Voir ci-dessus
LES GENRES LYRIQUES 5i
(les miniatures et des monuments figurés et par le texte d'un théoricien de la musique au début du xiv'' siècle, Jérôme de Moravie, plusieurs fois publié. L'historien de la musique doit noter également que la composition de ces airs de danse était assujettie à l'observance d'une forme fixe. Une estampie instrumentale était formée d'un certain nombre de phrases musicales appelées pancta, pluriel de punctiun, qui se répétaient deux fois chacune et dont la terminaison, semblable dans tous les piuicta d'une même pièce, avait nom Vouvert^ pour la première reprise, le clos pour la seconde. Si, d'aventure, il y eut quelque part au xiii" siècle, dans une université ou dans une école de ménestrandie, un cours de composition musicale, sans nul doute l'étude de l'estampie y eût dû trouver sa place \
Œuvres destinées à être dansées, les estanipiesîxxvQui en effet dansées, et, si nous devions avoir quelques hésitations, l'étymologie du mot serait là pour affermir notre conviction.
La forme de l'ancien provençal, estampida, est le participe à\\n verbe estamper ou estampir,
L. Nous renvoyons le lecteur curieux de connaître ces anciennes danses du xiii° siècle à la publication que nous on avons faite, ne pouvant songer à les donner ici, même fragnientairemenl.
frapper du pied. Le germanique avait le verbe stampon et l'allemand moderne stampfen^ dans le même sens, h'estampie serait donc primitivement une danse, où le temps accentué était marqué d'un appel du pied sur le sol frappé par tous les danseurs et cette caractéristique aurait donné son nom à la danse.
Y eut-il au moyen âge une technique de la danse ? Retrouverons-nous dans les monuments figurés les éléments d'une orchestiq ne médiéxsile, comme un helléniste contemporain doublé d'un musicien, M. Emmanuel, y est heureusement parvenu pour l'antiquité grecque ? ^ La chose est vraisemblable, encore que de telles recherches ne soient même pas commencées, mais je ne saurais m'y attarder ici, car leur objet, trop précisément chorégraphique, s'éloigne d'une étude qui ne doit être que musicale. Laissons donc de côté la technique du professionnel, les textes nous permettent d'entrevoir le mouvement général des petites baleries, des caroles^ exécutées dans une société qui se divertit.
Il faut supposer une chaîne, ouverte ou fermée, de danseurs et de danseuses. La danse consiste ordinairement dans une alternance de trois pas faits en mesure et d'un mouvement
1. M. Emmanuel, Essai sur lOrchestiqiie grecque, thèse de doctorat es lettres, Paris, 1893, iu-8.
balancé sur place. On verra plus loin que l'union du texte poétique avec le rythme musical des chansons aboutit assez fréquemment, mais non toujours, à une phrase mélodique de quatre mesures, d'un mouvement tantôt ïambique, tantôt trochaïque et tantôt dactylique. Dans ces conditions, chaque élan qui marque le départ d'un pas correspond au frappé d'une mesure, donc, trois élans, trois pas, trois mesures, et le balancement sur place tient la place de la quatrième mesure et du repos qui indique la fin du vers. Cette reconstruction repose sur le rapprochement de deux faits ; elle reste hypothétique dans ses résultats : je me contente de l'indiquer.
Nous ne quitterons pas l'estampie instrumentale sans no us ressouvenir qu'il y a eu, au même temps, l'estampie chantée. Celle-ci fait transition avec la danse au son des chansons. Il y en a de fort belles : l'une d'elles est particulièrement curieuse, car elle a son histoire qui vaut d'être contée \
Le poète Rambaut de Vaqueiras (i 180-1207)était, au dire de ses biographes, fils d'un pauvre chevalier du château de Vaqueiras qui avait
1. Le texte de cette chanson se trouve au fol. 62 du ins. franc. •2^543 de la Bibliothèque Nationale. Nous suivons pour le texte poétique l'édition de M. Appel, Chrestomalhie provençale, p. 89, Leipzig, 1893, in-8.