‹ Trouées dans les novalesChapitre 6 sur 16 · LA POULE NOIRE · texte numérisé non relu

LA POULE NOIRE

Pitro Miray venait d'avoir vingt ans.

Personne du village, même les plus ankylosés. ne pouvait imaginer avec une prévoyance aussi parfaite, les moyens que Pitro découvrait chaque jour de ne pas avoir de ti-avail utile à préparer, et encore moins à faire.

>Sa paresse était un xœu. sa fainéantise était du parti pris.

Déjà il avait travereé la crise de ses années scolaires sans apprendre à lire, et il avait fait sa première communion ù seize ans, par charité.

Les villageois le disant lunatique, Pal">tindonnaient à sa douce folie, et le laissaient occupé à son désœuvrement.

Pourtant, Pitro avait certains talents, î] était maître ouvrier dans l'art de fa-

briquer les pièges h prendre les oiseaux et les petits animaux à fourrure; il savait mieux que tous métamorphoser en flageolets et sifflets les roseaux bordant la rivière et les tiges nouvelles coupées dans les bois.

Par les grandes chaleurs d'été, il se vautrait dans l'herbe à dinde, à l'ombre du haut mur dégringolant la pente du chemin de rang, et permettait aux heures de couler sans rompre la monotonie somnolente de sa béatitude.

L'hiver venu, Pitro se collait au poêle et passait les jours à gosser des bouts de cèdre et de bois blanc qui devenaient des cages, des appeaux, des trébuchets. Cela le consolait d'avoir puisé de l'eau et fendu les huches.

Le soir arrivé, s'il y avait veillée chez un voisin, il s'y rendait sans invitation et se plaçait le plus près possible de la chaleur. Seulement, il ne dansait pas.

C'était trop fatiguant. Il se contentait

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de faire danser les autres en sifflant dans ses deux mains bombées, ce qui l'avait fait surnommer la pétaque, sous prétexte que son sifflement ressemblait à celui d'une ocarina.

Pitro chantait, aussi, et chantait des complaintes et des ballades capables de l'aire rêver les jeunesses trop tendres II avait entre autres pièces de son répertoire une fameuse renommée qu'il prononçait étrangement :

Catin, Catin, belleu Catin.

Queu fé-tu-u dans ton hardin?

— He tuille dé fleurs De mille couleurs, Pour mon sa-arviteur; Ce pour z y en fera in présent T-à mon-on fidè-èle amant.

Pitro avait une raison secrète d'aller en veillée. Il aimait les contes, les belles hi toires, surtout les contes de fées et de loups-garous, qu'il écoutait les yeuj< grands, la bouche béante.

Un soir, le vieux Salvaye raconta > eomment s'était vendue de son temps la Poule Noire. Il avait été lui-même, évidemment, le héros de l'aventure, et la Poule Noire lui avait rapporté trois mille piastres et neuf francs. Malheureusement, il avait un jour oublié les engagements pris avec le Dial)le, et avai# fait un signe de croix pour détourner le tonnerre. Du coup sa richesse avait été engloutie avec la grande maison dans le fond du Richelieu, et depuis lors Satan et lui ne se parlaient plus.

Voilà au moins une histoire cpii faisait plaisir à Pitro. Il devait y avoir du rrsà dans ce récit, puisque le père Salvaye était de tous les villageois le moins menteur. Pitro jura bien à l'occasion d'essayer un peu. voir, d'acquérir saneffort trop coûteux assez d'argent en une fois pour continuer impunément à ne rien faire, et pour se payer, enfin, de

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grasses godailles au nez des habitants incrédules.

Pitro rêva toute la nuit. Certains traits, cependant, étaient restés obscurs. Il relança donc le conteur aux bâtiments, et fit préciser les détails incompris. Décidément les vertus de la Poule Noire méritaient mieux qu'une att€ntion passagère. Pour une fois dans sa vie il décida de travailler quelques heures afin — il en était intimement certain — de ne plus avoir à besogner du tout dans la suite.

