‹ Troubles psychiques dans le goitre exophtalmiqueChapitre 18 sur 29 · SYNDROME DE BASEDOW ET MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

SYNDROME DE BASEDOW ET MÉLANCOLIE

Nombreux sont de même les cas où la maladie dë Basedow se trouve associée à la mélancolie. Pau (1),

() Pauz. Berlin. Klinische Wochenschrift, 1863.

NœrTEL (1), SOURHANOFF, AUSTIN, DEVAY (2), STEEN, RI- CHARDSON, ont publié des faits pareils

Pour BALL, le trouble mental le plus fréquent dans le goître exophtalmique, c’est la mélancolie avec agitation accompagnée souvent d'hallucinations de la vue et de l'ouie. [1 en est de même pour Joffroy qui, dans son premier travail sur ce sujet, admet que les troubles mentaux survenant dans la maladie de Basedow

se présentent plus généralement sous la forme de mélancolie. :

Devay, (3), a vu un cas de mélancolie anxieuse chez un basedowien guéri par le traitement thyroïdien en même temps que les symptômes physiques du goître exophtalmique disparaissent. |

OgservarTioN X

A. 45 ans, prêtre, ne présente aucun antécédent héréditaire ;: sa mère a eu 12-enfants, 7 sont vivants, 5 sont morts en bas âge, de maladie indéterminée. Le malade a eu, à 14 ans, une fièvre typhoïide qui a duré deux mois et demi et a été accompagnée de délire. A 25 ans, on note une névralgie intercostale, accompagnée ou suivie (le malade ne peut préciser) de troubles de la digestion, qui était lente “et pénible. Le traitement prescrit par un médecin a consisté dans une saison à Brides (Savoie).

Notre malade en revint très amélioré. L'année suivante, un retour des malaises s’améliora de la même façon. À cette époque, À... avait déjà un tremblement nerveux. De 28 à 40 ans, la santé a été relativement bonne, sauf quel-

ques troubles de la digestion, mais à de rares intervalles.

(1) Nœrrec Alg. Leiséh fur Psychiatrie, 1877. (2) Sreen. Journal of mental science, p. 212, vol. LI, 1905. (3) Devax. Archives de Neurologie, 1896, p. 490.

Dalmas. : 5.

LG

Depuis cinq ans, les malaises de l'estomac, quoique moindres, ont reparu sous une autre forme; le malade ne peut rester à jeun, sans éprouver une tendance syncopale et une. sensation d'angoisse fort pénible. Le malade très intelligent, prédicateur de valeur, travailleur. acharné, venait d’être nommé curé d’une paroisse, où, dès le début il a été en proie à de nombreuses difficultés. Les comptes de la fabrique étaient très embrouillés ; la commune, dont une partie est. française, l’autre suisse, s’était emparée, depuis de nombreuses années, des revenus de la paroisse. Notre malade. a été obligé de faire des recherches dans des vieux dossiers, de plaider, etc. Les soucis, le surmenage occasionnés par ces. embarras ont été excessifs. Après le gain du procès, il y a. trois ans, les troubles de la digestion ont reparu cette fois ‘très accentués. Ils consistaient en dégoût de la nourriture, douleurs au creux de l'estomac et digestions fort laborieuses ; ils étaient accompagnés d’un tremblement très accentué de tout le corps, plus marqué cependant aux membres. supérieurs ; l'écriture était très altérée. L’amaigrissement avait été très rapide, 20 kilos en 3 mois. Le malade consulte alors. un médecin de Genève qui lui prescrit des antiseptiques intestinaux, de la noix vomique et de la pepsine. Ce médecin remarqua la tuméfaction du corps thyroïde, à laquelle le malade m’avait apporté aucune attention et ordonne pour ce goître, une pommade iodo-iodurée qui ne fut pas employée

Après le iraitement de l'estomac, le cou avait diminué et le. tremblement presque disparu ; la digestion était devenue assez facile, l’état de vacuité de l'estomac ne déterminait plus de sensation angoissante ou syncopale.

Cet état persista un an et demi.

Au mois d'août 1896, le malade éprouve de nouveau des. maux d'estomac, un tremblement de tout le corps et en plus des palpitations angoissantes à accès paroxystiques et de linsomnie. Un séjour à la montagne produisit une amélioration notable dé tous ces symptômes ; cependant le malade n’avait plus la même facilité de travail ; il ‘avait des. dégoûts et déjà quelques préoccupations hypocondriaques.

