‹ Trouvères et troubadours (volume 2)Chapitre 15 sur 47 · Indication des années de production poétique · texte numérisé non relu

Indication des années de production poétique

nom Peirol, et qui passait pour fou. Après avoir été au service du prince d'Orange, Guillaume des Baux, sans doute comme jongleur. Rambaut s'en fut à la cour de Boniface II de Montferrat, où, pour son malheur, il s'énamoura de la sœur du marquis, madame Béatrice, qui était mariée au seigneur de Savone. Elle laima, ils s'aimèrent d'un de ces amours qui se traduisent en chansons pour la postérité, et tout allait au mieux du monde, quand le bonheur des amants suscita l'envie des losengiers, ces mauvaises langues de la littérature médiévale, qui s'en furent dire à madame Béatrice : « Qui es aquest Raimbautz de Vaqueiras ? Si tôt lo marques l'a fait cavalier, sapchatz que non es onors ni a vos ni al marques. — Quel est donc ce Rambaut de Vaqueiras ? Quoique le marquis votre frère ait fait de lui un chevalier, sachez. Madame, qu'il ne fait honneur ni au marquis, ni à vous. » — Comme, au moyen âge, la discrétion était la première règle de l'amour courtois, madame Béatrice crut que Rambaut s'était vanté et s'en offusqua : le galant jongleur eut son congé. Alors, adieu, chansons ! Adieu, belles nuits d'amour ! Rambaut est devenu taciturne et muet. Ici, un des plus anciens manuscrits qui nous aient conservé la biographie de notre poète raconte l'épisode suivant. En ce temps vinrent à

la cour du marquis deux jongleurs de France, qui savaient bien jouer de la vièle. Et un jour, ils jouèrent sur leurs instruments une estampida^ qui plut fort au marquis, aux chevaliers et aux dames. Et sire Rambaut en manifesta si peu de joie que le marquis s'en aperçut. « Eh quoi! seigneur Rambaut, lui dit-il, que ne chantez-vous, que n'êtes-vous plus joyeux, quand voici un bel air de vièle et près de vous aussi belle dame que ma sœur, qui vous tient à son service et est bien 1?. plus valeureuse femme qui soit au monde? » — Sur quoi Rambaut répondit qu'il n'en ferait rien. Le marquis, qui était au courant, dit à sa sœur : « Madame Béatrice, par amour pour moi et pour tout l'entourage , vous plaise prier Rambaut qu'au nom de votre amour et de votre grâce, il ait à chanter et à retrouver sa gaité d'antan ! » Et madame Béatrice fut d'assez grande courtoisie et générosité pour prier Rambaut de prendre réconfort et pour l'amour d'elle de montrer un visage moins soucieux et de faire une nouvelle chanson. C'est alors que Rambaut, pour la raison que vous venez d'ouïr, fit une cslampida en ces termes, don Rainibautz per aqiicsla razon que vos avetz ausit, fetz la stampida que dis aisi :

Kalenda Maia, Ni flor de faia, Ni cant d'ausell...

Et le biographe ajoute : « Cette estcunpida fut faite sur l'air de Yeslampida que les jongleurs avaient jouée sur leurs vièles, aquesta ^stampida fo fâcha a las notas de la 'stampida quel j'oglar fasion en las violas. »

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Ka . len . da

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- ya Ni chanz d'au zelh ni flors de g-la . ja Non

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Ma belh' amia, Per Dieu no sia Que jal gelos de mon dan ria ; Que car vendria Sa gelozia Si aitals dos amans partia ; Qu'ieu ja joyos mais no séria Ni joys ses vos pro nom tenria ; Tal via Faria Qu'om ja mais nom veiria.

Selh dia

Morria, '

Donna pros, qu'ieus perdria.

Quo mer perduda Ni m'er renduda Dona, s'enans non l'ai aguda ?

Que drutz ni druda Non es per cuda ; Mas quant amans en drut se muda, L'onors es grans queylh n'es creguda.

El belh semblans fai far tal bruda ; Que nuda Tenguda Nous ai ni d'als vencuda ; Volguda Crezuda Vos ai" ses autr' ajuda'.