Les lieaux jours éîant revenus avec riicrbe et le soleil, il ne songea pas à retourner dormir dans le champ d'herbe à dinde, mais ree prit d'une amitié profonde ]>our le père Salvaye. Il ne le quittait plus, le suivait dans les prés, faisait à son intention d'innombrables petits objets, et finissait toujours par lui demander des explications sur la désormais obsédante Poule Noire. Salvave

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comprenait bien le jeu de Miray, mais faisait le finaud, ne laissait rien transpirer au dehors. Il mit un comble à l'émotion de Pitro en lui avouant une fois qu'il avait chez lui, au grenier, un gros livre dans lequel tout était expliqué. Ce livre était Le Grand Albert, un traité de magie blanche et noire indispensable à quiconque voulait tenter des relations avec les démons.

Jusqu'ici Pitro avait été simplement idiot. Il devint crétin et de plus hypocrite. Il amenait constamment la conversation sur les Poules Noires passées et futures, et damnait à bon escient tous les chrétiens assez mécréants pour donner leur âme au Malin en échange d'un peu d'argent.

Lorsqu'il se fut, grâce à Salvaye, à son avis suffisamment bourré le crâne des choses indispensables au succès de son entreprise, il choisit son jour. Il avait dans l'int^n'-alle ■visit4 toutes lei

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basses-cours du village, et savait à quoi s'en tenir sur la popalation des poulaillers et sur la façon d'y avoir accès.

Des écoliers le surprirent, certain jour de congé, au milieu de l'érablière, en train de se livrer, se croyant seul, à un exercice qu'ils ne comprenaient pas.

Pitro tenait de la main gauche une poule morte, la faisait tournoyer au-dessus de sa tête en prononçant et scandant des paroles inintelligibles, et la lançait par-dessus son épaule gauche à une distance phénoménale. Il regardait tomber puis allait ramasser la poulaille, retournait à son poste, et recommençait.

Parfois il interrompait un mouvement en marche, corrigeait la flexion du bras ou la suspension en ligne bien verticale ds la poule:

— Non, c'est pas ça.

Il reprenait alors le mouvement, sans fatigue, accordant un soin méticuleux RU moindre geste, étudiant chaque eour

be du coude ou du poignet, débutant :ivcc lenteur .puis accélérant jascju'n. i presto vertigineux ?itôt qu'il croyaii avoir enfin surpris le tour pxi'j.'.

Les enfants coururent au village r.ironter ce cpi'ils avaient vu et entendu, mais personne ne voulut les croire, sauf Salvaye. qui pour sa part en savait long sur ce mystère.

Septembre arriva. Les jours et !• .nuits conservaient encore une bonu»

chaleur. Le vendredi où la lune nouvelle était annoncée dans ralmanacli. il faisait un temps superbe. Toute la journée Pitro fut nerveux. Il se promenait lo long de la rivière, allait s'accouder sur le petit pont, pèlerinait dans la Savane, ne pouvait pas rester en place.

Ses préoccupations n'empêchèrent pa< l'heure de faire son chemin, et l'angélus était sonnée depuis longtemps lorsqu' Pitro prit la route du souper, en repa,sant dans sa mémoire les aspects divers

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;■ son projet. Il lui fallait voler une I jule, absolument noire, la crête non (umprise s'entend, chez une veuve dont k mari était mort depuis au moins sept an?; cette veuve devait habiter une mai- ■riiîi où il n'y avait pas un seul homme, ]ia.- même un enfant du sexe masculin.

(\.< conditions préliminaires étaient péreniptoires.

Certes, il y avait bien quelques veuves dans la paroisse, mais la Catherine avait =■ ]>t "arçons: la Méré en avait (iuq; La Gritte avait ses quatre frères, et la jeune Pitoune avait son oncle. Restiit la mère Uègle, entre la Savane et le 'Jiamp d'herbe à dinde.

Pitro connaissait le poulailler de cette \ieille chipie: il savait bien qu'il trou- ^^^^ait là bonne quantité de poules noires : mais depuis cj^uand la veuve était losseidée, c'était une autre affaire.

A huit heures, Pitro passait là, faisant mine de flâner. La veuve trico-

tait sur le seuil. Le moment était bien choisi.

