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PRINCIPE DE CAUSALITÉ

Dans la pratique courante un excitant venu du dehors entraine toujours la même action. L’injection d’insuline entrainera de l’hypoglycémie et les convulsions seront déclenchées par l'hypoglycémie ; de même le lquoïde entrainera une augmentation du temps de coagulation.

Dans les expériences de Pavrov, les réflexes conditionnels reproduisent toujours la même action. Or, occasionnellement, nous constatons le contraire dans nos expériences. Que s'est-il passé ? Est-ce que ceux qui

ont établi ces principes se sont trompés ? Il ne s’agit

sûrement pas de cela. Est-ce que nous avons mal conduit nos expériences ? Nous ne le croyons pas. Il faut donc qu'il y ait une cause à cela, qu'il y ait quelque chose chez l'animal qui fait qu'il réagit ainsi. C’est ce quelque chose que nous appellerons l’affect. Nous sommes obligés, d'autre part, d'admettre une action non seulement somatophysiologique, mais aussi psychoaffective; puisque d’une (part, le réflexe conditionnel est déclenché par un élément psychique, que d'autre part, le réflexe porte aussi sur les éléments psychoaffectifs et que l’animal se comporte comme s’il faisait un choix parmi les éléments de l’excitant conditionnel.

C'est pour cela que nous avons choisi ce terme d’affect qui, dans la pratique courante, indique un état affectif

et aussi une note de spontanéité. Nous avons aussi adopté ce terme d’affect, par analogie avec le terme d'affection des anciens auteurs Montpelliérains, sans y attacher le sens de la morbidité. Jaumes appelle en effet affection, l’état morbide général fondé spontanément ou bien émancipé de sa provocation.

Nous devons, d’autre part, considérer l'affect comme quelque chose se ‘déroulant dans le temps. En effet, dans nos réflexes conditionnels nous sommes obligés de tenir compte du déroulement dans le temps de l'excitant conditionnel et des évèneinents qui l'ont précédé.

(é ‘affect sera le complexe global réalisé chez l'individu par l’ensemble des éléments psychoaffectifs et somalophysiologiques, ce complexe étant envisagé avec son déroulement dans le temps.

C'est l’affect qui est cause que l'animal donnera plus ou moins d'importance à “tel ou tel facteur de l'excitant conditionnel, qu'il réagira de telle ou telle façon.

Pour Pavrov, les excitants extérieurs ont une action inhibitrice. Or, en présence d’une excitation extérieure, l'animal réagira parfois au réflexe conditionnel plus violemment ou ne réagira pas. Que s'est-il passé ? Là en- core, c'est l’affect qui est intervenu. :

D'autre part, il nous est arrivé d’avoir des réactions en sens contraire. Que s'est-il passé ? Il nous faut donc admettre qu'il y a, au moment de l’action de l’excitant absolu. non seulement l'effet produit par celui-ci, mais encore une réaction en sens contraire de l'organisme. Si nous envisageons un excitant agissant sur l'organisme, LS nous avons, non seulement l'action de cet excitant (par ex.: vasoconstriction adrénalinique), mais encore la réac-

tion en sens contraire de l'organisme (vasodilatation secondaire adrénalinique) et entre les deux, va tendre à s'établir un équilibre.

Dans le cas de réflexes conditionnels de sens contraire comme le cas de notre réflexe au liquoïde entraînant une diminution du temps de coagulation; du réflexe conditionnel à l'insuline entrainant de l'hyperglycémie ; ou du réflexe conditionnel au chlorure d'éthyle entrainant de la vasoconstriction, il n’est pas douteux que nous avons là un réflexe conditionnel à la réaction de l’organisme. |

D'une façon plus générale, l’action d’un facteur donné,

sur l'organisme, nous donne un couple de forces anta-

. gonistes dû à l’action du facteur et à la réaction en sens

contraire de l'organisme, entre lesquelles va tendre à s'établir un équilibre. Ceci nous explique l’action opposée de certains médicaments à faible dose et à forte dose, du fait de la prédominance de l'action ou de la réaction ; or, la dose maxima, pour obtenir l’action contraire sera variable pour un même sujet et c’est l’affect qui fera pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.

Il en est de même en ce qu’ concerne les phénomènes psychiques où nous aurons un complexe angoisse plai-

Sir.

Nous voyons que l'affect; en présence de l’action d'un facteur donné, nous apparaît composé d'un couple de forces antagonistes, les unes dans le sens de l’action, les autres

dans le sens de la réaction. Le réflexe conditionnel pour-

ra donc porter, soit sur V'action, soit sur la réaction, soit sur le retour à l'équilibre. Et, dans un réflexe con-

ditionnel, suivant l’affect, le cobaye réagira dans un sens

ou dans l'autre ou dans le sens du rétablissement de l'équilibre.

