SCÈNE PREMIÈRE
LORD BLOUNT
Lady Blount n’en a plus; elle se promène.
LÉON
Où?
LORD BLOUNT
Elle a repris sa dot... et voyage.
LÉON
Au Pérou?
LORD BLOÜNT.
Non, non; mon secrétaire est parti seul.
-- Elle est jeune ?
Mais elle?...
LORD BLOUNT
Vingt ans.
LÉON
Hum I Jolie?
LORD BLOUNT
Elle est belle.
LÉON
Et vous la renvoyez?... vous êtes généreux.
(Se levant et lui montrant son tablean.)
Voici votre commande... un azur vigoureux 1
LORD BLOUNT
Vous?... VOUS êtes garçon?
LÉON, passé à ganebe.
Il VOUS faut mon histoire?
J’élèverai pour vous ce trophée à ma gloire.
De grands événements m’ont fait quitter Paris...
Je les tairai, milord, vous seriez trop surpris.
Je suis depuis deux mois à Naples ; — je déroge,
Mais j’y peins un peu tout, sans vergogne. Je loge
Dans une maison blanche et rose, là, tout près,
Sous (les mûriers. J’y vis coulent, à peu do frais.
C’est un homme charmant que mon propriétaire;
Un marin enrichi, qui daigne prendre terre;
Veuf, avec une fille ; — on la nomme Stella.
Je ne sais rien de beau comme cette enfant-là :
Le sang napolitain, sous une blancheur male ;
Doux grands yeux noirs, profonds, où toute l’âme éclate.
LORD BLOUNT
Vous l’aimez.
LÉON
L’aimer?... moi?... Qu’avez-vous dit, milord 1 Oser me regarder dans cette âme qui dort,
Et chercher un aveu sur ces lèvres vermeilles?
Est-ce que je Suis fait pour des amours pareilles?
Stella conserve encor ce costume charmant Dont Naples se défait, avec empressement,
Pour copier Paris, qui, lui, se déshabille.
LORD BLOUNT
Vous êtes amoureux de celte jeune fille.
LÉON
Amoureux d’elle ? allons 1 moi? vous avez rêvé.
Je n’ai rien ; en amour, je suis sur le pavé. "
J’adore une Française.
LORD BLOUNT
Oh ! — tant pis.
LÉON
Celle idole
Est plus dans mes moyens de tendresse frivole. '
Je m’amuse à traîner son char d’occasion ;
Mais, d’ailleurs, elle est prude à faire illusion.
Vous la verrez ; elle a du goût pour celle plage;
Chaque jour elle y vient, souriante et volage.