I. — Identification des trypanosomes
L'identification des trypanosomes doit être basée d'abord sur les caractères morphologiques ; mais, comme ces caractères sont souvent insuffisants pour différencier les espèces, il est nécessaire de faire intervenir les caractères biologiques et en particulier les propriétés pathogènes ou non pathogènes des parasites, et de recourir dans certains cas à des méthodes spéciales.
A. — Identification des trypanosomes d'après leurs caractères MORPHOLOGIQUES. — Certains trypanosomes ont des caractères morphologiques qui permettent de les reconnaître facilement. L'absence du centrosome caractérise le trypanosome du mal de caderas -, Tr. Theileri et Tr. ingens se reconnaissent à leurs grandes dimensions.
La disposition du flagelle à la partie antérieure des trypanosomes fournit un bon caractère différentiel.
Tantôt le flagelle présente une partie libre chez tous les trypanosomes; c'est le cas de Tr. Evansi et de Tr. Bracei, agents du surra et du nagana.
Tantôt le flagelle n'a jamais de partie libre, le protoplasme se prolongeant jusqu'à son extrémité antérieure; c'est le cas de Tr. congolense et de Tr. dimorphon.
Tantôt enfin on trouve des formes longues avec partie libre du flagelle et des formes courtes sans flagelle libre; c'est le cas de
1. Go chapitre est emprunté pour une grande part à un travail publié par A. Laveran dans les Annales de Vlnstitiit Pasteur (juillet 1011, n° 7, p. 497).
2. On a obtenu des variétés acentrosomiques de Tr. Brucei, de Tr. Evansi et de Tr. soudanense en traitant par l'oxazine des animaux infectés par ces trypanosomes; CCS variations pourraient être confondues avec Tr. equinum si on n'était pas renseigné sur leur origine.
232 TRYPANOSOMES ET TRYPANaSOMIASES
Tr. Pecaudi, agent de la baléri, dont le dimorphisme est très caractéristique et aussi de Tr. gambiense et de Tr. rhodesiense, agents de la maladie du sommeil.
Dans le but de faciliter la comparaison des trypanosomes au point de vue morphologique, Lingard a proposé de pratiquer, d'une façon systématique, une série de mensurations indiquées dans la figure ci-contre : 1" Distance (a) existant entre l'extrémité postérieure et le centre du centrosome (fig. XXXI); 2" dislance (6) existant entre le centre du centrosome et le bord de la partie postérieure du noyau ; 3" longueur du noyau (c); 4° distance existant entre le bord de la partie antérieure du noyau et le point où se termine antérieurement le corps protoplasmique {d); o° longueur de la partie libre du flagelle (e); 6° largeur maximum du parasite.
En additionnant les cinq premières mesures, on a la longueur totale du trypanosome *.
Pour chaque trypanosome, on fait un grand nombre de mensura-
Fij;. XXXI. — Mensuration d'un trypanosome d'après le procédé de lingard.
lions ; la valeur pour cent de la moyenne de chacune des cinq premières mesures est calculée en prenant la longueur moyenne totale p. 100
Cette méthode trypanométrique serait excellente si les trypanosomes d'une même espèce se présentaient toujours sous les mêmes aspects et avec des dimensions se rapprochant des dimensions types qu'on établit en suivant les règles posées par Lingard; malheureusement, il n'en est rien. Beaucoup de trypanosomes ont de petites formes et de grandes formes, et il est très important de connaître dans quelles limites les dimensions varient; on s'exposerait à l'erreur en adoptant, pour les dimensions de ces trypanosomes, la moyenne arlificielle calculée d'après la méthode de Lingard.
Quand on considère, écrit Minchin à propos des trypanosomes des Poissons, les grandes variations qui s'observent dans les dimensions des trypanosomes d'une même espèce, on est -étonné que beaucoup
1. A. Lingard, Jouni. of trop, veter. sc/ence, janvier 1906, t. I, p. 5. La longueur doit êlre mesurée suivant une ligne qui passerait dans le grand axe du corps du parasite, elle doit comprendre la partie libre du flagelle; la largeur doit être prise au niveau de la partie la plus large, membrane ondulante comprise.
IDENTIFICATION DES TllYPANOSOMES 233
trauleurs fassent dans leurs descriptions une si grande place aux mensurations K
La forme de Texlrémité postérieure varie pour un même trypanosome; tantôt cette partie s'allonge, tantôt elle se raccourcit; dans le premier cas, la distance qui sépare Textrémilé postérieure ducentrosonie augmente; dans le second cas, elle diminue,
Lingard, comme première application de sa méthode de mensuration {op. cit.), a été conduit à décrire, sous le nom de Tr. longocaudense, un trypanosome de Mus niueiventer ayant une partie postérieure très effilée et très longue; il est démontré que cette forme, qui coexiste toujours avec des Trypanosoma Lewisi types, ne constitue pas une espèce, mais une simple variété du Tr. Lewisl^.
