Indication des années de production poétique
nom Peirol, et qui passait pour fou. Après avoir été au service du prince d'Orange, Guillaume des Baux, sans doute comme jongleur, Rambaut s'en fut à la cour de Boniface II de Montferrat, où, pour son malheur, il s'énamoura de la sœur du marquis, madame Béatrice, qui était mariée au seigneur de Savone. Elle l'aima, ils s'aimèrent d'un de ces amours qui se traduisent en chansons pour la postérité, et tout allait au mieux du monde, quand le bonheur des amants suscita Tenvie des losengiers, ces mauvaises langues de la littérature médiévale, qui s'en furent dire à madame Béatrice : « Qui es aquest Raimbautz de Vaqueiras ? Si tôt lo marques l'a fait cavalier, sapchatz que non es onors ni a vos ni al marques. — Quel est donc ce Rambaut de Vaqueiras ? Quoique le marquis votre frère ait fait de lui un chevalier, sachez. Madame, qu'il ne fait honneur ni au marquis, ni à vous. » — Gomme, au moyen âge, la discrétion était la première règle de l'amour courtois, madame Béatrice crut que Rambaut s'était vanté et s'en offusqua : le galant jongleur eut son congé. Alors, adieu, chansons ! Adieu, belles nuits d'amour ! Rambaut est devenu taciturne et muet. Ici, un des plus anciens manuscrits qui nous aient conservé la biographie de notre poète raconte Tépisode suivant. En ce temps vinrent à
la cour du marquis deux jongleurs de France, qui savaient bien jouer de la vièle. Et un jour, ils jouèrent sur leurs instruments une estampida^ qui plut fort au marquis, aux chevaliers et aux dames. Et sire Rambaut en manifesta si peu de joie que le marquis s'en aperçut. « Eh quoi ! seigneur Rambaut, lui dit-il, que ne chantez-vous, que n'êtes-vous plus joyeux, quand voici un bel air de vièle et près de vous aussi belle dame que ma sœur, qui vous tient à son service et est bien la plus valeureuse femme qui soit au monde? » — Sur quoi Rambaut répondit qu'il n'en ferait rien. Le marquis, qui était au courant, dit à sa sœur : « Madame Béatrice, par amour pour moi et pour tout l'entourage , vous plaise prier Rambaut qu'au nom de votre amour et de votre grâce, il ait à chanter et à retrouver sa gaité d'antan ! « Et madame Béatrice fut d'assez grande courtoisie et générosité pour prier Rambaut de prendre réconfort et pour l'amour d'elle de montrer un visage moins soucieux et de faire une nouvelle chanson. C'est alors que Rambaut, pour la raison que vous venez d'ouïr, fît une estampida en ces termes, don Raimbautz per aquesta razoïi que vos avetz ausit^ fetz la stampida que dis aisi :
Kalenda Maia, Ni flor de faia, Ni cant d'ausell...
Et le biographe ajoute : « Cette estampida fut faite sur Fair de Y estampida que les jongleurs avaient jouée sur leurs vièles, aquesta ^stampida fo fâcha a las notas de la 'stampida quel joglar fasion en las violas. »
Gai