OBSERVATION XX
Obésité. — Lithiase biliaire. — Narcolepsie à répétition.
Mme X..., âgée de 30 ans environ, n’a pas de tare névropathique appréciable. Elle n’a jamais présenté de crises d'hystérie. Elle est obèse, arthritique, non diabétique. Elle a eu, il y six ans, une crise de coliques hépatiques avec vomissements, ictère, décoloration des matières. Elle fut mise, à ce moment, à un régime sévère qu'elle ne suivit pas d'une facon rigoureuse.
Depuis cette époque, elle ressentait de très légères douleurs dans la région hépatique, d'une durée variant de quelques heures à quel-
(1) GériNeau. De la narcolepsie. Gaz. des hôp., 1880, p. 626, 635, 659. (2) Bazzer.Du sommeil pathologique. Revue de médecine,1882,p. 9.5°
ot
ques jours, et ne s'accompagnant jamais d'ictère: Ces douleurs disparurent il y a deux ans environ.
Il y a trois mois, recommencèrent de vagues sou*rances dans le eôlé droit et ilysix jours,à minuit,éclatèrent les douleurs caractéristiques de la colique hépatique. « Un fait qui m'a frappée, nous dit la malade, c'est une somnolente invincible, plus désagréable que mes douleurs et que je n'avais jamais éprouvée. Celle somnolence m'a prise il y a un mois. Je m'endormais presque à chaque instant. Je me trouvais dernièrement dans une réunion, mes yeux se sont fermés malgré moi. Deux jours après, j'entreprenais dans l’aprèsmidi un voyage de lrois heures. À ma grande surprise, j'allais dépasser le but de mon voyage, si je ne m'élais éveillé par hasard, et jamais je ne m'endors en voyageant. En descendant de wagon, je suis entrée dans la salle d'attente, car je devais prendre un autre train. Là encore, le sommeil m'a surprise et, pour le dissiper, je me suis mise à marcher, pensant qu'il est vraiment bizarre de dormir contre son gré. Pourtant, je repose bien la nuit. Ce que je remarque, c'est qu'il ne s'agit pas d'un sommeil véritable, mais d’une sensation indéfinissable de pesanteur, de lourdeur cranienne. On dirait qu'on à posé un poids sur ma têle, ou mieux qu'on l’a serrée entre deux objets, sans que cela ne ressemble nullement à un mal de tête.
Ce besoin de sommeil, cette narcolepsie à quitté la malade lorsque les douleurs ont entièrement disparu. Mme X..., étant plus tard à la campagne, est reprise des mêmes phénomènes de narcolepsie, en même temps que de légères douleurs dans l’hypechondre droit.
SENSIBILITÉ GÉNÉRALE (1) l. Névrile toxique.
On rencontre chez les hépatiques des signes de névrite périphérique. Mais, en général, cette névrite doit être mise sur le
(1) Il ne sera point fait de chapitre spécial au sujet du prurit, phénomène fréquent au cours des affections hépatiques s'accompagnant ou non d'ictère. Le prurit fait partie des « petits signes « de la cirrhose (Hanot). Il existe parfois dans la période prémonitoire des maladies du foie, dans la précirrhose, ainsi qu'Andral l'avait déjà indiqué.
compte de l'agent causal de l'affection hépatique et est imputable le plus souvent à l'alcoolisme. Au cours d’un ictère catarrhal, on peut voir de même survenir une névrite périphérique, comme -dans l'observation de Porte (1), mais, dans ce cas, la névrite reconnaît une origine infectieuse.
Nous devons cependant à l'obligeance de M. le professeur Hayem une observation très précieuse. Au cours d’un cancer primitif du foie, se sont développés d’une façon aiguë des phénomènes de névrite généralisés aux quatre membres, consistant en douleurs extrêmement vives, siégeant surtout aux extrémités supérieures, augmentées par la pression des masses musculaires, en paresthésies, en impotence fonctionnelle des extrémités, en abolition des réflexes. Dans une leçon clinique, qu'il fit sur cette malade, M. le professeur Hayem conclut à une névrite toxique.
