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CHAPITRE V

CHOLÉMIE.

La toxicité de la bile a été établie expérimentalement par M. le professeur Bouchard. C'est à ses travaux que nous empruntons ce qui suit :

IL faut 4 à 6 centimètres cubes de bile pour tuer en convulsions 1 kilogramme d’être vivant, et puisque la sécrétion quotidienne de la bile est d'environ 1.000 centimètres cubes on doit conclure que :

Chaque homme fabrique en vingt-quatre-heures, ne füt-ce que par son foie, une quantité colossale de poison, de quoi tuer (en vingt-quatre heures) 3 hommes de son poids.

1 kilogramme d'homme fabrique de quoi tuer plus de 2.800 grammes de matière vivante.

À volumes égaux, la bile est neuf fois plus toxique que l’urine.

Dans des temps égaux la sécrétion biliaire représente une toxicité six fois plus considérable que la sécrétion urinaire.

La bile, décolorée par le charbon, est trois fois moins toxique que la bile en nature. La toxicité de la bilirubine a été démontrée par MM. Bouchard et Tapret, par l'injection intraveineuse de ce corps dissous dans l'eau à l’aide d’un peu de soude.

La bilirubine tue à dose de 5 centigrammes par kilogramme de lapin.

Chacun des sels biliaires est dix fois moins toxique que la bilirubine.

A l’état normal, l'urine n’emportant pas au dehors la totalité de la matière toxique sécrétée parle foie, la plus grande partie de cette matière doit être neutralisée.

Le foie reprend la bile (Schiff}, la rejette pour la reprendre

et la rejeter encore, et à chaque fois une partie de plus en plus minime est absorbée.

Dans l'intestin se précipite ce qui est toxique dans la bile, la matière colorante et les sels qui, une fois précipités, échappent à l'absorption.

Des tissus brülent et transforment les minimes parties de bile, qui ayant été absorbées, ont pénétré dans la circulation générale. Ils fixent la bilirubine.

Le sang brûle les acides biliaires.

Lorsque la bile est résorbée dans le foie et passe dans la circulation générale, une partie s'échappe par les reins : sels biliaires, le soufre, dérivé de la taurine, incomplètement oxydé sous forme de matières sulfurées, sulfo-conjuguées; les fibres du tissu conjonctif fixent incessamment la matière colorante, surtout toxique. Il en résulte que la résorption par le sang est lente et graduelle.

Si la bile sécrétée en huit heures est jetée en bloc dans le sang, on verrait éclater des accidents nerveux mortels, comme le prouvent les injections intraveineuses de bile qui tuent sans déterminer d’ictère.

Sous l'influence des sels biliaires qui, malgré leur élimination en partie par le rein, impressionnent, en passant à {ravers l'organisme, les globules sanguins, les cellules hépatiques, les fibres musculaires, les éléments épithéliaux, il se fait une destruction plus ou moins rapide de ces éléments suivant que le rein joue plus ou moins parfaitement, son rôle d'émonctoire.

La cellule hépatique subit la dégénérescence graisseuse.

Alors un fait nouveau se produit, conséquence fonctionnelle de l’atrophie aiguë du foie : c’est la suppression des actes terminaux de la désassimilation.

La matière désassimilée ne devient plus excrémentitielle, les substances albuminoïdes restent colloïdes. au lieu de devenir cristalloïdes et dialysables.

Mais il se produit en même temps une diminution de l’urée, puissant diurétique et une diminution du glycogène (Dastre et Arthus).

Il se fait une accumulation dans le sang de produits toxiques, leucine, thyrosine, xanthine, hypoxanthine.

La naphtaline qui doit fixer un radical sulfuré pour s'éliminer dans les urines à l'état de naphtil-sulfite de soude s'élimine sous un étal anormal (Bouchard).

Néanmoins la bile agit sur les divers tissus, elle aurait une action directe sur les centres et les conducteurs nerveux (de Bruin) (1).

Une remarque doit être faite, entre autres, à propos de ces recherches.

Dans les expériences sur les animaux, on se sert de bile normale, alors qu’en réalité chez l’homme, dans les cas d’affections. graves du foie, c'est une bile modifiée, altérée, viciée qui agit. Elle peut contenir moins de pigments (Ritter, Hanot) et moins d'acides (Hanot).

Les résultats ne sont donc pas de tout point comparables.

(1) De Brun. Bigdrage tot de leer gϾlzucht met hetoog op de vergigftige werking der bilirubine, Amsterdam 18809.

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