Chapitre I. — Paupières et appareil lacrymal
Muscles.
Nous serons assez concis dans Texposé des affections de ces organes, parce qu’elles sont, d’abord, moins importantes et partant moins signalées par les auteurs, et parce que leur étude peut, en grande partie, se faire avec celle des lésions conjonctivales.
Muscles. — paralysies plus ou moins complètes des paupières, ainsi que celles des muscles de l’œil, surtout des muscles externes, ont été signalées quelquefois, seules ou faisant partie du cortège symptomatique d’une hémiplégie ou d’une paralysie totale palustre. Elles se montrent sur un œil ou sur les deux et disparaissent par le traitement quinique.
Ces accidents surviennent dans les accès pernicieux ou à leur suite. Les contractures se présentent
souvent aussi dans la fornae comateuse (Collin) et dans les formes tétaniques, s’accompagnant alors de contractures généralisées à tous les muscles du corps.
Cependant, le traité de Mauthner (1885) qui semble être le plus complet sur l’étiologie des paralysies musculaires de l’œil, ne parle pas du tout des paralysies produites par la malaria.
Paupières. — U hyperhémie qui est un des processus les plus fréquents de l’accès malarien agit sur la paupière, comme nous le verrons plus tard agir sur la conjonctive. On peut observer, en même temps qu’une névralgie orbitaire et une congestion conjonctivale, une tuméfaction assez considérable de la paupière. Cette tuméfaction se présente quelquefois sans névralgie, s’accompagne ou non d’épiphora, revient par accès, diminuant après quelques heures pourréapparaître à l’occasion d’une nouvelle poussée fébrile.
Arloing, en 1816, cite un cas de malaria avec poussées du côté paupières et des conjonctives, avec photophobie et cédant à la quinine.
Plus tard, dans une épidémie de fièvres miasmatiques sévissant à Biskra en 1844, Beylot observant une forme spéciale d’ophtalmie intermittente, caractérisée par l’injectit.Ui de la conjonctive, remarque que a si le mal est intense, les paupières participent ellesmêmes à l’inflammation et se gonflent de manière à empêcher l’examen de l’œil. »
Grièsinger (1877) avait aussi vu dans la névralgie sus-orbitaire « une légère tuméfaction de la peau du front et des paupières. »
Tangeman (1889), dans un travail où il cite trois observations personnelles de malaria larvée dans les affections oculaires, parle d’une inflammation considérable des paupières de l’œil gauche, qui se montrait, dans un cas , par intermittences , sans autres symptômes locaux et cédait rapidement au traitement quinique.
Dans d’autres cas, c’est la conjonctive palpébrale qui peut être le siège de la lésion à l’exclusion de la conjonctive bulbaire. Reich (1887), a pu observer, chez 27 habitants sur 80, d’un village fiévreux, une affection caractérisée par l’épaississement et l’opacité de la conjonctive tarsale, laquelle était recouverte de membranes blanchâtres. 11 y avait de petites élévations cireuses donnant l’aspect du marbre. Il n’y avait pas de pannus, mais la cornée, grâce aux frottements, avait un peu perdu de son éclat. L’auteur en fait des altérations chroniques, d’abord hyperplasiques, puis sclérosées^ développées sur un terrain anémique et probablement paludéen sans .symptôme d’irritation aiguë. Nous nous demandons ici si ces lésions décrites par Reich ne sont pas simplement des granulations si fréquentes dans les pays à fièvre, mais ne présentant aucun rapport de cause à effet avec la malaria.
Larmes. — Sans parler de l’écoulement plus ou
moins abondant de larmes, qui se montre dans les névralgies orbitaires intermittentes, ou qui accompagne l’hyperhémie conjonctivale, formant l’affection que l’on a désignée sous le nofti d’ophtalmie paludéenne, nous pouvons signaler l’hypersécrétion lacrymale isolée comme symptôme de la malaria larvée.
Les troubles du côté des sécrétions sont très nombreux dans l’affection paludéenne. Depuis longtemps, on connaît la polyurie et la pollakiurie, l’hypercrinie sudorale, le coryza qui accompagnent les accès fébriles. On a signalé des otorrhées, des écoulements uréthraux (Ceccaldi), une salivation des plus abondantes survenant par intermittences.
Ces phénomènes sont sous la dépendance d’un trouble dans l’innervation vasomotrice.
Moursou (1880) cite un cas dans lequel le flux lacrymal représentait, à lui seul, l’accès tout entier.
C’était un marin qui eut à plusieurs reprises des troubles vaso-moteurs du côté droit de la face, d’une durée d’un quart d’heure avec amblyopie d’une minute et larmoiement considérable à chaque accès ; ces phénomènes se renouvelèrent, plus tard, en dehors des symptômes fébriles et cessèrent sous l’in,fluence de la quinine.
Nous avons connaissance d’un cas semblable qui nous a été raconté par une personne ayant eu longtemps les fièvres, et qui pressentait son accès deux ou trois heures avant l’arrivée, non pas au malaise ordinaire, qui ne trompe jamais celui qui a déjà été
aux prises avec cette tenace affection, mais au flot de larmes qui, subitement, survenait et durait une heure. Gfétait une hypersécrétion simple sans rougeur des conjonctives, sans douleur orbitaire, ni vomissements ou autres symptômes.