‹ Troisièmes mélangesChapitre 78 sur 96 · OU DE L'ÉDUCATION ANTI-NATIONALE DES SÉMINAIRES · texte numérisé non relu

OU DE L'ÉDUCATION ANTI-NATIONALE DES SÉMINAIRES

19 avril 1831.

La plupart des religions de l'antiquité n'étoient que des sectes plus ou moins corrompues de la religion primitive, dont l'origine remonte jusqu'au berceau du genre humain, et qui, conservée sous sa forme pure chez les patriarches et chez le peuple juif, reçut son accomplissement en Jésus- Christ et par Jésus-Christ. Depuis cette époque, il n'a cessé de naître de nouvelles sectes au sein de l'Eglise chrétienne, parce qu'elles ontnne cause ici bas indestructible, un germe toujours vivant dans la nature dégradée de l'homme, dans ses passions, dans son orgueil, dans sa curiosité insatiable combinée avec l'attachement à son propre sens; et quelques unes, favorisées par certaines dispositions générales des esprits et par des eircon*

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stances extérieures, ont eu, comme le mahométisme, une immense influence sur les destinées sociales.

On ne doit pas confondre avec ces puissances irrégulières et perturbatrices du monde intellectuel, nécessaires en un sens pour y entretenir la vie par le mouvement, et pour y provoquer le développement de la vérité par le combat, ces innombrables défections, en quelque sorte individuelles, qui ne correspondent à aucune idée, n'ont pour principes aucunes convictions , plates révoltes de la bêtise, de l'amour-propre ou de l'intérêt, qui sont aux premières ce que le brigandange des grands chemins est à la guerre proprement dite.

Un homme est blessé personnellement ; il s'irrite soit contre la règle , soit contre celui qui applique la règle; alors il injurie, se mutine, se sépare : tel est le schisme de M. .Châtei. Il n'a pas fallu certes beaucoup de frais d'esprit et d'imagination pour enrichir le répertoire des extravagances humaines de cette ridicule et scandaleuse parade.

Par la profession de foi que nous annonçons, il est fait à savoir au monde qu'il existe une église catholique française , c'est-à-dire une église universelle qui n est pas universelle. Cette église se corn-, pose de M. Châtei, son fondateur : à ce nom se borne jusqu'à présent son universalité certainement connue. On parle cependant de quelques aumôniers de régiment qui se seroient, dit-on, joints à M. Châtei, et d'un nommé Poulard, an-

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cien évêque constitutionnel , qui se prêteroit à recevoir d'eux le titre de patriarche. Voilà pour le personnel.

Quant à la doctrine et à la hiérarchie , Yéglise catholique française n'est, à très peu de choses près, que le pur anglicanisme. Puisque M. Châtel se sentoit du goût pour cette variété du protestantisme, il a bien fait de chercher à la propager sur le continent, car elle est morte et morte à jamais sur son sol natal.

A l'époque où naquit l'église anglicane , on n'auroit pas encore osé établir dogmatiquement !e principe fondamental de toute erreur et de toute hérésie. Quoique supposé partout, il ne se trouve nulle part , en termes explicites , dans les trente- neuf articles. Venu trois siècles plus tard, le fondateur de Yéglise catholique française est plus hardi. Il déclare donc :

« i° Que la raison de chacun doit être la règle « fondamentale de ses croyances ;

« 20 Qu'on doit suivre sa propre conviction, lors « même qu'elle se trouve en opposition avec les « croyances générales ; si on se trompe en agis- « sant de la sorte, la faute n'est que matérielle. »

Il y a encore ici et là, dans certaines écoles catholiques, quelques théologiens que ces deux propositions n'effraieront guère; et n'étoit la conséquence, fort juste pourtant, qu'en tire M. Châtel, ils ne verroient pas tant à dire au symbole de la nouvelle église gallicane. Cette conséquence, au reste, la voici :

a Les opinions des hommes étant toujours'va- « riables et incertaines, nous croyons qu'aucune « société sur la terre n'a le droit d'imposer ses « doctrines comme infaillibles , et que c'est insul- « ter à Dieu que de prétendre à l'infaillibilité, apa- « nage distinctif de celui-là seul qui êloit hier, « qui sera demain et au delà des sièc/es.ÇRëbv. xm,8.)

