‹ Troubles psychiques dans le goitre exophtalmiqueChapitre 10 sur 29 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

(Revue neurologique, 1908, p. 6/.

Il s’agit d’une jeune fille de 13 ans, dont le père qui a absorbé des boissons alcooliques, présente des phénomènes neurasthéniques, surtout des céphalalgies. La mère de la :malade est très maigre. Un frère de cette dernière aurait présenté entre 14 et 17 ans des attaques identiques avec celles dont est atteinte notre malade. Deux autres frères de la malade ne présentent rien d’anormal.

Les attaques dont celle-ci est atteinte auraient débuté vers 10 ans. Elle à été menstruée un an plus tard. En 1906, elle a été opérée pour des végétations adénoïdiennes ce qui d’ail-

leurs n'a nullement influencé l’évolution ultérieure de sa ma-

ladie,

C’est une jeune fille un peu trop développée pour son âge.

La menstruation a débuté assez tôt (à 11 ans). Elle dure de 3 à 5 jours, se répétant d'habitude régulièrement, bien que parfois elle ne vienne qu'après 5 ou 6 semaines et d’autres fois après seulement trois semaines.

Elle a été vue par un de nous pour la première fois, il y à à peu près trois ans et soumise à un traitement bromuré. Sous l'influence de doses plutôt grandes de bromure, les attaques sont devenues plus rares. En revanche, on remarque que la fillette présente une certaine apathie ; elle apprend mal ses leçons, sa mémoire semble diminuer, Mécontents de ces résultats, et ayant en vue certains troubles, tels que les végétations adénoïdiennes, qui, pour Hertoghe, indiquent une tare hypothyroïdienne, nous décidèmes d'essayer l’opothérapie thyroïidienne, Elle commença Ce traitement le 14

septembre, en prenant chaque jour une cuillerée à café d’une

MP E ea

macération glycérinée de corps thyroïde, dose qui correspond à un gramme de glande fraîche,

Le corps thyroïde examiné ce même jour se montre agrandi, Fi A à ox sp molle, même flasque ; 90 pulsations

‘18 Septembre. — L'un de nous revoit la malade. Elle a eu dans l'intervalle du 14 au 18 septembre, sa menstruation qui n'avait rien présenté d’anormal ; 78 pulsations. On augmente la dose de corps thyroïde (2 cuillerées à café par jour). Vue de nouveau le 23 septembre, par l’un de nous, elle ést trouvée amaigrie ; 100 pulsations.

28 Septembre. — Elle est encore plus maigre ; 120 pul- $ations.

1x Octobre. — Léger mouvement fébrile. Elle a eu une absence, est indisposée. Le pouls est petit et toujours fréquent. On suspend le traitement .

4 Octobre. — La malade a beaucoup maigri ; aussi a-t-on dû rajuster ses habits ; 90 pulsations.

On reprend le traïtement, mais avec moins d’une cuillerée à café de macération yet

& Octobre. — 86 pulsations. Elle a un peu engraissé, Ses parents! ont remarqué qu elle est beaucoup plus vive, qu'ellé apprend plus facilement, qu ‘elle est plus active. ‘Sommeil et appétit bons.

17 Octobre. — 78 pulsations. Etat général bon,

96 Octobre. — Une absence et deux courts accès convulsifs dont l'un avec morsure de la langue et émission de quelques gouttes d'urine. Elle reprend la dose d’une cuillerée à café par jour, qu’elle supporte maintenant très bien sans maigrir ou présenter une accélération notable du pouls.

Le traitement est interrompu chaque mois pendant la menstruation.

Sous l'influence de ce traitement, on remarque une diminution assez évidente des accès dont la durée est plus courte. Avec le traitement bromuré intensif, elle a eu 20 accès, dans

RSS TE

l’'intervall: de 57 jours, tandis que pendant 91 jours de traitement thyroïdien, elle n'a eu que seulement 15 accès. Ceuxont diminué donc de plus de la moitié. :

Au mois de mars 1907, après un traitement thyroïdien de presque six mois, on observe certains troubles psychiques. La malade devient d’une humeur inégale ; elle ne veut pas Sortir de la maison certaines fois. D’autres fois, elle est indisposée, triste. De plus, on remarque, l'apparition d'un (état psychasténique des plus caractéristiques. Elle présente des phobies et des obsessions. Elle a peur qu'on veuille l’empoisonner et à cause de cela a peur de manger. Elle a encore l’obsession de la saleté, ce qui l’oblige à laver ses mains, avec du savon jusqu’à 40 fois et même plus par jour. Elle se demande avec anxiété, si telle ou telle de ses connaissances a encore un cœur dans son corps ou non et demande ces choses à sa mère. De plus, elle est obsédée par l’idée qu’elle n'aime plus cette dernière et sent le besoin de le lui dire et quand la malheureuse mère lui demande pourquoi elle ne se tait pas, la malade répond qu’elle se sent soulagée en le lui faisant connaître.

C’est la détente caractéristique de l'état anxieux qui accompagne toutes les obsessions.

Le 28 avril, on suspend le traitement thyroïdien pendant cinq semaines et on soumet seulement la malade à un traitement par les bains tièdes.

Tous les troubles psychiques disparaissent et la malade rit elle-même du fait qu’elle pouvait être tourmentée de « pareilles sottises » (sic).

Mais le 8 juin, on recommença le traitement thyroïdien avec une demi-cuillerée à café chaque jour et après quelques jours les idées obsédantes recommencent, La malade se lave de nouveau continuellement et présente les idées sembla-. bies à celles citées plus haut.

Pourtant ces troubles sont moins intenses que la première fois.

C’est dans cet état que l’un de nous l’a trouvée le 24 juin, quand il la vue la dernière fois. La mère de la malade pose d'elle-même la question s’il n'existe pas un rapport entre les troubles psychiques de la malade et le traitement thyroïdien, car ces troubles ont recommencé quelques jours après la reprise du traitement.

En résumé, il s’agit d’une jeune fille ayant une certaine prédisposition héréditaire et qui, au cours d'un traitement thyroïdien a vu apparaître un état psychasténique des plus . caractéristiques qui disparaît par la cessation du traitement thyroidien et qui réapparaît avec la reprise de celui-ù

= J1 nous semble résulter que la glande thyroïde administrée à des doses un peu trop fortes, est capable de produire, même en l'absence d’un terrain dégénératif évident, des troubles psychiques des plus manifestes. Les cas de Boinet, de Ferranini, le démontrent suffisamment et la conclusion qu'on peut en tirer, c’est que « l’hyperthyroïdie par thyroïdisme alimen-

« taire est susceptible de déterminer un syndrome basedowien - « avec troubles psychiques »..

Page 1