‹ Troubles mentaux de guerreChapitre 17 sur 95 · I. — CONFUSION MENTALE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

I. — CONFUSION MENTALE CHRONIQUE

On ne saisit peut-être pas au premier abord la différence entre la confusion mentale chronique et les démences, dont il sera question plus loin. A vrai dire cette différence est insensible pour la démence précoce des jeunes sujets. Elle est beaucoup plus nette entre la confusion mentale chronique proprement dite et les démences, paralytique, artérielle ou vésanique.

La confusion mentale chronique est encore un état de souffrance organique. C'est la suite indéfiniment prolongée d'un cas aigu. La démence est plus uniquement mentale. Des exemples vont le montrer.

gô TROUBLES MENTAUX DE GUERRE

§1. — Confusion mentale chronique infectieuse, toxique, émotionnelle.

Le type est celui d'un confus aigu qui n'a pas guéri, d'un typhique, par exemple, qui n'a jamais retrouvé l'intégrité de son cerveau, et qui demeure, indifférent et absent, troublé et amnésique, inerte et stupide. Je choisis à dessein l'exemple de la fièvre typhoïde ; il faut une infection grave, ou bien ane lourde prédisposition, pour qu'une confusion mentale passe à l'état chronique.

Ou bien, c'est un homme fatigué, blessé, anémié, qui a enduré des souffrances continues et des privations, et c'est le cas de tant de nos rapatriés d'Allemagne comme aliénés. A lire les observations, souvent très complètes, qui les accompagnent, on a l'impression que les charges morales ont une lourde part en pareilles circonstances, et que le dépaysement, l'éloignement et l'angoisse y sont pour beaucoup. Mais il y faut certainement ajouter la prédisposition. Ces gens manquent surtout de résistance, et quand une grave circonstance de guerre n'a pas réduit d'une manière légitime et considérable leur résistance physique, il faut admettre qu'ils étaient, depuis toujours ou tout au moins depuis longtemps, des cerveaux « invalides ».

Cette fragilité peut avoir été acquise. Beaucoup d'entre eux sont d'anciens alcooliques. Par l'alcool seul, du reste, on peut parvenir à un état particulier d'abrutissement, entretenu par le mauvais fonctionnement organique du tube digestif, du foie et des reins, qui n'est autre qu'un état de confusion mentale chronique. Des territoriaux, employés à l'arrière du front ou plus rarement dans les troupes combattantes, y ont entretenu et perfectionné de vieilles habitudes d'intempérance. Un jour vient où leur déficit cérébral s'impose et où on les évacue. On trouve alors devant soi des gens vieillis avant l'ûge, ayant vingt ans de plus que leur état-civil, égarés, incapables dorénavant —et peutêtre pour toujours, de se conduire dans la vie et de gagner leur subsistance. D'où un problème à la fois d'assistance et de sélection militaire, que nous retrouverons au chapitre des réformes. Le diagnostic clinique ne présente pas de difficultés extrêmes, sauf avec la paralysie générale et les démences organique et vésanique. C'est ici le lieu de se rappeler l'indication générale donnée par Ghaslin et par tous ceux qui ont étudié de près la

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