A. Laveran, Acad. des Sciences, 9 janvier
IDENTIFICATION DES TRYPANOSOMES 237
subaiguë, et surtout à marche chronique, peut avoir une activité suffisante pour protéger les animaux auxquels on l'injecte en mélange avec le sang virulent'; il n'est donc pas indispensable, pour cette épreuve de séro-diagnoslic, de posséder un animal ayant acquis rimmunité contre le trypanosomc servant de test.
Thiroux a constaté que le sérum des sujets atteints de maladie du sommeil était actif en mélange avec du sang contenant des Tr. gambiense, propriété que ne possède pas le sérum humain normal.
Laveran a montré que le sérum humain normal a une activité remarquable sur les trypanosomes du nagana, du mal de caderas et du surra; très actif en mélange, il a en outre des propriétés préventives et même curatives -.
Ces propriétés du sérum humain peuvent être utilisées pour le séro-diagnostic. Thiroux et d'Anfreville ayant observé chez des chiens indigènes, au Sénégal, des infections produites par un trypanosomc qui, au point de vue morphologique, rappelait Tr. gambiense, ont recherché si le sérum humain était actif sur ce trypanosomc. Les résultats positifs des expériences ont permis de conclure qu'il ne s'agissait pas du Tr. gambiense ^ Des recherches ultérieures ont montré que ces infections des chiens étaient dues au Tr. Pecaiidi.
Pour s'assurer si un sérum spécifique a des propriétés actives, en mélange, sur un trypanosomc qu'il s'agit d'identifier, on procède de la manière suivante; nous supposons qu'il s'agit d'un trypanosomc inoculable à la souris.
Du sang d'un animal infecté par le trypanosomc à identifier est mélangé à un peu d'eau physiologique citratée. Quatre verres à expériences, stérilisés et numérotés, reçoivent chacun deux à trois gouttes du mélange auxquelles on ajoute : verre n° 1, 0 ce. 50 du sérum normal d'un animal de la même espèce que l'animal ayant fourni le sérum spécifique; verre n°2, 0 ce. 25 du sérum spécifique; verre n" 3, 0 ce. 50 du sérum spécifique; verre n" 4, 1 ce. du sérum spécifique. On agite le contenu des 4 verres, on laisse en contact pendant 5 minutes, puis on injecte à 4 souris, dans le péritoine, le contenu des 4 verres. La souris inoculée avec le contenu du verre n" 1 sert de témoin.
Cette méthode fournit des indications très utiles, mais l'activité des sérums des animaux infectés ou guéris et immunisés est trop variable pour qu'on puisse attribuer aux résultats obtenus une valeur absolue.
1. A. Laveran et F. Mesnil, 1'* éd. de cet ouvrajj;e, Chap. Nagana el Caderas. — F. Mesnil et E. Brimont, Ann. de VInst. Pasteur, 1909, t. XXIII, pp. 129-154.
2. A. Laveran, Acad. des Sciences, I" avril 1902, G juillet 1903 et 22 février 1004.
3. A. Thiroux et L. d'ANFREViLLE, Acad. des Sciences, 31 août 1908.
Il est à noter que les sérums actifs en mélange n'ont pas, in vitro, d'action microbicide sur les trypanosomes.
La recherche de l'agglutination des trypanosomes au moyen de l'adjonction d'un sérum actif, en mélange, sur ces trypanosomes donne parfois des résultats intéressants. C'est ainsi que le sérum des rats immunisés contre le Tr. Lewisi a un pouvoir agglutinant spécifique sur les trypanosomes du rat. Laveran a constaté que le sérum de moutons immunisés contre le nagana ferox d'Ehrlich agglutinait fortement les trypanosomes du nagana de Werbitzki, ce qui a fourni une preuve de l'identité des agents de ces deux infections*. Malheureusement, cette réaction d'agglutination est bien loin d'être constante.
Les propriétés trypanolytiques des sérums des animaux infectés peuvent fournir d'utiles indications^; il résulte toutefois des expériences de Léger et Ringenbach que des sérums de cobayes infectés de nagana ou de surra détruisent non seulement les trypanosomes homologues, mais souvent aussi des trypanosomes hétérologues'.
Levaditi et Mutermilch ont montré que les trypanosomes du nagana soumis in vitro à l'action d'un sérum spécifique, préalablement chauiré à 55 degrés, acquièrent la propriété de s'attacher aux leucocytes, et ils ont conclu d'expériences portant sur le trypanosomè du nagana, sur Tr. togolense, sur Tr. dimorphon et sur Tr. (jambiense, qu'il était possible de faire le diagnostic en se basant sur le phénomène de l'attachement des trypanosomes aux globules blancs (frais ou morts) provoqué par le sérum sanguin des animaux trypanosomes, et d'identifier les trypanosomes, à la condition de se servir de sérums actifs employés comme tests '".
Les leucocytes sont obtenus en injectant de l'aliment Mellin dans le péritoine d'un cobaye. On prépare de l'aliment Mellin en suspension à 5 p. 100 dans de l'eau stérilisée, et le mélange est chauffé deux jours de suite pendant deux heures, au bain-marie, à 58». On injecte dans la cavité péritonéale d'un cobaye 5 ce. du mélange stérilisé. Au bout de vingt-quatre heures, le cobaye est sacrifié. On ouvre aseptiquement la cavité péritonéale. en évitant l'écoulement de sang, on répand sur l'intestin 15 ce. d'eau physiologique à 8 p. 100, on