— Coudon, la mère, y-a-t-il longtemps que votre mari est mort?

—Qu'est-ce que ça peut bien te faire, écornifleux?

— Bien, c'est le vieux Dumont, comme ça, qui voudrait le savoir.

— Tu lui diras que ça fait sept ans, puis qu'il attendra encore sept ans avant que je le marise.

— Fâchez-vous donc pas, la mère.

Sans écouter le flot verbeux qui le menaçait, Pitro s'en alla en murmurant:

— Batèche, ça c'est correct.

Pitro fut dans la savane et s'y cacha. Ce grand marais, aux crêtes de mock digitées dans tous les sens, avait des sentiers et des appontements de fortune que seul Pitro connaissait. Il vit peu à peu les lumières s'éteindre aux fenêtres, et lorsqu'il crut le moment arrivé d'exécuter l'œuvre longuement préméditée, il

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sortit da ifa cachette, passant avec sûreté les buttes de terre noire entourées d'eau huileuse, et se trouva à la lisière des sapinages, à deux aqjents du poulailler de la mère Dègle. La clôture de perches enjambée, Pitro rampa, rampa vers -on but, qu'il atteignit sans avoir donné l'éveil. L^ne fois devant le volet, il sortit de sa poche un cylindre de feuillard muni d'un fond, d'un couvercle percé de petits trous, et d'une porte roulant sur charnières. C'était sa lanterne sourde.

Dans une autre poche il trouva un bout de chandelle de suif, qu'il planta dans la bobèche. Il battit le briquet sur du tondre et alluma, ayant bien soin de fermer sa lanterne. Il était prêt. Avec la lamxC de .-on couteau, il fit jouer le toquct de la porte de côté — l'autre étant fermée par un lourd cadenas — et il pén'^tra dans le poulailler. Un rayon de la l:;nterne tomba sur le juchoir, et Pitro aperçut dans la demi-lumière une masse

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de plumes noires, dun noir luisant, formant boule après les picorages d'une journée bien remplie.

La chandelle éteinte d'un souffle, le voleur saisit la boule de plumes. Un glouasement effrayé se fit entendre, mais Pitro serra la volaille sous son veston, et partit comme il était venu.

Il l'entrait dans la Savane au moment où trois ou quatre ombres se dessinaient sur la route, tout prà^. Pitro eût peur. Quelqu'un le héla:

— C'est-y toi. Pitro?

—Oui. '

— Où vas-tu?

— Je cherche une mine d'or.

— Tu ne verras pas clair, Pitro. 11 e^t trop tard.

Pitro continua .-sa mai'che, :;au,s voir que les ombres se glissaient en tapinois derrière lui. Arrivé au centre de la Savane, il se trouva près d'une mare où les vieilles femmes et les enfants avaient

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accoutumé de voir des fées danser, par les soirs de brume. Quatre sentiers ''■troitvS se croisaient sur un ilôt de mock durci et couvert de mousse. La marc était cernée par un soulèvement d'argile affleurant à travei-s la terre noire, et Ton pouvait contourner à pied sec l'étendue conquise par les grenouilles. Partout ailleurs, il y avait des trous de vase, bordés de champignons, de plantes aquatiques, de bois pourri. Des aulnes poussaient en bouquets. Ailleurs, c'étaient des cèdres, des saules, des sapins rabougris. Dans l'air se répandait l'odeur forte du petit thé.

De ce caiTefour, Pitro pouvait voir as^ez bien le firmament. Assis sur une grosse souche d'arsin, il attendit, regardant tourner le Charriot, regrettant maintenant de le voir pivoter,ayant peur de tenter l'aventure épouvantante de Minuit. Mais à la fin. jugeant l'heure arrivée d'après la position des étoiles.

il se leva tout droit, se tourna alternativement vers les quatre points cardinaux en prenant la Polaire comme centre de direction, puis adressa un charabia ésotérique à Son Infernale Majesté Satan, scandant chaque syllabe avec chaque demi-tour du Nord à l'Ouest, de l'Ouest au Sud. du Sud à l'Est, puis de l'Est au Nord.

