‹ Troisièmes mélangesChapitre 89 sur 96 · SUSPENSION DE L'AVENIR · texte numérisé non relu

SUSPENSION DE L'AVENIR

15 novembre 1831.

Les catholiques ont commencé, depuis un an, un grand combat, qui finira, s'ils persévèrent, par le plus beau triomphe qui ait jamais été accordé à des efforts humains. Le monde leur devra la liberté, non pas cette liberté menteuse et destructive qu'on suit à la trace du sang, et qui, après d'horribles dévastations , aboutit à planter un sabre sur des ruines; mais une liberté réelle, fondée sur le respect des droits, inséparable de l'ordre, pure comme le Ciel où elle recevra son dernier développement, sainte comme Dieu, qui en a gravé l'ineffaçable désir dans le coeur de l'homme. Alors, et alors seulement, le christianisme, dégagé des nuages qui le voilent, apparoîtra de nouveau à l'horizon de la société comme l'astre qui l'éclairé, l'échauffé, la vivifie, et les

peuples, tournant vers lui leurs regards, accompagneront sa course magnifique de leurs chants de joie et des hymnes sans cesse renaissants de leur amour. Car, il ne faut pas s'y méprendre, si la foi languit, si la religion n'inspire à plusieurs qu'un superbe dédain, ou une pitié amère, c'est que là où les gouvernements la tiennent sous leur dépendance, elle a perdu dans la'servitude son caractère natif de grandeur et tout ensemble cette fécondité qui, s'épanchant en bienfaits inépuisables, suivoit, en quelque sorte, dans leurs plus secrètes voies, nos misères pour les réparer; c'est qu'impuissante à défendre les droits que Jésus- Christ a rendus aux fils d'Adam dégénérés, au lieu de rétablir sur leur front le sceau divin, elle semble elle-même, sous les fers qui la dégradent, porter l'empreinte de leur foiblesse et de leur caducité. En la voyant telle qu'ils l'ont faite, ou telle qu'ils ont souffert qu'on la fît, les hommes ont rougi de cette oeuvre de l'homme.

Mais, que les catholiques ne l'oublient point, ce n'est pas en un jour qu'ils briseront ces vieilles chaînes. Partout la puissance humaine les serre convulsivement dans sa main, persuadée qu'elle ne peut vivre, si la pensée, si la conscience est libre. Mais cette main se lassera; déjà ses forces s'épuisent; et c'est pourquoi le pouvoir, pressentant la fin de son insolente domination sur ce qui n'a pas été soumis à son empire, tend, si l'on peut dire , tous ses muscles pour retenir ce qui lui échappe , et perpétuer sa tyrannie par un effort désespéré.

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De là ce qui se passe en France. Le ministère travaille à réaliser de fait la constitution civile du clergé, en s'y substituant à la place du peuple dans la nomination des évêques et des curés. Il cherche à s'emparer de l'administration temporelle des séminaires, en attendant qu'il en envahisse l'administration spirituelle, par le choix qu'il s'attribuera des directeurs et des professeurs. Et il ne s'arrêtera pas là : M. de Montalivet, dans son ivresse de despotisme, ne se croit-il pas autorisé à désigner les livres de religion dont on devra faire usage dans les écoles primaires du monopole? Il s'est mis dans la tète qu'en France tous les enfants lui appartenoient, que c'étoit à lui, à lui seul de régler leur foi , de former leur intelligence , afin de les rendre à la patrie purs de toute superstition , et l'on sait ce que ce mot signifie dans sa bouche. Les mêmes précautions, n'en doutez pas, seront prises pour tous les degrés de l'enseignement. On remontera jusqu'aux évêques; car il faut aller jusqu'à eux, pour en finir avec la superstition. Déjà dépouillés du droit de nommer des vicaires-généraux, des chanoines , des curés qui aient leur confiance , on essaiera de leur dicter leurs mandements, leurs circulaires, leurs lettres pastorales. Esclaves jusque dans l'intérieur même de leurs églises , on les forcera, lorsqu'on le trouvera bon, à les déserter pour faire place à des schismatiques, et puis après les avoir souillées par mesure de police, on leur dira froidement, rentrez, nous vous le permettons. Le rninistre prescrira jusqu'aux détails du culte;

qii priera , ou l'on ne priera pas. à telle heure, ou à telle autre heure, selon qu'il lui plaira de l'ordonner. Que sais-je enfin ? Et je ne dis pas ce qui sera ; je dis ce qui est, je raconte ce que la France a sous les yeux , ce qui soulève d'indignation quiconque a un cœur d'homme. 1S on, non, les catholiques n'accepteront pas le joug infâme qu'on tente de leur imposer; ils broieront cette tyrannie, et dans sa poussière ils planteront la liberté qui sera leur salut et le salut du monde. Trop longtemps ils se sont courbés sous la verge de leurs oppresseurs, trop long-temps ils ont dormi du sommeil de l'esclave : que leur réveil marque dans l'histoire une époque aussi glorieuse que le règne de leurs tyrans est exécrable et flétrissant pour l'humanité. Lorsque leur voix hardie , puissante , s'élèvera comme la tempête qui frappe les créneaux d'une antique prison, elle pénétrera là où reposent les vieux héros chrétiens , et dans la tombe où ils descendirent usés de travaux et de combats, leurs ossements s'agiteront.

Et nous qui disons ceci, nous qui appelons nos frères, de toute la force de notre amour pour la plus sainte des causes, à la défense de ce qui leur est, comme à nous , plus cher mille fois que la vie, est-ce donc que nous délaisserions cette cause sacrée ? Que Dieu nous préserve d'une telle honte! Si nous nous retirons un moment, ce n'est point par lassitude, encore moins par découragement, c'est pour aller, comme autrefois les soldats d'Israël , consulter le Seigneur en Silo. On a mis en

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doute notre foi et nos intentions mêmes, car, en ce temps-ci, que n'attaque-t-on point? Nous quittons un instant le champ de bataille, pour remplir un autre devoir également pressant. Le bâton du voyageur à la main, nous nous acheminerons vers la Chaire éternelle, et là, prosternés aux pieds du Pontife que Jésus-Christ a préposé pour guide et pour maître à ses disciples, nous lui dirons : O Père, daignez abaisser vos regards sur quelques uns d'entre les derniers de vos enfants , qu'on accuse d'être rebelles à votre infaillible et douce autorité : les voilà devant vous; lisez dans leur ame , il ne s'y trouve rien qu'ils veuillent cacher ; si une de leurs pensées, une seule , s'éloigne des vôtres, ils la désavouent, ils l'abjurent. Vous êtes la règle de leurs doctrines; jamais, non jamais ils n'en connurent d'autre. OPère, prononcez sur eux la parole qui donne la vie, parce qu'elle donne la lumière , et que votre main s'étende pour bénir leur obéissance et leur amour.

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