‹ Troubles nerveux et circulations causés par les côtes cervicalesChapitre 1 sur 7 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

MASSON ET C le , ÉDITEURS

LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, Boulevard Saint-Germain

Par ANDRÉ-THOMAS

La présence de côtes articulées avec les vertèbres cervicales (côtes cervicales, côtes supplémentaires, côtes accessoires) ne saurait être considérée comme une anomalie, si l’on veut bien tenir compte des données de l’anatomie normale et de l’embryologie qui nous enseignent que, pour ne pas se comporter comme des côtes dorsales, les côtes cervicales n’en existent pas moins chez tout individu. Les côtes cervicales deviennent réellement une anomalie, quand elles prennent des caractères qui les rapprochent plus ou moins des côtes .dorsales ; c’est presque toujours dans leur évolution vers la dorsalisation de leur architecture qu’elles engendrent des syndromes divers, dans lesquels les accidents nerveux et circulatoires occupent le premier plan.

Si l’on excepte quelques allusions assez vagues à leur existence, retrouvées dans les auteurs anciens, en particulier dans Gallien, la connaissance des côtes cervicales est de date récente. Voici près de deux siècles qu’Hunauld (1742) a décrit le premier l’existence de deux côtes articulées d’une part avec la 7 e vertèbre cervicale, d’autre part avec le sternum. A. Cooper (1821) a interprété dans ce sens la présence d’une excroissance osseuse située sur la face supérieure de la l re côte thoracique ; elle avait entraîné la thrombose de l’artère sous-clavière et la gangrène du membre supérieur. Le diagnostic aurait été porté pour la première fois par Wilshire en 1860. La première opération entreprise dans le but de remédier aux accidents nerveux a été exécutée par Verneuil (1855) ; le plexus brachial était comprimé par une exostose de la l re côte droite, exostose qu’avec Cruveilhier Verneuil reconnut être le tronçon antérieur d’une côte cervicale fusionné avec la l re côte dorsale. Un important travail fut consacré par Gruber (1849)

à l’étude de cette malformation, dont il décrivit plusieurs types.

Ces quelques noms marquent les grandes étapes de l’histoire des côtes cervicales, avant la radiographie, mais le nombre d’observations et d’études consacrées à la question pendant cette période est déjà considérable.

La sémiologie des accidents occasionnés par la présence des côtes cervicales n’a pris son plein essor qu’après la découverte des rayons X. Jusqu’à cette époque le diagnostic restait le plus souvent incertain : ce précieux moyen d’investigation a permis de rapporter à leur véritable cause des symptômes, dont l’origine restait le plus souvent indécise ; il permit en quelque sorte d’exercer un contrôle anatomique sur le vivant et il devint l’élément essentiel du diagnostic. Guidée par la radiographie et la radioscopie, la chirurgie s’est attaquée plus hardiment au traitement des côtes supplémentaires ; les constatations diverses qui ont été faites au cours de l’intervention ont contribué à éclairer la pathogénie des accidents vasculo-nerveux et la physiologie pathologique des symptômes.

ÉTIOLOGIE

Toutes les côtes cervicales ne donnent pas lieu à des complications, elles n’ont été assez souvent que des trouvailles d’autopsie, puis des surprises d’examens radiographiques. La 7 e côte cervicale est presque toujours en cause, mais on a vu aussi, quoique beaucoup plus rarement, une 6 e et une 5 e côtes cervicales supplémentaires.

Leur fréquence est assez inégalement appréciée. D’après une statistique portant sur 1.164 cadavres, Fischel les rencontre dans 0,9 p. 100 des cas. Sur les 902 sujets que comprennent les statistiques réunies de Topinard, Varaglia, Ledouble, on la trouve 20 fois, 7 fois des deux côtés, 5 fois à droite, 8 à gauche. Sur une autre statistique englobant 1.420 sujets, les côtes cervicales ne sont signalées que deux fois (Borchardt).

Les côtes cervicales sont plus fréquentes chez la femme.

II est assez difficile de se représenter le degré de fréquence des accidents vasculo-nerveux chez les sujets porteurs de côtes cervicales ; ils sont évalués de 5 à 10 0/0 d’après Borchardt. La prédisposition du sexe féminin ne fait aucun

doute ; la plupart des auteurs indiquent deux ou trois fois plus de femmes que d’hommes. Autre particularité qui mérite d’être retenue, la côte surnuméraire existe à la naissance et cependant elle ne se révèle que beaucoup plus tard, rarement avant 15 ans, dans la grande majorité des cas entre 16 et 40 ans, avec un maximum vers 35 ans, mais on a vu des accidents nerveux ou circulatoires survenir à un âge beaucoup plus avancé, au delà de 60 ans.

Les côtes cervicales seraient plus souvent bilatérales qu’unilatérales, mais bilatérales, elles ne sont pas toujours symétriques et elles ne donnent pas lieu à des accidents des deux côtés. Ceux-ci s’installeraient généralement sur le côté où la côte est le plus développée, mais ce n’est pas une règle absolue (Mendel).

Lorsque la côte est unilatérale, elle ne semble pas siéger plus fréquemment d’un côté que de l’autre. Les statistiques sont contradictoires et dans chaque statistique l’écart entre le côté droit et le côté gauche n’est pas considérable.

Dans les observations de Gaucher et Crouzon, Parkes Weber, on relève des accidents imputables à la syphilis héréditaire.

L’hérédité (Unger) ou le caractère familial (Krabbe, P. Weber, Israël, Russell) est très rare.

L’existence de côtes surnuméraires a été considérée comme un signe de dégénérescence (Oppenheim). La coexistence de malformations multiples est loin d’être exceptionnelle (Balantyne, Drehmann, Capitan). Des difformités de la colonne vertébrale, en dehors de celles de la 7* vertèbre cervicale, ont été signalées (absence de vertèbres, présence de fentes, interpolation d’angles, vertèbres supplémentaires, spinq bifida, absence d’atlas, synostose d’apophyses épineuses, etc...).

Outre quelques états névropathiques, on a observé chez plusieurs malades des affections diverses du système nerveux : gliose, syringomyélie (Oppenheim, Ascher), sclérose multiple (Léri), atrophie musculaire progressive (Spiller et Gitting), maladie de Basedow, névrite rétrobulbaire, etc...

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