THEATRE
Il y aurait beaucoup à dire sur le théâtre, regardé à . travers la littérature ; restreint au point de vue local, il ofîre encore quelques particularités intéressantes.
Pendant le moyen-àge, le théâtre vivait sur des Mystères, vastes compositions cfui n'étaient que des récits en action^ une succession de tableaux empruntés à Tbistoire sacrée, à la religioa catholique, aux légendes des saints.
Il ne faut pas chercher dans le théâtre do moyen-âge les règles qui ont longtemps renfermé les compositions dramatiques, dans le cadre des trois unités classiques. La féerie moderne, sauf les ressources du machiniste et du décorateur, donne qoelqu*idéc des pièces du moyen-âge, dont la représentation se prolongeait souveut pendant plusieurs jours. La scène n'était alors qtt*un assemblage de (réieaux et d'échelles qui laissaient aux spectateurs la faculté de voir les acteurs entrer et sortir, sans l'abri de la coulisse qui isole aujourd'hui le personnage et permet les coups de théâtre. Les décors avaient, la plupart du temps, besoin du secours dlnscriptions pour fixer Tassislance sur le lieu, ses dispositions, le mobilier et la fonction de certains objets. Quand il s'agissait de mettre simultanément en scène le ciel, le purgatoire et renfer^ trois échafaudages se superposaient.
Les Mystères viennent directement des fêtes qui se pratiquaient dans les églises. VEpistda cum farsia, qui se chantait h Saint*Eiienne de Troyes, moitié en latin, moitié en français, était an dialogue consacré au récit du martyre de saint Btienne. Les fêtes dont il a été question à propos de la cathédrale, malgré leur caractère grotesque ou scandalenxy et notamment la Féte des Fotts, renfermaient en germe les premiers essais dramatiques risqués sur les tréteaux ; les Confrères de la Passion, les Enfants SansSouei, les BOiisoMens, sont les premiers assoclà qui aient commencé h pratiquer le théâtre an point de vue dramatique et comique. ' La province comptait des équivalents dans les sociétés accidentelles qui s'y formaient. Le drame, nous IV
vons dif, prenait ses sujets dans l'hisloire sainte. La comédie se bornait à des parades grotesques. Les Confrères de la Passion transformèrent, ou plutôt perfectionnèrent les aDcicns dialogues, et si les provinces ne suivirent que de loin le mouvement et Porganisation qui engendrèrent, sous Charles VI^ la première troupe fixe de comédiens^ néanmoins elles eurent, comme Paris, leurs acteurs et leurs pièoes. Ainsi, les archives municipales de Troyes possèdenC un manuscrit du xv* siècle, divisé en trois parties ou journées, qui contient les mystères de la Création, de la Passion et de la Aé$wrreetim de Jésus-Christ. Ce mystère Tut joné souvent et longtemps, car, en 1505, on le représentait, au moins en partie, sur une des plaoes de la TiUe.
Ce qui prouve Taction directe du clergé sur les spectacles» et sa participation au théâtre primitif, est une charte de Té- Téque deLangres, datée de i i08 Dans ce document, le prélat ordonne au doyen et au Cliapitre de Saint Uaclou de Bar-sur* Aube de féier solennellement leur patron en faisant représenter, de concert avec quelques bourgeoh, la vie et les miracles du saint « avec diversité de costumes' et persmnaffes » en présence du clergé et du peuple; il ajoute qu^une messe sera dite k un autel portatif placé sur les mêmes échafauds.
En 1551, on représenta, à Troyes, le Mystère de la Passion* Le spectacle dora dix jours.
I5i0 révèle, outre la pièce et les acteurs, quelques détails d'exécution ; on lit la Montre (l'annonce accompagnée do personnel) de la Diablerie de la Féngeawse de Notre- Setffneur. Les prêtres des diverses paroisses invitèrent les paroissiens disposés à jouer leur personnage dans la pièce k aller chercher des rôles. Les répétitions eurent lien k grand orchestre, et durèrent quinze jours. Le prix d'entrée en dedans des barrières était d*un dînaain.
Le vont était, à ce qu'il paraît, aux représentations pendant cette année 1540, car le 28 aoét, quatre mois apr^ la Diablerie de la rengeance, on jouait celle du jeu de Monsieur Saint-Loup, Il faillut trois dimanches consécutifs pour arriver an dénoûment. On payait un liard par personne.
Dès cette époque, les comédiens de Paris commencèrent
à jouer dans des salles fixes; mais, en province, ee ne fut que plus tard qu'on vit les mystères et les farces céder la place aux premières tentatives qui ont marqué les débuts de Tari dramatique dans la voie où il est engagé atyonrd'hui.
Les premières représentations dans des salles eurent lieu aux jeux de paume. Mais les salles doses, disposées en galeries^ renfermant un matériel de décors, ne purent naturellement s'ouvrir que lorsque les pièces qui les motivaient eureni pénétré en province. 11 est extrêmement probable quelVoyes put éire une des premières villes de France où les nouvelles formes de Tart se produisirent. En effet, un chanoine de Saint-Etienne devint célèbre comme traducteur du thé&lre Italien et comme auteur de comédies. C'était Pierre de Larrivcy, natif de Troyes et scribe du Chapitre. Ses œuvres sont anjourd hui de véritables curiosités littéraires extrêmement recherchées, et qu^on a souvent réimprimées. Il n^est pas douteux que Pierre de Larrivey n*ait été représenté dans son pays.
Quoiqu'il en soit, on ne trouve de salle fixe, exclusivement aO'eclée aux représentations tragiques ou comiques, ' que vers le temps où les œuvres de Corneille, de Holièâre et de Racine, eureni ouvert la voie aux auteurs secondaires.
A la fin du xvn* siècle, Troyes possédait certainement un théâtre aux n*^ e6 et 68. Il fut brûlé dans la nuit du 9 au 10 avril 1751 . Il était rue de l'Hôtel-de-Ville, h côté de la maison de la Plume-Blanche,
Rebâti en 1732, sur remplacement de son devancier, le nouveau thé&tre fut encore incendié le 7 av.il 1775. Un journal contemporain, rédigé, par l'abhé Trcmel, chanoine de Saintp-Urbain, raconte révènement dans tous ses détails : c La veille, dit-il, les comédiens avaient représenté leur co- » médie, quoique ce fut dans le Carême et même dans la 1* semaine de la Passion; la scène étant jouée, les concierges » n'eurent pas le soin d'éteindre exactement le feu ; il se » ralluma et embrasa tout le bàllment qui était trés-consi- » dérable. »
Suivent les détails ordinaires, sans en excepter les vols qui aujourd'hui encore sont un des épisodes des sinistres.
Let deux évènemento provoquèrent uue Iranslation du théâtre, car ou craigoait le retour du feu. On prit la précaution de risoler eu l'éleveut en dehors des remparts, sur le houlevard Belln, à cAté de la porte de la Madeleine. La pré^ caution n*a pas servi, car le bâtiment a traversé sans en» comhre une période de 91 ans. S'il eût valu la peine d*étre conservé, il n'eOt peut* être pas été aussi henreux.
Il y a tout lieu de penser que le nouveau tlu âire était destiné à supplanter la salle cîe la rue de l tiôlel-de-Ville, même avaiu l'incendie, car le nouveau bâtiment était construit en i7G8, sept ans avaiii la destruction de son devancier Un bieur Goulin s'était mis à la téle de ratTiirc, commandité par MM. Jouauli-Jaiisoii, Jac(iiiiii, Marchand, et Belly père et fils. Il dépensa soixante mille livres. En 4770, 011 n'avait pas encore trouvé de troupe pour jouer dans la nouvelle salle. Il faut arriver à 1773 pour voir la trace des premières représentations. Or, à cette époque, il y avait encore Pancienne salle, qui était préférée à cause de sa situation, préférence explicable par l'état et les conditions du nouveau théâtre, établi aux bords d'un fossé, contre un rempart qui l'isolait dans l'obscurité.
