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chanter, il était courtois et instruit. Dix-neuf chansons nous sont restées de lui. L'une d'elles est célèbre, c'est la chanson Quan vei la lauzeta jiiover.
Rambaut d'Orange, qui chanta entre ii5o et 1173, fut un bon troubadour, grand amateur de (( rimes chères ». Il aima plusieurs femmes, entre autres la comtesse d'Urgel, qu'il n'avait jamais vue et qui jamais ne le vit. Une seule mélodie nous est restée de lui.
Ce n'est point que Bertran de Born ait apporté à l'histoire musicale une contribution considérable, mais celui qui fut le plus turbulent des troubadours tient dans les chroniques de son temps une place assez importante pour fixer un instant notre attention. Les intrigues amoureuses le reposaient des intrigues politiques, la passion des combats et l'amour de la femme se partageaient son cœur. Il fut épris d'une fille du vicomte de Turenne, Mathilde, qui avait épousé Guillaume Talleyrand, seigneur de Montagnac ; puis, après avoir vanté sa chevelure blonde aux reflets de rubis, sa peau blanche, blanche comme fleur d'épine, il l'oublia pour une autre Mathilde, la femme du duc de Saxe, encore plus belle, encore plus courtoise que sa première amante. Entre temps, mainte autre dame, telle Guicharde de Gomborn, telle Tibour de Montau-
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sier, occupe sa passion. Mais son souci le plus grave fut d'exciter les uns contre les autres les fils de Henri II Plantagenêt : l'aîné des fils, Henri le jeune, avait été par son père associé à l'exercice de la royauté. Bertran de Born, mécontent de Richard, prit parti contre lui pour Henri le jeune dans la querelle des deux frères, maislorsque, en 1 183, Henri vint à mourir, Bertran de Born commença par pleurer sincèrement et éloquemment le jeune roi, dont la disparition semblait ruiner ses espérances. Mais après que Richard se fut emparé du château d'Hautefort, qui, aux confins du Périgord et du Limousin, appar-, tenait au troubadour, celui-ci chercha à trouver grâce auprès de son vainqueur, jugeant que c'était encore le plus sur moyen de rentrer en possession de ses biens. 11 y parvint, et, sur la fin de sa vie, le diable s'étant fait ermite, il se retira à l'abbaye cistercienne de Dalon, près de ce même domaine d'Hautefort, qui avait été le témoin de son existence aventureuse.
Je n'ai cité que les troubadours dont les œuvres mélodiques, en toutou en partie, sont parvenues jusqu'à nous, mais combien d'autres nous sont connus, qui furent en leur temps musiciens et poètes, et que nous ne sommes plus en état de juger que comme poètes !
Le midi de la France était donc en possession
d'une poésie lyrique déjà développée, quand, au nord de la Loire, les premiers trouvères commencent à chanter. On a cherché à déterminer par quelles voies la poésie des troubadours s'est acheminée pour venir apporter son inspiration et ses modèles aux trouvères du Nord, dans la seconde moitié du xii^ siècle. On a pensé que le contact entre les deux civilisations a pu se faire dans une zone intermédiaire, constituée par le Limousin, la Marche et le Poitou ; on a pensé que la croisade de 1147? mettant en présence les hommes du Nord et ceux du Midi pendant de longs mois, aurait facilité ces relations ; on a pensé au rôle important joué dans l'histoire littéraire par les deux filles d'Eléonore d'Aquitaine, Marie et Aelis, qui, mariées, Tune à Henri P'" de Champagne, l'autre à Thibaut de Blois, auraient inspiré l'amour de la poésie courtoise à la société qui les entourait et protégé quelques trouvères à leur cour. D'autre part, on a relevé de fréquentes présences de troubadours auprès des seigneurs du Nord ou inversement. Ainsi Bernard de Ventadorn séjourna en Normandie à la cour d'Eléonore d'iVquitaineen 1 162, et Richard de Barbezieuxàla cour de Champagne, auprès de Marie, alors veuve de Henri P'. Guiraut deCalanson et Bertran de Born furent en relations personnelles avec GeofFroide Bretagne, le protecteur de
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Gace Brûlé. Un poète du Nord, Hugue de Berzé, adresse une de ses compositions à Folquet de Romans. Nous avons quelques exemples de jeuxpartis, dont Tun des deux interlocuteurs est un poète du Nord et Fautre un méridional.