Étant donnée l'autorité de son auteur, bien que dans ce cas l’autopsie n'ait pas été pratiquée, qu'il ait existé des phénomènes vésicaux, nous citons les détails de cette observation, qui ouvre, par un document, le chapitre des névrites hépatotoxiques.
S'il s’est agi d'une névrite toxique, elle a pu se développer grâce à la disparition du pouvoir antitoxique du foie.
Il ne faut pas perdre de vue, d'autre part, qu'il s’agit ici d’un cancer. Or,d’après Adamkiewicz, le cancer donne lieu à la production des principes toxiques.
Mais ces produits toxiques ayant une spécificité propre, si l'on admet la théorie cellulaire de Bard, l’origine hépatique de la névrite devient de nouveau discutable.
Ogservarion XXI (inédite), due à l’obligeance de M. le professeur Hayem.
Cancer primitif du foie. — Accidents aigus de névrite périphérique. Abolition des réflexes. — Névrite hépalo-toxique.
Mme G..., âgée de 48 ans, entre le 42 octobre 1895, salle Moïana, 4 service du professeur Hayem, hôpital Saint-Antoine.
(1) Porrg. Dauphiné médical, juillet 1885, n0,7;-p. 193.
Antécédents héréditaires. — A perdu son père et sa mère, ne peut fournir de renseignements à cet égard.
Antécédents personnels. — A toujours été en bonne santé.
A fait 3 grossesses : il y a vingt et un ans, dix-neuf ans, dix-sept, ans. Les 2 derniers enfants sont morts. ;
A la suite de la dernière grossesse, elle fut atteinte de fièvre puerpérale qui nécessita un séjour de trois mois au lit.
Début. — La maladie actuelle a commencé il y a cinq mois par un dégoût marqué pour les aliments et une fatigue extrême. Elle à ressenti en même temps des douleurs dans l’abdomen, surtout dans le flanc droit, sans irradiation au niveau de l’épaule droite.
É’anorexie et Les douleurs allèrent en augmentant.
I y a deux mois surviurent des vomissements abondants, se répétant souvent plusieurs fois par jour, quelquefois clairs, presque toujours bilieux, suivant de près l’ingestion des aliments et suscitant des douleurs très violentes. Jamais ne se produisit d'hématémèse. En même temps existait une diarrhée irrégulière avec coliques.
La malade entre le 12 octobre à l'hôpital.
Examen à l'entrée. — Teint pâle. Anémie très prononcée. Léger œædème malléolaire. Dilatation des veines sous-cutanées abdominales.
La langue est sèche, chargée. La malade a une sensation de soif continuelle. L'appétit est nul. Jusqu'à l'entrée dans le service, tous les aliments sont vomis.
Pas de melæna.
Traces de vésicatoire dans l’hypocondre droit. Pas d'œdème de la paroi. La région hépatique est très sensible à la palpation. L'abdomen est globuleux, toute la portion sus-ombilicale est soulevée. Quand on aceroche le bord inférieur du foie, la malade crie douloureusement. La matité du foie mesure 23 centimètres sur la ligne mamelonnaire droite; 20 centimètres sur la ligne xiphoïdienne ; 17 centimètres sur la limite mamelonnaire gauche. Ea limite inférieure est à la hauteur de lombilic.
La rate est hypertrophiée.
L'urine est urobilique. Il y à un dépôt de sels, mais pas d'albumine.
La respiration est très obscure à la base droite. On y entend quelques frottements. Matité à ce niveau. Les bruits du cœur sont normaux. Le pouls bat 85 à la minute. T. 370,8.
La malade se plaint d'avoir de fréquentes envies d’uriner, et de
d'uriner que quelques gouttes à la fois. La vessie parait se trouver presque constamment à l’état de réplétion et la malade souffre de ne pouvoir uriner.
Le 26. Depuis son entrée la malade n'a plus eu de vomissement, ni de diarrhée. La constipation est devenue son état ordinaire. La région hépatique semble un peu plus proéminente. La zone de matité n’a pas varié. Il existe de violentes douleurs dans la région hépatique.
Le 27. La malade se plaint de douleurs vives dans les membres, surtout aux extrémités, qu'elle n’a jamais éprouvées jusqu'alors. Le foie est plus volumineux, plus dur. Le ventre est plus ballonné et très douloureux.
