‹ Trouvères et troubadoursChapitre 18 sur 86 · I. Tome XXXI, pp. 898 et ss · texte numérisé non relu

I. Tome XXXI, pp. 898 et ss

titiient le théâtre mondain au temps de saint Louis.

C'est d'abord le jeu du « chapelet » fleuri, c'est-à-dire de la dame qui joue, solitaire, avec une couronne de fleurs dans un bocage et qui s'en va avec un jeune seigneur qu'un ménestrel de vielle a envoyé vers elle. C'est la balerie de la reine de printemps: j'en ai plus haut donné quelques strophes. C'est le bois d'amour, bois mystérieux etsacré, où, seuls, les amoureux ont accès :

Je gart le bos Que nus n'en port Chapel de flors, s'il n'aime.

C'est une scène d'enlèvement et c'est la pantomime d'une danseuse, sans doute protégée par le chœur, qui tâche d'éviter le jaloux qui la guette. Le thème de la danse robardoise est le larcin d'un baiser. C'est, enfin, un autre thème de danse qui fit fureur au xiii^ siècle, le couplet de Bêle Aelis. Un des trouvères qui l'utilisèrent, le dernier sans doute, Baude de la Quarière, a fait sur ce sujet une chanson dont les détails sont pleins de charme, mais dont l'ensemble reste à peu près inintelligible. « Chacune de ces phrases, écrit M. Bédier, est claire et jolie, et ces phrases claires, mises bout à bout, sont

obscures^ ». Il faut supposer que c'est une pièce dialoguée. « Après chaque couplet de Tun des danseurs, le chœur reprend en sept vers. Pareil au chœur d'une comédie grecque, il s'associe aux sentiments des principaux acteurs. 11 les excite à Tamour et leur rappelle en ces sept vers les principaux préceptes de Tamour courtois. Puis, dans les cinq derniers vers de la strophe, se joue une seconde scènette de balerie, chacun des petits acteurs chantant à son tour... La pièce de Baude représente, à notre avis, une danse « stylisée », un spectacle organisé plutôt qu'un divertissement que des gens du monde se donnent à eux-mêmes et le chœur pouvait y jouer un rôle musical plutôt que chorégraphique ^ ». Belle Aelis n'est aujourd'hui qu'une fleur desséchée dans les feuillets d'un pesant manuscrit ; notre transcription fragmentaire va lui redonner, sinon toute sa fraîcheur — il faudrait pour cela le cadre où elle vécut, — mais au moins un semblant d'existence ^.

i. Article cité, p. 4i5.

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