‹ Troubles psychiques dans le goitre exophtalmiqueChapitre 19 sur 29 · CPP, PR EST T ET · texte numérisé non relu

CPP, PR EST T ET

re da NS

ogivale, front petit, prognathisme des maxillaires) Dans ses antédédents héréditaires nous ne pouvons signaler aucun détail important ; elle nous dit que sa mère avait une maladie de nerfs . |

Lies troubles mentaux auraient débuté depuis plusieurs mois, mais c'est depuis trois semaines environ, à la suite

‘ de la perte d'une de ses filles, morte de tuberculose ‘pul-

monaire, que le caractère de la malade s'est modifié. Elle est devenue triste, ne s'occupe plus ; elle veut se suicidér tuer les petits enfants qui vivent avec elle.

On constate une légère exophtalmie double, de Ia tachYcardie (128 pulsations), des palpitations, du tremblement des doigts et un goître de petite dimension.

La malade est très émotive, pleure facilement, elle a des cauchemars ét dort mal la nuit. Elle reconnaît avoir des accès de colère, qui lui font prendre en grippe son entourage.

Pendant le mois de mai, cet état reste sans modification. Ce qui domine, c’est linhibition psycho-motrice. Il faut la forcer à se lever, à prendre soin d'elle-même, à s'occuper de sa toilette, à venir à table. Elle passe sa journée dans son lit ou reste immobile sur une chaise, parlant à peine, donnant l'impression d’une très grande lassitude à la fois physique et mentale

Au mois de juin, elle présente des alternatives d’excitation et de dépression. Elle dort mal la nuit, a des craintes, sans motif, gémit ; l'émotivité est exagérée ; elle s’alimente mal, refuse les aliments parce qu’elle est indigne de vivre: et vit dans une inaction çomplète. +

Au point de vue affectif, il y à diminution des sentiments

affectifs envers sa famille. Elle a des accès de mauvaise humeur pendant lesquels elle se met en colère contre le personnel qui la soigne.

. On trouve quelques interprétations délirantes : on la regarde de travers. Elle aurait également des hallucinations de louie, car elle a entendu à plusieurs reprises des voix qui laccusent d’avoir assassiné.

Pendant le mois d'août et de septembre, il ny eut pas d'amélioration. Elle refusait souvent de répondre. aux questions posées ; les idées de culpabilité et d’indignité persistent : elle croit qu'elle a trop mangé, qu’elle est pourrie, empoisonnée. Sur ce fond de dépression se sont greffées des crises

TM p

; il de désespoir assez violentes pour avoir donné lieu à

plusieurs tentatives de suicide,

Au mois de janvier 1909, elle traverse une période d’agitation

de courte durée, ; AR Au mois d'avril 1909, elle ne veut plus manger, parce qu'elle est malade, tuberculeuse, etc. Toute proposition de travail, de lecture est repoussée ; elle passe sa journée immobile sur une chaise; elle pleure souvent.

La mémoire est conservée ; elle est bien orientée dans le temps et dans l’espace. Elle sait où elle est. « Les gens

qui sont autour de moi sont fous, nous répond-elle, et moi

AUSSI » Elle se prête difficilement à un interrogaloire minutieux, gardant un mutisme complet. Pressée de questions, elle s'é- ‘loigne de nous et répond: « Oh!! laissez-moi, je ne guérirai pas ; laissez-moi vous ne me guérirez pas ». Elle refuse de laisser toucher son pouls : « Oh'! ça ne sert à rien, c’est inutile ; vous n’y ferez rien ». \ ; La malade n'a pas été réglée depuis son admission à l'Asile : les renseignements des membres de sa famille nous ont appris que D... n'est plus réglée depuis le début de

l’année 1908, époque à laquelle ont apparu les troubles mentaux.

Osservarion XIII + (Personnelle). ‘

. Mélancolie. Ménopause. Goîlre exophtalmique.