Le sieur Goulin se ruina. On en a la preuve dans une pétition qu'il adressa à l'Intendant de Champagne, au mois de février 1781. Des certificats de la municIpaUté et de divers créanciers attestent qu'il était réduit pour vivre aux produits de sa sallOy sur laquelle il devait encore des sommes importantes, entre autres, celle de 29,000 livres au sieur Jacquin, doyen des procureurs au bailliage. Dans la même année 1781, le pauvre diable demandait à Tintendance la permission de faire donner des représeotations dans la salle. De 1775 à 1778, le sieur Goulin avait eu pour associé le sieur Rozeli, directeur privilégié pour toute la Champagne. En 1779, le directeur titulaire était un nommé \alleville, qui ne fut pas plus heureux que son devancier, ear il établissait qu'à Reims, dans lis quatre mois d'automne, il avait pu faire 30,000 livres de recettes» tandis qu'à Troyes il avait perdu dans une eampagne environ iO,000 livres.
La ville de Troyes devint propriétaire du théâtre Goulin,
86 trouva doBi purgé des hypothèques et des commandites qui le grévaient.
Ces misères du théâtre conduisent kuneaulre particularité» au prix des places. En l'an rr de la République, une troupe civique et dramatique qui jouall, frais déduits, au profit des pauvres, était obligée de recevoir des assignats en paiement 'du prixd*entrée. BUe exposa àrautorité municipaleqoe Taugmeotation effirayante de la valeur des denrées» des marchandises, et Surtout de la ehandeUe^ annulait le prodoit des recettes destinées aux indigents. Elle demanda une augmentation. La municipalité, le 28 brumaire an lY, tarifia les places de la manière suivante i premières loges et amphithéâtre, 26 livres ; — deuxièmes, 44 livres ; — troisièmes, 7 livres 40 sous; — parterre, 6 livres.
Le thé&tre de Troyes, à défaut de grandes chances de bénétotf a toujours offert un abri paisible aux directeurs et aux comédiens. Les querelles littéraires et les passions qui fermentent dans d'autres endrdts, n'ont jamais beaucoup ému ses habitués. Le public, guidé par un sentiment de bienveillance qui fait honneur à sa charité, règle généralement ses jugements sur les ressources. — Que voulex*vous, dit-on, aux exigeants, ces pauvres gens sont si peu payés! — comme si l'argent entrait pour quelque chose dans les questions d'art; passe pour les garde-robes.
Toutefois il y a eu des tempêtes politiques sous la coupole de torchis inauguré par Goulin. La chanson patriotique y a aussi retenti avec accompagnement de drapeaux en 4789, — 1792, en 1850, en 1848. Le vivat a souvent changé d'idoles, et plus d*une fois la police a dû déployer son écharpe et ses règlements pour calmer reffervescence. Parmi les plus curieuses cabales, celle de l'an Y, mérite une mention. On allait jouer une pièce réactionnaire: ^Intérieur des Comités RévoluUotmaires, Le commissaire du directoire, pour prévenir tout désordre, signifie un i^^o à la troupe. Les comédiens rédigent alors une affiche annonçant la défense et un changement de spectacle, La salle est comble, le public veut à toute force la pièce défendue. La police hésite ; le piquet se tient Tanne au bras, enfin les comédiens cèdent à la pression et jouent /'MëHSeur
des Comités. Les Jatobins et les Aristocrates, comme s*appclleiit réciproquemeal les spci taleurs, sont aux prises, les , UDS applaudissant, les aulros sillluut. On se prend au collet, on joue lies poings el des bâtons. Enfin le sifflet vaincu s'humilie ilcvaut le bravo, et la pièce ra triomphante jusqu'au dénoùmeiil.
Le lendemain, la pièce était détendue ella salle fermée.
Le théâtre de Troyes, quoique toujours classé parmi îos scènes de troisième ou de quatrième ordre, a eu pu lois des directeurs habiles, de boi ucs troupes, et n'a pas été dédaigné parles grandes réputations des théâtres de Pftris, M***Duchesnois, M"^^ Georges el Déjazet, M""'Dorval, M'^^ Farp^ueîl, M^^Rachel, M"^'Dobré, M"-*^ Rose Chéri, encore à ses premiers débuis, M^i^ElisaForgeol, W»"^ Alberi et Léontine Fay, depuis M"'*Volnys, MM. Lipicr, Oocage, Bernard-Léon, Mélingue, Félix, Hoffmann, Lhérie, Henri Monnier, Saint-Ernest,Gobert, célèbre par ses imitations de Napoléon I^, Inchindi, Alexis Du* pont, Ponchard, Odry, Lepeintre jeune, Frédérick Lemattrei Acbard, Philippe et quelques autres célébrités, ont passé sur Je théâtre de Troyes. Il a été fait très-peu de pièces pour le public habituel. Celles qui ont réussi sont : LnUse FUuriot (1852), drame d'histoire locale qui a eu un succès sans analogues; loB Marie-Louise {i^U pi^ce militaire de M. Bordot, empruntée aux souvenirs de FinvasioD de la Champagne eu 1814 i puis les C<mie$de Champagne^ essai très- médiocre d'un acteur. AuparaYanl, le chemin de fer de Montereau avait nioti?é un h propos-vaudeville par M. lioreau, acteurauleur de mérite (1844).
L'ancienne salle incommode, mal distribuée, plus mal organisée sous le rapport scénique, a vécu jusqu'en 1859; c^eal un total de 91 ans» que bien peu de théâtres pourraient mettre en ligne. El certes» ce ne sont ni les plaintes, ni los souhaits malveillanis qui ont manqué k oe pauvre tliéfttre. U s'est obstiné à dosner un démenti aux précautions orIfH naires^ et quoique tout en bois, Il a su se passer des pompiers.
Eu 1859, on a commencé la retiau/raHon du bâtiment, après avoir souvent agité des plans et des projets de recontiruction qui n'ont pas abouti. Cette ftstau/raiion fort
porlune à tous les titres, pourrait bieû égarer les fulurs archéologues, si nous ne disions que les architectes, usant de la latitude qu^on leur avait accordée, ont abusé du ieas grammatical. Il reste juste un très-petit pan de bois ancien pour servir de paravent à Tentreprise. Il s'encadre dans la façade postérieure comme on fragment dans une nosai^oe. Etabli en charpente, avec remplissages en briqnett, lenonreau théâtre offre autant de sécurité qu'un édifice en pierre. Il reste à juger son extérieur et ses appropriations.
lie» eiitq Faubourss de Trojern»
CroDcels.— Sainte-Savine — Saint-Martin.— Preize— Saint- Jaques.
FÀUBOUBG CB0NCBL8.
Il a été assez souvent question des faubourgs dans
les diverses parties de ce livre, pour que nous résumions rapidement les faits qui s'y appliquent.
Le faubourg Croncels u'était originairement qu^un village dont il est fait mention dès le xn*^ siècle. Peu k près, les aiaisons longtemps tenues à distance des muraiHes et des fossés se rapprochèrent.
On sait qu^entre la porte de la ville et Saint-Gilles se trouvait Vbépiial du Saint-Esprit qui, brûlé au xv^ siècle pendant la guerre anglaise, fui transféré dans l'endroit qu'occupe la caserne d'iufanterie. La place de Tancienne porte et de ses défenses avancées est maintenant ornée de plantations d^arbres.
La halle aux vins a été établie en 1810. Elle se trouve sur
un ancieo endos planté de vignes qui s'étendait des fossés à la Vienne.
L'auditoire du juge des faubourgs était près de ce ruisseau. 11 faut noter que les terrains maratchers qu'arrose la Vienne servirent de butte aux archers et aux arquebusiers.
La petite chapelle Saint-Gilles, curieux échantillon de cbarpente qui remonte à la fin du xv« siècle, et a été additionné de transsepts dans le cours du siècle suivaut, rem-» place une petite chapelle en pierre détruite en 1429. Celleci était plus au fond des terrains, sur le bord d'un des bras de la Vienne.
Il ne reste que quelques fragments des dispositions anciennes, mais elles sufTlrent pour faire apprécier ce qu'était autrefois Tensemble. Chaque travée est déterminée par un entrait transversal ou poutre sur des liens adhérant aux pans de bois. Au centre de l'entrait pose un poinçon octogone joignant le sous-faitage. Chaque travée est éclairée par une fenêtre en ogive trilobée. Les profils des moulures poussées sur tous les angles des pièces de bois, dans les baies des fenêtres, le long des sablières, des poteaux et des liens, sont trés-franchement avivés. Les voûtes sont en bardeau. On ne saurait trop regretter les badigeons, les torchis et les remaniements qui ont gâté SaintpGilles à rintérieur et à l'extérieur.