I. I. — Ni le preinier jour de mai, ni la [première] feuille du

Voilà donc l'histoire : ce qu^il faut retenir au point de vue musicologique, c'est que les paroles de la pièce Kalenda maia furent composées par Rambaul de ^'aqueiras pour être adaptées sur une mélodie instrumentale.

B. On dansait aux chansons. — Cette forme d'art réunissait trois éléments : la musique, la poésie et la danse. Elle mettait en présence un protagoniste, celui qui chante avaiit^ homme ou femme, et un chœur. Cette complexité demandait un certain ordre pour ne pas aboutir à la confusion. Ilfallaitque le rôle de chacun fût éta-

hètre, ni les chants des oiseaux, ni la fleur du glaïeul ne peuvent me réjouir, dame noble et belle, tant que je ne verrai pas arriver un messager x-apide, venu de votre part, m'apportant des nouvelles réconfortantes pour mon amour, tant que je n'aurai pas été prosterné à vos pieds (?), et que je n'aurai pas vu, avant de vous quitter, le jaloux tomber, foudroyé par la colère.

II. — Ma belle amie, veuille Dieu ne pas permettre que le jaloux se réjouisse de mon dommage ; sa jalousie pourrait lui coûter cher (?) si elle réussissait à séparer deux amants comme vous et moi. Jamais plus je ne connaîtrais la joie : du moins aucune joie, sans vous, ne me serait douce : je m'éloignerais, nul ne me verrait plus ; ou plutôt, noble dame, je mourrais ce jour-là même où je vous aurais perdue.

III. — Mais comment pourrais-je perdre, comment pourrais-je recouvrer une dame, qui n'aurait jamais été mienne ? Ce n'est pas en imagination que l'on peut être amant cl amante ; quand un amoureux conquiert ce titre, c'est pour lui grand honneur. La gracieuse façon dont vous m'accueillîtes a pu faire croire que je lavais mérité... ; mais il n'en est rien : je vous ai cherchée et voulue, sans jamais obtenir votre grâce (Traduction de M. Jeanroy).

bli, que la part du soliste et la part du chœur, — celle-ci moindre et plus simple que la première, — fussent déterminées.

M. Jeanroy a donc eu raison de croire que la destination première des genres à formes fixes a été d'accompagner la danse. C'est au xiii'' siècle que nous les voyons apparaître ; deux surtout, la balade et le rondeau, sont en faveur, mais au siècle suivant les formes poétiques et musicales seront astreintes à des règles de plus en plus précises et, de même, le nombre de ces genres à forme fixe va en s'accroissant : Guillaume de Machaut sait les manier avec une virtuosité surprenante.

A côté de ces danses qui ne sont que des danses, des recherches récentes ont établi l'existence de danses mimées, développement gracieux d'un petit drame à personnages chantant et évoluant : nous les appellerons, comme au moyen âge, des baleries. Ici pourtant nous ne retrouvons plus la fixité de la forme : elle est exclue par l'action dramatique. J'ai dit balades, rondeaux et baleries : ces expressions demandent à être précisées.

a) Au temps où nous sommes, au milieu et peut-être à la fin du xiii'' siècle, la balade ne s'astreint point encore à une régularité de structure aussi rigoureuse qu'à l'âge suivant. Les

6o TROUVÈRES ET TROUBADOURS

spécimens qui nous ont été conservés de Tâge des troubadours admettent Lien des licences. J'en retiendrai un exemple, la célèbre balade A Veîitrada du chansonnier Saint -Germain-des- Prés. Cette chanson à danser a été faite dans une l'orme très ancienne et très simple : elle est composée de strophes monorimes, chantées par un soliste, que suivait un refrain repris par le chœur. En outre, il semble bien que l'exclamation Eya qui s'intercale entre chaque vers de la strophe appartenait également au chœur : mais ceci est exceptionnel. 11 serait regrettable de n'en point donner le texte ici '.

Vif. LE SOLISTE.

LE CHŒUR

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A l'en-tra da del temsclar LE SOLISTE.

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