‹ Troubles psychiques dans le goitre exophtalmiqueChapitre 15 sur 29 · LITRES · texte numérisé non relu

LITRES

dant les premiers jours qu'il ya passés, il devient évident qu'il ne se rappelle pas quand et avêc qui il y est venu mi ce qui lui était arrivé; la plupart des faits lui ont échappé complètement et il he se souvient que de certaines choses. Il ne se souvient pas d’avoir vu ni entendu quelque chose qui n’existât pas en réalité et il n'a eu à cette époque aucune idée délirante. Il dit qu'il est revenu à lui graduellement et que le retour de la conscience était accompagné de sensations désagréables. Il se souviént d’avoir ressenti alors une douleur aux yeux et un serrement des tempes.

Le 12 août, le malade quitta la Clinique et rentra chez lui.

La malade (G) Fe fait l’objet de l’observation 8 raversa une période de confusion mentale très nette caractérisée par un délire onirique intense avant de verser dans le délire de la persécution. <e

Soukanoff est d'avis que dans ces cas il faut faire intervenir l’altération de la circulation cérébrale qui peut être la cause immédiate de l'affection, tandis que la. dégénérescence en est une‘ cause plus éloignée. Mais il ne faut pas, dit-il, perdre de vue que le goître est en rapport immédiat avec une affection de la glande thyroïde et que lPintoxication thyroïidienne ou mieux la saturation de l'organisme par le poison thyroïdien peut aussi intervenir comme facteur étiologique dans la production de la psychose. D’ ailleurs, les folies toxiques prennent souvent la forme de la confusion mentale.

Ces quelques exemples montrent qu'il s'agit à peu près invariablement de confusion, de torpeur, d'hébétude, d'onirisme, de délire hallucinatoire avec excitation, anxiété. Or ces troubles psychiques sont caractéristiques d’un état d'intoxication, caractéristiques à ce point qu'ils impliquent nécessairement pour Régis ce diagnostic pathogénique. À ce propos nous ferons remarquer

Combien Régis a raison quand ilmet les observateurs

TO

en garde contre l'erreur qui ferait admettre une intoxi- Cation alcoolique sur la simple constatation des hallucinations terrifiantes. Celles-ci existaient en effet d’une façon très nette dans notre observation et dans laquelle on nc peul nullement faire intervenir l'alcoolisme.

Il s

DÉLIRE DE PERSÉCUTION ET MALADIE DE Basepow.

La coexistence de la maladie de Basedow avec un délire de persécution sysmatisé ne doit pas être très fréquente. Dans les recherches bibliographiques que nous avons faites, nous avons trouvé les idées de persécutions et les hallucinations signalées dans le cas de Us Renaut. de Dieulafoy et dans un cas de M. le Professeur Gilbert Ballet. Ê

Dans le cas publié par Renaut, il ne s’agit pas d'un délire systématisé et il nous semble même que ce cas pourrait tout aussi bien être rapporté à la mélancolie.

La malade devint sombre, craintive, se cachait contre son oreiller dès qu'on voulait l’interroger. Elle réclama la sortie sous prétexte qu’on lui en veut dans la salle, qu'on la regarde de travers. Elle se jeta dans lE Rhône le jour même de sa sortie; mais sauvée par des bateliers, elle déclara plus tard qu’elle a agi sous l'influence d’une impulsion irrésistible, les chagrins de la vie lui ayant paru subitement insurmontables. Puis tous les troubles

) (1) Rexauzr. Bull. de la Soc. méd. des Hôpitaux, 1890.

psychiques s’amendèrent et ceux basedowiens s’améliorèrent d’une façon notable.