Le mobilier de la chapelle est intéressant. On y voit figurer plusieurs peintures sur bois du xri* siècle» quelques statuettes, des fragments de vitraux héraldiques, et une quantité de lianes de toutes les formes. 11 en est qui remontent à Louis XIII ou Louis XIV.
Saint-Gilles, ancienne dépendance de Saint-André, près Troyes, était le siège de la confrérie des tisserands en draps. Les habitants du faubourg, ont fait les frais de la construction. Chaque année, les habitants fêtent le patron par des illuminations, des jeux et des danses.
Dans la rue des Terrasses, ainsi nommée dès le xv* siècle, est établi le couvent de la Providence, fondé k Pargues en 1819 ppr Tabbé Boigegrain, transféré h Troyes en 1834. L'enseignement est le but principal de la fondation.
Une très-belle chapelle ogivale (formes du xiii* siècle) a
été construite sur les plans de M. £. Millet, architecte diocésain. Une nef et des transsepts avec tribunes, un chevet carré, des voûtes à nervures, des fenêtres en arc aigu, et des pignons à chacune des extrémités du monument, résument la disposition générale de celte petite église solidement construite en moellons et en pierres de taille.
En remontant le faubourg à gauche, une chapelle, une réunion de bÀiiments et des jardins, signalent le couvent de la Visitation.
Les visitandines ne s'établirent pas à Troyes sans résis^ tance, car l'évéque René de Breslay ayant évité de consulter la municipalité, le maire et les échevins firent barrer le passage au3( religieuses quand elles arrivèrent à Tune des portes de la ville. L'évéque, malgré ses explications, fut ré> doit à emmener les sœurs à son château de Salnt^Lyé. Pour vaincre la résistance du corps de ville, il fallut prendre des moyens détournés et subordonner la vérification d'un oelrol, qui intéressait beaucoup la municipalité, à l'admission des religieuses. Néanmoins, rétablissement définitif de la Visitation, ne put encore s'effectuer sans de nouvelles résis^ lances. Eu i635, seulement, la communauté put se fixer an faubourg Groncels. H. de la Femas, intendant de Champagne, posa la première pierre du couvent, au nom du roi. Les b&tîments ne fiirent achevés qu*en 1670. La chapelle ne se compose que d'une nef échiirée par des fenêtres en plein cintre; elle possède une toiture émalllée dont les dessins sont à peu près complets.
Après avoir signalé la rue de l'Ecorcberte oh étalent les abattoirs des bouchers autorisés momentanément à exercer à Groncels; les fourches patibulaires de la Groix«du-Petit- Pavé, dans les terrains voisins du chemin de fer, arrivons à Fangle droit de la rue de la Mission. Il y avait là un établis- ^ sèment de missionnaires qui subsista de 1640 jusqu'à 1723, date de sa translation à Notre-I>ame*en-risle.
C'était le point de départ des anciens faux-fossés.
Un enclos de murs qui s'étend du pavé du faubourg Jus- ' qu'au canal projeté de la Haute-Seine, le long de la rue des Capucins, est tout ce qui reste du couvent des firères mineurs de Saint-François. Protégés par les Cholseul Praslain, les
capucins s'établirent au fanliourg de IGIO à 1612, et y reslèrent jusqu*à la suppression des cnuvcnls. Ils rendireni de grands services pondam les épidémies, el conlribih i i'iu à amoindrir le p^olebtanli^ule. Leurs missious eurent beaucoup de succès, surlaul celle de 1681 qui fut terminée par une procession et la planiation d'une croix à Pendroii eûcore noiïinié Je Calvaire, près de I* porle Saint- Jacques. SiK cents filles ou l'emmes habillées eu cosunncâ uionas* tiques, suivirent le cortège. La croix fui saluée par de bruyantes décharges de niousquelerie.
Une maison bourgeoise, an 126 du faubourg, a remplacé le couvent des Carmélites ([u'il no faut pas confondre avec celui de la ville son contemporain.
La reine Anne d'Aulricbe, pt iulani son séjour k Troyes, fil cesser la resislance que les olliciers uinnieipaux apportaient à rétablissement d'une seconde maison de Carmé* liles. Elle posa la pi rmièrc pierre du couvent le 15 avril 1650, entourée des grands peisonnaiies de la Cour. La féle fut brillante. Le roi avait envoyé sa musique pour solenniser la cérémonie . Il donna 400 livres et la tuile nécessaire aux nouveaux bâlimenls.
De la chapelle bâtie en 1C60, il ne reste plus vestige. \/.\ clôlur*' C'nveiuueJle enlamée parle passage du chemin de fer est en pariie détruite. A rexlréniilé du faubourg, à Kendroit où se trouve la grande fontaine qui alimente le fossé Freslois, on voit quelques vestiges de murs; ce sont les derniers débris de la Chartreuse de Troves.
En 1315, sur ia paroisse de Saint Jc:in-de-Bonneval, Pierre de Moussey et sa femme établirent v.ne Chartreuse; en 1332, sollicités par un chanoine de Saint-Etienne, les religieux voulurent quitter Saint Jean de Bonneval, et consentirent à se fixer dans les terrains de la Prée, entre Viélaines et Rozières, Malgré l'insalubrité dti lien entDiiré de marais, les Chartreux ne le quittèrent qu'en 4626, pour venir au faubourir. Le monasièrc était considérable. Le eloilre élevé sur un plan carré mesurait cent pas sur cliaqne face. Mais les bâtiments n'étaient complets que sur les ( <)[es du midi et du levant, qui comptaient chacun vingt-quatre arcades. Chaque chartreux occupait une cellule isolée. L'église ne parait pas avoir eu
l>eaucoup d'importioce, surtout au puini de vue de Fart. L'évêque Le Boulhilier Chaviguy (il une retraite choz les pères Chartreux en 1699. On allait en pèlerinage au couvent pendant le cours de juin de chaque anuée, pour vénérer les reliques de sainte Syre.
Les bâtiments deè Chartreux, vendus lors de la Révolution^ ont à peu près disp iru.
Mentionnons Teulrée de Louis XIV par le faubourg Gronceis en 1668 ; elle eut lieu aux flambeaux.
Un incendie détruisit, en 1686, plusieurs maisons près des Capucins.
FAUBOURG SAINTB-8AV1NB.
Une circonstance de la vie de sainte Savine, jeune fille grecque qui s'était faite un des apôtres de la religion chrétienne dans les Gaules, donna naissance au village qui fût le noyau du faubourg.
La jeune fille aiiivaii auv enviions de I royes, en compagnie d'une amie qui la suivait depuis l'ile do S;imos son pays. Elle dicrchait son frère Savinien qui l'avait devancée dans l'apostolat. Assises en vue de la ville, les deux jeunes fliles demandèrent h un passant des nouvelles de Savinien.
Le passant lepoudit que l'apoire était mort à Sainte-Syre martyrisé par les soldats de l'empereur Aurélien.
A ceUe jiouvelle, Savine tomba foudroyée, et s )ii âme ue tarda pas à rejoindre celle de son frère bien-niuié.
Sa compagne raconta alors à la foule assemblée les mérites et les vertus de Savine qu'on ensevelit à la place même où 2a fatale nouvelle Tavaii frappée.
Ceci se passait à la fia du m'' siècle.
Quatre cents ans s'écoulèrent, et le souvenir de la jeune fille, embelli par la légende, prit les proportions d'un culte. Ce fut nlor^ que l'évèquc deTroyes, Ragnégisile, fit clever une église y In iiiémoire de la sainte, et voulut qu'on plaçât son propre tombeau dans la chapelle qu'il avait construite. Autour de ce modeste monument vinrent se grouper des mai-
sons qui formèrenî un village. Le Tillage graodissaat s'éteodit
de tous ( ôiés ei fonnii !c faubourg.
P]n«;ieiirs lois détruite cl plusieurs fois réédifiée, Téglisc conserva ion jours le lomljeau et les ossements de Ragnègi^ih> ; quant :)ux restes de la saifite, ils furent traosférés à l'aUbayc de MoDtier-Ia-Celle.
