V... eut à 27 ans une fièvre typhoïde qui dura un mois
A des habitudes alcooliques (2 litres de vin, goutte, amers, absinthe).
Arthritique (cheveux blancs depuis un an).
(1) Muremsox. Lec. clin. sur les maladies du foie. Trad. Cyr, 1878, p. 290.
(2) Il n'est pas à tenir compte de la somnolence diurne, compensatrice de l’insomnie de la nuit, liée par exemple au prurit.
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Le début de l'affection remonte à six mois, février 1895, et est en rapport avec une angine de peu d'intensité, qu'il soigna par des gargarismes au sel de cuisine. Il perdit peu à peu ses forces, se mit à maigrir. Son appétit diminuait. Des épistaxis survenaient de temps à autre. ,
Il y a deux mois et demi apparut de l'ædème des membres inférieurs, de la distension de l'abdomen. Il cessa à ce moment tout travail.
Pendant cette période la somnolence fait son apparition. Vers le mois de mars, tout à fait au début de sa maladie, V... est pris d’une envie de dormir inusitée. Il était content, comme un enfant, de voir arriver le dimanche pour pouvoir rester chez lui et dormir toute la journée ; et, de fait, il ne se réveillait qu'à midi pour le déjeuner, et le soir pour diner, et se rendormait aussitôt après les repas. Le jour de la fête de Pâques, il va avec sa femme chez des amis, le sommeil le prend, et malgré le bruit qu'on faisait (rires et cris il dort tranquillement pendant trois heures. Même en travaillant, nous dit sa femme, il lui arrive souvent de s'endormir. D'ailleurs luimême était incommodé et répétait : « Si je n'avais pas ce sommeil, je ne serais pas si malade » et «c’est ce grand sommeil qui m'accable ». Le soir quand il rentrait à la maison, sa femme ïiui préparait de l’eau chaude pour qu'il se lavât les mains. Presque tous les jours, il s’'endormait sur un fauteuil pendant les quelques minutes que l’eau mettait à chauffer.
A l'examen du malade, on constate un œdème mou des membres inférieurs. Abdomen météorisé sans ascite. Amaigrissement très marqué. Teinte jaunâtre de la peau sans ictère franc. Teinte subictérique des conjonctives. Les urines contiennent de lurobiline et de la biliverdine (spectroscope, réactif de Gmelin). Langue rouge à la pointe. Appétit conservé. Pas de vomissement. 2 selles diarréiques par jour. Le foie ne déborde pas le rebord des fausses côtes. Matité supérieure au niveau du 5° espace intercostal. Jl mesure 44 centimètres environ sur la ligne mamelonnaire. Rate volumineuse, mesurant 8 centimètres sur la ligne verticale. Congestion bibasique des poumons. Pas de battements de cœur. Pouls 26, régulier, d'amplitude moyenne. Souffle systolique à Plaorte. Temp. 37°,9 hier soir. 37°,4 ce matin.
Le 22 août commence de la diarrhée. La température est à oscillations dépassant 38° le soir et se tenant au-dessous de 36° le
matin.
Période d'hypothermie du 26 au 30 août. La diarrhée persiste. Hémorrhagies gingivales. L'œdème dépasse les membres inférieurs et la région lombaire s'étend jusqu'à la 10° côte. Vers cette même période, l’ascite apparaît peu à peu avec circulation veineuse collatérale. L'amaigrissement fait des progrès. L'urine ne contient pas d'albumine.
Vers le 30 août, l'ictêre s’installe. La diarrhée persiste jusqu’au dernier jour. V... s'amaigrit progressivemenf. Il présente le tableau suivant : Ictère biliphéique avec matières colorées. Petit foie et grosse rate. Ascite et circulation collatérale.
Après une période d'oscillation où la tempéralure va de 389,9 à 360,2 recommence une période d’hypothermie à la date du 11 septembre. La température inférieure, d’abord'à 36°, s’abaisse ensuite à 35° pour descendre à 32°,2, limite minima du thermomètre. Pas d'albumine dans l'urine. Il succombe le 17 septembre.
Pendant son séjour dans le service, la somnolence de V... est frappante. Il s'endort pendant les visites de sa femme. Il Jui dit parfois de s’en aller, qu’elle le gêne et l'empêche de dormir. Dans l’espace d'une demi-heure, il s'endort et se réveille plusieurs fois. Son sommeil est en général aussi léger que répété. Pendant que nous faisons une prise de sang au niveau d’un doigt, le malade s'endort.
Le malade a éprouvé,en outre,au cours de sa maladie, un changement de Caractère se traduisant surtout par de l'indifférence,et dans les derniers jours s’est déclaré un délire terminal que nous ne faisons qu'indiquer.
A l’autopsie : ascite en petite quantité, 1,509 grammes. Le foie est à peu près normal et pèse 1.850 grammes. L'apparence générale est blanc jaunâtre avec de petites taches ecchymotiques Granulations très petites au niveau du bord antérieur et dans les parties avoisinantes. À la coupe, il crie sous le couteau. Petites saillies par places. Le fond est jaunâtre avec parties hémorrhagiques. La rate est volumineuse, pèse 430 grammes. Les reins pèsent 170 grammes, 190 grammes.La capsule se décortique bien.Ils semblent peu touchés. L'intestin est remarquable par le peu de lésions qu'il présente, A peine un peu de congestion par places, surtout dans le gros intestin. Poumons emphysémateux, légèrement congestionnés au niveau du lobe inférieur. Quelques tubercules crétacés aux sommets,
Fa, EE L'examen histologique du foie montre les altérations du tissu conjonctif et du parenchyme hépatique. Cirrhose annulaire à point de départ périportal. La cirrhose est jeune, avec néocanalicules biliaires nombreux. Petits abceès ou nodules infectieux. Au niveau du parenchyme, raréfaction de la travée par suite de Ja dilatation extrême des espaces intertrabéculaires. Le lobule est fragmenté en parties séparées les unes des autres ratatinées, prenant des formes anormales, Enfin on trouve la dislocation de la travée. Les noyaux des cellules ont perdu, en assez grand nombre, leur pouvoir de colorabilité. Dégénérescence graisseuse peu acceutuée du foie. Le rein est le siège de congestion. Il n'existe pas de lésion ancienne. Aucune lésion récente importante.
Dans le cas suivant, la tendance à l'assoupissement est encore plus exagérée et mérite le nom de narcolepsie qu'a créé Gélineau (1). D'ailleurs entre la somnolence (sopor, de Gélineau) et la narcolepsie il n’y à pour M. Ballet qu'une différence de degré (2).
La répétition de crises de narcolepsie au cours d'attaques de coliques hépatiques montre qu'il n’y a pas, dans cette association, une simple coïncidence, mais un rapport. Quel que soit le mécanisme qu'on puisse mettre en avant, la narcolepsie a son origine aussi dans l'appareil hépatique. Déjà, d'après M. Ballet, M. Bouland a signalé un fait de narcolepsie lié à
une congestion intense du foie.