‹ Trouées dans les novalesChapitre 2 sur 16 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Assis dans un fauteuil devant la haute cheminée — il y a bien longtemps de cela — je regardais ma vieille horloge aux mouvements de bois, et je voyais les ombres se jouer sur la gaine d'érable, au caprice des flammes amortissant et rallumant leurs chauds rayons parmi les bûches.

Il faisait froid dehors. La rue craquait de gel. Les passants, à h hâte, arcentvaifnt leur marche au crIsKement

ae leurs talons sur la neige- durcie. Le vcnl gémissait. Sa plainte monotone s'aiffui^ait en frôlant les arbres défeuill/s.

J'/fal'f seul, rêcant à la douceur du.

ffu par les soirs de froidure, et je plaignaii< ceux-là que le travail ou les plaisirs attardent sur les routes. Dans la lumière affaiblie qui montait du foyer.

les objets adoucissaient leurs contours, et If noir rieif/nait les valeurs. I^n f'rlair taraudait un moment les ombres, «•/ faisait jaillir une étoile au coin d'un meuble.

Le tic-tac endormant de l'horloge, la mélopée du vent pleurant au dehors, les vagues lumineuses alternant sur l-^s murs avec les sautes d'obscurité, tout cda m'entraînait loin du vivoir. loin des temps, loin des êtres réels. Et jt m'assoupis, doucement, en écoutant ma vieil- If horloge aux mouvements de bois.

Et je la vis se transformer. Les parois de sa gaine, polies comme une laque, se rompaient de lézardes. L'or virilH

du grain conranf .'«jiks h l'frnls prit ime feinte cinéraire. Les mt relacs sculpih, aid fermaient les sutures du socle, allongèrent leurs crilles sur la ligne sévère <hs inonfanfs. et hirnfôf dépassèrent la horne des niurs. Le cadran, illuminé comme un soleil de fête, répandit sur le parquet l'éclat de ses ragons; aussitôt une prairie porta ses herbes et ses fleurs juseju'au jjied de la gaine, c^ui grandissait toujours, s alourdissant de feuillages. L'hnrloge avait 'maintenant la majrsfé des vieux érables, et le rythme régulier de sdii échappe nu ut venait des poussées de sève montant de la racine aux branches, et distribuant à la frondaison généreuse la vie ardtnte du terroir. D'autres arbres naissaient au délci. Une vapeur légère gagnait le coin obscur de la pièce, et peu à peu. dans cette brume ténue, une maison de bois dégageait l'alignement fruste de ses billes. Des figures humaines passaient.

J'entendis leurs voix, frêles comme des oublies, et comme elles toutes blanches.

Ce qu'elles me dirent, ces voix, vous le saurez bientôt. Sans doute, je Vai déjà raconté, en partie, aux lecteurs de la "Revue canadienne" et du "Nationaliste". Les graves personnages de la Société royale ont même reproduit un de ces épisodes daiis leurs annales. Cela n'a rien changé à la candeur du récif, et l'ensemble des voix entendues- s'offre naïvement à l'attention des gens heureux, qui croient encore à l'âme canadienne diverse en ses asjJects.

Parmi les souvenirs et parmi les rêves qu'ici je vous transmets fidèlement, deux scènes étrangères se glissent; la première vient de Terre-Neuve, et l'autre du Montana. Tout le reste appartient aux Cantons-de -l'Est. Je vous présente le tout avec des incidents de lie^ix, de dates et de personnes, comme un hommage de bonne année.

Jules Tremblay.

Ottawa, décevibre 1921,

LE PÈRE PATENTANE

Il pleut des cadences nouvelles, Berceuses d'espérances folles...

Page 1