En boctobre, il est atteint de mélancolie simple, qui ne l'empêche pas d'exercer son ministère ; les travaux qu'il affectionnait ne sont plus pour lui qu’une cause d’ennui et quelque peu d'angoisse ; la mémoire est moins fidèle.

En décembre, les troubles mélancoliques s’accentuent ; le travail devient impossible ; le malade prend alors un congé , qu'il va passer dans sa famille. Il est anxieux et a des idées de suicide auxquelles il peut encore résister. Il est soigné par un médecin dans sa famille, pendant deux mois, sans résultat. IL est alors conduit à la maison de santé de Saint- Jean de Dieu, à Lyon. Le certificat du docteur qui Pa traité est ainsi conçu : « Est atteint de délire de persécution avec ballucinations de la sensibilité générale ».

L’attitude et la physionomie du malade, à ce moment, expriment l’angoisse et l'instabilité ;il ne peut rester en place, gémit ; l'attention est diminuée; les idées mélancoliques sont obsédantes : aussi répond-il fort mal aux questions qu'on lui pose Une de ses préoccupations est l'impossibilité de la guérison, il y revient à chaque instant . Cependant, à la suite de pressantes interrogations, il raconte qu'il a eu de nombreux’ ennuis, que tout le monde le regardait passer ; que des gens qu'il n'avait \jamais vus lui disaient dans l'oreille des reproches sur sa conduite, sur la façon avec laquelle il avait conduit son procès, etc. Ces’ reproches continuaient la nuit. Sous l’influence de ces hallucinations et de l’insomnie, il est tombé dans un état de tristesse excessive qui lui fait désirer la mort. , Les idées de persécution n'existent à peu près pas et ce qui domine c'est la lypémanie.

Examen physique. — Le lobe gauche du corps thyroïde est très augmenté de volume ; il forme une masse du volume d’une grosse mandarine. Il n’y a pas d’exophtalmie ; par contre, on note un tremblement qui présente les caractères suivants : : tout le corps est animé d’un léger mouvement à oscillations verticales très rapides, les mains tremblent aussi et ce tremblement se fait sentir dans l'écriture. Le pouls . est rapide, 120 à 130 par minute; pas de palpitations Les urines, claires et limpides, dites (2 litres et demi), ne contiennent ni sucre, ni albumine,

Le malade se plaint de gastralgie, l’estomac est un peu dilaté; on perçoit un clapotement qui ne dépasse pas d’un travers de doigt la ligne ombilico-costale. La constipation est habituelle et l’amaigrissement très marqué.

Le traitement prescrit est la teinture thébaique à dose progressive depuis le 10 mars jusqu'au 10 mai, en augmentant d'un quart de centigramme par jour.

10 mai .— Le malade prend 20 centigrammes d'extrait thébaique. À la visite du matin, il nous dit quil va beaucoup mieux, que son anxiété à disparu, alors que la veille il était aussi atteint que le jour de son entrée. J1 nous avoue à ce moment ses idées de suicide, raconte son délire, ses illusions et ses hallucinations. qui n'existent plus La teinture thébaique est continuée, mais à dese décroissante.

18 mai — L'état mental persiste bon. Suppression de l’opium. Le goître a le même volume ; le pouls est moins rapide (80) L’insomnie ainsi que la polyurie ont disparu

Le malade a été pris dans la nuit de palpitations violentes avec sensation d’étouffement ayant nécessité le décubitus assis. La respiration est rapide, le corps est agité par un tremblement accentué à oscillations dans le sens de l'axe du corps ; on peut les noter même sans mettre la main sur la tête du sujet ; les mains tremblent aussi, le malade a de la peine à porter un verre à sa bouche. Le pouls est très

rapide (130). Los

Les battements du cœur sont énergiques et irréguliers, les vaisseaux du cou sont tendus ; lé goître a augmenté de volume dans de notables proportions, il est pulsatile. Œdème aux membres inférieurs. Pas d’exophtalmie . Urines : ni sucre, ni albumine. Traitement bromuré.

25. — L'état mental est bon. Persistance des accès de suffocation. Insomnie très tenace. Même état du corps thyroïde.

