos droits.

Si vous n'étiez en France qu'une impuissante minorité, nous vous dirions : Puisque vous ne pouvez obtenir des hommes iniques qui abusent contre vous de leur force , la paix et la liberté sans lesquelles il n'est point de patrie, agenouillezvous une dernière fois près du tombeau de vos pères , et puis levez-vous , partez , quittez cette terre de tyrannie, et cherchez sous le ciel un lieu où il vous soit permis d'adorer selon votre conscience celui qui fait lever le soleil et tomber la pluie indistinctement sur toutes ses créatures. Allez chez les peuples qu'on nomme barbares,

ils ne viendront pas crocheter les portes du temple où vous célébrez les mystères saints, pour jeter un cadavre au pied de vos autels; ils ne troubleront point vos prières , car la prière est sacrée partout, excepté dans les pays qui furent chrétiens et qui ont cessé de l'être : fuyez dans le Nouveau-Monde, au fond des forets; le sauvage vous vaudra mieux que ces parleurs de civilisation ; il ne s'arrogera point d'autorité sur vos consciences, il ne se fera pas un jeu de les torturer, et vous pourrez en paix planter la croix près de sa pauvre hutte.

Catholiques, voilà ce que nous vous dirions, si vous n'étiez qu'en petit nombre ; mais vous êtes vingt-cinq millions, et l'on ne dit point à vingtcinq millions d'hommes : Partez! et vingt-cinq millions d'hommes ne se le laissent pas, ne doivent pas se le laisser dire. Vous avez des droits, des droits reconnus ; si on vous les ravit , n'en accusez que vous-mêmes : ils seront à l'abri de toute atteinte, lorsque vous aurez sérieusement résolu de les défendre. A quoi servent des plaintes timides? Gémissez moins, et sachez vouloir. Au lieu de vous isoler, associez-vous. Que vous manquet-il , sinon le concert qui donne du courage aux plus foibles, et d'où naît une action vigoureuse et continue? On compte trop sur votre patience. Traînez vos oppresseurs devant les tribunaux; que les Chambres retentissent de vos réclamations. Il faudra bien qu'on les écoute. Parlez avec force, parlez sans crainte. Que peuvent contre vous des

députés qui ne peuvent rien que par vous ? Ils sont vos mandataires, rien de plus; il représentent la France, et vous êtes, la Charte le dit, la majorité des Français.

Ici se présente une réflexion : Qui possède le pouvoir en France? Un souverain que nous a fait la révolution de juillet. A quel titre règne-t-il? En vertu du choix national, sous la garantie des serments qu'il a prêtés de respecter nos droits à tous, de maintenir la liberté religieuse et de donner la liberté d'enseignement. Voilà ce qu'il juroit il y a quatre mois. Est-ce donc que quatre mois suffiroient pour périmer de pareils serments? Que s'ils n'ont pas cessé d'être obligatoires, d'où vientl'oppression qui pèse sur nous? Ou le pouvoir ne peut pas, ou il ne veut pas, en ce qui nous concerne, être fidèle à ce qu'il a promis. S'il ne le peut pas, qu'est-ce que cette moquerie de souveraineté, ce fantôme misérable de gouvernement; et qu'y a-t-il entre lui et nous? Il est, à notre égard, comme s'il n'était pas, et il ne nous reste , en l'oubliant , qu'à nous protéger nous-mêmes.

S'il ne le veut pas, il rompt le contrat qui nous lioit à lui, il déchire son titre; car nous n©us tenons obligés à lui être soumis, à le soutenir, mais à la condition expresse qu'il tiendra lui-même ses engagements envers nous : sinon non.

Or comment se persuader que le pouvoir veuille réellement respecter nos droits? Presque partout, qui les a violés, si ce n'est ses propres agents? Les a-t-il punis? les a-t-il seulement désavoués? Et

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qu'on ne dise pas qu'il auroit eu peur d'irriter nos ennemis : la peur est infâme lorsqu'elle rend inique, et l'infamie ne justifie pas. Que craindroit-il d'ailleurs à être juste? Ne sommes-nous pas les plus nombreux, et prêts à le défendre, lorsque lui-même il nous défendra? Et puis nous ne réclamons aucun privilège; ce que nous demandons pour nous, nous le voulons également pour tous les autres; il ne peut, il ne doit y avoir désormais aucune distinction entre les Français.