Mais tous ces laits n'indiquent que des relations isolées, intermittentes. Il nous semble plus conforme à une réalité historique de penser que les mêmes causes qui ont, au midi, contribué à l'éclosion de la lyrique provençale ont pu, d'une manière générale, avoir leur effet au Nord, car, s'il y a dans la poésie des trouvères des traces certaines de l'imitation des troubadours, il y a aussi des formes propres et caractéristiques, qui ne supposent aucune imitation. Enfin, si l'on tient essentiellement à établir une influence quelconque du Midi sur le Nord, n'y peut-on remarquer Tœuvre de la jonglerie? Les jongleurs, nomades avant tout, passaient d'une cour à l'autre, sans cesse sur les routes, portant à la fois les nouvelles et les chansons. On les accueillait dans les châteaux de l'Ile de France, de la Champagne, de la Picardie, avec la curiosité d'apprendre ce qui se passait sur les rives de la Garonne et du Rhône. Dans ces siècles sans journaux les jongleurs tenaient lieu de journalistes et nous pourrons dire un peu plus loin, presque sans exagération, que la jon-
glerie a été an des facteurs qui ont le plus anciennement contribué, en faisant connaître le Nord du Midi et le Midi du Nord, à établir l'unité morale de la France.
Mais ce sont là de bien grands [mots dans une étude consacrée aux choses du gai savoir et après avoir conclu, dans une certaine mesure, à Findépendance d'inspiration chez les trouvères, disons quelques mots des principaux d'entre eux.
Gomme nous Tavons fait pour les troubadours^ nous distinguerons dans l'œuvre des trouvères une première période de production antérieure à la fin du xif siècle. Ce sont presque tous des poètes nés dans les provinces du nord ou de l'est de la France. Nous trouvons des noms très importants de l'histoire littéraire et de l'histoire musicale ^
Chrétien de Troyes et Gautier d'Epinal sont peut-être les deux plus anciens trouvères connus de nous. Le bagage artistique du premier est mince; du second il nous reste une vingtaine de chansons. Tous deux furent connus et encouragés par le comte de Flandre, Philippe d'Alsace, qui
I. Il existe une édition, médiocrement critique, du texte poétique des plus anciens trouvères : c'est le livre de Brakelmann, Les plus anciens chansoimiers français, Paris, 1891- 1896, 2 volumes in-8.
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hérita de cette province en 1168 et mourut en 1 191.
Il faut ici rappeler les noms du Châtelain de CoucY et de Blondel de Nesle, sur lequel tant d'histoires légendaires furent accréditées depuis le moyen âge et consacrées au xviii^ siècle par le bon Sedaine, dans son livret de Richart Cœur de Lion : le livre récent de M. Léo Wiese a fait "justice de ces fantaisies ^
Arrêtons-nous un peu plus longuement sur la haute personnalité de Gonon de Béthune. Ce trouvère a eu la chance d'être excellemment édité dès 1891 par M. Axel Wallenskoeld" : il nous est donc suffisamment connu.
On ne saurait dire avec précision Tannée où naquit Conon de Béthune : ce dut être vers le milieu du xii^ siècle, et notre trouvère fut le cinquième enfant du comte Robert V de Béthune par sa femme Adélide de Saint-Pol. 11 jouissait déjà d'une bonne réputation de poète, quand les événements le décidèrent à prendre part à la troisième croisade. Ses contemporains, son parent et confrère en poésie, Huon d'Oisi, lui reprochèrent son retour prématuré en 1191. Au
1. Léo Wiese, Die Licder des Blondel de Nesle. Dresde, 1904, in-8.
2. Axel Wallenskoeld, Chansons de Conon de Béthune. Helsingfors, 1891.
mois de février de Tannée 1200, Gonon prit la croix pour la seconde fois et reçut mission de négocier au nom des croisés les conventions pour leur transport en Palestine. Son rôle dans cette expédition semble avoir été important : ainsi, lorsqu'en 1208 la flotte des croisés arriva à Gorfou, Gonon fut un de ceux qui plaidèrent pour l'expédition à Gonstantinople en faveur du jeune Alexis, le prétendant au trône de l'empire grec.