M. Dieulafoy a publié l'observation d’une. malade, non hystérique, chez laquelle, à la suite d’une vive émotion, survinrent les signes principaux d’un goître exophtalmique. Admise à l'Hotel- Dieu, cette femme raconte qu'aussitôt tombée malade, elle a été en proie à des troubles psychiques des plus variés : les hallucinations de la vue et de l’ouie se reproduisaient sous

des formes multiples : elle crovait voir des hommes es- LES ; Y

calader la croisée pour pénétrer dans sa chambre: elle croyait entendre des personnes monter l'escalier et enfoncer sa porte; elle vivait dans une terreur continuelle. Outre les -hallucinations de la vue et de l’ouie, elle était hanté par des idées de persécution; elle se figurait que des gens se cachaient dans sa chambre pour l’assassiner; elle ccraignait que l’on ne miît des

cartouches de dynamite | sous son lit; elle se demandait si

ses, voisins ne cherchaient pas à l'empoisonner.

L'observation suivante a trait à une malade chez laquelle des hallucinations visuelles diverses, puis des hallucinations auditives servirent d’amorce à des idées de persécution, à un délire bien caractérisé.

OBSERVATION II . (Personnelle) G..:, Joséphine, ménagère, âgée de 58 ans, est une femme de taille ordinaire, présentant quelques stigmaes de dégé-

nérescence (front petit, oreilles mar ourlées. Dans ses antécédents héréditaires, nous ne trouvons aucun détail à si-

(2) DreuLaroy. Cliniques, 1896-1897.

AD

OR gnaler. Son père était menuisier et mourut à 94 ans, ; sa mère est morte des suites de couche, Elle sait lire et écrire et n'aurait pas présenté de maladie grave ‘dans : Sa, jeunesse. Elle aurait eu de nombreux ennuis ; elle vivait maritalement avec un individu qui ne travaillait pas et la battait.

Entrée en mai 1907 à l’hôpital Broussais, elle est admise le 23 mai à l'asile Ste-Anne. Elle avait de FRE des cauchemars, était confuse et égarée ; elle raconte avoir eu un. délire onirique très intense et bre vivre dans un monde imaginaire. | Pendant une quinzaine de jours elle vit dans sa chambre des tableaux, des femmes à genoux qui priaient pour ele, des pompiers avec des écharpes rouges, des individus avec des visières; des matelas montaient et dent aeul du pla-: fond de sa chante Ces hallucinations visuelles persistaient pendant la journée : dans: la rue elle voyait des espions, des hommes habillés en gris qui la suivaient dans les tramyvays, des ennemis qui voulaient l'arrêter .

Ce délire onirique continua tout le mois de juillet, époque a laquelle la malade devint plus calme; les hallucinations et les illusions disparaissaient et une amélioration de l’état mental se. produit

À cette période de confusion mentale succède un délire de persécution basé sur des hallucinations de louie et des interprétations délirantes. G... croit que sa concierge lui a donné des médicaments pour la faire tomber malade et pour s'emparer des trois obligations du Crédit Foncier qu’elle possède ; elle ne veut plus voir ses filles qui, dit- “ellé, sé sont « encruchées », et se conduisent mal Elle entend des voix qui Papoëllent Mme Ibson (avec qui elle a vécu maritalement pendant 18 ans, on répète ses pensées et elle entend dire tout ce qu’elle fait. Elle présenté aussi des troubles de la sensibilité générale et des hallucinations génitales. On l’électrise et on l’hypnotise,

Elle proteste contre son internement et demande à tout instant pour quelles raisons eïle est maintenue à l'asile.

De plus elle suit difficilement un interrogatoire et pleure quand on l'interroge; elle est toujours dans une colère perpé- . tuelle. Ë Au point de vue somatique, dès le début de l’internement,

on a constaté l’hypertrophie du lobe gauche du corps thyroïde, de l’exophtalmie et un léger tremblement aux membres supérieurs. G... n’a pas remarqué l’hypertrophie de son Corps thyroïde et elle prétend qu'il remonte à plusieurs années.

Notre observation prouve que la période confusionnelle du début n'a été que la préface ou le point de départ d’un délire qui ne tarda pas à s'établir.

Page 1