L'église de Sainte Savine appartient dans son ensemble à la dernière période de Fogive, el correspond au règne de Louis XII. Son ornementation et ses dispositions répètent à un degré inférieur les monuments religieux de la même époque qui existent à Troyes. Le portail principal est un motif corinthien du temps de Louis XIII, k deux arcades sous fronton cintré et dcconpé. Il y a des statues et des fragments de vitraux intéressants, un beau coffre sculpté des débals de la Renaissance, et une châsse en bois du même temps qui couvre le tombeau de Ragnégbile ; ce tombeau plusieurs fois ouvert, consiste dans une de ces grandes auges de pierre qui caractérisent les monuments funéraires des temps earlovingiens. Quelques peintures sar bois do X.T1* siècle «ont k remarquer.
Les Bavdrot, magons, Paupelier et Fournier, menuisiers sculpteurs, Cordonnier, Poibido, Rudiger, Linard et Jean Gottthier, sont les principaux verriers qui décorèrent les fenêtres de Téglise.
Noos avons noté les Faux-Fossés qui traversaient le faubourg derrière l'église. Disons en passant que les habitants devûent contribuer au curage des fossés de la ville entre Croncels et la Tour-Baleau, et k l'entretien des remparts.
Tout à rexlreiaité du laubuurg, en relrailc sur la gauche, est une propriété entourée de canaux aliaienlés par la Tienne. C'est l'ancien emplacement du couvent des Bernardines de Noire-Dam e-des-Prés fondé vers 1230.
La mère du pape Urbain iV s'était retirée dans ce monastère qui lui donna une honorable sépulture au milieu de son église. Ce fut à celle considération que les religieuses ohtinreni du p ipe troyen, en 1264» une somme de cinq mille florins destinée a la reconstruction de réglise.
De grands travaux de réparation furent faits en 1630 par .
l'abbesse Marie de la Chaussée. Lors de la suppressiou du couvent, il y avait encore vingt-cinq religieuses.
Les principaux événements à noter pendant les cinq siècles et plus que dm » le monastère soia des émigrations temporaires inoUvccs par les événements iiiililaires. Ainsi, en 4590, les religieuses se réfugièrent dans les bâtiments du Saint-Esprit (Oraudre), poui se mettre à l'abri des suites de la guerre déclarée par la Ligue à Henri IV. Une toute autre cause détermina, en 4638, l'abandon partiel de Notre- Dame. Les nonnes étaient en pleine insurrection domestique. La plupart, « à cause de leur mauvais ménage et înésinielllgence, » dit un document contemporain, obtinrent la permission de se retirer [,our trois ans au prieuré de Sainl- Quentin, rue de Molèine. A celle époque la règle cistercienne avait singulièrement fléchi. Noire Dame-des Prés était devenu célèbre par Thospitalilé savoureuse qu'y recevaient les amis de la comnuinaulé. La correspondance du XVII® siècle, qui existe aux Archives, révèle des délicatesses culinaires et une recbercbe du !>ien-être fort appréciées des visiteurs. Les consen'es et les choux farcîfi de Noire-Dame avaient une grande réputation. On ne se douterait pas en voyant maintenant les abords du couvent enveloppés de brumes au milieu de taillis cl d'un réseau aquatique lentillé où poiiiieiil les roseruix et les glaïeuls, que IV///' de Noire- Dame étaiifori j)ris>. Une religieuse dans une de ses ieiires Uit« qu'une once (f(i du préau vaut plus, prntr le hini-être et la sanfé, (fit une licrede tout autre. y> Quand on a vu les transformations paysagistes des lieux deehus, on peut croire à la sincérité de l'éloge. Du reste, quand il fait beau depuis longtemps, les chemins de Chîcherey et de la Rivière-de- Corps avec leurs herbes vertes, avec les massifs et les canaux qui y entretiennent Pombre et la fraicbeur, formôDl une promenade qui a son prix.
FAUBOURG 8AINT*MARTIN.
II n'y a p^s quarante ans, Saint-Martin, qui forme , une dépendance considérable de la ville, était un vii-
lage habité surtout par des vignerons et des jardiniers.
Mais peu à peu la salubrité de l'air, le bon marché — nous ne disons pas la qualité des terrains, — le voisinage du Quartier-Haut, et la franchise dont jouissaient les objets de consommation libres de toutes taxe» d'oo troi, attirèrent les habitants désireux de jouir des avantages de la ville» et de se soustraire à ses inconvénients et à ses charges. La chaussée déserte du tour de ville et les ruelles où s'espaçaient quelques pauvres chaumières, se couvrirent en peu de temps de maisons dont le nombre s'accrut en proportii it des facilités d'accès que la ville offrit au voisinage, d'abord par des percements, ensuite par les démolitions successives de l'enceinte militaire. Saint-Martin devint ainsi une véritable petite cité bourgeoise qui comptait, en '1847, de 3 à 4,000 habitants. Une première tentative afin d'annexion de la commune à la ville ayant échoué, le Conseil municipal de Troyes en fit une .seconde en 4854, et en 4855 il obtint gain de cause:
Les moDuments historiques du faubourg Saiot-Martiu étaient raneienne chapelle de SàÎDte-Jule, dans la rue de ce nom, le couvent des Ântooias, el Téglise placée sous le vocable de Saiot-Martin.
La chapelle de Saiote-Jule avdii remplacé Téglise primitive de la commune, que le comte de Saint«Pol avait fait démolir en 1790 pour en employer les matériaux à la consfniellon du fort Cbevreuse. Â son tour, ce petit monument Ait détruH en 1833. Il n'avait d*au ire Intérêt que celui de préciser Templacemeut où la sainte avait souffert le martyre.
Hais l'église, si brutalement reuversée par le comte de Mnl-Pol, de?ait avoir une valeur artistique et historique de quelque imporlance. L'événement nous réduit à de simples conjectures.
L'éi^^Iise actuelle, dcoliuée a remplacer celle que la guerre avait fait détruire, lui entreprise vers 159J. Son ensemble lui terminé assez rapidement.
I/cdince se compose d'une nef principale et de bassesnefs q<ii la contournent derrière le chœur.
A la grande nef sont des fenêtres en ogives très-élargies» avec meneaux carrés disposés en arcalures à deux rangs séparés par une (rîse de cercles cl d'ovales. Â l'appui, un motif de galerie en cercles entrelacés.
A la grande voûle sloscrivent des nervures en croisées d'ogives avec liernes et tiercerons, rosaces et elefe pen* dantes.
Aux basBes*nefs^ les fenéires sont en plein-dotre» les nervures n'ont que deux branches.
Les piliers n'ont pas de chapiteaux ; ils sont décorés de corniches d'un maigre proAI.
Huit travées se succihIcuL du portail au iomi du sanctuaire. Elles sont en arc (t^ivé jusqu'aux transsepts; en plein cintre au cliœur. Il n'y a pas de portes aux transsepts; on y trouve de grandes fenêtres qui rappellent celles de Saint-Nizier. Le fenêiragc au delà de la grande nef offre quelques variantes dans b disposition des meneaux.
Il y a (le boaux vitraux à Sainl-Mariin, mais on a surfiiii le mérite du plus grand nombre; quelques-uns sont nn ine d'une exécution assez grossière. l"]n rêvant ho, h h <!en\ième chapelle du côté nord et à la première chapelle sud du chœur, il y a deux verrières qu'on peut hardiment ntlrilmer à l'école de Linard GojUhier, car on y reiroitve toutes les qualités du mailre. La première (celle de la deuxième chapelle nord), où ligure VHistoire d'Abraham et de Jacoh, surmonte w\w famille de donateurs peinte avec un talent et une finesse incomparables. La légende de sainte Anne et VEnfancp de la Fierge (première chapelle sud dn c liœur) se recommaniio par un dessin résolu, une composition magistrale ei de très-beaux détails.
On attribue à un ccriain Iran Blondel la plupart des verrières anlrcs que celles donl iious j^nrîoiis. On ne sauiait ganiulir cette tradition, car dans aiieune uomeucialure des verriei's anciens on ne rencontre ce nom.
K In petite porte latirâle sud, diH^e de 1010, on trouve l'encadrement si connu : un fronton échancre sur colonnes.