« Nous estimons donc que le même orgueil , qui « porta les mauvais anges à s'assimiler au Trèsce Haut, a pu seul inspirer dans l'Eglise romaine « la croyance impie de l'infaillibilité du Pape, ou « même des évêques rassemblés en concile gé- « néral. »

D'où il suit qu'à moins d'être impie , on doit tenir que le christianisme tout entier est une doctrine variable et incertaine ; car si elle n'étoit pas incertaine, il faudroit bien que sa vérité fût infailliblement connue. Toute foi quelconque est donc impossible dans X église catholique française. Elle a cependant une règle de foi, ce qui seroit merveille si cette prétendue règle de foi n'étoit pas simplement une règle d'opinion ; mais alors l'Evangile lui-même n'est plus aux yeux de ces catholiques français , comme ils s'appellent, qu'un objet d'opinion.

« \J Evangile , disent-ils, étant la vertu de Dieu « pour sauver ceux qui croient (Ro m. i , 16 ) , nous « le prenons pour notre unique règle de foi ; et a afin que l'indication du Code sacré n'exprime « pas d'une manière trop vague notre croyance , « nous déclarons reconnoître les symboles des

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« apôtres, de Nicée et de saint Athanase comme « L'expression de la doctrine évangélique. » En ceci encore ils se rapprochent de l'église anglicane. Plus bas ils ajoutent :

« Nous admettons comme inspirés de Dieu les ce livres canoniques de l'ancien et du nouveau Tes- « tament adoptés par l'Eglise primitive. »

On pourroit leur demander, i° quels sont ces livres canoniques qu'ils admettent; car, sur cela comme sur tout le reste, nul accord parmi les protestants; i° pourquoi, reconnoissant dans les livres de l'ancien Testament la parole inspirée de Dieu, ils prennent néanmoins l'Evangile seul pour règle de foi; 3° comment , s'il n'existe point d'autorité infaillible, ils sont certains que les livres de l'ancien et du nouveau Testament ont été inspirés de Dieu ?

Tout cela peut se traduire en ces termes : Nous sommes à'opinio/i que tous les livres canoniques ayant été, suivant Y opinion de la primitive Eglise, inspirés de Dieu , une partie des livres canoniques sont une bonne règle d'opinion.

]\1. Châtel admet de nom les sacrements, mais il affranchit les personnes d'un âge mûr du fardeau insupportable de la confession auriculaire quai conseille seulement aux enfants. Et comme sa commisération en ce genre est inépuisable, il soulage encore les siens d'un autvefardeau insupportable, savoir, de X abstinence, s'en rapportant du reste, en ce qui touche le jeûne prescrit dans UEvangile, à la piété des fidèles. Puis, comme il est

bien juste, songeant aux pasteurs après s'être occupé des brebis, il les délivre à leur tour d'un fardeau qu'il juge tout au moins aussi insupportable que l'abstinence et la confession , le célibat. Défendre le mariage aux prêtres, dit-il, quelle, impertinence ! Il pardonneroit tout plutôt que cela, et pour lui il s'en tient à ce que Dieu dit à nos premiers parents, Croissez et multipliez (i) : fds d'Adam , il lui faut son Eve , et il l'aura , on y peut compter. Ecoutons sur ce point la profession de foi.

« Le célibat des prêtres est opposé à l'esprit

« comme à la lettre de l'Evangile C'est un état

« contre nature et anti-social que repoussent éga- « lement et la religion et la civilisation. Tant que « les prêtres ne seront pas mariés, la religion prè- « chée par eux sera un ferment de discorde , un « sujet de perturbation sociale.

