‹ Troubles psychiques dans le goitre exophtalmiqueChapitre 11 sur 29 · L'ETAT PSYCHIQUE HABITUEL DES BASEDOWIENS · texte numérisé non relu

L'ETAT PSYCHIQUE HABITUEL DES BASEDOWIENS

Nous décrirons dans ce chapitre les troubles psychiques simples qui sont un des Symptômes les plus constants et les plus caractéristiques, à tel point qu’on a pu dire qu'il n'y a pas de maladie de Basedow sans troubles psychiques, .

Dans sa description du goître exophtalmique Basedow (1840), notait déjà les changements que cette affection détermine dans le caractère des malades et notamment leur irritabilité, l’état d’excitation qui leur est habituel et il remarquait que ces sujets, avec leurs allures, brusques, leur physionomie étrange, sont souvent regardés comme des fous par les gens du monde. | ‘ Depuis lors, tous les auteurs ont insisté sur les altérations du caractère présentées par ces sujets.

C’est surtout « le caractère des malades qui est le

sais de

plus altéré » : ils deviennent irascibles, ingrals, très exigeants, difficiles à vivre : ils s’emportent au moindre retard, à la plus légère contradiction ; ils ne sont jamais satisfaits et jamais reconnaissants. Ils passent

Sans transition de la gaieté la plus enthousiaste à l’a-

mertume et au découragement.

En général, ils présentent une activité insolite, un besoin de déplacement, une mobilité, une instabilité qu'on ne leur connaissait pas. ; une indéfinissable agitation les tourmente ; ils ne tiennent pas en place et changent à tout instant de besogne. De taciturnes et réservés, on les voit devenir loquaces, parler avec une volubilité singulière, s’exciter en parlant.

Parfois les troubles s’accentuent : les malades ont une aversion subite pour des personnes de leur entourage immédiat, par exemple, un mari, un enfant, une sœur, aversion que rien ne justifie parfois ou que des causes futiles n'auraient point dû provoquer. Cette aversion est du reste changeante comme le caractère même des malades. Elle s’exagère à certaines périodes, par exemple au moment des crises.cu des règles et s’atténue sensiblement à d’autres moments.

La malade qui fait l’objet de notre observation, frappait son mari et menaçait ses enfants; la malade

G.:., de l'observation XI, avait mis à la porte de la

maison paternelle sa fille aînée.

La dépression, la tristesse sont plus rares ; les malades continuellement préoccupés de leur maladie, deviennent taciturnes, gardent un mutisme permanent, mais dans la plupart des cas, les phénomènes d’excitation, d'irritabilité, d’instabilité sont si constants que

TROUSSEAU (1), disait : « La maladie de Basedow est une colère perpétuelle. fe

Maude (2) a observé vingt personnes atteintes de goître exophtalmique et il a chez toutes trouvé des troubles psychiques. Toutes avaient de la faiblesse irritable avec ses conséquences multiples (colères, soupçons, frayeurs, insomnies, déséquilibre prolongé au moindre chocetc.), puis cette instabilité particulière que RussEL REYNOLD a appelé une chorée des idées ; les idées se succèdent si rapidement qu’elles s’entrechoquent et se confondent en simulant l’incohérence. Aucun de ces malades n'avait de stigmates d'hystérie.

Les malades ont en outre de l’insomnie qui entretient et aggrave cet état d’excitation ; leur sommeil est troublé par des cauchemars qui, les réveillent en sursaut.

JOFFROY insiste en ces termes sur les altérations du caractère au début du goître exophtalmique : « Le malade est inquiet, souvent en proie à une activité exagérée et cependant incapable d'un travail méthodique ou d’un effort cérébral prolongé. Et-si un certain nombre de malades semblent affectés et jusqu'à un certain point déprimés par leur maladie, d'autres paraissent ‘agités. De sorte que déjà dans les premières modifications imprimées au caractère des malades par le goitre exophtalmique, on retrouve une forme avec excitation et une forme avec dépression.

