‹ Trucs et décorsChapitre 16 sur 28 · H. — LE GRAND ÉVENTAIL DU BALLET «LE RÊVE» A LOPÉRA · texte numérisé non relu

H. — LE GRAND ÉVENTAIL DU BALLET «LE RÊVE» A LOPÉRA

Le premier tableau du ballet le Rêre^ représenté en 1891 à l'Opéra, montre aux spectateurs une petite place publique dans une ville japonaise. La scène est à l'ombre de grands arbres; au fond du décor une large ouverture laisse apercevoir des temples perdus dans les arbres en fleur, puis, tout au loin, un panorama de ville qui se confond avec l'horizon embrumé d'un brouillard vaporeux. Le soleil éclaire cette vaste campagne qui fait opposition avec les premiers plans ombreux. C'est un décor ravissant, d'une fraîcheur idéale. Il fut peint par M. Lavastre, mort aujourd'hui, et par son associé, M. Carpezat, qui maintient actuellement avec honneur les traditions artistiques de l'atelier dont il est le chef.

Sur la place publique se rassemblent des tireurs d'arcs; il s'agit d'un concours. Une large banderoUe tombe d'un motif en bambou qui forme couronnement à une immense porte rustique : celle-ci, à demi perdue dans les grands arbres, sert d'encadrement au paysage panoramique dont nous parlions plus haut.

■ L'un des tireurs touche le but ; soudain se déploie, avec la rapidité de l'éclair, un vaste éventail qui renversant ses branches à droite et à gauche, clôt absolument la grande ouverture, qui mesure près de 15 mètres.

Ce développement imprévu détermine une sensation profonde. La banderolle flottante a dissimulé la montée de l'éventail, et les dimensions inusitées de l'appareil ajoutent à l'effet du truc. L'éventail, d'ailleurs, est décoré d'une façon charmante ; sur des fonds capricieux,, où se mêlent l'or, l'azur, les laques pourpres, semblent s'agiter les divinités fabuleuses de la théogonie japonaise.

Les tireurs se retirent. L'héroïne du ballet va s'endormir au pied de l'éventail, dont les plis s'entr'ouvrent pour laisser apparaître une fée, qui d'un geste appelle à elle la dormeuse. Une tige fleurie monte du sol, et lentement rapproche l'héroïne de la fée qui l'attire à elle, et l'éventail se referme.

Le deuxième tableau représente un de ces paysages de songe, dont les peintres japonais sont coutumiers, lorsqu'ils ont à figurer quelque scène fantastique. Des arbres énormes allongent des branches tourmentées, semblables à des tentacules de pieuvre ; la végétation fantastique prend des allures de cauchemar.

L'éventail apparaît encore à la fin du tableau, il se relève pour cacher le fond du décor, puis il s'abaisse de nouveau, en découvrant le décor du premier acte, qui a été substitué rapidement à celui qui précède.

Ce n'était pas une équipe commode à réaliser que celle de ce vaste éventail, dont les feuilles mesurent 7 mètres de longueur. De plus, il était impossible de l'équiper dans une rue, et le chef machiniste se voyait obligé de se servir d'une fausse rue, pour y loger son éventail et le bâti contenant celui-ci. Or les chapeaux de ferme qui délimitent chaque fausse rue ne laissent disponibles qu'un espace de 0'",28 à 0'",29 de large.

M. Valleuot, le chef machiniste de l'Opéra, a surmonté très ingénieusement cette quasi impossibilité. Son équipe

est à la fois solide et légère, ce qui est l'idéal du genre.

L'éventail se compose de dix feuilles ou branches, A, b,c,d, E, A', 6', c', d, E', de 7 mètres de rayon. Les feuilles E et E' se recouvrent, pour laisser apparaître la fée par un simple mouvement d'écartement. Les dix feuilles sont montées sur un axe en fer {fig. 87).

Chacune d'elles est constituée par un cadre en volige de sapin, assemblé à mi-bois et collé. Le cadre est renforcé,

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Fig. 87. — L'éventail et son équipe.

barré, étrésillonné, toujours en volige, de façon à ce que tout l'ensemble soit au même nu, comme on peut le voir par la figure 88,

Les deux branches des extrémités A et A', les deux branches qui se recouvrent E et E', se prolongent au-dessous de l'axe en forme de levier coudé, car ces branches sont les directrices du mouvement. Elles entraînent les autres qui leur sont solidaires.

Ce vaste cadre en volige, malgré le soin apporté à sa fabrication, n'était pas sans présenter une flexibilité gênante. M. Vallenot y pourvut, en clouant sur la tranche extérieure, un fer demi-rond, de l'épaisseur de la volige.

Les cadres rassemblés dans la position de l'éventail développé furent recouverts d'une toiJe très fine de grain,

Fig. 88.

Détail d'une branche de l'éventail.

Fig. 89.

Profil de l'éventail

et très résistante que l'on maroufla en plein. Ce fut cette toile qui reçut la peinture, à laquelle les décorateurs ap-

3i0 TRUCS ET DECORS.

portèrent un soin particulier, car l'éventail devait être le sujet de l'attention générale ; il fallait que l'exécution répondît à cette attention. Renonçant à la détrempe, qui, très expéditive comme procédé, ne permet pas les finesses minutieuses, ils eurent recours aux couleurs broyées avec le miel, et peignirent cette vaste surface comme une aquarelle.

L'éventail reployé est représenté de profil par la figure 89. Le trait noir gras, représente le bâti du dessous, qui contient le truc. Ce bâti est formé d'un double cadre de battants, renforcé par desécharpes en fer, vissées et entaillées. L'axe de l'éventail est porté par une double bande de fer, qui se relie obliquement aux montants de bois.

La figure 90 montre comment le bâti se monte, à droite et à gauche, dans deux âmes, glissant dans leurs cassettes respectives, et qui permettent de loger dans les dessous l'ensemble de l'appareil qu'on appuie quand la banderolle est tombée.

La planche du bâti porte deux petits treuils, avec quatre poulies de renvoi pp et p' p' [fig. 90).

Le fil qui s'attache à la queue du levier de la feuille A passe sur la poulie B et se fixe sur le tambour du treuil T', le fil en A' passe sur sous la poulie p' et se fixe également sur le tambour T', mais en sens inverse.

La manœuvre est facile à saisir. Qu'on suppose l'éventail ouvert et les feuilles extrêmes A et A' sur le sol ; si on agit sur le seuil T', les deux fils s'enrouleront d'une égale quantité à chaque tour du treuil, en appelant les deux leviers. Les deux feuilles A et A' se redresseront, avec une parfaite égalité de mouvement, en entraînant les autres feuilles. C'est, en somme, la manœuvre d'une immense paire de ciseaux, dont les grandes branches se rapprochent si on rapproche les petites.

Les feuilles E et E' sont desservies par le treuil T, oii viennent se fixer leurs fils respectifs après avoir passé sous les poulies p et p' . Pour l'apparition de la fée, l'éventail étant déployé, il n'y a qu'à lâcher un peu le treuil T. Les

deux feuilles E et E', qui se recouvrent, s'écarteront progressivement. Elles se refermeront si l'on agit sur le treuil en sens inverse.

Pour aider à la relevée de l'éventail déployé, des allèges

Jardin [

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