Le por!;n! (îo !*ri:lise est un calque corinlhîen de la composition (i on chauoiue de la cathédrale, du nom de Maillet. Il date de 1681.
 côté de l'église deSaint Martio est TancieD couvent des i Antonins. Ces hospitaliers, établis d'abord vers le milieu da XIII" siècle dans la rue des Bûchettes, ou au moins dans le Clos de la Madeleine, 86 fixèrent ensuite, vers 1341, dans la roe de Saint Abraham, nom qui s^appliquait aussi bien à la grande rue de Saint-Martin qu^à celle de la Rouarie, auparavant de Provins, puis successivement de Saint*Abraham^ des Filles, et de Jaillant-Deschaineis.
En 1590 leur église fut démolie en même temps que ■ celle de la paroisse et la chapelle des THnitaires de Preiie» pour fournir des pierres au boulevard de Chevreose. A h suite de cet événement, ils se retirèrent sur le territoire de Saint-Martin, dans la justice de Saint-Jean-Gbàtel. Ils y testèrent josqu*en 1777, date de leur réunion à TOrdre de Halte, et forent remplacés par les Ursulines» acquéreurs de la maison, en 1780. Les bâtiments actuels sont affectés au Petit-Séminaire. Le corps- de-logis principal remonte au commencement du xvii« siècle. Les fenêtres et les portes à bos^ sages rappellent l'architectare du temps de Louis XIIL
En 184S, le clergé du diocèse fit un appel h la générosité | des fidèles pour élever une chapelle. De 4 846 h 1848» un mo- i nument ogival h une seule nef, flanqué d*éperons, percé de grandes fenêtres» vofité en pierre et décoré de colonnettes, fut élevé sur les dessins de M. Boucher, architecte du département» Le peu d'épaisseur des mors, la mauvaise qualité des matériaux et la poussée des voûtes ont amené la ruine de la construction versja fin de 1859. La chapelle est inter dite, ^interdiction est un acheminement à une démolltiou.
Dès l'an 1 1 00, les aljhés de Montiéramey avaient les droits de haute, moyenne ei basse justices à Sainl-Manin. C'était un don de Hugues I*', comte de Champagne. On a vu que le martyre de sainte Jule s'accomplit sur le territoire de la commune. Rappelons qu'à Tangle droit du faubourg Saini-Martin s^étendaieai dans le sens du uiaii de la Madeleine la maison* réglise, et le cimetière de Saint-Abraiiam, hôpital de pèlerins
fondé en 1 178 par le coriUe Henri-Ie-Libéral. L'établissemenl fui détruit pendaul la guerre anglaise du xiv" siècle, et Iransieré en ville, me de la Rouarie, en 1488. Les faux fossés traversaient le faubourg à la hauteur de la rue des Fossés- Pairis et de la rue Derne. On rencontre encore le irouçon abandonné de la ligne de fer de Montereau, depuis la petite rue Sainte-Jule jusqu'à la rue Carrée et au-delà.
«FAUBOORG DE PBSIZB.
Cette partie de la banlieue de Troyes a subi des transformations nombreuses. Le sol a été littéralement bouleversé. Pendant longtemps le marais de Preize ne fût traversé que par la voie romaine de Troyes à Beau-
vais, qui touchait la rue du Puits-Sainte-Jule, le Marché-Rupt et Pouilly, pour prendre la direction de Ponts-sur-Seine.
Sous les comtes de Champagne» en deboni et dans le voir sinage delà porte de Comporté (Preiie), s^èiablit la premite maison conventuelle des Gordeliers (1237).
Âux Gordeliers succédèrent, en 4960, les Trinitaires ou Mathurins, dont l'église fut détruite par le comte de Salnl- Pol, dans cette célèbre année 1590, où la Ligue fit un dernier effort pour repousser Henri IV. Abandonnée par les religieux, puis démolie, la maison fut remplacée par une petite chapelle dédiée à la Trinité, et qui subsista jusqu'à la Révolution.
Au quatorzième siùcle, les faux fossés de la ville de Troyes passaient au-dessous du couvent des Trinitaires, et venaient rejoindre les fossés d'enceinte de la ville, du côté de la prise d'eau qui fait face à l'entrée de Nervaux.
Lorsque le canal de la H mie-Seine fut entrepris eu 1808, tout le revers droit du faubourg de Preize se trouva encaissé par l'exhaussement des bajiqut-ues du canal, qui aiiienèrent la suppression des ri^M>les secondaires alimentées par la Seine et les ruisseaux qui sillonnent les bas-fonds de Tancieu ma-
rais. Le chemin de fer, en obligeant à élever des remblais sur le côté gauche du faubourg, changea éi^alement les conditions topographiques des terrains compris entre Preize et Saint-Martin. La démolition des remparts, le canal et le chemin de fer ont en la meilleure influence sur les environs de Preize. De grandes maisons, des ateliers, des jardins, sont ▼enus entrecouper les habitations des jardiniers qui n^en ont pas moins amélioré et agrandi les cultures maraichères qui prospèrent de ce côté de la banlieue, jusqu'au fond de la section des Tauxelles. Comme les sentiers 4p Chicherey cl de la Riviére-de-Corps, les chemins verdoyants des Tauxel* les et des environs de Preize offrent beaucoup de charme et de fraîcheur, seulement il faut choisir son temps et ne pas s'y risquer avant les chaleurs de Télé.
Longtemps le faubourg de Preise eut le privilège peu enviable de réunir les guinguettes les plus fréquentées et les pins bruyantes du tour de ville. Les franchises d'ocf roi avaient en la propriété de multiplier les bouchons. Tous les lundis, les buveurs foisonnaient entre le mail et la Swriùière, éta* Uissement suffisamment qualifié par sa désignation. On sait, de reste, ce que sont les scènes de cabaret et leurs soites. Bien longtemps Preize fut à ce régime. L'amélioration do quartier, et surtout celle des mœurs» ont fait disparatlie la plupart des enseignes du fg«bourg, bien avant l'éppKeaiion des tarifs d'octroi aux spiritueux. Une fobrlque de bonneterie circulaire a remplacé au commencement du faubourg une filature de coton qui avait, elle-même, cié précédée par on établissement du même iifenre.
Le poiii de la Coiiloinmière, qui traverse le canal depuis son achèvement, a letiiplai l' un aulre poiil dont les pieux, entamés pai la hache, et le tablier troué par le fen, reslaieul comme un souvenir des désastres de rinvision de 1844. Le brave général Gautherin s'était retiré au faubourg de Preize^ daus une nioilesle inaibon où il resia ju&qu à la fin de sa longue el honorable carrière.
FAUBOURG SAINT- JACQUB8.
De même que les autres faubourgs, Saint-Jacques commença par être uu petit village. Les maisons furent longtemps tenues à distance de la ville, au-delà de la rue aui Moines, qui conduit aux prairies de Pont* Sainte^Harie. «Cependant, les Fallets, qui bordent la chaussée du mail et s'enfoncent du côté de la prairie, ont été certainement le siège d'an ou de plusieurs établissements gallo-romains, car depuis longtemps on découvre des débris de céramique, d'ustensiles, et d'objets de cette lointaine période. La voie romaine d'Agrippa, après avoir abouti à Troyes par les terrains de Saint^André, partait par Saint^Jacques pour se prolonger yers Ghàlons-sur-Mame.
Très anciennement, à la bifarcalion des routes d'Arcis et de Bar-8ur-4ube, s'élevait le prieuré de Saint-Jacques, qui, dès le XI* siècle, possédait les droiis seigneuriaux sur le bourg. En 1595, après la démolition de Teglise des Mathurins, de Preize, et les dommages essuyés parle couvent, les religieux de Saint-Jacques ^'unirent aux Mal^urios qui se iixèrent définilivenieut au tuieure.
