CONFUSION MENTALE CHRONIQUE
confusion mentale : les confus sont des malades, même chroniques. Ils en ont l'apparence, et des signes légitimes (foie, reins, tube digestif, circulation). Les déments au contraire ont l'air de gens bien portants. Gomme conséquence, même dans les états chroniques, le traitement de la confusion aiguë : alitement, désintoxication, repos, s'impose, au moins à titre d'épreuve. La confusion chronique, même après des mois, peut guérir. Dans les cas d'origine émotionnelle, le pronostic reste bon pendant fort longtemps. De même dans certaines confusions, suites de blessures avec infection prolongée et état général mauvais.
I 2. — Confusion mentale chronique post-commotionnelle.
Mêmes considérations générales. Sans doute figure-t-elle aussi parmi les retours d'Allemagne, mais les renseignements manquent forcément sur l'origine des accidents. Lorsqu'il s'agit d'un commotionné qu'on a vu descendre dans la confusion mentale chronique, on ne perdra pas espoir trop tôt. Du reste, il est exceptionnel que les séquelles confusionnelles donnent une confusion grave persistante. Ce que l'on voit plutôt, c'est un état de torpeur et de souffrance, avec congestion cérébrale facile, qui rend le sujet inutilisable, au moins temporairement, au point de vue militaire, mais ne réclame nullement l'hospitalisation indéfinie. Ces cas qui traînent sont donc surtout des cas à liquider au point de vue militaire.
I 3. — Confusion mentale chronique primitive. Démence précoce.
Bien que la démence des jeunes sujets, la démence précoce, soit une « démence », c'est-à-dire un affaiblissement global et définitif des facultés intellectuelles, il est légitime de la mentionner ici, parce qu'en fait elle se manifeste très souvent par des symptômes qui sont analogues, sinon identiques, ii la confusion mentale chronique.
Les déments précoces ont été nombreux dans les services de l'intérieur, soit au moment de la mobilisation, quand l'expérience des premiers jours de dépôt a montré qu'ils étaient vraiment inaptes à faire campagne, soit à chaque appel de classes et à chaque récupération. Même lorsque leur aspect extérieur attire
LÉPiNE. — Troubles mentaux de guerre. 7
l'attention, il peut tenir à des raisons passagères d'ordre physique, ou encore être exagéré ou siniulé, et il est naturel que les médecins experts des conseils de révision et de réforme n'aient pas le loisir et l'expérience nécessaires pour examiner à fond ces sujets et les arrêter au passage.
Il est surtout regrettable que par le jeu des contre-visites que la loi Dalbiez a organisées pour les réformes, on soit à peu près sûr de voir récupérer les déments précoces, les commissions ne paraissant pas suffisamment renseignées sur les motifs de la première réforme. Le problème, commun à beaucoup de cas mentaux, se pose souvent pour les déments précoces, sujets jeunes, appartenant à des classes qui doivent normalement fournir un large contingent au service armé.
Il se pose surtout parce que la démence précoce est une maladie essentiellement trompeuse, entrecoupée, même dans ses termes graves, de rémissions qui peuvent faire très légitimement illusion.
Deux cas, entre autres, peuvent se présenter, dans la démence précoce confirmée. Le premier, qui est celui de la démence précoce avec stupeur et calalonie, ne se voit guère aux armées. Il n'y est guère possible que s'il y a eu, précisément, une rémission sensible, à la faveur de laquelle le sujet a pu être incorporé et envoyé au front. Le tableau clinique de cette forme est bien connu : indifférence émotionnelle extrême, inertie motrice, cyanose relative des extrémités, attitude permanente, soit courbée, soit plus rarement illogique, mutisme, négativisme. On peut seulement se demander s'il existe des idées délirantes de nature mélancolique et s'il ne peut être question de phénomènes aigus. On se demande aussi s'il n'y a pas de simulation, mais la question ne fait pas de difficulté pour qui a quelque expérience de la psychiatrie. On peut simuler l'inertie et l'indifférence, on ne simule pas cet état particulier et complexe. On évacue ces malades sur un hôpital et l'observation précise le diagnostic.
La deuxième variété est plus troublante : elle correspond au dément précoce, parfois moins avancé dans la maladie, et en tous cas susceptible de faire illusion plus longtemps. C'est celui qui a simplement des lacunes du sens critique et des idées délirantes rapides, incohérentes, et non systématisées ; c'est un malade dont l'apparence extérieure est normale. Bonhomme et Nordman en ont signalé, qui avaient été l'objet d'un internement antérieur, et auxquels des rémissions importantes avaient