Trans. Chicago path. Soc, t. VI, 1905, p
3. Proceed. of the R. Society, t. LXIV, 1898, et Hygien. Rundschau, 1898, n" 24.
Laveran et Mesnil, — Trypanosomos et Trypanosomiascs. 1 '
rinoculation' ; elle se présente rarementdansle sang et c'est sans doute ce qui explique pourquoi l'infection n'est jamais de longue durée*.
Nous renvoyons au paragraphe 3 pour les changements morphologiques que Tr. Lewisi éprouve dans l'organisme du cobaye. Les parasites apparaissent dans le sang dans les 24 premières heures qui suivent Tinoculation ; ils s'y maintiennent de 5 à 7 jours, avecleur grain réfringent postérieur, augmentent d'abord de nombre, jusqu'à atteindre 1/20 ou 1/50 des hématies, puis deviennent plus rares et enfin disparaissent. La disparition des nombreux parasites du péritoine, comprenant en majorité des formes de multiplication, précède généralement de 24 heures celle des trypan. du sang; elle est assez brusque et elle nous a paru coïncider avec un afflux leucocytaire. L'exsudat péritonéal devient plus abondant. Nous avons vu, dans ces conditions, des trypan., en pleine vitalité, en train d'être englobés par des phagocytes.
Dans les préparations colorées, nous avons observé, avec la plus grande netteté, toutes les phases de la digestion des trypan. par les mononucléaires du cobaye, les seuls leucocytes qui paraissent les englober.
D'après Lingard, le sang des bandicots de l'Inde (voir p. 251) contenant des trypanosomes, se montre infectieux pour le cobaye (parasites dans le sang les quatrième, cinquième, sixième et huitième jours après Kinoculation) ; les animaux succomberaient même. En revanche, il ne l'est pas pour la mule, l'âne, le lapin. Il est intéressant de rapprocher ce fait de la sensibilité du cobaye pour le trypanosome des rats.
Souris. Infection par un virus renforcé, par un virus naturel. — Action pathogî:ne. — Jusqu'à ces dernières années, la souris a été regardée comme réfractaire au Tr. Lewisi. Rabinowitsch et Kempner, nous-mêmes en 1901, n'avions éprouvé que des échecs en cherchant à infecter la souris par inoculation dans le péritoine de sang de rat riche en trypan. Les parasites se retrouvaient dans le péritoine et dans le sang après 24 heures ; au bout de 48 heures, ils avaient toujours disparu,
' Roudsky, après avoir fait subir au Tr. Lewisi une série de passages, dans des conditions spéciales, a réussi à infecter la souris. Voici comment il a p/océdé.
1. Toutes nos injections ont été faites dans le péritoine. Elles ont porté sur des cobayes de 100 à 400 grammes. Nous inoculions au moins 1 ce. de sang riche en trypan. Dans ces conditions, on a d'assez nombreux échecs; mais plus de la moitié des cobayes montrent l'infection que nous allons décrire,
2. Rabinowitsch et Kempner, Francis, ont échoué complètement dans leurs tentatives d'infecter le cobaye. En revanche, Musgrave et Glegg disent qu'ils ont réussi, comme nous, à produire une légère infection avec Tr. Lewisi, infection toujours transitoire et dépourvue de symptômes.
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Il a inoculé à un rat des formes de culture en milieu gélose-sang; puis les formes de culture du sang de ce rat à un second rat; il a fait ensuite des passages rapides de rat à rat en saignant chaque animal au moment où son sang renfermait de nombreuses formes de multiplication du trypan., et en injectant tout le sang dans le péritoine de l'animal suivant. Il a vu ainsi que le nombre, la variété et la persistance des formes de multiplication sanguines allaient en s'accentuant de rat à rat. Il a constaté de plus que le virus qui, au début de ces passages, n'était pas infectieux pour la souris, l'était devenu. Une certaine proportion de souris contractaient une infection, légère et fugace chez les unes, assez intense chez les autres ; l'une d'elles paraît môme avoir succombé à cette infection. Ce virus ainsi obtenu a été qualifié de renforcé par Laveran et Pettit.
Continuant ses recherches, Roudsky a pu obtenir un virus transmissible en passage chez la souris. Il est parti de cultures de son premier virus, vieilles de 75 jours, qui ont infecté d'abord des rats, puis des souris dans la proportion de 71 p. 100 au début, et, au 75" passage, de 82 p. iOO. Roudsky insiste sur ce que, pour réussir ces passages, il convient de prélever les trypan. avant qu'ils commencent à diminuer de nombre dans le sang. Ce virus a été conservé jusqu'au 91" passage, il a été alors abandonné.
L'infection se produit aussi bien après inoculation intra-péritonéale qu'après inoculation sous-cutanée. Les trypan. sont extrêmement abondants dans le sang; souvent ils paraissent plus nombreux que les hématies. De plus, le virus est devenu nettement pathogène pour la souris.