On sait que les Triuitaires avaient pour nussion le rachat des chrétiens faits prisonniers par les itialiométans. Troyes vit plusieurs fois des processions de captifs liberrs par les soins et le dévoùineut des religieux du faubourg. I.a solennité qui s^accomplit le i8 octobre 1667 î>r(u1uisil une vive inifiression. Les prisonniers étaient acconii>;jL:ii s chacun de deux enfants habillés en anges, et tenant des cliaines. A la lin du XVII* siècle, les bâtiments conventuels Turent restaurés. L'ancienue é^^lise, refaite à la même époque, fut remplacée, moins d'un siècle après, par un nouvel edilice qui a été démoli après la Révolution. Une fdaiure de laine s'établit au commencement de ce siècle dans les bâtiments de Saint- Jacques. Après des vicissitudes diverses, Fancieu couveot
des liatharins a été traosfomé, en i8S7, en usine k sparterîe, à la saite de Tiacendie qui, en avril de la même aunée, avait réduit en cendres Patelier alors établi aui moulins de Ghaillouet.
Le couvent des Carmélites, voisin des anciens Ifathurins, a renoué les traditions de l'Ordre, interrompues par la première révolution. D^abord réfugiées dans une maison de la rue du Yert*6a1ant, n* 18, elles allèrent ensuite rue du Grand-Clolire-Saint-Pierre, n^ S8, puis elles Anireot par occuper la vaste propriété qu^elles possèdent entre le faubourg et la fontaine de la Vacherie.
En 1835, le 28 mai, on posa la première pierre de la chapelle neuve élevée sur les plans de M. Rozaire fils. Ce petit édifice, de dispositions pittoresques et d'aspect moitié religieux, nioiiié militaire, est une imitation libre de l'architecture du xiv^ siècle. L'intérieur en est richement peint, doré et meublé. Au-dessus de rautcl est une vierge de M. L. Duveau, artiste de lalent, qui a donné aux Carmélites une preuve de sou liabilelé. En 1857, le chapitre et les bâtiments neuisdu couvent ont été couiplèiement terminés.
L'école normale pi imaire, une brasserie importante, des chantiers de buis et des éiendoirs de tanneur, se trouvent dans le faubourg Saint-Jacques.
JBHTIBOnrS BK VKOYES;
SAINT-JUUBN. — EOZIÂaSS. — VILLEMBRBVIL. — SAIlCT-AIfDBÉ. ~ PONT-SAINTB-MAEIB* —
BÀRBEBEY- SAINT - SCJLPICE .
Si le voisinage de Troyes pèche par l'absence du pittores* que, si la vue y est bornée finie de variété, de mouvement et
de relief dans le plan des sui laLCs, néanmoins on-ne saurait contester d'autres mérites : la fraîcheur, l'ombre, une végétation brillante, pleine des oppositions que fournissent l'industrie appliquée à la culture, et la riche variété des plantations qui l'enveloppent. Toutes les grandes lignes aquatiques de la banlieue circulent entre des files de peupliers à projections vigoureuses. Quand s'interrompent ces vertes eolonnadeSt les saules, avec leur branchage eploré, les frênes aux etmes touffues et aux feuilles lancéolées, le noisetier (jui se niasse en taillis, pêle-mêle avec l'aunelle, servent de burdure aux eaux courantes. Les rivi s des canaux n'ont pas la nudité des berges que côtoient les mariniers dans les pays de navigation. Les ronces, les graverais, les néfliers, le sureau» la vigne vierge, toutes les pousses d'aventure parmi lesqudfes se faufilent la véronique» l'épine noire, et les sauvageons florifères semés par le vent, égaient les marges du labyrinthe que décrivent les dérivations. Allez à travers les hscieslleuries des Tauxelles, dans les taillis de Fouchy, le
lon^ des chaussées du Vouldy et dns Blanchisseurs; engagez-vous dans les sentiers capricieux qui serpentent à travers la Vacherie, les abords de Saint-Ândré, dans les prolongeiDeots de Chicherey et de la Rivière-de-Gorps, partout vous trouverez l'eau et la verdure combiuées avec une multiplicité d'aspects inimaginable.
Ici se montrent des chauinitres avec les expansions moussues, les licbeas et les joubarbes qui décorent les toits de chaume; pins loin, la tuile rouge regarde à travers les éclaircies bocagères; de ce côté ce sont des chemins creux bordés de lilas et des émioeiiccs devant lesquellss s'alhHigent des prairies d*un vert qui rappelle les herbages normands. Partout c'est un luxe d'arbres fruitiers qui donne à l'œil et à l'odonit riilusion d'une neige odorante pendant la floraison printannière.
Si vous voulez voir combinés Tindustrie et le paysage, diriges-vous vers le Vouldy, où naguère les comtes de Gham*
pagne avaient un palais d'été» où Louis XIII pécha dans les i*éscrvoirs du baron du Vouldy, au milit ii des glaces cassées. Vous verrez, en passant, fumer les usines dos teinturiei^ et des apprêteurs. Les bruissements des vannages vous signaleront la filature de la Pielle, et plus loin les usines jumelles de- la. Rave et de Notre-Dame. En passant, vous pourrez jeter un coup-d'œil sur les vastes plantations de p^mèreet les parterres du Vouldy.
Sur la chaussée des Blanchisseurs, autre aspect. Des prairies tendues de toiles blanches, de longs séchoirs clos eo persiennes, rappellent ces fameuses blanchisseries du moyen- Ige qui mettaieni à contribution les ^briques flamandes et hollandaises. Le moulin de Paresse, avec son nom épigrammatîque, ne traduit pas seulement l'inaction involontaire à laquelle les règlements d'eau ont condamné ses roues, il fait souvenir d'une redoutable fabrication, celle de la poudre à canon.
Plus haut se trouvcDt sur la même ligne, Pétai et la papeterie Le Fioy.
Le moulin de Pétai, anciennement de Pétau, puis de Pestail, enfin, Pétai est aussi ancien que le canal des Trévois. La meunerie, la papeteiîe et la fabrication du tan et de la poudre s'y sont succède. Plusieuis fois ce moulin a été incendié.
Il e&iste à côté une fabrique de carton créée depuis quelques années, et qui s'est transformée en papeterie.
La papeterie Le Roy porte ce nom depuis la fin du xm* siècle. Dans le pi incipe, on la confondait avec l'usine située audessus, sous le nonn collectif de moulins de la Moline.
Fabrique de papier depuis l'origine de la papeterie troyenne, le moulin Le Boy est le dernier et Tunique établissement qui rappelle lancienne et si considérable fabrication dont les Le Bé étaient les chefs. Mais, grftce aux procédés modernes, la production de cette seule usine équivaut à celle de plusieurs des anciennes j)apetenes. Ceux qui veulent assister à un des plus intéressants spectacles que [)uisse offrir l'industrie, doivent visiter rétablissement. L'informe chilien devient en quelques minutes la feuille de papier sur laquelle on écrit ou l'on imprime.
Le moulin de la Moline, le premier de tous ceux qui se succèdent sur les canaux créés par les comtes de Champagne, devint une filature de coton en 1820. Il avait, antériearemeni, prêté une par tie de sa force motrice à la charaoiserie et à la fabrication des huiles.
Le chemin de Croncels côtoie la riche pé()inière de la famille Baltet, et révèle des merveilles d'arboriculture dont la Belgique et la Hollande se rendent souvent tributaires.
Aimez-vous l'indasliie? on en a mis partout. Aux Hauts- Clos prospèrent de riches collections de volatiles, une fabi ique de noirs derafûnerie et d engrais. Dans toules les [uofondeiu-s ombreuses de Saint-André, peuplées de rossignols et de fau-
vctles, la culture domestique dispute la place aux lilas, à l'aubépine, au fusain et à 1 "aulnelic.
Du côté de Cbaillouet, les filatures pilotées au milieu des eaux, n'ont pas, tant s'eo faut, banni la verdure. Un peu plus bas, Saint-QuenUo, aDcienne usioe à laine et à coton, après avoir fait de blé fiirine, e»i revenue au culte du fromeot. Ce moulin n^est qu'uoe éclairde au milieu des peupliers, des frênes et des marsauUs.
Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que deux des quatre usines de Cbaillouet, nommées les moulins brûlés depuis la guerre anglaise, pendant laquelle ils furent détruits, ont été consacrées à la fabrication du papier dès son introduclioD à Troyes. Aujourd'hui la ûlature du coton utH lise la force motrice que se partageaient précédemment la meunerie, le lainage et le tan.