S..., blanchisseuse, âgée de 45 ans, a des antécédents héréditaires chargés. La malade a peu connu son père qui aban- donna après quelques années de mariage sa femme légitime pour aller vivre avec des maïitresses. La mère exer- Çait la profession de blanchisseuse ; elle fut soignée pendant trois ans à l’Asile de Ville-Evrard pour des troubles mélancoliques et mourut à l’âge de 43 ans à l'Asile de Saint- Dizier.

Elle est allée à l’école jusqu'à 12 ans et elle sait lire

are nt re th A a ES: ladefT sbe Ar:

TN

et écrire. Réglée à 12 ans, elle n'aurait pas eu de maladies

graves pendant son enfance: Mariée à 23 ans, elle eut de ce premier mariage une petite fille née avant terme, à huit mois et demi. Divorcée à 31 ans, parce que son mari l'avait quittée, elle se remaria à 34 ans et n’eut pas d'enfants de ce second mariage. Elle a continué à exercer son métier de blanchisseuse jusqu'à 43 ans, époque à laquelle survint la ménopause à la suite d’une grande frayeur.

Le 26 février 1900, à l’âge de 43 ans, S:.., est internée à l'asile de Clermont parce que dans l'espace de quelques semaines, elle a fait quatre tentatives de suicide. Une pre mière fois, elle s’est jetée dans la Seine, et il y a 15 jours, dans ur puits : elle s'était coupé une varice avec un couteau, ce qui décide la famille à demander son placement dans jun asile!

Au point de vue psychique, on constate l’existence d’hallucinations de l’ouie : «elle lentend des voix qui lui disent des mots grossiers et l’accusent d'aller le matin dans les caves, voler du linge ; elle a des idées de culpabilité, de- Hand pardon à tout le monde, parce qu'elle est ‘une coupable. L'émotivité est exagérée: elle. pleure facilement et. sans raison. Elle a eu également des hallucinations visuelles nocturnes (voyait des chats ensanglantés, rêves professionnels). :

Au point de vue Somatique, on constate un tremblement des membres, menu, à oscillations rapides ‘et verticales. A la partie ahtériéure du cou, dans la région sous-thyroïdienne existe une petite tuméfaction ovalaire, lisse, régulière, : de consistance pâteuse, développée manifestement aux dépens de la glande thyroïde et soulevée à chaque systole par les

artères du cow Le pouls est à 112 pulsations par minute

et un peu irrégulier.

Pendant le mois de mars 1900, la malade est confuüuse, constamment inquiète, pleure sans motif. Elle va être punie des méfaits dont on l’accuse et proteste de son innocence.

Elle dort mal la nuit et se plaint de cauchemars.

Vers la fin de 1900, son mari la prend en congé pendant un mois, mais il la ramène à l'asile au bout de 15 jours, car’il n’a pu la garder. Ellé pleurait à peu près constamment se plaignait qu'on fit des allusions sur son honnêteté.

Cet état mélancolique ne s’est pas amélioré jusqu’à ce {jour

et les symptômes du goître exophtalmique existent encore.

Les doigts tremblent, le pouls est à 100 pulsations, par minute et le lobe droit du corps thyroïde est manifestement hypertrophié. ,

Dre Teste triste, causant peu à ses voisines et au per- ‘sonnei qui la soigne. Elle est émotive et elle tremble à l'idée d’être interrogée par le médecin. La mémoire est un ‘peu obtuse ;, les souvenirs récents sont oubliés depuis l’époque de son internement, mais les souvenirs anciens sont bien con- SeTrvés.

Ces trois observations de mélancolie survenue à la.

ménopause chez des basedowiennes, nous autorisent à admettre un rapport entre le trouble de la fonction thyroïdienne et les troubles psychiques, conformément à la théorie soutenue par PARRHON et GOLSTEIN.

On sait que la mélancolie a été longtemps considérée comme une véritable entité morbide. Dans le récent traité de psychiâtrie publié sous la direction de M. le Professeur G. Ballet, nous la trouvons décrite comme un simple syndrome.

Krœæpelin considère la plupart des cas de mélan- .

Colie comme de simples scènes ou états morbides ap-

partenant à la psychose maniaque dépressive.