5 novembre. Depuis que la malade à commencé à ressentir des douleurs dans les membres, elle a de l'insomnie.
Les douleurs ne siègent pas au niveau des articulations, mais sont localisées aux mains, en ce qui concerne les membres supérieurs. La malade ne peut s’en servir à cause d’une parésie qui apparait à ce niveau.
L'examen du sang donne les résultats suivants :
Le 8, se plaint de souffrir davantage au niveau des Jambes et des pieds. Sa douleur n’est pas superficielle. Elle donne la sensation d'une douleur interne. Les masses musculaires du mollet sont particulièrement douloureuses ; [es articulations ne sont pas le siège de souffrances spéciales. Les mouvements de flexion et d'extension des pieds sont affaiblis. Les réflexes rotuliens complètement abolis.
Les deux mains, surtout la gauche, sont douloureuses. Ea malade ne peut étendre les doigts de cette dernière.
On prescrit 2 grammes de salicylate de soude.
Le 11. La malade a dormi, ce qui ne lui était pas arrivé depuis quinze Jours.
On porte la dose de salicylate à 6 grammes.
Le 13. Les douleurs sont devenues plus vives au pied. La malade a la sensation d’un pied pesant et enflé qu’elle peut à peine soulever sous le drap.
Aux mains, existe toujours une douleur profonde que la pression n’exagère pas, plus accentuée aux doigts, et plus marquée à gauche
d'une facon générale. L'extension complète des doigts est impossible.
Apparition d'une glande assez volumineuse dans la région sousmaxillaire gauche. C'est du moins aujourd'hui qu'on en constate l'existence.
Le 14. Réseau veineux collatéral accentué au niveau de l'abdomen.
Ventre très ballonné surtout au dessous de l’ombilic. Le foie dur et douloureux atteint la ligne de lombilic. Pas d'ascite.
Semi-paralysie des membres supérieurs. La malade serre mollement la main, surtout du côté gauche. Abolition complète des réflèxes rotuliens.
Plusieurs selles par jour, peu abondantes, habituellement jaunâtres. Anorexie pour la viande. Urines peu abondantes, contiennent un peu d’albumine. Teinte subictérique des conjonclives Langue un peu sèche.
Examen du sang.
Le 15. Souffre surtout dans le pied droit qui est lourd et lui paraît enflé.
A droite, quelques petits râles fins à l’auscultation au sommet, en arrière.
Le 19. Les douleurs sont étendues aux pieds et aux jambes.
On remplace le salicylate de soude par Ja phénacttine.On fait une piqûre de morphine le soir.
Le 21. Douleurs des membres aussi violentes.
Le foie n’a pas augmenté de volume.
La grande hypertrophie de la région sous maxillaire a augmenté.
Le 23. Se plaint de plus en plus de ses douleurs. La cachexie augmente.
Le 27. Accroissement manifeste dans le volume du foie. Délire presque continuel. Douleurs de plus en plus violentes.
Le 28. Le délire est surtout vespéral. La malade se plaint dans son délire de ses souffrances. Elle est très agitée et se tient assise sur son lit. Elle ne comprend pas les questions qu'on lui pose, mais reconnail les personnes qui Pinterrogent.
Elle meul ses pieds Pas d'æœdème.
Le 30. Délire persistant.
Dans la journée elle quitte l'hôpital, et succombe le lendemain.
Une analyse faite par le pharmacien du service le 17 octobre a donné les résultats :
NOM ns 300 cc. par vingt-quatre heures.
DENSHER 1.020 — —
ACIdHé er eec es OS e
Acide phosph.... 0,22 — — Uréenie. 12.. FD 5,67 — — Acide urique..... 0,24 — — Albumine., ..... 0,30 — — Urobiline ..... : abondante —-
Le 145 novembre.
Volume...... ne 300 —- == Densité ae 1,020 — — Acidité totale..... 0,096 — — Chlorures........ 1,54 — Acide phosph..... 0,39 — — Uréesrer ie st 3,48 — —
Albuminurie....., traces endos.
Urobiline.....,... revêt.caract. —