À côte de ces allérations de l'affectivilé on peut observer certains troubles purement psychiques sur lesquels maints auteurs ont particulièrement insisté (3).

(1) Trovsseau. Leçons cliniques.

(2) Maupe. Bril. méd. Journ., 1895.

(3) Pizver-Touer. Thèse de Paris, 1893.

ST en

Ces troubles sont d'ordre psychasténique. C'est une impossibilité ‘absolue de fixer l'attention, une diminution notable de la volonté. |

Dans presque tous les cas, « on observe de l’affaiblissement de la mémoire » : les malades confondent, brouillent les détails ; ils ne se rappellent plus le lendemain ce qu'ils ont fait la veille. ; ils relisent plusieurs fois quelques lignes, sans pouvoir ensuite se souvenir ce dont il s’agit dans ces lignes.

Les malades ont conscience de cet affaiblissement de la mémoire. Notre malade de l'observation XIIL, nous faisait remarquer d'elle-même que sa mémoire était moins fidèle.

Bœtteau rapporte le cas d'une malade qui ne se rappelait pas, étant à l'hopital, le numéro du lit qu’elle occupait. Une institutrice très intelligente et d’un bel avenir présentait au début d’un goître exophtalmique, un tel affaiblissement de la mémoire qu'elle ne pouvait se rappeler comme auparavant, au moment précis où cela lui était nécessaire, le passage des écrivains auxquels elle faisait allusion dans ses cours; elle conservait encore assez bien le souvenir des faits historiques, mais se souvenait mal des dates.

Charcot et Westphal signalent des malades chez lesquels la mémoire est si affaiblie qu'ils ne se rappellent absolument rien et que même toute lecture devient

impossible, car ils oublient ce qu'ils viennent de lire

quelques lignes auparavant. :

A côté de cet affaiblissement de la mémoire, on note fréquemment la fatigue rapide de l'intelligence et com-

LUS pe

me conséquence une diminution considérable de la volonté, Une malade que cite Bœtteau ne pouvait penser sans fatigue; suivre une idée était pour elle une souffrance intolérable et elle ne répondait que par des mono- Syllabes aux questions qui lui étaient adressées. Certains malades se’ plaignent d’une violente céphalalgie frontale, dès qu'ils essayent de faire une lecture un peu prolongée; ils sont obligés d'abandonner inachevé tout travail commencé et se laissent aller facilement à l’inertie. Le plus souvent ils se rendent parfaitement compte de leur état, car ils font part aux médecins de l’état de vacuité de leur cerveau.

Cette inertie les amène à une aboulie à peu près complète qui contraste avec leur manière d'être antérieure : alors qu'ils étaient énergiques, courageux, fermes, il leur devient impossible de se décider, de prendre une résolution ferme, de surmonter la moindre difficulté.

Gombault cite le cas d’une malade qui était arrivée à une telle indifférence qu’elle se plaignait qu'on Jui accordât les soins les plus élémentaires, qu’on l’obligeât à boire, à manger, à se lever pour permettre de faire son lit. |

Notre malade D... de l’observation 11 en était arrivée à négliger tous les soins de son ménage: elle abandonnait à eux-mêmes ses enfants, les laissait courir dans la rue, ne préparait point le dîner de son mari qui fut obligé de manger au restaurant.

En résumé, dit Durs. (1), l'habitus mental du Base-

dowien peut être caractérisé d’une façon générale par

(1) Duniz, Trailé de pathologie mentale de M. G. Ballet, p. 13 1

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ces termes : émotivité extrême, irritabilité, instabilité mentale. , |

Ces troubles nous paraissent constituer dans l’ordre psychique de véritables stigmates de la maladie; ils ne font pour ainsi dire jamais défaut et mériteraient presque de prendre place à côté des symptômes cardinaux du goître exophtalmique.

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