‹ Troisièmes mélangesChapitre 96 sur 96 · A IA POLOGNE · texte numérisé non relu

A IA POLOGNE

Le lâche a égorgé en tremblant les guerriers sans armes ; il a serré dans de vils fers leurs fortes mains ; il a eu peur des femmes , peur des enfants mêmes, et le désert a dévoré ceux qu'avoit épargnés le glaive. Pendant qu'ils s'enfonçoient dans la solitude, ou que pêle-mêle on les jetoit dans les abîmes de la terre , les murs des temples s'écrouloient sur les autels ensanglantés.

Dors, ô ma Pologne, etc.

Qu'entendez-vous dans ces forêts? Le murmure triste des vents. Que voyez-vous passer sur ces plaines? L'oiseau voyageur qui cherche un lieu pour se reposer. Est-ce là tout ? Non , je vois une croix : tournée vers l'Orient, elle marque le point où le soleil se lève , et sur le soir soupirent auprès des voix douces et mystérieuses.

Dors , ô ma Pologne , etc.

Regardez! Sur son front pâle, mais calme, est une confiance impérissable, sur ses lèvres un sourire léger. Qu'a-t-elle aperçu dans son sommeil? Seroit-ce un vain rêve qui la trompe en fuyant ? Non , la vierge divine , qu'elle proclama sa reine, est descendue d'en haut : elle a posé une main sur son cœur, et de l'autre écartant le voile de l'avenir, la foi, debout derrière ce voile , lui a montré la liberté.

Dors , ô ma Pologne , dors en paix , dans ce qu'ils appellent ta tombe : moi , je sais que c'est ton berceau.

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