Les cas qui restent encore, s'ils sont nettement caractérisés, c’est-à-dire s’il ne s'agit pas d'une simple forme dépressive d’une autre maladie, telle que la paralysie générale ou la démence précoce, appartiennent à Ia mélancolie d’involution: \ Ù

Les trois observations que nous venons de donner nous semblent pouvoir être rapportées, avec les plus grandes chances d’être dans le-vrai, à cette dernière forme de mélancolie. Le fait que nos malades n'ont pas d’autres attaques mélancoliques ou maniaques, nous fait admettre qu'il s’agit de mélancolies d'involution.

: Nix Ô ” Ar 1 A du re IPN PNR LT MAN EU e TT A DT D Res VA TG

PAFREE RU PNR Tee

Cela dit, nous nous permettons maintenant de discuter un peu la pathogénie de cette psychose, nos cas étant peut-être de nature à jeter un peu de lumière ou au moins de mettre en discussion une nouvelle hypothèse concernant ce point de la question

Il faut d’abord nous demander si entre le syndrome mélancolie et l’hypertrophie de la fonction thyroidienne qui existe chez ces malades, il ne s'agit que d'une simple coïncidence ou sil existe des rapports plus étroits. |

C'est cette dernière alternative qui nous semble la plus probable, l'hypertrophie thyroïidienne a débuté avec l'apparition de la ménopause et son explication doit être cherchée dans le déséquilibre apporté dans la fonction de cette glande par la cessation de l’activité antagoniste que lui opposaient alors les ovaires.

On sait en effet qu'il faut admettre à la suite des études de HERTOGHE, BLONDEL, ainsi que celles de PARRHON et GOLSTEIN qu'entre la plupart des fonctions thyroidiennes et ovariennes il existe un antagonisme manifeste. HŒNICKE a récemment exprimé une opinion semblable. ; eue Or, il nous semble que les troubles psychiques qui se sont installés quelques mois après la ménopause doivent! être mis également en relation avec cette dernière,

Le fait que dans l'observation XI et XII, ces ‘troubles n’ont apparu que quelques mois après là ménopause, ne nous semble pas s'opposer à cette manière de voir, Car rien ne prouve que la cessation des fonctions ovariennes et nous avons en vue ici surtout la sécrétion interne,

s'effectue brusquement.

Par contre les opinions généralement admises appuient notre manière de voir. C’est ainsi qu'Anglade, dans l’excellent article qu'il a consacré à la mélancolie dans le Traité de pathologie mentale de M. le Professeur Gil-

bert Ballet, dit que la ménopause est une époque de:

prédilection pour la lypémanie et Krœæpelin dit également que la ménopause semble donner le meilleur terrain pour la mélancolie.

Mais ce qui caractérise la ménopause n’est que la disparition de la fonction ovarienne. C’est à cette dernière cause qu'il faut donc attribuer l'apparition de la mélancolie. Mais si l’on cherche à pénétrer un peu plus ce qui se passe à cette époque, nous constatons fréquemment certains troubles, comme lhypertrophie de la glande thyroïde, les palpitations, les bouffées de chaleur, l'exagération de la sécrétion sudorale, tous phénomènes qui traduisent l’hyperfonction de la glande thyroïde et qui constitue un syndrome basedowien allant des formes légères ou frustes jusqu'aux formes très caractéristiques.

C’est donc à une intoxication par le produit (normal ou perverti dans certains cas) de la sécrétion thyroidienne que nous sommes amenés à attribuer en dernière analyse les troubles morbides qui caractérisent la ménopause et nous ne voyons aucune raison plausible pour considérer les troubles psychiques comme faisant exception à cette règle. |

Voilà donc une des raisons pour lesquelles nous croyons qu'on doit élablir un rapport de cause à effet dans nos trois cas et dans beaucoup d'autres, entre

l'exagération ou l’altération de la fonction thyroïdienne

et la genèse des froubles psychiques. Cette raison n’est d’ailleurs pas la seule.

= ; ‘ RS ve

PT PIN LT ITS DU EE Vars. D Le Cu À

Page 1