Au-dessous, mais sur une section particulière du bras de la Seine, qui réunit tout le volume des eaux distribuées en amont, tournent les roues du moulin de Saint-Quentin. Son nom lui vient de ses premiers propriétaires, les religieux du prieuré de la rue de Moiéme, qui gardèrent Tusine jusqu'à la Révolution.
D'abord moulin I blé, puis successivement utilisé par la
draperie, la filature de coton, Saint-Quentin fit retour à la farine tout en devenant une vermicellerie. Aujourd hui on y pratique exclusivement la grande mouture.
Sans plus insister sur des agréments rustiques qui n'ont pas besoin de description, signalons les localités extérieures qui se recommandent à des titres particuliers.
Saint-Julien.
Ce village est le rendez-vous des promeneurs qui mettent la matelotte de moitié dans leurs plans de campagne. Une partie de bateau sur la Sme donne à la fois un plaisir aux
yeux et un stimulant aux estomacs. L'église mérite une visite, le château des Cours, dont le parc s'ouvre périodiquemeDt le jeur de la fôte patronale, devant la foule des promeneurs de Troyes, rappelle quelques noms entourés d*une certaine célébrité. Pendant la possession de M. Rémond des Cours, homme distingué par son intelligence et quelques travaux littéraires ; Fontenelle, Baluze, Sacy, Boubours, etc., vinrent résider au château. •
Lo petit château de Saint-Julien fait vis-à-vis aux andennes vannes tranchînes remplacées par le grand déversoir. C'est le point de départ du magnifique travail hydraulique exécuté sous les comtes de Champagne. La rivière naturelle au-dessous de ce déversoir, ne s'alimente plus qu'au moyen des trop-pleins de la liviùe factice qui vient distribuer la Seine à Troyes. Cette circçnstance lui a valu le nom de ^âtarde.
Dans la propriété de la Buerie, qui borde la rivière près du déversoir» est un peuplier blanc, de Hollande, qui a pris des proportions gigantesques. 11 mesure de circonférence au niveau du sol 12 mètres 40 centimètres. Le volume de sa
cîme donne 78 mètres de développement circulaire; sa hauteur tolale dépasse 42 mètres. C'est le plus remarquable des peupliers connus. On ne peut mettre en comparaison que le peuplier du jardin botanique de Dijon.
Château de Bozières.
 une courte distance de Saint-Julien, et à l'extrémité d*une avenue plantée qui aboutit à la route de Groncels, on trouve le château de Rozières.
C'est le rendez-vous de la ville de Troyes, le jour de la fête patronale de sainte Madeleine. « lluzières n'a pas seulement les plus belles polouses, les allées les mieux sablées, et le parc le plus habilement planté de tous les cl^teaux du voisi-
uage; il a encore un [lartcrre digne de son nona, de hraiix canaux encadrés de gazon, et an-dessns desquels le peupiier, le saule, le noisetier, le sycomore, rempart impcnctrabic aux rayons du soleil, secouenl leurs têtes feuillues. Ajoutez des pereées habilemeai ménagées sous les dômes de feuillage, des salles de verdure, des sentiers qui fuient et se jouent dans les réseaux du taillis, une allée d ypréaux presque séculaires dont les cîmes gigantesques font 1 etonnement des curieux, et vous aurez le côté cluiinpèlre de la résidence. •
Pas de journal, pas de chronique d'été qui n'ait dit sous une forme ou sous une autre ce que nous redisons ici. Ce beau parc fut, dit-on, dessiné par Le NOtre. En tout
cas, il appartient à l'Ecole qui a discipline la végolallon des jardins de Versailles. Cependant, il ne iaut pas conclure de Rozièros à Hoses^ car ce serait donner une entorse à l'étymologie. Rozières n'a pas une origine si fleurie. Son nom vient tout uniment des roseaux qui tiérissaient le territoire avant le
défrichement des marais de Saint*Germain et de Viélaines. A force d'industrie, l'homme a triomphé des conditions paludéennes de la contrée. Les rigoles ont eu raison des flaques d'eau, le roseau a disparu ou tout au luoins s'est exilé, et sur ce sol fertilisé se sont élevés le parc et les jardins qui sont l'honneur de la résidence. Le restaurateur du jardin français de Rozières est M. Arson, ancien maître de forges, qui a soustrait le domaine aux risques d'un morcellement qui eût achevé de compléter les dommages causés par l'industrie un moment en possession du chdteau.
Un pavillon militaire de la Renaissance, un bàliment de pierre du temps do Louis XV, et un grand corps-dc-logis en bois, du xvi*' siècle, le tout beaucoup mieux aménagé à l'intérieur que remarquable à l'extérieur, compose l'habitation. Aussi, et malgré un splendide salon, n'est«ce pas là que se trouve l'intérêt.
Autrefois le château était ceint de murailles crénelées, et
pourvu de tout l'atlirail militaire des places fortes. La seigneurie était tenue noblement en fraoc-alieu, avec les droits afférents aux trois justices féodales.
Parmi les anciens propriétaires figurent Pierre de Provins, maire de Troyes sous François I*'; Adrien de Potremol* trésorier extraoï^inaire des guerres; Pierre Guichon, trésoriergénéral des fortifications de France, et la famille Berthelin.
Tout près de Rozières se trouve la Prée, où fut d'abord établie ia Chartreuse de Troyes (lo52). Vinrent ensuite les religieuses de Sainte-Scbojastique, qui furent promptement dispei'sées.
Au village de Bréviandes, qu'on aperçoit à l'horizon de Rozières, était établie la Maladrerie-des-deux-Eaux, refuge des malheureux atteints de la lèpre, la plus hideuse et la plus terrible des maladies qui affligèrent lespèce humaine pendant le moyen-âge. On voit encore l'emplacement de rhôpital au confluent des deux bras du Triff'oire qui arrose le village. Cet établissement subsista jusqu'au commencement du xviu* siècle, mais depuis long-temps il n'avait plus d'utilité.
Saint-André.
Non loin de Rozières, et très-près de Troyes, se trouve dans l'ancien marais de l'Isle-Germaine le village de Saint- André. An milieu des taillis qui enveloppent le village, on peut voir eiicuie les derniers vestiges de la céit lue abbaye de Montier-la-Celle, établie par saint Frobci t au vu^ siècle, malheureusement il ne reste plus rien du cloître et de 1 eglise, monument du temps de Louis XII et de François qui n'avait pas moins de 66 mètres de long sur 33 mètres de largeur aux transsepts. La révolution en a fait une carrière. Les vitraux, les statues et le trésor qui constituaient une col- • Jection d'une grande valeur onL été dispersés ou détruils.
Plus heureuse, l'église de Saint-André a échappé aux conséquences des événements si funestes à l'église conveatueile.
Construit économiquement, sans Tenètres à la grande net,
sans arcs-buuUnts, it d'une élévation médiocre, cet édifice n'en renferme pas muius qm Iques détails intéressants. La porto latérale (côté sud), coiiibiiiée dans les conditions particulières à celles du commencement du xvi® siècle, si nombreuses à Troyes, se recommande par ses rinceaux, ses niches et son amiDgement général. Toutefois» hâtons-nous de le dire, ce qui fait de Véglise le but de tous ceux que l'art intéresse, est le portail (Hrincipal.
Il date de 1549, et a été construit aux frais des habitants.
Il n'y a plus là le moindre vestige d'ornementation ogivale. La Renaissance règne souveraioemeni dans l'ensemble aussi bien que dans les détails.
Deux ordres superposés que nous appellerons corinthien et composite, par analo^e, constituent la disposition. Le corin* thien est au rez-de-chaussée, le composite est à l'étage.
Deux portes en plein-cintre, et au-dessus deux fenêtres de même forme, s'ouvrent entre deux trumeaux qui occupent la droite et la gauche du portail. Un entablement sépare les deux ordres, et un fronton couronne le sommet de l'ensemble. Cinq colonnes cannelées et guiriandées, avec figurines sous l'astragale, bordent les trumeaux et les baies. Les archivoltes et les encadrements des niches, comme du reste, tous les accessoires d'ornement, appartiennent à l'horticulture : fruits, fleurs et légumes.
Dans les trumeaux de l'étage, au lieu de cartouches on a pratiqué des niches. Entre les deux fenêtres est la statuo de saint Ândi^ portant sa croix. Au lieu de meneaux, les fenêtres ont des impostes et des dormants sculptés. Une frise de modillons sert de départ aux rampants du fronton dont le tym* pan est décoré des armes de France entourées du collier de l'Ordre de Saint-Michel.
