SCÈNE PREMIÈRE
LKON.
Je saisis le motif; ce sont des accidents
Que ne prévoient jamais ceux qui se croient prudents.
LORD BLOUNT
Oh! j’avais tout prévu, monsieur.
LÉON
Il n’est pas sage,
Quand on voit le ciel noir, do se mettre en voyage.
LORD BLOUNT
Mais j’étais curieux.
LÉON
Et vous ôtes content?
LORD BLOUNT
Si l’on a des leçons, c’est en les achetant.
Et j’expérimentais tranquillement ma thèse ;
Pour abréger un peu, j’ai pris une Française.
LÉON
AhI
LORD BLOUNT
De Paris.
LÉON
Gourmet ! — Ça n’a pas été long ?
LORD BLOUNT
J’avais un secrétaire aimable, jeune...
LÉON
Et blond?
LORD BLOUNT
Jaune, — un Péruvien. — Je suis très-méthodique;
Et je faisais tenir, par ordre alphabétique.
Un relevé précis de mes déceptions.
Ma femme aimait le monde et ses séductions.
Il l’y suivait.
LÉON
S<>rpent ! vous leur tendiez la pomme.
— Vous n’êtes poinl jaloux?
LORD BLOUNT
, Je suis trop galant homme.
Conserver un amour que l’on a garrotté,
CVst trop simple; et je ris d’une fidélité
Qui ne trébuche pas, tant qu’on la lient en laisse.
11 faut trop de verroux pour faire une Lucrèce, Aujourd’hui. — Lady Blount m’aimait en liberté.
LÉON
Alors, le secrétaire était prémédité.
LORD BLOUNT
Il avait de l’esprit, et ma femme était tendre.
Dix*mois se sont passés.
LÉON
On vous faisait attendre.
LORD BLOUNT
Enfin, tout récemment, un soir, le vingt juillet.
J’ai surpris lady Blount rêvant sur un billet.
LÉON
Puis?...
J’en suis resté là ; je prévoyais la suite.
LÉON
La cause vous parait suffisamment instruite?
Non, milord. Pouvez- vous crier sur votre toit.
Pour un billet si sot que le mari le voit?
Vous perchez votre honneur sur des pointes d’aiguille. Lady Blount est rentrée, alors, dans sa famille?