« Bien que le célibat soit anti-religieux, comme « il ne nous appartient pas de mettre les hommes « d'accord avec eux-mêmes, et que la plupart de a ceux qui déclament contre le célibat seroient l«s « premiers à se scandaliser en voyant des prêtres ic mariés remplir les fonctions du ministère, un « ecclésiastique engagé dans les liens du mariage « n'exerceroit au nom de la société que d'après la « demande de la commune. »

(1) « Dieu , quand il créa l'homme, lui fit une compagne, « disant qu'il nétoit pas bon que l'homme fût seul; ailleurs, a il dit à Adam et à Eve de croître et multiplier.... Nos chefs « spirituels ont dit à Dieu : Tu t'es trompé, Seigneur, etc. »

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Ceci est curieux à plus d'un égard. Que M. Châtel ignore que dans l'état actuel de la société en Europe, sur cent individus de l'âge de vingt ans et au dessus, il y a forcément trente-cinq célibataires, cela nous étonne peu. Si avant de fabriquer une secte, il fallait s'enquérir des lois naturelles qui régissent l'humanité, où en seroient les réformateurs? Ce seroit par trop décourageant. Mais ce que nous remarquerons , c'est qu'on est obligé de conclure des paroles que nous venons de citer que dans Y église catholique française il y aura des prêtres célibataires, c'est-à-dire des prêtres qui, selon sa profession de foi , vivront dans un état contre nature et anti-social que repoussent également la religion et la civilisation , et même elle s'engage à en fournir aux communes qui en désireroient, bien que la religion prêchée par eux ne puisse être qu' un ferment de discorde , un sujet de perturbation sociale. Au moins les communes sont bien averties, et si les prêtres célibataires ou anti-religieux de M. Châtel portent chez elles la discorde et la perturbation, elles l'auront bien voulu; Y église catholique française ne leur promet que de mauvais sujets; si, comme on doit le croire, elle tient parole, il n'y aura pas le moindre reproche raisonnable à lui adresser.

De pape, il n'en est pas question dans Y église catholique française. « Sa hiérarchie se compose : ce io d'un évêque qui prend le titre de patriarche; « 20 d'un coadjuteur,, vice-patriarche; 3° d'évêques « dont la sagesse éclairée dirigera leurs frères dans

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a l'exercice de leurs fonctions; l\0 de prêtres dé-

« voués au Seigneur ; 5° de diacres zélés pour

« la maison de Dieu. »

Voilà qui est bien. Et que feront tous ces messieurs? D'abord ils croiront et penseront tout ce qu'il leur plaira , ce qui est toujours agréable. Ensuite les plus éclairés dirigeront les autres , supposé néanmoins que ceux-ci reconnoissent les lumières supérieures des évéques qui, quoique faillibles, ne sont pas moins les chefs de V église , et veuillent se laisser diriger par eux; car s'ils venoient de fait h. faillir, ce dont chacun sera juge, où seroit la raison de leur obéir ?

Toutefois, a chaque évéque a le droit de faire « pour son diocèse des règles de discipline. » Mais « l'obéissance aux lois étant le premier et le plus « sacré des devoirs, un prêtre ne doit jamais obéir « aux règles de discipline ecclésiastique qui sont « en opposition avec les lois de son pays. » Par conséquent toute la discipline dépendra de la puissance séculière , c'est-à-dire qu'en dernière analyse , elle sera le chef suprême de Véglise catholique française ; et c'est le terme où tous les schismes aboutissent nécessairement.