A différentes reprises au cours de l'expédition, quand le vieil empereur Alexis somme les croisés de s'éloigner de ses terres, quand il s'agit de rappeler au respect de ses promesses le jeune empereur Alexis, quand, en 1207, le comte de Blandrate, régent du royaume de Thessalonique fut en difficulté avec l'empereur Henri, c'est Gonon de Béthune que nous trouvons envoyé comme négociateur, sa réputation de « sage » et de (( bien enparlé » lui vaut de s'exprimer au nom des croisés. La chronique de Villehardouin nous donne encore d'autres détails sur la vie du trouvère : on les trouvera réunis dans l'excellente biographie de Gonon, qui se trouve en tête de l'édition de ses poésies. Gonon de Béthune dut mourir entre 12 19 et 1221. Le politique, le diplomate, l'homme de guerre avaient en tout cas survécu au poète.
C'est le poète qui nous intéresse ici. La critique a retenu dix compositions comme pouvant avec vraisemblance être attribuées à Gonon de Béthune. Les deux plus intéressantes et celles en même temps, dont l'authenticité est le mieux assurée, sont deux chansons de croisade, c'està-dire deux pièces écrites à la veille d'un départ pour la Terre Sainte.
Je me suis arrêté un peu longuement sur Gonon de Béthune, parce que ce trouvère est une physionomie caractéristique et complète : ce n'est point un poète quelconque, à qui l'occasion seule donne prétexte à écrire des vers ; la poésie n'est pour Gonon qu'une forme de l'activité intellectuelle, il a fait d'excellents vers et composé de charmantes mélodies, comme il lui est arrivé de prononcer d'excellents discours et dans les conseils des croisés de faire entendre de très
sages avis.
On a cru longtemps sur la foi des Grandes chroniques de France, que le trouvère Gage Brûlé avait été le contemporain de Thibaut de Ghampagne et que tous deux se réunissaient pour faire les chansons, qui, dans les copies exécutées à Provins et à Troyes, portent le seul nom du roi de Navarre. Gette interprétation plaçait assez avant dans le xiii^ siècle le temps où vécut Gace Brûlé, mais Paulin Paris, dans ÏHistoire
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littéraire de la France ^ et, plus récemment, M. Gédéon Huet, dans Tédition critique qu'il a publiée des poésies de ce trouvère dans la ^oc^'e^e des anciens textes français'^ ont donné de ce passage des Grandes chroniques une explication toute différente. En outre, M. G. Huet a fait état de ce que dans \e Roman delà Violette et dans le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole sont citées deux chansons de Gace Brûlé. Or, on sait que le poème de Guillaume de Dole ne peut être postérieur au xii^ siècle et de ce que Gace y est mentionné comme un chansonnier dont les vers étaient dans toutes les mémoires, il s'ensuit qu'une portion considérable de sa carrière poétique doit être antérieure à Tannée 1200, d'autant plus, ajoute M. Huet, que les deux fois qu'il se trouve nommé, Gace est qualifié de « mon segnor ». Le trouvère était donc chevalier et ce détail nous montre qu'en l'an 1200 le chansonnier n'était plus un tout jeune homme. Enfin, l'éditeur relève, dans Tidentification des personnages cités à l'envoi des chansons, de nouvelles raisons pour croire que le trouvère a dû vivre au xii'^ plutôt qu'au xiii^ siècle.
Gace appartient à la féconde lignée des chan-