La Renaissance lùi rien produit de plus riche et de plus attrayant que ce purlail, qui réunit tous les genres d intérêt.
Pont-Sainte-Marib.
Les prairies de ce village, ont, comme les parcs de Rozières et des Cours, le privilège d amener sur leurs gazons la plus grande partie de la population valide de Troyes, lorsque re- - vient la fête de l'Assomption. Le paysage est plat, sans acddents, mais les prairies qui sont immenses, les ligoes d'arbres prolongées de tous côtés, et la Seine, dont les eaux serpentent à travers prés et broussailles, suffisent pour attirer les promeneurs. L'habitude et certaines traditions culinaires entraînent ceux qui résistent au plaisir de danser ou de voir danser sur Therbe.
Le Pont-Sainte-Marit' est un ancien fiif des chanoines de Saint-Etienne, qui passa plus tard aux marquis de Gaiiifet, dépossédés de leur seigneurie en 1792. Le chapitre avait donné au Pont-Sainte-Marie divers avantages qui amenèrrat plusieurs gens de métier sur son territoire. Victime prédes* tînée des guerres du moyen>âge, comme les autres villages de la banlieue, Pont eut beaucoup à souffrir de l'Invasion de 1814. L'incendie laissa peu de maisons sui' pied. Il n'y paraît plus aujourd'hui.
Ce qui donne au Ponl^Sainte-Marie un attrait de tous les temps, c'est son église, ou mieux, le grand et le petit portail qui la décorent.
Rien à signaler à Tintérieur, qui rappelle Saint-André et
Sainte-Savine.
Quant à la porte méridionale, elle semble un dernier effort de l'art ogival è son déclin ; die vaut les plus Jolies que possèdent les églises de Troyes.
Le grand portail pratiqué sous les trois p^j^nons qui terminent les nefe au dehors, place sous les yeux comme pour un concours, trois rnoti^ du commencement du xvi^ siècle. Celui du centre, sans mélange de nouveau st^le, est entièrement
ogival i celui de gauche marque la transition qui est accomplie à celui de droite. ^
On coDDaU la ckxinée si souvent reproduite et variée de tant de bçons, lorsque survint la Renaissance. Pilastres ap« pliqués, voussure ogivale, double baie surbaissée, tympan rempli de niches, le tout fleuri et festonné de ciselures ; en quelques mots, telle est la grande porte centrale. Celle de gauche a retenu l'ogive au tympan, mais sur l'ogive plane le fronton, et dans la fenêtre les meneaux s'alii^nent en arcades. Quant à la porte qui sert de base à l'arrangement, elle s'en* cadre entre des colonnes corinthiennes portant entablement. L'ouverture de droite a tout-à-fait abandonné les formes ogivales. Sur le rez-de-ehaussée disposé comme celui de la porte gauche, s*arrondit une fenêtre à cintre surbaissé avec me* Maux géminés, niches à dôme, voussures garnies de têtes de chérubins. Un entablement supérieur domine tout le motif.
Tout près de Saint-Parres, village voisin de Saint- Jacques, on voit encore les vestii^es du prieuré de Foicy. C'était, dans l'origine, une riche et puissante abbaye. Il ne reste plus rien des anciennes constructions. La maison prieurale n'a pas d'intérêt.
BaRBEREY. — SaINT-LyÉ. — ViLLEMBREUIL. MOUSSBY.
Sainte-Maure. — Vbrhoise.
Si maintenant on veut élargir le cercle de l'excursion, on peut pousser en toute assurance vers Barberey-Saint-Sulpice d Villemereuil, avec certitude de ne perdre ni son temps, ni sa peine. Moussey, qu'on traverse en gagnant Villemereuil, Sainte-Maure, et Vermoise son voisin, offrent aussi plus d'un aUiail à l'excursionniste.
Le château de Barberey est une de ces habita lions moitié brique et moitié pierre qui ont été en faveur depuis Henri lïï jusqu'à Louis XIU. Le château de Barberey n'a pas les formes alourdies qui sont comme le préambule de l'architecture du temps de Louis XIV. 11 est svelte et élancé ainsi que
les paviUons de la bonne période de la Renaissance* C'est un corps-de-logis avec des aiks sur chaque face» mais doublées du côté du jardin. S*il fallait un peu d'histoire pour rehausser
la valoiir de cet élégant châtelet, nous dirions qu'il a appartenu aux Ghoiseul, aux Mairat, membres d'une ancienne et grande famille de Troyes, et qu'il remonte de reconstruction en démolition à une forteresse féodale du xui* siècle où les habi* lants du voisinage venaient se réfuf^er à la première alerte.
Entre la Ghapetle^Saînt-Luc et Barberey, se trouve une filature de bourre de soie consttiHte en 1S45. Le moulin au*
quel elle a succédé fut brûlé pendant nuvasion de 1814. Avant la révolution de 1792, le couvent de Foicy était piopriélaire de la chute d'eau et de ses dépendances. La papeterie, la draperie et la moulure des grains, selon les vicissitudes de l'industrie, s'établirent au moulin du monastère. De la possession plus de sept f<MS séculaire de l'abbaye* il est r^é un nom. Foncfty, comme on désigne la filature et les environs, est une modification de Foicy.
 une courte distance de Barberey est un gros village coLuyc par la Suiiie; c'est Saiul-Lvé, célèbre par un monastère fondé par saint Romain, au yi* siècle, et placé sous le vocable qui a donné son nom au village.
Le couvent fut détruit, et à sa place s'éleva un château qui dépendait du domaine royal. Le chAteau et ses dépendances rurales furent donnés, par le roi Louis Vli, à l'évédié de Troyes.
Dans les chroniques municipales et ecclésiastiques on voit
souvent revenir le nom de saint Lyé. Les évéques avaient fait du château leur résidence d'été. Plusieurs grands personnages s'y arrêtèrent ou y séjournèrent. Un mariage royal s'accomplit à la chapelle épiscopale du château. Louis X (le Hutin), y épousa la fille du roi Martel de Hongrie, en 1515.
11 existe encore à Saint-Lyé, une partie des bâtiments moitié civils, moitié militaires, qui appartenaient aux évéques de Troyes.
Quant à Sainte-Maure, tout est dans le paysage el dans Féglise. Le château est imo ij;raniie maison à l'italienne, devant laquelle un Atlas gigantesque, attribué à Girardon, porte le monde. L'église, monument de grandes proportionSt construit ao ' siècle, possède un tombeau qui passe pour avoir renfermé le corps de la patrone.
A Vermoise est un débris authentique de Farchîtectuie militaire du commencement du xvi* siècle. G*est un pavillon I fenêtres carrées, coupées par des uiencaux rectangles. Des tours en poivrière flanquent le bâtiment. Ce vestige est d'une tournure qui dénonce un souci de défense. On ne trouve plus assez d'échantillons d'anciennes constructions militaires pour négliger le pavillon de Vermoise.
Villemereuii et Moussey ont aussi chacun son attrait particulier. A Moussey est une petite ^lise romane dont le porche complet du xn* siècle est une rareté; à Villemereuii» ancienne seipeurie des Molé, se montre un joli château auquel on donnerait un passeport de la Renaissance, si l'on ne savaiL qu'il a été construit au commencemenj du règne de Louis XV. Il est vrai que l'architecte a copié un fragment du château d'Estissac, appartenant jadis à la famille Séguier. C'est un corpsde-iogis avec pavillons carrés engagés dans les angles sur chaque façade* La brique et la pierre y alternent.
Notre excursion s'arrête ici. En la prolongeant, nous ex* céderions les limites que nous nous sommes tracées, car ce ne sont pas les sujets qui manquent. Le Paraclet, d'Abailard et d*Héloise, l'abbaye de Glaîrvauz, où malgré la présence
des détenus qui ont remplacé les moines, plane toujours la
grande ombre de saint Bernard ; Bi ienne-le-Château, inséparable de l'enfance de Napoléon I", et quelques autres endroits ' non moins célèbres, n'ont pas besoin d'être recommandés à ceux qui peuvent les visiter.