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LES MÉLODIES

Depuis le début du xyi® siècle, l'état manuscrit d'une œuvre est un état provisoire : le graveur, Fimprimeur attendent la composition du musicien pour la répandre dans le monde artistique à des centaines, à des milliers d'exemplaires. Autre est la situation des troubadours et des trouvères : venus avant l'invention de l'imprimerie, leurs œuvres musicales sont restées manuscrites et si nous avons le bonheur d^en connaître aujourd'hui une sérieuse partie, c'est au travail patient des scribes du xiii"^ et du xiv^ siècle que nous le devons. Somptueux manuscrits destinés à reposer sur un pupitre dans quelque bibliothèque seigneuriale, manuscrits très modestes que le jongleur errant promène dans son bagage, mais qui, riches ou pauvres, ont tous aujourd'hui fait retour aux

grands dépôts publics, c'est eux qui nous ont conservé l'inépuisable trésor des mélodies médiévales \

Pourtant ce beau jardin est un jardin fermé. L'œuvre du passé n'est pas pour le grand public, même musicien, de l'heure présente, car l'interprétation de ces mélodies, si simples, si faciles, si spontanées, demande la réunion de connaissances assez diverses et, en même temps, assez spéciales pour rebuter la simple curiosité qui regarde et ne s'arrête point. Ce travail est assez embarrassant pour que des érudits, familiers euxmêmes avec les questions de musicologie médiévale, aient été arrêtés au cours de leurs recherches et que les solutions de la veille aient été, d'ordinaire, reconnues fausses le lendemain. Il faut en effet à la science de la paléographie, qui permet de lire la minuscule gothique et les abréviations de l'écriture des manuscrits, joindre une connaissance assez précise de l'ancien français du Nord et du Midi, c'est-à-dire de la langue de nos vieux poètes lyriques ; il faut encore à la technique de la musique moderne unir celle de la musique du moyen âge, principalement avoir une notion assez nette des tonalités ecclésiastiques pour pouvoir, le cas échéant, les assou-

I. Nous donnons la liste de ces manuscrits chansonniers dans la bibliographie qui termine le présent volume.

LES SOURCES aS

plir aux caprices de la musica ficta ; il faut, enfin, posséder l'enseignement des théoriciens de l'époque, être familiarisé avec les obscurités de Vars mensarahilis^ et tout cela n'est point l'œuvre d'un jour.

On ne nous comprendrait pas si nous ne donnions ci-après le fac-similé d'un folio de ces manuscrits \ Nous avons fait choix dans le manuscrit français 847 delà Bibliothèque Nationale de Paris du folio 5 recto. C'est un petit manuscrit de la fin du xiii^ siècle. Les dimensions de l'original sont de dix-neuf centimètres sur vingttrois. La pièce, dont on peut voir la mélodie et les premières strophes, est une chanson du trouvère Gace Brûlé :

Se] j'ai esté lonc tens fors du pais Ou je lessai la riens que plus amoie, De maint ennui ai puis esté servis Et eschapez de périlleuse voie.

A tous ces manuscrits chansonniers il y a des traits communs. La première strophe seule est notée, les autres s'adaptant sur la mélodie de celle-ci. La portée est ordinairement de quatre lignes tracées à l'encre rouge. A la naissance de chaque portée, la clé, le plus ordinairement la clé d'w^, placée indifféremment sur toutes les lignes selon les besoins de la mélodie, quelque-

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