Depuis le début de ses recherches, Roudsky a vu en effet l'action pathogène pour la souris passer par des phases successives : la mortalité, qui n'était d'abord que de 16 p. 100, a augmenté peu à peu ; elle était de 62 p. 100 au 41" passage; elle a fini par atteindre presque 100 p. 100. La mort survient du 3" au 6* jour en hypothermie. Les souris de forte taille succombent d'ordinaire après les animaux de petite taille. Le parasite n'est pas modifié dans sa morphologie.
A la première phase, les lésions étaient presque limitées au foie (zone de nécrose d'aspect jaunâtre); à la seconde, on a noté de la vaso-dilatation générale, de l'œdème léger du tissu conjonctif souscutané et du museau. A la dernière phase, le foie avait l'aspect cirrhotique, la rate présentait des zones de nécrose. Le foie, en dehors d'une nécrose de coagulation, plus ou moins étendue, mais qui peut atteindre la moitié du volume total du parenchyme hépatique, présente une transformation lymphoïde tout à fait analogue à celle signalée, pour les trypanosomes pathogènes proprement dits, par Pettit (voir p. 168). Notons encore une hypertrophie assez mar-
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quée du noyau de la cellule hépatique. Il y a de nombreuses hémorragies dans la rate et parfois de la nécrose.
Roudsky attribue ces lésions à une trypanotoxine; car il les a vues s'aggraver parallèlement à une augmentation du pouvoir pathogène, et alors que le degré d'infection restait stationnaire.
Le virus normal peut aussi infecter la souris. Delanoë a en effet constaté que Ton peut infecter d'emblée des souris avec du Lewisi, tel qu'on le trouve chez le rat d'égout (infection naturelle) ou le rat domestique (infection expérimentale), ou encore dans les cultures.
La proportion des infections est très variable avec l'origine du virus, Delanoë a obtenu G succès sur 556, A sur 10, 5 sur 4i, en partant du sang de rats infectés, de 3 origines différentes, dans i2 cas, de rats d'égout. Il doit exister des races de Lewisi pour lesquelles le pourcentage d'infections réussies chez la souris est nul.
Le succès ne dépend ni de la dose inoculée (Delanoë se contentait en général d'une goutte de sang prise à la queue du rat), ni de la voie d'inoculation (peau ou péritoine), ni de l'état des trypan. (trypan. du péritoine ou du sang à la période de multiplication sanguine, ou du sang à la période d'état), ni du poids de la souris. La proportion des réussites augmente quand on se sert de cultures : ainsi avec le virus qui lui a donné 5 succès sur 42 en partant du sang, il a obtenu 10 infections sur 19 avec les cultures.
L'évolution de l'infection de la souris n'est pas régulière, sa durée varie de 4 à 24 jours, en moyenne 15 jours. La disparition des trypan. est tantôt brusque, tantôt lente et progressive. Deux fois, sur 53 infections, les souris ont succombé avec de grandes quantités de parasites dans le sang. Une abondante multiplication des parasites, caractérisée surtout par des formes en rosace, est fréquente.
Comme particularités morphologiques de la période de multiplication, Delanoë signale des trypan, à membrane ondulante bien développée, mais sans flagelles libres et surtout des formes à blépharoplaste, sans noyau, paraissant en parfait état.
Pour les passages en série de souris à souris, Delanoë n'a pas dépassé le 4* ou le 5" passage.
Le virus renforcé de Roudsky s'est montré infectieux aussi pour d'autres Rongeurs (voir infra). Nous avons, dans le chapitre VII, fait ressortir l'intérêt général de ces faits.
Les souris, ayant l'immunité naturelle pour le Tr. Lewisi, résistent par le processus phagocy taire (Roudsky, Delanoë). Les trypan., inoculés dans le péritoine, sont englobés en pleine vitalité; mais la disparition complète des trypan. inoculés dure parfois 48 heures. Un certain nombre passent dans la circulation sanguine. Il est probable qu'ils sont aussi détruits par phagocytose, car Delanoë n'a jamais observé de destruction extracellulaire ; mais on ne trouve
TRYPANOSOMA LEWISI 261
dans les phagocytes (mononucléaires, cellules de KuplTer) que des débris chromatiques peu reconnaissables.
AuTRKS MAMMIFÈRES. — Toutcs Ics autrcs cspèccs animales paraissent réfractaires à Tinoculation de sang contenant Tr. Lewisi, au moins le virus ordinaire.
Lingard dit bien avoir réussi à infecter différents animaux avec le Irypan. des rats, mais Lingard, qui observait aux Indes, a confondu ce trypan. avec celui du surra et les chevaux qu'il dit avoir infectés avec le trypan. du rat ont simplement contracté une infection naturelle de surra. Il ne faut, à notre avis, retenir de ses expériences, que celles relatives aux rats des champs {Nesokia providens); 2 de ces rats ont montré, 7 jours après l'inoculation, des trypan. dans le sang, les parasites y sont restés constamment présents jusqu'au moment de la mort de ces animaux (102 et 168 jours plus tard); chez i autres Nesokia, les trypan. ne sont apparus qu'après 24 et 39 jours.