Disons-le hautement : Le pouvoir est hostile contre nous. Voyez avec quelle hâte, quelle ardeur ses ministres s'en vont fouiller dans les registres de l'ancien despotisme, pour en exhumer des ordonnances illégales, en contradiction avec la Charte, avec les droits reconnus, avec les serments jurés; et cela pourquoi? pour assouvir un aveugle besoin de persécution qui les presse. Catholiques, il faut que vous soyez bien avant dans leur mépris, s'ils ont cru que vous supporteriez en silence le joug de fer qu'ils appesantissent sur vous, s'ils ont cru qu'ils pouvoieut tenter impunément de vous i'imposer.

Et ce n'est pas tout : le choix de vos premiers pasteurs est entre les mains de ceux que l'on peut soupçonner trop justement de méditer la ruine de votre foi; et les choix qu'on annonce, il n'est plus temps de rien dissimuler, sont de nature à augmenter encore les alarmes. Comptez le nombre d'années au bout desquelles lepiscopat renouvelé n'olfnroit plus que des hommes triés, pour ainsi

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dire, clans le clergé français, par le pouvoir, pour assurer l'exécution de ses desseins. Comprenez ce que deviendroit peu à peu renseignement des séminaires sous leur influence. Voyez le schisme se former au sein de cette corruption , et tout à coup se lever le spectre hideux d'une Eglise nationale. "Vous ne sauriez trop tôt vous précautionner contre un si menaçant avenir. Joignez votre voix à la nôtre; pressons, supplions ceux que le Père commun des chrétiens a préposés pour régir l'Eglise de France de détourner de nous et de nos neveux les maux que nous prévoyons. Eux seuls avec leur chef, le Vicaire de Jésus-Christ, nous peuvent sauver. Ils reconnoîtront sans doute que l'unique remède est la séparation entière, absolue, de l'Eglise et de l'Etat, et aucun sacrifice ne leur coûtera pour l'opérer. Le principe en est posé dans la Charte; il ne s'agit que de transformer le droit en fait. Par cela même qu'il n'existe et ne peut plus exister de religion d'Etat , l'intervention du gouvernement dans les choses de la religion est tout ensemble absurde et illégale, et le concordat dès lors est aboli implicitement, ainsi que toutes les lois et règlements qui en étoient une consé* quence. Quand les évêques auront exposé au souverain Pontife la situation de notre Eglise , quand ils lui auront exprimé leurs vœux, avec cet accent de la conviction, du désintéressement et de la charité, qui retentira dans son cœur de père, toutes les difficultés qui naîtroient d'engagements antérieurs seront promptement aplanies de sa part.

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Que veut-il que le salut de la foi? Ah ! ce n'est pas lui qui supputera ce que pourra coûter la liberté du sacerdoce, et qui doutera de la Providence! Pour nous, simples prêtres et simples fidèles, combattons sans relâche pour notre affranchissement, ne souffrons pas que qui que ce soit ose nous exclure du droit commun. Montrons que nous sommes François, en défendant avec constance ce que nul ne peut nous ravir sans violer la loi du pays. Disons au souverain : Nous vous obéirons, tant que vous obéirez vous-même à cette loi qui vous a fait ce que vous êtes, et hors de laquelle vous n'êtes rien. Disons à nos frères, quelles que soient leurs opinions, leurs croyances: Nous avons tous le même intérêt, notre cause est la vôtre, comme la vôtre, si vos droits étoient menacés, seroit la nôtre aussi. Qu'importent nos anciennes divisions, et nos torts mutuels ? Nous cherchions les uns les autres , par des voies différer! tes , ce que nous avons heureusement trouvé. Il y a désormais un sentiment qui doit effacer tous les souvenirs pénibles ? un mot qui doit nous unir tous, la liberté!

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