Dans nos expériences sur la catatonie, nous avons vu celle-c1 apparaître avec l’excitant conditionnel. Ceci semblerait prouver que la catatonie soit due à la réaction de l'organisme en présence de l’histamine, cette réaction PRE d'autant plus nette que Paction de l'histamine n'y serait plus. À

Nous avons vu d'autre part que le réflexe condilionnel tendait à reproduire tout le complexe psychoaffectif et somatophysiologique, soit l'affect du cobaye au moment de l'action de l’excitant absolu lorsqu'une partie de celui-ci se trouvait réalisé dans l'affect actuel du cobaye ;, mais, suivant l'affect actuel du cobaye, telle ou telle partie de cet affect antérieur se trouvera avoir plus ou moins d'importance pour produire le réflexe et il faudra un ensemble de parties plus ou moins grandes. Les différentes parties de cet affect antérieur, reproduites au moment du réflexe, s'additionneront dans l'intensité du réflexe. <

Mais il ÿ a là une Con dans le choix de l'excitant conditionnel que nous retrouvons dans le fait que le réflexe ne nous donne que l'action ou la réaction.

D'autre part, nous avons vu que dans nos expériences à l'insuline, nous avions des convulsions (action) avec hyperglycémie (réaction). Il y a là une dissociation. Tout se passe comme si le réflexe aux convulsions -et celui ‘à l'hypoglycémie avaient leur propre affect. De même, dans l'expérience à la compression de l'aorte, tout $e passe comme si le réflexe à la sensibilité, celui

à la motricité et celui aux convulsions BRAIent leur pro-

pre affect.

Nous voyons que nous avons là une série d'affects fonctionnels s’intégrant et s’inféodant dans l’affect glo-

bal. De même pour la réaction différente des capillaires

et des vaisseaux plus importants dans l'expérience au chlorure d’éthyle.

Il semble qu'il y ait, dans la dissociation, une libéra-. tion partielle de ces affects fonctionnels, que nous dénommerons affects locaux de 1 affect global. Normalement, l'affect global a sous sa dépendance et dépend des affects locaux, ces affects locaux, dépendant eux-mêmes, et ayant sous leur dépendance des affects plus localisés, en en arrivant jusqu'à l'affect cellulaire.

S1 nous envisageons un Organe, nous avons un affect global de cet organe ayant sous sa dépendance les affects des tissus ayant eux-mêmes sous leur dépendance les affects des cellules. Ces affects locaux pourront sp manifester dans d’autres circonstances. Dans le cas dp cancer, nous aurons la libération de l’affect tissulaire de l'affect global, entrainant un véritable parasitisme de l'organisme par ce tissu qui, n'étant pas contrôlé par l'affect global, envahira les autres tissus. Dans la gangrène, nous avons libération avec mort de l’affect local.

Nous sommes donc obligés d'admettre une vitalité et un affect propres à chacune des parties d'un organisme.

D'autre part, chez les plantes, dans le bouturage, nous avons libération d’un affect local, affect d’une branche qui devient affect global, constituant un être autonome, indépendant du premier.

Chez l'animal, dans la culture in vitro d’un tissu, nous avons libération de l’affect du tissu, qui devient affect

global.

Les globules sanguins retirés d’un organisme peuvent non seulement vivre in vitro, mais vivre dans un autre organisme. Dans le cas de la transfusion sanguine, l'affect du globule sanguin, libéré de l’affect de son premier propriétaire s'inféode et s'intègre à celui du nouvel organisme.

De même on peut greffer un tissu. Ici aussi, l’affect local de ce tissu sera d’abord libéré de l’affect global du premier organisme pour s’inféoder à celui du deuxième organisme.

S1 chez les êtres supérieurs l'affect englobe l'ensemble des éléments psychoaffectifs et somatophysiologiques, réalisant un complexe où on ne peut isoler, qu'en imagination et pour commodité d'esprit, un élément psychique et un élément fonctionnel, tous les deux sous la dépendance d'éléments anatomohistologiques composant l'individu et contrôlant ces mêmes éléments dans leur mnhatrition et leurs mouvements au point qu'on ne peut les dissocier. Comment concevrons-nous l'affect d’un être monocellulaire ? Nous aurons bien un élément physiologique, mais à quoi correspondra l'élément psychique ? Dans le psychisme d'un être supérieur, nous avons un élément d'intégration des perceptions, un élément de commande : et entre les deux un: élément d'élaboration (intelligence). De même dans une cellule, nous aurons un élément de perception, la perception cellulaire donnera lieu à l’élaboration d'une réponse. C'est cette élaboration qui rentrera dans affect. S1 nous observons une amibe, elle poursuivra un grain de nourriture ; entre la perception de celui-ci et la poursuite, il y aura une élaboration.

On peut se demander s'il ne peut pas exister de réflexe conditionnel chez un être monocellulaire. C’est

dans ce but que nous avons entrepris une série d'expérien-

ces où nous nous sommes heurtés à des difficultés de

technique. Mais, puisqu'une cellule peut percevoir et répondre, il est légitime de supposer qu'il peut exister chez elle un équivalent du réflexe conditionnel. .