1er juin — Traitement thyroïdien, c’est-à-dire le malade absorbe en nature le corps thyroïde du mouton ; la ‘dose est croissante ; d’abord un lobe, puis deux, en augmentant d’un lobe tous les deux jours.

25. — Le tremblement s’atténue. Les palpitations ont disparu en même temps que le sommeil est revenu : le Corps thyroïde a repris son volume antérieur. |

L'état mental est satisfaisant.

10 juillet. — Le malade sort guéri de sa psychose et de son syndrome, maladie de Basedow, conservant cependant son goître qui ne le gêne en rien.

SN pquEe)

Le goître exophtalmique, au point de vue de l'évolution, est assurément antérieur à l’éclosion de la 1ypémanie, quoiqu'à l’époque de l'admission les symptomes en aien été très'peu marqués. Deway considère cette

succession de phénomènes : accès de mélancolie, maa ‘ Jadie de Basedow, :gomme une forme spéciale d'un-état ‘mental propre au goître exophtalmique et il admet que: . la mélancolie doit être considérée comme un symptôme épisodique, aussi fréquent que la manie, de la maladie de Basedow. |

S LA | OBsErvaTiON X]

# £ (Personnelle).

Ménopause précoce. Hyperthyroïdie. Mélancolie anxieuse. Alternatives d’excilation ét de dépression. -

D,, Eugénie, 45 ans, ménagère .

Les antécédents héréditaires ne présentent pas de manifestations pathologiques appréciables. l;e père exerçait la profession de serrurier et mourut à 63 ans d’une affection cardiaque. Il était originaire du Dauphiné et bien que natif d'une région de goîtreux, il ne présenta aucune affection

:. du corps thyroïde, La mère est morte à 63 ans, de congestion cérébrale. Trois frères et deux sœurs, actuellement en vie, ne présentent rien d'important à signaler.

Elevée à Vincennes elle n'aurait jamais été malade pendant son enfance, Elle sait lire et écrire. Réglée à onze ans et demi, ses règles revenaient régulièrement tous les 28 jours, “ef duraient quatre à cinq jours. Mariée à 26 ans, elle eut de ce mariage une fille qui vécut trois semaines et elle fit une

fausse couche. De plus, à chaque époque menstruelle, elle souffrait de violentes migraines.

La malade avait un caractère égal, n’était pas nerveuse

et s'occupait avec beaucoup de soins de -son ménage.

A 38 ans, en janvier 1903, alors qu ‘elle était menstruée régulièrement jusque-là, ses règles s’arrêtèrent brusquement et depuis elle n’a pus jamais eu ses règles et na plus souffert de l'abdomen. A la même époque, elle commença à éprouver des battements de cœur, qui survenaient sur-

tout après les repas et lors des fatigues ; ses yeux devien-

nent saillants et augmentent de volume.

Son mari constate des modifications profondes dans le caractère de sa femme, tant elles contrastent avec ses habitudes antérieures : elle se plaint de cauchemars, ne soccupe plus de son ménage et ne prépare pas le: dîner. Elle est prise 2n même temps de phénomènes qu ‘elle n'avait

jamais éprouvés auparavant. Un soir, à un repas de famille,

sans motif, elle se jette-dans les bras de son mari en disant que sa voisine veut la tuer. Dans la nuit du 1 février 1903, elle se réveille en proie à une crise d’anxiété que son mari décrit de la façon suivante : « Tout d’un coup, vers 10 heures du soir, elle est prise d'angoisse, de peur de mourir, a de la peine à respirer, transpire au point de tremper sa chemise, a des frissons, un tremblement général ; elle se sauve du lit, croyant que son mari allait la tuer et on la retrouve transie de froid dans un hangar à bicyclette ». ÿ

Elle était triste, avait des idées de culpabilité et de suicide : elle demandait pardon à tout le monde et essaya de se suicider en s’ouvrant les veines du poignet.

Le 3 février 1903, elle est vue en consultation par le médecin habituel de e famille qui fit le diagnostic de maladie de Basedow et à la suite de ce diagnostic elle fut internée à là maison de santé du docteur D... qui rédigea le certificat suivant : « Mélancolie anxieuse avec délire hallucinatoire, idées de culpabilité et impulsions au suicide ».