La profession de foi de M. Châtel est précédée de quelques réflexions écrites en style de cabaret, et qu'il intitule : Esprit du clergé de l'Eglise romaine, ou de V éducation anti-nationale des séminaires. C'est un mélange informe d'injures de club , de niaises stupidités et d accusations atroces. Si l'on devoit juger de 1 éducation des séminaires

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par le fruit qu'en a retiré M. Châtel, il auroit grande raison de s'en plaindre. Une des choses qui le choque le plus , c'est le peu de crédit qu'obtient dans ces maisons le gallicanisme. « Si vous « êtes prêtre, dit-il, gardez-vous bien d'être galli- « can; car aux yeux de la plupart des évêques jé- « suites de nos jours le gallicanisme est le sym- « bole de l'impiété. Au séminaire, si vous êtes de « l'opinion de Bossuet, vous serez suspect à vos « supérieurs et fort mal noté par eux. » M. Châtel a vu cela, il a vu que le gallicanisme expiroit, que c'étoit fait de lui si l'on ne venoit à son secours par quelque résolution vigoureuse, et il a fondé Y église catholique franco; se.

Cet homme devient quelquefois tout-à-fait furieux, et alors il lui échappe des paroles qui épouvantent, des paroles qui ressemblent au râle du tigre : « Voyez, s'écrie-t-il, cette admirable popu- « lation de Paris : elle rend justice aux ennemis de « nos libertés; aussi la craignent-ils à juste titre ^ « et ne se montrent-ils au grand jour que sous « des habits empruntés. Mais l'expérience ne serf « de rien aux hommes abrutis par le fanatisme « d'une crasse ignorance ; le gouvernement fran* « cois s'abuse donc s'il croit que les chefs actuels « du clergé s'attacheront jamais franchement aux « nouvelles institutions. Nous ne venons pas ici « conseiller la persécution, à Dieu ne plaise! mais « ce n'est pas conseiller la persécution que d'indice quer aux hommes d'état des mesures fortes , « énergiques et légales tout à la fois pour étouffer

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(c une yaste conspiration dont les autours ne revent « rien moins que le renversement de nos lois notice velles pour y substituer les vieilleries du moyen

« âge Ainsi , si le gouvernement ne licencie pas

« tous les petits séminaires; s'il n'oblige pas les « familles, dont quelques enfants se destineroient « au sacerdoce , à faire élever ces enfants comme « le reste des citoyens , qu'il s'attende à voir dans « le clergé un éternel perturbateur du repos pute blic. — Quant aux grands séminaires , nous ne u pensons pas non plus qu'on doive les conserver « tels qu'ils sont; ceux qui les dirigent étant les « ennemis de nos mœurs et de nos institutions,

« doivent être remplacés par des prêtres amis

« de leur pays, tolérants, en un mot imbus des « vrais principes évangéliques, et non point fana-

« tisés Tremblez , ministres du roi citoyen ,

« Rome va lancer ses foudres, ou plutôt réveillez- « vous, sortez de votre sommeil léthargique, sauk vez la patrie , la religion et les prêtres eux-mêmes , « en les forçant par des mesures fortes, mais lé- « gales, à devenir raisonnables, et à rendre ainsi « la religion aimable aux peuples qu'ils sont charte gés de diriger dans les voies du salut. »

Voilà le libéralisme de M. Châtel; voilà ce qu'il ose dire en présence des prodiges opérés pour la liberté par les catholiques en Irlande, en Belgique et dans la Pologne. Lui, demande qu'on les mette au ban de la société; il n'y a pas encore assez d'oppression pour eux; il sollicite des mesures plus fortes. Grâce à Dieu, de pareilles idées ne sont

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point de ce temps. Certaines pensées de crime peuvent être encore jetées dans notre sol, mais elles n'y germent pas. Tout le monde a effroi de la tyrannie, et la France est mûre pour d'autres destinées.

Nous ne ferons pas à M. Châtel l'honneur de le comparer à Luther. Qu'est-ce que ce pygmée du schisme près du gigantesque sectaire qui remua l'Europe au seizième siècle? Quand le lion sur le soir sort de son antre, et rugit, et déchire sa proie, il y a des animaux lâches qui le suivent de loin pour lécher à terre les gouttes de sang tombées cà et là sur ses traces.

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