Pitro avait appris par cœur les incantations traditionnelles avec l'aide de Salvaye,mais sa mémoire, sans doute, lui faisait défaut, et comme pour lui les paroles mystérieuses n'avaient aucun sens humain, il les dénaturait d'une façon qui pouvait déconcerter le Diable luimême, et tous les sous-diables dont le métier est d'acheter au croisement des sentiers paludéens, à minuit, par les vendredis soirs de la lune nouvelle, des poules noires volées dans l'obscurité chez une veuve dont le mari est mort depuis sept ans.

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— Saudit! Mardi! Bacatèche de sinil^jr vilimeux! Roi du fer, veux-tu la Poule Noire?

Quatre fois la question étrange sonna ur les aulnaies, passa sur la mare, au ni lieu du silence lugubre et rempli de 'nèbres: quatre fois elle fut jetée, à chaîne arrêt de Pitro vers l'un des quatre )cints cardinaux.

Au quatrième appel, et sans attendre a réponse, Pitro tordit le cou à sa voaille, prit la carcasse dans la main gauhe, la fit par trois fois tourner au-dessus ie sa tête, et finalement la lança aussi oin derrière lui que ses forces le lui )ermettaient.

Deux secondes après, un choc lourd etentit dans la mare.

Au même moment, comme par l'effet )restigieux des paroles cabalistiques proloncées, les ouaouarons, les grenouilles, es crapauds, les couleuvres dans la mare 3t les trous d'eau, les chouettes, lee hi-

f>oux ci les nocturnes de toutes espèces sur le? rameaux et les hautes souches, réveillés de leur quiétude, se mirent a siffler, à hululer, à crier. Ce fut un tintamarre étourdissant. Des ailes battirent. Des frôlements touchèrent le> joncs, des formes vagues glis>èrent en agitant les nénuphars, rampèrent autour de Pitrf) fou de teiTcur.

T.e mouvement de la gent palustii'.

suiprise par la chute insolite d'un cor]i< étranger dans son refuge, fît dégager des l>ulles eVair phosphorescentes; il séleva des vapeurs fantômaticiues qui, aux yeux de Pitro. prirent des aspects épouvantables., des contours infernaux. Il ne douta pas le moins du monde que le Diable allait lui apparaître, et il se prostra sur le sol. face dans la boue, mais conser\'ant quand même assez de sangfroid pour poser la question d'usage:

— Es-tu là. Satin?

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Pa^ de réponse, mais de;* meiiglenienls. des rugissements, des hurlement-.

— P:s-tu là, Satin?

Une voix caverneuse se Ht entendre.

— Oui, batèfhe, j'su là. Quoi'stu veux?

Deux autres voix caverneuses réj jetèrent alternativement la réponse.

Pitro n"osait pas lever les yeux, tremblait de tous ses membres. Il était Ijieii certain que le Diable d'Enfer en personne était présent tout près, à portée de main, (ju'il hii soufflait dans le cou son baleine chaude et soufrée. Il eut bien envie de faire un signe de croix, comme disait l'avoir fait Salvaye, pour rompre le sortilège émouvant, mais la curiosité, surtout l'âpreté au gain mal acquis, l'emporta sur la peur, et Pitro balbutia, la voix trémulante.

— M'sieu rYâbe. j'veux faire un marché.

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A cette phrase protocolaire, la première voix caverneuse répondit:

— Pourquoi, un marché?

— Pour être riche.

— Quoi's'tu donnes?

— ^î-m-mon âme.

— Quand?

— ^Dans . . . dix ans.

— C'est correct. Signe!

Mais Pitro pria le Diable d'attendre un peu, il lui demanda le temps de se remettre. Il voulait bien signer avec le sang de la Poule Noire et le sien mois le parchemin en peau de bouc que Satan avait dans sa poche, rédigé tout exprèpour l'occasion, mais il avait trop souleur pour le moment.