Elle resta en traitement jusqu'au 16 décembre 1903, époque

.à laquelle elle fut transférée à l’Asile de Ville-Evrard. Son

état ne s'était pas modifié. On constate des hallucinations .

multiples ; on obtient à grand’peine des bribes de réponse au milieu d'un déluge de ‘larmes. Les idées de culpabilité

existent toujours ; la malade /les avoue en disant qu’elle voulait se tuer pour ne pas faire sôuffrir les siens. Ce qui domine surtout c’est la tristesse, l’inertie motrice, la paralysie de la volonté. Tout travail lui est devenu impossible, Toute proposition de travail, de lecture est repoussée. Sur ce fond de dépression et de découragement se ‘sont gref- “ées des crises de désespoir assez violentes. pour avoir donné lieu à plusieurs tentatives de suicide. Elle se donnait des coups, s’arrachait les cheveux, cherchait à se tuer: elle avala une aiguille pour se suicider, mais la tentative échoue et l'aiguille est sortie quelques jours après par la joue.

En avril 1905, son mari la prend en congé ; ‘elle était calme, mais avait besoin d’être commandée comme un enfant. Elle ne s'occupe pas. Un jour elle casse la pendule d’un coup «de poing et jette une boîte à la tête de sa sœur: ce sont là des impulsions que la malade ne peut expliquer. La mémoire était diminuée : elle se rappelle tout ce qui s'est passé antérieurement à sa maladie, mais oublie ce qu’on lui dit depuis 1903, c'est ainsi qu'on lui à amnoncé la mort de son frère et qu’elle ne s’en souvient pas; elle a eu, du reste, à cette nouvelle une attitude absolument indifférente.

Etat actuel. — Son attention ainsi que sa volonté sont très faibles ; les hallucinations de l’ouie persistent. Elle est désorientée ,ne sait pas où elle est, ne se rend pas compte de sa situation, De temps en temps, elle semble présenter des hallucinations visue!les. Elle prétend voir des personnes “en apparition.

La mémoire est très obtuse et elle ne se rappelle plus la durée de son séjour à Ville-Evrard.

Elle est incapable de suivre un interrogatoire et après quelques réponses exactes, des larmes perlent dans ses yeux et elle refuse de répondre en disant : « qu’on la fatigue, qu'on lui fait mal »

Au point de vue affectif, on constate une diminution de ses sentiments envers sa ile et surtout une irritabilité très marquée qui se manifeste par des colères violentes, déclanchées par la moindre chose, et pendant lesquelles elle perd toute retenue et insulte Le personnel du service.

Au point de vue ere D..., se présente comme une

femme de taille moyenne, bien constituée, aux traits régu-,

liers, chez laquelle on constate une obésité marquée: Son cou est fort et augmente de volume; les deux lobes du corps thyroïde. sont hypertrophiés ; le visage est fortement pigmenté ; des plaques symétriques de xanthelasma siègent aux deux paupières supérieurs. L'exophtalmie est double ‘et très nette. Pas de signe de Stelwag ni de Mœbius. L'étude du cœur ne révèle rien de bien important. II n'y a pas de bruit de souffle à l’auscultation des orifices. Les pulsations sont de 80 par minute, Il n'y a pas d’intermittences vraies, le pouls est fort et tendu. Les urines ne renferment ni sucre, ni albumine. nat. à Le tremblement des doigts est régulier, à petites oscillations. La sensibilité dans tous ses modes est normale: Il en est de même des réflexes tendineux, cutanés et papillaires. D... présente des troubles vaso-moteurs très nets: elle a constamment de la rougeur de la face, des accès d'étouf-

fement, des palpitations, des bouffées de chaleur, des fris-

sons. Ses mains sont moites et elle se plaint d’une sensation de chaleur continuelle De toute cette histoire pathologique, on ou conclure que c’est un cas de mélancolie présentant des rapports avec les troubles des glandes à sécrétion interne, la ménopause par la cessation des fonctions ovariennes amenant la suppret d’un facteur important qui modérait la fonction thyroidienne. |

Osservarion XII (1) | :

(Personnelle).

Dégénérescence mentale. Goîltre exophlalmique, Mélancolie.

D., 45 ans, entre à l’Asile de Clermont (Oise), le 20 mai.

mai 1908.

C’est une femme de taille élevée, avec de nombreux stigmates de dégénérescence (asymétrie faciale, voûte palatine

(1) Observation dûe à l’obligeance de M. le docteur Borteux, médecin en chef de l'établissement.

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