L'abiotrophie, pouvant entrainer un trouble de la fonction du tissu fera partie de l’affect, Les troubles abiotrophiques pourront porter, soit sur une cellule, sans que celle-ci paraisse anormale au microscope, soit sur un tissu, soit sur un organe, entrainant une diminution fonctionnelle de celui-ci bièn qu'il paraisse anatomiquement normal.

De même que l'abiotrophie d’une cellule correspond

à une diminution de la capacité vitale et nutritive cellu-

laire, on pourra avoir, en sens contraire de l’hypercapacité vitale et nutritive cellulaire, correspondant à un stade prétumoral qui ne soit pas anatomiquement décelable, mais qui, à la suite d'une altération de l’état général, pourra évoluer vers une tumeur bénigne. Nous ap-

pellerons cette hypervitalité : hyperbiotrophie cellulaire.

Il est d'ailleurs probable que dans le cas d’une hyperbiotrophie cellulaire, il y a là une intervention du système nerveux. En effet, l'atteinte de certains centres cérébraux peut entraîner l’hypertrophie d’un membre, donc une lésion plus localisée ou plus périphérique pourra entrai-

ner une hypertrophie locale tissulaire constituant une tu-

meur bénigne. Soit que le système nerveux agisse en excitant la nutrition et la parthénogénèse cellulaire, soit qu'il y ait une libération partielle du système nerveux nutritif, le système sensitif étant conservé. Mais il ne faudra pas attribuer l’hyperbiotrophie à l’action seule du système nerveux. Il pourra en effet s'agir d’une réaction

purement locale (généralement processus réactionnel). Il est À noter que dans le cas d’hyperbiotrophie, il s’agit uniquement d’une altération de la capacité vitale et nutriive cellulaire sans néoformation de celle-ci.

Dans le cas du cancer, il est probable qu'il existe ur, stade précancéreux non décelable au microscope que nous appellerons néobiotrophie, qui, à l’occasion d’un trouble de l’état général, pourra évoluer vers un cancer. Dans le cas de néobiotrophie, nous avons, non seulement une altération de la capacité vitale et nutritive, comme dans l'hyperbiotrophie : mais encrore de la nature même de la cellulle, vu que nous avons un stade précédant une néoformation cellulaire. Il y a là aussi, probablement une intervention du système nerveux.

Dans le cas d'un organe, l’hyperbiotrophie pourra entrainer un hyperfonctionnement et sera généralement due à la réaction de défense de l'organe, mais ne corres-

pond pas à un stade prétumoral.

Dans son intervention dans l'affect, l’abiotrophie fera pencher l’affect dans le sens de l’action d’un excitant, tandis que l'hyperbiotrophie le fera pencher dans le sens réaction. Dans les deux cas, nous avons une libération partielle quantitative de l’affect local du contrôle de l'affect global, mais l’action de l’affect local sur l’affect global persiste.

En ce qui concerne les affects tissulaires, il * \ un équilibre entre l’abiotrophie de certains * perbiotrophie de certains autres. L’htissu conjonctif entraînera une al nobles. Pour les tissus nerveux, »

entre la névroglie et le tissu:

Dans le cancer, nous avons

de l’action de l’affect global sur l’affect local, mais l’action de l’affect local sur T'affect global persiste, vu qu'il y a. conservation de la sensibilité et que le tissu cancéreux a une action sur la nutrition générale. D'autre part, l’affect global a dù intervenir à l’origine, ne serait-ce que pour permettre la libération de l’affect local.

La prédisposition locale, ou lieu de moindre résistance, sera due à l’affect local.

EuziERE, en étudiant les causes de la prédisposition locale, a envisagé divers facteurs, en particulier l'hérédité, Il invoque les différentes théories, expliquant la prédisposition locale à un même endroit chez l'enfant et les parents, en particulier celle des lysines. Ces considérations pourront également s'appliquer à l’affect.

L'affect global de l'individu dépend de quantité de facteurs : | facteur héréditaire, facteur psychoaffectif, facteur humoral, de posture (Froment et Carajod ont montré l’action de la

posture sur le métabolisme basal), facteur anatomique, etc. ”

En pratique, nous pourrons envisager dans l’affect une partie constitutionnelle héréditaire ou congénitale (affect constitutionnel) ; et une autre, acquise, due à la vie tant psychique qu'organique de l'individu (affect acquis) que nous serions tenté de considérer comme prépondérante.

Ceci 8era valable tant pour les affects locaux que pour l’affect global. Dans l’affect local, nous aurons aussi une parte acquise et une partie constitutionnelle.

Exemple : J'ai eu l’occasion d'observer une malade dont le père et la mère avaient présenté du delirium ‘tremens ; cette malade étant atteinte de démence précoce, s'imaginait être transformée en singe et voyait des singes tourner autour d'elle. Il s'agit là, probablement d’une altération d'ordre abiotrophique héréditaire qui s’est manifestée sous l'action de la démence précoce. Nous avons là un type d'affect local héréditaire.

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