TROYES
Ancienne capitale de la Champag-ne, Trojes est aujourcriiLii le chef-lieu du département de l'Aube (population: 53,538 habitants; Evêché, Tribunal de instance, Tribunal de commerce, Chambre de Commerce, etc.). A 167 kilomètres de Paris.
Historique. — Bien avant la conquête de César, Troyes était déjà un oppidum gaulois qui, sous Auguste, devint la capitale des Tricasses, sous le nom d'Aiigustobona Tricassiion. Evangélisée au iip siècle, la ville fut, au siècle suivant, menacée par Attila, dont son évêque, saint Loup, la préserva Brûlée par les Normands en 889, elle se releva aussitôt et se trouva peu après sous la domination des comtes de Champagne de la maison de Vermmdois, puis de ceux de la maison de Blois. Ces princes, actifs, libéraux et bienfaisants* lui donnèrent une prospérité incomparable, y fondèrent nombre d'églises et d'hôpitaux: et y établirent de grandes foires qui eurent une renommée universelle. En 1188, un nouvel incendie considérable détruisit la plus grande partie de la ville.
La Champagne fut réunie à la couronne de France en 1274 par le mariage de la dernière comtesse, Jeanne, avec Philippe le Bel, et de ce jour, la décadence commença pour elle. Bientôt la guerre de Cent ans y porta ses ravages, et en I4l7i Troyes fut occupé par une garnison anglo-bourguignonne. Trois ans après, le 21 mai 1420, la reine Isabeau de Bavière faisait signer au pauvre fou Charles VI le sinistre traité de Troyes et, quelques jours plus tard, le roi d'Angleterre Henri V y épousait Catherine de France dans l'église Saint- Jean. Jeanne d'Arc délivra la ville du ioug anglais le 10 juillet 1129.
La fin du xv« siècle et le commencement du xvi* siècle furent des périodes de calme et de bien-être pour Troyes* Les arts y fleurirent. Des monuments nombreux qu'on voit encore s'élevèrent de toutes parts. Une charte d'ôchevinage octroyée par Louis XI donna un maire à la cité où successivement, en 1486 et en 1510, au milieu de l'allégresse générale, Charles VIII, puis Louis XII, firent une entrée triomphale.
Malheureusement, le 21 mai 1524, un effroyable incendie, qui dura deux jours, et consuma mille maisons, ruina de fond en comble tout le quartier haut.
Le calvinisme vint à son tour y causer de graves désordres et la' Saint-Barthélemy y eut un écho lugubre. Le 27 août 1572, de nombreux réformés furent égorgés dans les prisons et tout le reste du siècle se passa en querelles et en émeutes entre catholiques et hérétiques. La ville ferma long-
temp» ses portes à Henri IV et ne se décida à les lui ouvrir qu'en 1591.
Le XVII* siècle ne vit point d'événements bien mémorables, sinon le passage de Louis XIII et celui de Louis XIV. Mais^ sous ce dernier roi, la cité troyenne subit un déclin rapide et profond. Sa population tomba de 27,000 habitants à 18,000, tandis que le commerce et l'industrie périclitaient en raison des guerres incessantes et de la charge accablante des impôts. Le siècle suivant fut plus misérable encore et aucun fait de quelque importance n'y vint rompre la monotonie de la chronique locale.
Il faut arriver jusqu'au règne de Louis XVI pour rencontrer (1787) l'exil du Parlement à, Troyes, qui y prépara la Révolution. Celle-ci y débuta violemment par l'assassinat du maire Claude Huez (9 septembre 1789). Trois ans après, la Terreur s'installait dans la ville; les arrestations se succédaient sans relâche, emplissant les prisons de suspects, et la guillotine était dressée sur la place de la Cathédrale. La sécurité ne revint qu'avec Thermidor.
Le 2 avril 1805, Napoléon, allant en Italie, passa deux jours à Troyes. Le pape Pie VIT le traversa à son tour le lendemain. En 1814, Troyes subit pendant plusieurs sems/ines les horreurs de l'invasion et revit dans ses murs l'Empereur, au lendemain de la bataille de La Rothière. En 1815, nouvelle occupation militaire, puis le calme renaît de nouveau, et l'histoire locale, dans le reste du xix« siècle, n'a plus à enregistrer comme événements sensationnels que les passages de la duchesse d'Angoulême, de Charles X et de Louis-Philippe. La Révolution de 1813 y causa quelques émeutes sans conséquence et la guerre de 1870 valut à la ville une occupation de neuf mois qui, si elle fut lourde et onéreuse au point de vue financier, n'y laissa que peu de souvenirs douloureux.
CÉLÉBRITÉS LOCALES. — Troyes est la patrie des comtes de Champagne Henri I", dit le Libéral (1127-1180) et Thibaut IV, trouvère (1201-1255); du pape Urbain IV (1185-1261), de Jean Passerat, poète ^1531-1602), de l'historien Grosley (1718-1785), de Pierre et de François Pilhou, humanistes de la Renaissance, des peintres Ninet de Lestin (1595-1661) et Pierre Mignard, dit le Romain (1621-1095), des sculpteurs Jacques Julyot (1480-1552), François Gentil (mort en 1582), Fr. Girardon (1628-1715) et Ch. Simart (1803-1857), du conventionnel Garnier de l'Aube (1712-1805), du général Songis (1761-1810), du général Saussier (1828-19C5), etc., etc.