Pendani tout le dialogue, son répondant avait employé, pour donner plus de force aux répliques, un vocabulaire de sacres jusqu'alors inconnus aux oreille- pourtant exercées de Pitro, et le malheureux ne doutait plus qu'il fût

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en présence réelle de l'auteur célèbre de tous les sacres, de tous les jurons, de tous les blasphèmes. Notre homme ei> reL-sentait même une admiration profonde à l'endroit du sacreur émérite qui lui faisait l'honneur d'une visite noctambulaire.

Pitro retrouva cependant courage, en suivant l'exemple de son interlocuteur, en faisant de son mieux pour se rendre dignes des largesses futures qui lui seraient dévolues de par les vertus de la Poule Noire. Il se leva sur un coude, et perçut devant lui des silhouettes vagues, étranges, noires, qui sur le bord de la mare gesticulaient et semblaient se tordre en proie à quelque sabbat vengeur. Il cherchait des yeux le Diable- Maître, toutefois, et se comptait trompé de ne pas voir le manteau de feu, les pieds fourchus, les cornes luisantes, le bonnet rouge à longue plume, et la grande fourche de fer chauffée à blanc que

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Salvaye lui avait promis en lui lisant le Grand Albert. Mais il se dit que sans doute il le verrait en se tournant et en se redressant. Il tenta un effort dans oc eens, et aussitôt une violente poussée le rejeta sur le sol, pendant que la voix d'outre-terre lui criait dans les oreilles, avec des jurements effroyables:

— Comment's'tu veux, pour ton âme?

Pitro reconnut avoir affaire à un dia- ()lo sérieux, cette fois, mais peu au cour:uit du marché et de la valeur du numéraire, il s'écria en tremblant plus fort:

— Jveux cent piasses.

— Cent piasses, cent piasses, je vais te donner cent coups de pieds.

Et les coups se mirent effectivement a Tpleuvoir au bruit de rires sonores, pendant qu'un objet informe et humide, lancé des bords de la mare, tombait sur Pilro. Ce dernier, hurlant de douleur, voulut fuir, mais une main solide le

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louait au collet et le recourbait sur le ^•ol : (les ])riuts de pas résonnaient surla terre ou Hochaient dans les flaques.

l'itro crut sa dernière heure arrivée, crut qu'il allait payer, par la douleur de son séant, toute la paresse qu'il avait employée sa vie durant à rester dessus, et perdit un moment connaissance. Il demeura longtemps étendu, n'osant pas remuer, bien qu'il ne sentît sur lui aucun attouchement. Enfin, dès l'aube naissante, il risqua un regard, vit devant lui quelque chose de noir et de visqueux. Il allongea craintivement la main, sentit des plimies sous ses doigts. Enhardi, il se ]i\<i\ sur un genou. La terre était piétinée partout. Des trous se dessinaient dans le mock. Il ramena ses yeux sur ses mains, reconnut l'oiseau, le retourna, et le rejetant coléreusement dans la mare, s'écria:

— J'savais bien, itou, qu'il y avait quelque chose. C'te damnée poule-là, c'est un coq.

Et il s'en alla, sans voir des trao(H< fraîches de pas.

En cheminant vers la demeure de sa vieille tante, il reconnut Salvaye et plusieurs autres villageois, qui riaient et dansaient, rinterpellant :

— Pitro, as-tu vendu la Poule Noire?

— Pitro, t'as des cornes.

— Pitro, tu sens l'soufre.

— Pitro, tu n'es pas chrétien.

Et les hommes vociféraient, ne pouvant se retenir.

Pitro resta un mois sans se montrer, subissant en silence les reproches de sa tante, qui avait passé la nuit à l'attendre en pleurant. Le dimanche, il entrait après tout le monde à l'église, et sortait piteusement le premier, dès l'Ite Missa Est.

Il s'apprivoisa tout de même, et revint chez les habitants siffler les danses, mais sitôt qu'on parlait en sa présence des minœ d'or, des contes de fées, ou du

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Grand Albert, il baissait la tête. Quelqu'un lui demandant un soir s'il avait déjà vendu la Poule Noire, Pitro, maiLssade, pensa tout haut:

■ — C't'égal, si c'avait pas été un coq!

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