Koch, Rabinowitsch et Kempner, nous-mêmes, avons essayé sans succès d'inoculer le parasite à différents mammifères : mulot {Mus syluaticus), campagnol {Aruicola arualis), lapin, chien, chèvre, cheval. Le hamster lui-même, qui cependant est très souvent infecté par des trypan. très voisins de Tr. Lewisi, s'est montré réfractaire.
Lorsqu'on inocule du sang de rats infectés à ces divers animaux, on peut trouver, pendant 24 ou 48 heures, quelques trypanosomes dans le sang des animaux inoculés, mais les trypanosomes ne se multiplient pas et ne tardent pas à disparaître.
Cela a été aussi le cas des singes macaques inoculés, aux Indes, par Vandyke Carter et Lingard : Carter a vu quelques trypanosomes dans le sang les deuxième et troisième jours, Lingard, le troisième jour, puis plus rien.
Il en est différemment quand on opère avec le virus de Roudsky. Laveran et Pettit' ont vu que les mulots, réfractaires au Tr. Lewisi ordinaire, contractent une infection plus ou moins légère en les inoculant avec le virus renforcé; les infections n'ont pu être transmises de mulot à mulot. Un certain nombre de campagnols ont pu aussi être infectés par le Tr. Lewisi renforcé. De son côté, Roudsky a pu inoculer le lapin avec succès.
Vertébrés a sang froid. — Wendelstadt et Mlle Fellmer ont constaté que le sang de couleuvres à collier [Tropiclonotus nalrix), inoculées de Tr. Lewisi dans le péritoine, était parfois infectieux pendant quelques jours; les trypan. y sont toujours rares, car, à l'examen microscopique, on ne décèle pas leur présence. Laveran et Pettit ont vérifié le fait et ont même vu des trypan. à l'examen direct. Wendelstadt et Mlle Fellmer signalent de plus que, après passage par
1. Laveran ot Pettit, G. R. Soc. Biologie, t. LXVIII, 1910, p. 571.
262 TIIYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
couleuvres, le Lewisi s'est montré, 2 fois sur 3, pathogène pour le rat; dans la seule série où il ait été suivi assez longtemps, ce pouvoir pathogène s'est perdu; ils ont pu, en se servant de ce Lewisi de passage, infecter une grenouille.
Le Tr. Lewisi, qui a passé par couleuvre, ou à la fois par couleuvre et par grenouille, présenterait, chez le rat, des modifications de forme dont nous parlerons au paragraphe suivant (v. p. 267).
Avec d'autres Reptiles, Batraciens et Poissons (Laveran et Pettit ont cherché à étendre à un grand nombre d'espèces les constatations de Wendelstadt et Fellmer), ou bien le sang ne devient jamais infectieux^ ou bien il ne l'est qu'un jour ou deux.
§ 3. — Étude de Trypanosoma Le-wisi.
Trypanosoma Lewisi dans l'organisme du rat. — Etudions d'abord le parasite, tel qu'il se présente dans l'organisme vivant. Nous examinerons : 1° le parasite arrivé à son développement complet; 2° les formes de multiplication.
\° Forme adulte du Tr. Lewisi. — Dfans le sang frais, entre lame et lamelle, ou en goutte pendante, Tr. Lewisi se présente sous l'aspect d'un vermicule très mobile. C'est le plus mobile de tous les trypan. Il se meut avec une grande vivacité au milieu des hématies auxquelles il imprime des mouvements très variés sans les altérer d'ailleurs. On le voit assez souvent traverser le champ entier du microscope, flagelle en avant, comme une flèche, ce qui est tout à fait exceptionnel chez les trypan.; quand le mouvement est plus lent, on distingue une légère oscillation du flagelle alternativement à droite et à gauche. Tr. Lewisi, lorsque les mouvements sont ralentis (ce qui arrive dans les préparations faites depuis quelque temps), laisse voir les ondulations en forme de vagues de la membrane ondulante, ondulations qui se font tantôt dans un sens et tantôt dans l'autre.
On distingue dans le protoplasme de fines granulations et souvent, vers la partie postérieure, une granulation assez réfringente qui correspond au centrosome. Le noyau n'est pas apparent.
Biot' a examiné le trypan. directement dans la circulation des vaisseaux mésentériques d'un rat curarisé; il a noté que le trypan. est capable de remonter le courant sanguin.
Après coloration par un des procédés indiqués chapitre II, la structure du Tr. Lewisi apparaît très nettement (fig. XXXII, 1, et fig. 1 de la Planche).