‹ Trouvères et troubadoursChapitre 7 sur 86 · AB A'B · texte numérisé non relu

AB A'B

Mais cette formule est susceptible d'une infinité de variantes : la première partie de la strophe peut déjà se transformer, la phrase mélodique initiale peut comporter trois ou quatre distinctions . Nous aurons alors :

ABC ABGD

A'B'G' X ABGD' X

3o TROUVERES ET TROUBADOURS

Ou bien encore, une distinction peut se répéter immédiatement dans l'intérieur de la phrase musicale et on arrive à un type :

AAB A'A'B' X

Nous ne prolongerons pointées détails, car en continuant, nous touchons à l'infini dans la variété et plus encore si nous examinons les combinaisons qui peuvent se produire en x^ dans la partie libre de la strophe. C'est là où l'auteur montre son ingéniosité. Hormis les cas où un trouvère adaptait sa composition nouvelle sur une composition préexistante, il ne devait jamais répéter dans une poésie une formule de strophe déjà employée par lui, ni même employée par un autre trouvère. C'était compliquer singulièrement et bien vainement la tâche du poète, mais l'esprit du moyen âge se réjouissait de ces difficultés puériles. Il est vrai que pour se différencier d'un prédécesseur, il suffisait à l'auteur d'apporter une nuance très légère : il n'avait, par exemple, qu'à employer des rimes nouvelles. La personnalité s'acquérait à ce prix.

Mais non, la vraie personnalité, celle qu'il nous plaît de retenir, n'était pas là. Elle était, elle est encore dans l'inspiration qui dicte l'œuvre au poète. Les troubadours et les trouvères ont surtout chanté l'amour courtois, un sentiment

LES SOURCES 3i

tellement abstrait qu'il devientinintelligible au vulgaire, mais le choix de leurs sujets est heureusementplus vaste : lesentimentreligieux,renthousiasme des croisades, le charme du printemps ont un reflet ou un écho dans leurs poésies.

Tantôt, c'est le trouvère qui parle en son nom propre; tantôt, il dialogue avec un interlocuteur qui le contredit et qui dispute, alors nous avons une tenson ou un Jeu-parti ; tantôt, c'est un ami qui fait le guet, cependant que deux amants sont aux bras Tun de l'autre, la pièce alors est une chanson d'aube ; tantôt, c'est la complaii^te qu'une femme chante en se livrant à ses occupations ordinaires, le plus souvent en fdant, aussi diton que c'est une chanson de toile ; tantôt encore^ une bergère occupe le premier plan, en ce cas la chanson reçoit le nom de pastourelle ; et ce n'est pas tout, il y a les chansons pieuses et il y a aussi les chansons à danser et de celles-ci à celles-là, les genres intermédiaires, qui se relient par d'insensibles transitions, sont nombreux.

Nous voici arrivés au cœur même du sujet : avant de nous occuper de la personne des troubadours et des trouvères, nous allons les étudier dans les œuvres qu'ils ont produites.

Un essai de classement aura ici son utilité, non que déjà il n'en ait point été fait, il y en a

même plusieurs, mais nous voudrions dans un livre où, seuls, les résultats acquis par l'érudition doivent être retenus, libres de tout appareil austère, présenter la question sous sa forme la plus simple et nous dégager rapidement des préoccupations trop purement littéraires, pour arrêter notre attention à loisir sur les faits intéressant riiistoire musicale.

En ce qui concerne les origines de la poésie lyrique française du moyen âge, nous ne ferons donc que rappeler la thèse célèbre de Gaston Paris ^ : c'est dans les anciennes chansons populaires, inspirées par les fêtes de mai, les calendes de mai, les maieroles^ les calendas maias des troubadours, que nous devons chercher la source de tous les genres lyriques, des chansons de toile, des chansons de danse, des reverdies, des pastourelles et, dans une certaine mesure même, de la poésie courtoise. Nous suivons en effet assez bien dans toutes ces compositions l'écho ou le reflet de la primitive inspiration printanière. Gaston Paris s'est employé avec une grande puissance de démonstration à soutenir son hypothèse : acceptons-la, parce qu'elle est simple et qu'elle explique ces jolies

I. G. Paris, Les origines de la poésie lyrique au moyen âge. Paris. iSg-^. (Extrait du Journal des savants, novembre et décembre 1891, mars et juillet 1892).

petites choses que sont les chansons des troubadours et des trouvères sans en froisser Tâme délicate, sans faner la fleur de ces chansons. Il y a des érudits, hors de France surtout, qui, sous prétexte de conserver, recouvrent de leur science massive et pesante l'œuvre légère de nos vieux poètes, comme d'autres dissimulent sous un épais enduit quelque fresque ancienne pour la défendre contre les injures du temps : Gaston Paris ne fut jamais de ceux-là.

Et maintenant, il faut classer ces chansons. Tâche également ingrate, comme de classer des papillons ! Employons vite les grands mots pour montrer simplement que nous les connaissons et n'avoir plus à y revenir. 11 y a donc, dit-on, des genres objectifs, où les héros de nos, chansons occupent la première place, et des genres subjectifs^ ou le poète parle en son nom personnel. Cela est vrai, mais nous serons aussi exact et moins abstrait, en faisant remarquer que tous les genres objectifs sont au fond des chansons ci personnages et que les genres subjectifs ne sont que le développement infiniment varié des théories de l'amour courtois,, cette psychologie spéciale aux gens comme il faut du moyen âge : les genres subjectifs se résument dans \di poésie courtoise.

De même, quelques historiens ont trouvé dans la provenance géographique un critère pour

établir un classement des genres lyriques : ils ont dit poésie lyrique purement française et poésie lyrique d'origine provençale. Dans la poésie lyrique d'origine française, Gaston Paris fait rentrer les chansons d'histoire, les rondeaux, les estampies, les pastourelles ; au contraire, l'inspiration provençale domine toute la poésie courtoise. A quelque théorie qu'on se range, à quelque point de vue qu'on se place pour étudier la lyrique du moyen âge, il apparaît donc que toutes les compositions qui en font partie se partagent en deux groupes principaux, dans lesquels nous établirons des sous-familles et c'est à l'ordre suivant que nous nous arrêterons pour étudier ici les œuvres des troubadours et des trouvères.

A. — La chanson a personnages.

i^ Les chansons cF histoire,

i"" Les chansons dramatiques,

3° Les chansons de danse,

4"* Les reverdies.

5^ Les pastourelles,

&" Les chansons d'aube,

B. — La poésie courtoise»

i^ Les chansons courtoises .

2° Les jeux-partis.

Aux chansons courtoises nous rattacherons C. — Les chansons religieuses^

qui leur sont apparentées par des liens très étroits : l'inspiration est identique et le même vocabulaire sert tour à tour aux manifestations poétiques de Tamour le plus profane et du plus pieux amour.

LES GEiNRES LYRIQUES

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