La distance qui sépare le centrosome du noyau peut varier beaucoup chez des trypanosomes d'une même espèce. On trouve, chez les bovidés, des trypanosomes qui diffèrent du type ordinaire de Tr. Theileri par ce fait que le centrosome est très rapproché du noyau, et qui, cependant, paraissent être de même espèce '.
La mensuration systématique des trypanosomes par la méthode de Lingard peut fournir d'utiles indications, mais en l'appliquant d'unefaçon générale à l'identification des trypanosomes, on commettrait certainement de graves erreurs.
D. Bruce, Ilamerton, Bateman et Mackie ont employé la méthode^ suivante pour l'identification des trypanosomes par les mensurations '\ On mesure la longueur d'un grand nombre de trypanosomes (100 à 150) en se servant de plusieurs préparations du sang de l'animal infecté, après fixation et coloration par des procédés qui doivent toujours être les mêmes. Le pourcentage des parasites de chaque dimension est ensuite calculé et, à l'aide de ces données, on établit un tracé qui théoriquement doit être caractéristique pour chaque trypanosome.
On peut objecter la difficulté de faire la mensuration exacte de centaines de trypanosomes, les variations qui se produisent, sous l'influence de différentes causes, dans les dimensions d'un même trypanosome, enfin le polymorphisme irrégulier de certains trypanosomes, du Tr. rhodesiense par exemple. La méthode de Bruce mérite toutefois d'être essayée dans l'ide^ntification des trypanosomes; les résultats de la pratique pourront seuls permettre de l'apprécier à sa juste valeur.
1. E.-A. MiNCHiN, Proceed. of the zool. Soc. of London, juin 1909.
2. Voir nolaiiiment : C. Strickland et N.-H. Swelllengrebel, Parasitology , 3') décembre 1910.
3. A. Laveran, Acad. des Sciences, 3 mars et 3 novembre 1902. — A. Theileb,. Journ. of compar. path. a. thcrap., 1903.
i. Proceed. of the R. Soc, B, 1909, t. 81, pp. 16 et 17; 1910, t. 83, p. 2 et p. 16.
234 TRYPANOSOMES ET TUYPANOSOMIASES "
B. — IdENTIFICATIOX des TRYPANOSOMES D'aPRÈS LEURS CARACTÈRES
niOLOfiiQUES. — Certains trypaiiosomes sont particuliers à une espèce animale ; les inoculations faites à d'autres espèces, même très voisines, donnent des résultats négatifs; c'est le cas des trypanosomes non pathogènes des petits Mammifères et des grands trypanosomes des Bovidés.
Bon nombre de trypanosomes sont pathogènes pour la plupart des espèces de Mammifères, tels sont les trypanosomes du surra et du nagana; d'autres ne sont pathogènes que pour certaines espèces.
Lorsqu'un trypanosome n'est inoculable qu'à des animaux- de même espèce, on en conclut actuellement à sa spécificité, si grandes que soient ses ressemblances avec d'autres trypanosomes. On doit cependant se demander s'il ne s'agit pas de l'adaptation prolongée d'un même parasite chez des espèces animales différentes.
Roudsky a cherché à modifier la virulence du Tr. Lewisl du rat, de manière à permettre à ce trypanosome de s'adapter à la souris et à d'autres petits Rongeurs; il a réussi d'abord à renforcer la virulence du Tr. Lewisi pour le rat et, au moyen des cultures anciennes de ce virus renforcé, il a inoculé avec succès des souris en série; enfin le trypanosome est devenu pathogène pour les souris •.
Delanoë a montré que les inoculations du Tr. Lewisi faites directement de rat à souris réussissent dans un certain nombre de cas et que les succès sont nombreux lorsqu'on inocule aux souris des cultures du Tr. Lewisi du rat-. Mais les inoculations en série, chez la souris, faites par cet observateur, ont donné des résultats négatifs dès le quatrième ou le cinquième passage, alors que Roudsky a obtenu 91 passages, après quoi l'expérience a été arrêtée volontairement.
Roudsky a montré aussi que l'on pouvait inoculer en série le Tr. Didloni de la souris au rat et qu'il y avait immunité croisée entre le Tr. Lewisi et le Tr. Dnttoni.
Ces expériences démontrent que certains trypan., considérés actuellement comme constituant des espèces, ne sont en réalité que des variétés de trypan. souches. Il y aura lieu de poursuivre ces recherches; pour le moment, nous continuerons à admettre comme espèces particulières les trypan. qui, dans les conditions ordinaires, ne sont transmissibles qu'entre animaux de même espèce.
Le fait qu'un trypanosome est ou n'est pas pathogène a une grande importance.
Les modes de l'action pathogène : durée de l'évolution chez les
1. 1). Roudsky, Soc. de Biologie, .ï mars et 12 novembre 1910; 6 et 13 mai 11)11, Acad. des Sciences, 3 janvier 11)11, et Soc. de Biologie, 11) février et 20 avril 1912.