TROISIEME PARTIE
Pathogénie
Comment interpréter les troubles nerveux décrits dans la première partie ?
S ils dépendent en réalité du foie, ils résultent du trouble ou de l'arrêt de toutes les fonctions de cet organe, qui sont connexes.
« Le foie, dit M. Hanot (1), joue un rôle de premier ordre dans la nutrition générale. »
On pourrait incriminer le trouble de la fonction glycogénique. Nous connaissons les troubles nerveux dus à l’hyperglycémie ; mais que dire, à ce point de vue, de l'hypoglycémie ou de la dysglycémie, résultat de l'insuffisance hépatique ?
Bien que le foie malade fabrique moins d’urée, l'empoisonnement par cet agent (urémie dans les maladies du foie) a été mis en avant par Whitla (2) et M. le professeur Debove (3). Cette intoxication doit être plutôt imputée aux composants de l’urée, ou nécessite, pour se produire, l'intervention du rein.
L’excès d’acide urique et d’urates dans le sang, dù, pour certains auteurs, à une déviation fonctionnelle du foie, est regardé comme pouvant entraîner des troubles nerveux.
Ce ne sont là que des cas particuliers de l« hépatotoxhémie ».
Les troubles nerveux hépatiques sontessentiellement le résultat d'une intoxication qui peut survenir sous deux conditions données : la cholémie et l'acholie.
(1) Haxor. Loc. cit.
(2) Warrza. Loc. cit.
(3) Depove, Union méd.,2 juin 1884.
C'est, qu'en effet, ils se produisent :
Soit chez des malades atteints d’ictère ;
Soit en dehors de tout ictère.
Dans le premier cas, ils résultent de l'accumulation dans le sang des produits de la sécrétion biliaire.
Mais à priori, la possibilité des phénomènes nerveux, en dehors de tout ictère, démontre que la théorie cholémique ne saurait être univoque.
Bien plus, l'absence habituelle de troubles nerveux chez les ictériques indique que ce n’est pas l’intoxication biliaire qui doit être accusée, mais les troubles du foie qui accompagnent ceux de la sécrétion biliaire.
Autre argument :
Alors même qu'il existe de l'ictère, celui-ci diminue le plus souvent au moment où apparaissent les phénomènes d’intoxication.
En outre, il faut tenir compte de l'action directe de la bile résorbée sur le foie lui-même, exposée plus loin.
Nous arrivons donc à conclure que la cholémie se réduit, en fin de compte, à l’acholie (1) et que l’intoxication a pour déterminisme physiologique la perte ou la diminution du pouvoir antitoxique du foie,
Démontrée par Héger (1873) Schiff (1877) Lautenbach, la notion du pouvoir antitoxique a été confirmée par de nombreuses expériences dans un remarquable et important travail de M. Roger, où elle est mise en pleine valeur. Elle a été reprise dans ces derniers temps par Kotliar, Verhoogen et Buys (2).
Nous allons, dans cette étude, procéder d’une facon détournée.
Après avoir indiqué très rapidement la toxicité de la bile et ses effets, nous chercherons, dans la clinique animale, en ce qui concerne les phénomènes nerveux, les résultats del'abolition des
(1) «ll esttrès probable», dit M. 'Hanor (loc. cit. p, 118) « qu'une partie des accidents attribués aux modifications de la sécrétion biliaire, relévent de l'insuffisance de la fonction antitoxique du foie. »
(2) Pour tout ce qui concerne le pouvoir antitoxique du foie, nous renvoyons au rapport déjà si souvent cité de M. Haxor (p. 6-23 du tirage à part.)
fonctions du foie, particulièrement de son pouvoir antitoxique. Il restera donc alors à déterminer quels sont lesagents connus de l’hépatotoxhémie.